Retour de captivité

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Retour de captivité

Message par Anna Heidelberg le Dim 29 Aoû - 15:36

Un matin à Nosco. En résumé, un lever des plus douloureux après une sonnerie de réveil particulièrement honnie, une tasse de solution caféinée, une seconde, une troisième, deux barres énergétiques histoire de se réveiller, une douche froide, bien froide, et voilà Anna Heidelberg en train d’arranger sa tenue dans sa salle de bains, arrangeant sa longue chevelure noire en un chignon sévère, et surtout solide : hors de question qu’il lâche en pleine consultation, ce serait la honte intégrale.

Une demi-heure plus tard (comme femme, elle est plutôt rapide en matière de toilette, non ?), le docteur Heidelberg et tout son panache étaient prêts à sortir dans les halls de l’Aedes sans encourir de risque particulier pour sa renommée et son honneur jamais bafoués réellement depuis son arrivé, trois cinquièmes de siècle plus tôt, à Nosco. Oh, bien sûr, certains petits malins de près de deux mètres de haut et d’une carrure similaire s’étaient déjà frottés à ses regards noirs en osant l’appeler Anna, la tutoyer et que sais-je encore. En général, ils l’avaient plutôt regretté : rien de tout cela ne l’avait déridée, elle ne s’était pas résignée à le souffrir, et pour terminer, elle se montrait d’autant plus glacée avec eux lorsqu’ils avaient le malheur de passer les portes du Sapientia sur un brancard. Ce qui n’empêchait pas les nouveaux arrivés à carrure herculéenne de s’y mettre à leur tour, soit dit en passant.

Enfin, ça, ce n’était pas encore trop grave en soi, sa réputation de femme vertueuse bien qu’un peu trop sévère demeurait, et c’était le principal. De toute façon, elle aurait bien du travail, tout à l’heure, quand elle serait face à toute la population des patients du Sapientia ! Alors, autant déjà se reconcentrer sur ce genre de tâches qui remplissait sa vie, cette passion qui la rongeait depuis si longtemps, sans qu’elle n’en connaisse l’origine exacte. Et elle se mit à imaginer la journée qui allait l’attendre, le genre de cas auxquels elle pourrait bien avoir affaire tout à l’heure, dans l’intimité sombre du laboratoire, dans la froideur professionnelle du bureau peint de blanc, ou tout simplement dans les chambres des malades ou dans les salles aseptisées des urgences.

Au fond, sa journée pourrait bien commencer par des cas normaux, non ? Par exemple l’annonce de la visite médicale d’un nouvel arrivant à assumer parce que les infirmiers sont occupés ailleurs, ou tout simplement l’examen d’un noscoien lambda venu se plaindre, par exemple, d’une douleur au dos. Classique. Après, il pourrait bien y avoir un ou deux cas de blessure par accident, de choc à ondes alpha ou pourquoi pas de blessures involontaires sur les lieux du travail. La routine dans la routine, en d’autres termes.

Après ça, il pourrait bien y avoir d’autres choses, un peu plus palpitantes… Par exemple l’arrivée d’otages rebelles à soigner car leur prise n’aurait pas été sans dégâts. Assorti à ce genre d’événement, les soins à apporter aux malheureux guildiens qui auraient eu la mauvaise idée de se retrouver dans le champ d’attaque des rebelles et se seraient ramassé quelques coups dans la figure. Que voulez-vous, ce genre de choses arrivait aussi, et les expéditions dans les souterrains n’étaient pas rares.

En alternative à tout ça, il y avait également d’autres options, comme par exemple celle d’une attaque de Créatures soit sur les brigadiers de Nettoyage, les malheureux, se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment, soit carrément sur la ville, avec toutes les conséquences que ça impliquait. Sans parler des inquiétudes multiples que ça allait occasionner et des remous conséquents ! Non, si une chose de ce genre arrivait, au moins, la journée d’Anna n’allait pas manquer de sel, pour une fois.

