Enfermés ensembles...

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Message par Judikhael Wienfield le Jeu 25 Nov - 12:38

Soulagement fut la première impression qui le submergea quand ils purent enfin entrer dans le bunker. Après quelques salutations, et franches accolades de quelques brigadiers le félicitant de ce qu'ils appelaient une performance (traverser tous ces longs couloirs des souterrains en seule compagnie d'un médecin non formée aux arts du combat, une blessée et un gamin tout juste arrivé, avec une horde de créatures tentant sans cesse de vous écharper...), les nouveaux entrés purent se frayer un chemin vers l'antre des bunkers. Bien entendu Anna, Irène et le gamin étaient déjà partis en direction de ce qui allait bientôt se transformer en centre médical de fortune. Judikhael quant à lui se contenta de répondre brièvement aux questions et de faire un rapide rapport au commandor Lorenz, d'un ton étonnamment placide, tout en retirant son armure.

Armure qui lui sembla soudain bien lourde, alors qu'il la reposait lourdement vers un pan de mur où d'autres armures avaient déjà été entreposées. Ce n'est que quand il en fut totalement débarrassé, qu'il constata les dégâts qu'elle avait subis, ma foi assez importants, le laissant, si ce n'est indemne, du moins simplement commotionné d'hématomes et contusions en tout genre et coupures plutôt superficielles. Pour tout dire, sa plus sévère blessure devait être une plaie à la tempe causée par son casque qui avait subi les assauts d'une créature un peu plus enragée et téméraire que les autres. Rien de bien méchant en soi donc. Rien qu'il n'ait déjà connu, même s'il se sentait fourbu, exténué, et en sueur. Une de ses sueurs collantes, âpres, poisseuses, qui vous collait à la peau et vous donnait cette impression de ne jamais pouvoir vous en débarrasser. Nul besoin de préciser que la douche ne serait pas pour tout de suite. Déjà prise.

Il préféra donc se reculer en un coin un peu plus tranquille et un peu plus au calme et prendre son mal en patience, se trouvant un siège, ou plutôt un tabouret un peu branlant, et s'adossant simplement à un mur, se contentant d'observer alentour ce que chacun faisait. Il vit à l'autre extrémité, dans ce qui semblait avoir été improvisé comme le secteur privé des dignitaires et de l'Impératrice, le Haut Conseil se rassembler? Certainement réunion improvisée pour commencer à deviser des mesures à prendre dans les heures, jours et semaines à venir. Etant lui-même haut conseiller, sans doute aurait-il dû aller les rejoindre, deviser et parlementer avec eux. Lorenz y était déjà d'ailleurs. Oui, il aurait dû y aller aussi.

Il aurait dû. Mais...

Mais il ne s'y sentait pas à sa place. Pas là, pas maintenant, pas après ce fiasco total. Et ne l'avait-on pas déjà relégué au simple poste de brigadier ? Pas même commandant d'une escouade. Si sur le coup, cette décision ne l'avait pas choqué outre mesure, tout ce que ce simple fait pouvait bien représenter commençait à assaillir son esprit fatigué et de plus en plus embrumé. Simple brigadier. Il avait été considéré et manipulé comme un simple brigadier. Pas comme un commandor et encore moins comme un haut conseiller.

Rancoeur ? Non, pas vraiment. Quelque part, Judikhael ne se sentait pas capable de leur en vouloir, car, face à quelqu'un dans son état mental actuel, il aurait certainement agi de la même façon, ou presque, à la place de Lorenz. Bon, sans doute pas totalement de même. Il aurait très certainement été discuter avec le commandor en question pour lui faire part de ses décisions... au lieu de le laisser ainsi maronner pendant des heures durant. Ou peut-être aurait-il été le prévenir s'il avait su qu'il prendrait une telle décision avant même que la situation ne l'impose. Mais ainsi était Lorenz. La finesse, le tact et la diplomatie n'étaient en rien son fort.

Donc non, il ne leur en voulait pas. Pas vraiment. Il avait déjà fait part à Joséphine de son état, il lui avait déjà dit ne pas se sentir tout à fait lui-même, tout à fait apte. ce qu'elle lui avait répondu ? Il ne s'en rappelait plus pour tout dire. Il faut dire qu'au moment où il lui avait fait part de tout cela, il n'était pas forcément apte à enregistrer quelqu'information que ce soit. Il comprenait donc. Même si cela lui laissait un sentiment de... dépit.

De frustration. De colère. Pas envers eux d'ailleurs, mais envers lui-même qui s'enlisait sans parvenir à reprendre pied. Il se sentait misérable et incapable. Depuis près de 80 ans qu'il courait après les terroristes rebelles, il n'avait pas été capable d'enrayer leurs actions. L'apothéose de cet échec cuisant qui lui labourait la conscience était sans doute le coup du bunker. Quand on lui avait relaté que le bunker numéro deux, destiné aux hauts dignitaires, avait été piraté par les rebelles et leur avait refusé tout accès... Maudit Yan ! Voilà bien un coup particulièrement bien préparé, et bien visé. C'était pas le peuple noscoien qu'il avait visé et mit en péril. Enfin pas directement. Non, c'était son haut conseil, son Impératrice. Yan avait montré qui il voulait visé dans toutes ses attaques. Pépi. Nulle autre que Pépi et son régime. Et lui, commandor de la section anti-terroriste, chargé d'enrayer tout cela, s'était montré un incapable fini. Incapable. Misérable, vous dis-je. C'était décidé, quand tout ceci serait terminé, il demanderait à Pépi de l'achever. Si possible pas comme elle avait tenté d'achever Xxcel toutefois...

Voilà les pensées sombres qui agitaient Judikhael, alors qu'il observait d'un oeil distrait le ballet orchestré par les noscoiens confinés dans ce bunker. Des pensées sombres qui n'étaient en rien égayées par l'environnement fermé justement, qui ne faisait que lui rappelait un récent passage dans un autre bunker. Rien que cette pensée lui donna des frissons qu'il peina à réfreiner. Il se sentit brusquement... claustrophobe... Enfermé. Confiné. Voilà maintenant les mots qui commençaient à tourner dans son esprit perturbé.

Il préféra donc se lever, et commença à faire les cent pas, comme pour se donner un semblant d'action, qui permettrait aux rouages de son esprit de ne pas se rouiller dans la folie. Folie. Oui, il la sentait presque l'étreindre de ses bras voraces. Les pensées toutes plus macabres les unes que les autres, nourries de dénégation en tout genre, de frustration, de colère et de dénigrement poussé, tournoyaient en lui sans qu'il ne parvienne à les arrêter. Et alors qu'il sentait les prémices de symptômes dès lors bien connus, il fouilla la poche intérieure de son uniforme pour en sortir une petite bote. Ses médicaments. Cela faisait des heures qu'il ne les avait pas pris. Sans doute la cause de son état croissant d'agitation intérieure, pensa-t-il tout n ouvrant la petite boite. Pour constater, horrifié, et paniqué, qu'elle était vide. Bien évidemment vide... puisqu'il avait pris les derniers juste avant l'attaque, et n'avait pas eu le temps de prendre la neuve.

Ne pas paniquer. Garder son calme. respirer profondément, s'efforça-t-il tout en reprenant sa marche, tournant en rond comme un lion en cage, passablement nerveux. Fou. Il allait devenir fou. Surtout si tous ses souvenirs de chez les rebelles et d'ailleurs, passé, présent et vie antérieure commençaient à se mêler pour ne former qu'un méli mélo qui lui donnait la nausée. Se calmer, se força-t-il à penser. En vain. Combien de temps dura ce long manège ? Il n'en eut aucune idée. Il se rappela avoir eu l'envie un moment donné d'aller voir Anna, avant de se rabrouer et de se retenir : Anna avait d'autres choses à faire. et quand bien même par miracle elle aurait déjà fini ce qu'elle avait à faire, elle avait du repos à prendre très certainement après le dur labeur qui avait été le sien. Et ce n'était pas comme si son cas était désespéré n'est-ce pas ? enfin si, il se sentait désespéré, mais... ce n'était pas comme si son cas était une urgence qui ne pouvait, encore, attendre quelques heures... n'est-ce pas ?