Mais il était clair et net dans son petit esprit qu’elle se faisait de grandes, très grandes illusions à ce sujet : pourquoi cette journée serait- elle différente des autres, de toutes les journées ou presques qui rythmaient sa vie à Nosco ? Plus elle approchait du Sapientia, plus elle en avait la certitude : c’était vraiment, vraiment, vraiment bien parti pour être une journée si pas pourrie, presque, ou du moins une journée tellement ordinaire que notre médecin s’enfermerait à loisir dans son laboratoire au milieu des boîtes de Pétri et des éprouvettes, qu’elle sortirait deux ou trois clopes biologiques et une canette de vodka synthétique appauvrie en éthanol mais enrichie en effets éthyliques (pour reconstituer un alcool au goût alcoolisé, sans trop de dégâts sur le foie tout en permettant d’être bien bourré) et qu’elle irait boire et fumer à la fenêtre entre deux cas plus désespérément normaux les uns que les autres.

Elle aurait certainement des visites médicales, des plus dénuées d’intérêt : bon alors monsieur, montez sur la balance, laissez-moi vous mesurer, vous êtes en surpoids, vous devriez maigrir. Testons votre vue, votre ouïe, vos réflexes, la qualité de votre urine, et tout le tralala y afférant. Tiens, vous devriez prendre moins de sucré et de gras, vous frôlez le diabète, ce serait idiot, de tomber malade. Enfin, vu votre tronche, je ne suis pas sûre que ce soit une grande perte pour l’humanité… Oh et puis vous pourriez également vous consacrez à une carrière un peu plus musclée ici. Comment ça, la nourriture de synthèse ne vous convient pas ? Vous voudriez un restaurant gastronomique ou un pub à l’anglaise ? Mais enfin, monsieur, soyez heureux ! C’est l’occasion rêvée de perdre tous ces kilos superflus et de vous refaire une carrure digne de ce nom ! Et puis si les barres protéinées ne vous conviennent pas, vous pouvez toujours vous mettre aux gélules ou aux piqûres de nutriments directement dans le sang, hein ! Comment ça, finalement, vous aimez beaucoup ces petites choses ? Ah, voilà qui est déjà mieux. Ah, et allez donc à la brigade de nettoyage, ils auront besoin de vos futurs muscles. Enfin, si vous tenez le coup jusqu’à vous en faire. Oui, monsieur, bonne journée à vous aussi, bienvenue à Nosco, amusez vous bien, méfiez-vous des alertes, et puis à la prochaine !

Mais il arrive parfois que le destin vous joue de drôles de tours… Comme par exemple lorsqu’ils vous préparent une journée des plus turbulentes alors que vous ne vous y attendiez pas. Et c’était plus ou moins ce qui allait arriver à notre docteur, bien qu’elle ne le sache pas encore. En effet, qui s’attendait à ce qu’aujourd’hui même, quelques heures après son arrivée au Sapientia et quelques heures d’ennui relatif plus tard (visites médicales, examens sans intérêt et quelques clopes dans les poumons quelque part dans un coin de fenêtre de son laboratoire) on lui donne l’occasion rêvée de passer un peu son ennui sur quelque chose de très intéressant, comme par exemple, un patient intéressant ! Si seulement elle avait su que dans les plans de la Guilde et de ses Brigadiers, il y aurait la mission de secours et la rançon pour Judikhael Wienfield, elle aurait appréhendé sa journée d’une autre manière. Mais comme elle ne l’avait pas su…

Quoi qu’il en soit, la journée avançait son petit bonhomme de chemin, le déjeuner aux barres céréalières avalé en deux minutes avec une solution à la théine aromatisée à la menthe (pour changer des solutions à la caféine, que des noscoiens avaient le front d’appeler café), puis le retour dans son laboratoire… Lorsque soudainement elle reçut un appel. Décrochant, le docteur Heidelberg (qui constata avec joie et un brin de fierté qu’on n’avait pas tenté de l’appeler Anna) apprit qu’on l’attendait en salle des urgences. Soit. Elle avala le reste de son verre d’eau (pour une fois qu’elle n’était ni aux boissons énergétiques, ni aux boissons alcoolisées !) puis prit l’ascenseur et alla voir pourquoi on l’appelait…

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Re: Retour de captivité

Message par Judikhael Wienfield le Jeu 9 Sep - 10:40

Quelle heure pouvait-il bien être quand ils débouchèrent au sapientia ? Il n'en avait aucune idée, encore bien comateux, même si lucide, se focalisant sur un pas puis un autre, plutôt que sur ce qui l'entourait. Mais il faisait grand jour, la journée devait être bien avancée, fut la seule chose qu'enregistra son cerveau encore embrumé. Réalité virtuelle encore ? Réalité ? Il devait avouer avoir bien du mal à faire la différence parfois. Tout avait été si réel les dernières fois. Tout avait été si...