Sur ces bonnes résolutions, Judikhael reprit ses cents pas, se sentant nerveux, à la limite de la démence, des frissons inexplicables le reprenant, une sueur moite s'écoulant de nouveau de son front sans réelle raison et brouillant parfois sa vision déjà bien peu fiable ces derniers temps, lui qui semblait sujet à hallucinations. Il était tant pris par ses pensées qu'il sursauta presque quand un bras se tendit devant lui, lui offrant ce qui semblait être une tasse. de café. Une tasse de café ? Pour lui ? dans son état d'énervement ?

Judikhael, s'arrêtant brusquement, releva alors un regard perplexe et un peu fou sur le propriétaire du bras si généreusement tendu.

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La vérité, comme la lumière, aveugle.
Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.

Albert Camus
Judikhael Wienfield
Judikhael Wienfield
~ Guildien ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Haut Conseiller
Âge réel : 111 ans
Âge d'apparence : 30 ans

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Compétence principale: Armes blanches
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Message par Tristan Darek le Sam 11 Déc - 23:42

Attention, ce texte contient des passages à caractère vulgaire et insultant, si cela vous dérange, sautez lesdits moments ou passez votre chemin.


Les choses étaient d'une normalité extraordinaire aujourd'hui. Presque aussi bien huilées que l'était la Guilde elle-même, chaque chose était à sa place, chacun faisait ce qu'il devait faire et l'esprit de travail était même au rendez-vous pour la plupart. Il fallait bien dire que ce qui allait arriver dans quelques minutes à peine, personne ne s'en doutait. La dictature qu'était la Guilde avait cet avantage de ne montrer les choses que par leur apparence et que celle-ci était toujours belle, lisse, en un mot, parfaite. Contrôler de toutes les manières qui soient était non seulement un outil inestimable mais aussi une nécessité première pour conserver l'ordre au sein de la communauté. Cet avantage était pour Tristan la plus belle opportunité qu'il avait pu espérer. Jamais son métier n'aurait été aussi important et aussi diversifié s'il n'avait pas fallu inventer une chose pour surveiller tout ce qui pouvait se passer, pour contrôler et pour espionner. La Rébellion était aussi une bonne opportunité, en faisant naître le conflit, le chaos inévitable dans cette société qui se voulait brillante et parfaite, il avait fallu redoubler le contrôle et mieux : développer comme jamais cette guerre qui s'installait tranquillement. S'infiltrer, voler des informations avait ce quelque chose de grisant dont tout pirate en herbe a besoin pour devenir un peu plus que ça. Si Darek n'avait pas eu le génie qu'on lui donnait volontiers, il se serait sans doute spécialisé dans ce domaine où les guerres finissaient bien trop lourdes de conséquences mais où les batailles pouvaient lui redonner avec tant de force son énergie perdue et un but à atteindre sans fermer les yeux ni s'en remettre au hasard qu'il se sentait bien capable de tout donner pour retrouver ces sensations-là. Mais le rationnel et le quantifiable était son monde, il le lisait et le comprenait avec la même simplicité que quelqu'un lisant un livre particulièrement plaisant et ayant appris la lecture des années auparavant. L'informatique n'était pas tellement un jeu d'enfant, il y avait des choses qui étaient à ses yeux extrêmement difficiles, d'autres qu'il n'inventerait jamais et qui changeraient pour toujours ce domaine mais il nageait comme un poisson dans ce monde et avec le temps, plus d'un siècle maintenant, les chances de trouver meilleur que lui s'amenuisaient de plus en plus. Le geek était spécialiste de tout ce qui concernait l'informatique, les mathématiques et la mécanique. Tant de connaissances paraissaient souvent étranges aux autres mais elles étaient à ses yeux si liées qu'il ne voyait pas comment les choses pourraient être autrement. Mais les évidences ne sont jamais les mêmes pour tous, selon le niveau où l'on regarde les choses.

Il n'y avait pas tellement de travail aujourd'hui, pas moins que d'habitude non plus, aucune urgence, aucun travail particulièrement délicat en fait. L'aiguille faisait tranquillement son chemin, les chiffres défilaient, laissant place aux suivants. Rien d'anormal. Tristan avait même laissé le travail qu'il faisait pour divaguer sur sa console et poursuivre son travail personnel, visiblement pas paniqué de montrer le mauvais exemple en n'obéissant pas comme un petit chien aux ordres qu'on lui avait donné et en rendant son travail un peu trop souvent en retard. Mauvais élève. Il l'avait toujours été, un peu du genre sauvage, difficilement capable d'accepter l'autorité au-dessus de lui et d'y obéir. Un échec scolaire dont le génie aurait été longtemps caché aux yeux des intellectuels si les libertés qu'il avait prises ne lui avaient pas servies pour se faire connaître comme tel et finalement devenir commandor. Il se souvenait bien d'Xxcel, du petit jeu qui s'était installé entre eux, un peu comme ils l'avaient toujours fait sauf que là, il n'avait pas la possibilité de se jeter sur lui et de le chatouiller pour avoir le dernier mot et qu'ils faisaient les choses à distance, sans plus un mot, avec seulement des attaques et des réponses. Il lui semblait que leur dernière conversation datait de l'époque où il était encore physiquement du côté de la Guilde. Il n'avait jamais compris que tout ça c'était vain, qu'une dictature ne disparaissait jamais totalement et qu'elle pouvait être remplacée par quelque chose de bien pire, qu'une république ne donnait plus de liberté qu'en apparence. La liberté il fallait la prendre soi-même mais Julien était trop brutal et voulait faire les choses à force de coups de poings tandis qu'il préférait faire l'anguille et se glisser entre les lois avec toujours l'assurance qu'il s'en sortirait sans trop de mauvaises conséquences.

Aucune de ces méthodes n'était réellement meilleure que l'autre. Leur petit jeu avait eu ce quelque chose de pervers à cause de lui. Ils ignoraient sans doute combien Traktueur était ambigu dans ses actes une fois passées les apparences. A chaque combat qu'ils avaient eu, ils avaient compris toujours un peu plus que ce n'était pas la Guilde contre la Rébellion mais Xxcel contre Traktueur et leurs petits rendez-vous improvisés avaient donné lieu à des actes plus que condamnables. Ils se souvenaient de leur malice et de leur plaisir à éliminer ensemble les autres informaticiens, à n'être plus que l'un contre l'autre. Dans ces moments-là ils partageaient quelque chose d'inexplicable et paradoxalement cela impliquait la nécessité de se considérer comme des adversaires, de lutter, de se combattre. Et puis, comme ils l'avaient prédit, le jeu avait terminé mal, très mal et du sang avait coulé.
Julien n'avait jamais compris la méthode de Tristan, que ce qu'il montrait n'était pas ce qu'il pensait ou voulait lorsque cela l'aurait fait sortir du cadre dans lequel il s'était enfermé. Enfin, il n'était pas vraiment sûr de ça, il y avait même de fortes chances qu'il se trompe. N'avait-il pas toujours su lire en lui ? Est-ce qu'il avait vraiment éprouvé cet amusement, cette froideur ce jour-là ? Peut-être que la culpabilité qui l'avait rongé puis détruit presque totalement trompait son discernement et qu'il lui était plus facile de croire que c'était la faute de Julien et non la sienne, que le regard qu'il lui avait lancé et qui l'avait condamné n'était le résultat que d'une erreur d'interprétation de sa part.
Tristan avait envie de se tirer une balle dans la tête, de se jeter du haut de la fenêtre de sa chambre. Le manque, l'envie de le revoir pouvaient être si violents... Alors il se faisait plus de mal encore en ouvrant les fichiers de leurs travaux communs et en les approfondissant, en relisant, blême, tous ces e-mails qu'ils avaient pu s'envoyer, ces historiques de conversations. Il avait tout chiffré et le refaisait parfois mais seulement lorsque le code lui était si familier qu'il pouvait le lire et l'écrire comme s'il s'agissait du noscoien ou du français. Il n'aurait pas pu supporter de déchiffrer lentement ses mots, de buter sur ses phrases qu'il avait fini par trouver si belles. Il connaissait presque tout par cœur et lorsqu'il ajoutait un fichier plus un autre à leurs travaux, son cœur se serrait à l'idée qu'il n'y aurait bientôt plus que son travail à lui, que ce que Julien avait écrit était devenu obsolète et que s'il ne le supprimait pas c'était juste pour relire ses mots, sa façon de s'exprimer, le faire revivre encore un peu.