Seuls quelques détails lui avaient mis la puce à l'oreille quant à ses étranges séances de réalité virtuelle. Un fauteuil qui changeait légèrement de teinte, un rideau tantôt baissé tantôt relevé sans que personne ne l'ait touché... Ce genre de menus détails qui l'avaient alors mis sur ses gardes et qui l'avaient fait se taire au final. Il n'avait pas encore réussi à capter de tels détails ici. Et ses muscles criant de douleur lui indiquaient aussi qu'il y avait de fortes chances qu'il soit bel et bien dans la réalité. Du moins dans la réalité noscoienne. Il préférait toutefois garder le silence, ou ne parler que par bribes, de choses somme toute anodines, sans conséquence pour la Guilde... Genre signaler qu'il n'allait pas tenir longtemps à cette allure, que ses hommes feraient mieux de le laisser et de l'achever, ou qu'ils feraient mieux de prendre tel couloir plutôt que tel autre pour éviter les créatures, ou encore... Bref, rien qui ne puisse compromettre la guilde. Sur le reste, sur ce qui lui était arrivé, sur ce qui devait suivre ? Pas un mot. Il préférait attendre. Voir. Être sûr. Même s'il doutait parvenir à être sûr...

Silvio les avait fait passer par les SSU, par les petits passages secrets qui leur permettaient de se dérober un maximum de temps à la vue des noscoiens. Mais étant blessés, ils n'allaient pas regagner les bureaux de la Brigade directement, comprit-il quand il vit la lumière du jour. le sapientia. Silvio les avait emmenés directement au sapientia. Sage décision quand on voyait l'état déplorable de quelques uns d'entre eux. Car oui, il avait beau être comateux et à deux doigts de littéralement tomber dans les pommes, il n'en voyait pas moins le sang qui maculait l'uniforme de certains de ses hommes. Et il n'en entendait pas moins les gémissements de Silvio quand son commandor mettait la main sur l'autre épaule pour se redresser. Geste que depuis quelques minutes, une fois qu'il avait réussi à faire le lien dirons-nous, Judikhael évitait alors... quitte à glisser lui-même un peu plus vers le sol. Combien de fois avait-il trébuché et était-il tombé à genoux ? Il ne les comptait plus...

Ils venaient de déboucher dans la hall, par une petite porte dérobée d'un passage secret que peu connaissaient. Si au début leur entrée avait été à peine remarqué, tant cette entrée était bien placée dans une ombre, leur avancée dans le hall par contre fut plus que remarquée. Et aux exclamations de stupeur (d'horreur ?) qui s'échappaient des badauds sur leur passage, Judikhael pouvait deviner qu'ils n'avaient pas fière allure. Tout particulièrement lui, très certainement, dont l'image devait fortement laisser à désirer. Mais Silvio et ses hommes ne semblaient guère se préoccuper de tout cela et continuaient leur chemin. Direction ascenseur qui leur était réservé. Et direction les urgences où ils seraient immanquablement pris de suite en charge, passant devant tout le monde... Si parfois ses mesures semblaient en agacer plus d'un, cette fois-ci Judikhael était sûr que personne n'oserait émettre le moindre commentaire. Vu leur état déplorable...

Une infirmière vint de suite à leur rencontre et les dispatcha dans différentes salles où ils pourraient attendre tranquillement, allongés, et au calme. Sans être l'objet de tous ces regards. Ce fut dans un silence presque mortuaire que Silvio et Judikhael entrèrent, le premier soutenant toujours tant qu'il le pouvait le second, dans une petite salle aux murs pâles, et aux lits fortement accueillants. Judikhael ne se fit guère prier alors pour s'y laisser tomber plus que se coucher, sombrant doucement mais sûrement dans une bienheureuse inconscience. Peut-être était-ce bien la réalité alors. Oui, peut-être bien, fut la dernière pensée consciente qu'il émit avant de partir au royaume des songes...

[HJ : à silvio s'il le souhaite, et ensuite à vous de me réveiller. Enfin si vous le souhaitez... lol Si souci, je peux éditer^^]



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Re: Retour de captivité

Message par Silvio Anthelmios le Jeu 7 Oct - 23:25

Silvio avait d'abord été motivé par l'adrénaline due au sauvetage de son patron qui semblait prêt à s'effondrer à tout moment. La nécessité de le ramener le plus vite possible au sapientia ne s'était faite que plus pressante au fur et à mesure que le patron tentait de parler. Silvio avait l'impression que sa voix se faisait de plus en plus lointaine. Bien vite, il avait eu l'impression que toutes les voix devenaient lointaines. Tous les sons. Comme si le monde entier était plus loin. Comme s'il s'éloignait.
Quand il cillait, ses yeux menaçaient de ne plus s'ouvrir. Bientôt, ses pas ne furent plus motivés, mais machinaux, poussés par un instinct, semblable à celui qui poussait les humains à sortir la tête de l'eau pour rester en vie. Sapientia. Silvio ne sentait plus son épaule tant la douleur avait été forte. Il sentait en revanche son patron devenir de plus en plus lourd.
Mais il avançait. Toujours. Le regard vague, haletant. Il avançait. Parce qu'il le fallait. Pour le patron, les troupes derrière lui. Pour lui-même. Ne pas s'effondrer là, si près du but. Pour rester en vie...
Avancer...

Lorsqu'ils arrivèrent dans la salle qui leur était désignée, Silvio et Judikhael ne devaient pas avoir fière allure. Le premier déposa le second sur un lit, mais s'aperçut qu'il ne s'en sentait pas soulagé. Pire: lorsque le poids de son patron le quitta, d'un coup, il en fut totalement déséquilibré. Il recula, mais le monde tanguait... Il fut pris d'un vertige qui lui donna l'impression de chuter avant même que ce soit le cas.

"Alors, gamin, tu as l'argent qu'on t'a demandé la semaine dernière ?"
Ah, encore lui. Damn, il n'avait pas que ça à faire, de tenir les apprentis bandits à distance ! Il avait déjà assez de mal avec la voiture de Stefan sans avoir à s'occuper de ce p'tit merdeux. Petit merdeux qui semblait avoir déjà bien embêté papa... Sans que celui-ci dise quoi que ce soit à la famille.
Il s'appuya au dessous de la voiture pour faire rouler le dolly et observer l'apprenti mafieux. Un grand bonhomme dégingandé, blond, vêtu de noir, bien propre sur lui. Sauf qu'il donnait l'impression que donnent les enfants dans les costumes de papa. T'es trop petit, bonhomme..
"- L'argent ? je l'ai oui. Mais ne crois pas que je vais te le donner. Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas mon père."
C'était sec, il espérait faire comprendre à l'autre qu'il ne changerait pas d'avis. Rebelle, il retourna sous la voiture... Ou du moins, tenta. Le pied de l'autre retint le dolly. Bon. Il allait falloir se montrer plus persuasif.
"- On t'a dit cette semaine. Alors sors le fric, gamin et tout se passera.."
Le mafieux se tut à ce moment-là, en sentant le canif du mécanicien contre ses côtes. Il s'était relevé, et arborait un grand sourire, en pensant à ce mort qui, quelque part, le regardait. Il pourrait être fier. Jamais plus cet individu ne remettrait les pieds ici.
"- Et moi je t'ai dit "je ne suis pas mon père"."
Il vit la peur dans le regard de l'autre. Jouissif. Arriver à mettre quelqu'un dans cet état, il trouvait cela... Jouissif...


Un long gémissement de douleur lui échappa lorsque la vision s'estompa pour ne laisser place qu'à la douleur et aux sentiments entremêlés. Douleur, douleur. Jubilation. Vengeance. Papa. Douleur. L'image de son père, l'image du visage décomposé par la terreur de l'autre... L'odeur des voitures, la sensation de la crasse sur ses joues... Ce plaisir malsain, cette douleur, cette douleur qui envahissait sa tête.

"- Pas... Mon père... Venger... venger.... Papa..."

Il marmonnait, en plein délire, étalé de travers sur un lit... son sang avait dû tacher les draps, et commencer à coaguler contre ses habits. Il ne sentait qu'une grande douleur. Un vertige. Des images qui allaient et venaient dans tous les sens. Bientôt, plus rien de censé, de logique. Plus rien en rapport avec ce qui l'entourait...
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