Le commandor soupira une fois de plus en suivant des yeux le code absolument incompréhensible pour tout autre que lui à moins qu'on ait trouvé l'un des fichiers et qu'on soit parvenu à le déchiffrer. Tant mieux pour eux. Dans ces moments-là, même les brigadiers avec qui il était assez proches ignoraient une bonne partie de ce qui le désespérait tant et lui donnait cet air si mélancolique. Bien sûr il y avait ces dates où ce n'était même pas la peine de lui demander quoi que ce soit car plus rien n'allait pour lui et qu'il était vraiment à fleur de peau. On se doutait bien qu'il y avait quelqu'un, quelque chose mais on n'avait pas vraiment cherché plus loin, convaincu qu'il rêvait d'une chose ou d'une personne perdue dans sa vie passée tant il semblait qu'il n'avait été proche de personne ici. Darek, lui, était sûr qu'il y avait eu au moins quelques petits malins qui avaient une idée bien plus précise de la question, surtout pour ceux qui étaient arrivés à Nosco depuis longtemps. Même sans l'impératrice, la ville était un cercle fermé où rien ne restait complétement secret. Peut-être que ceux qui avaient quelques pièces ne pouvaient les assembler qu'avec celles des autres et que... Bah, comme si c'était important.
Une main vint furtivement remettre un semblant d'ordre dans ses cheveux mais ceux-ci, bien que lisses, prenaient un malin plaisir à paraître toujours en bataille, surtout qu'il ne les brossait pas très souvent. Aujourd'hui c'était pire, finalement peut-être que la journée n'était pas si banale que ça et que ce qui lui semblait être de la routine n'en était pas vraiment. Il n'avait plus envie de rien maintenant et même sans lire, les mots revenaient dans sa tête, le forçant à rêvasser alors que ça n'était jamais bon pour lui. Pourquoi fallait-il qu'il réfléchisse autant ? La voix dans sa tête ne pouvait-elle dont pas se taire ? Oh non... Voilà que c'était celle de Julien maintenant qu'il entendait et les souvenirs remontaient les uns après les autres. Après avoir bu plusieurs gorgées de son café toujours aussi fort et non sucré, il prit sa tête entre ses mains et soupira encore.
L'un de ses compagnons qui passait par-là, posa une main affectueuse et qui se voulait réconfortante sur son épaule sans toutefois dire un mot, il savait Tristan capable d'y trouver un reproche à faire ou une excuse pour se mettre en colère et passer son humeur sur lui. Bon la main c'était pareil mais ils avaient remarqué que c'était la chose qui suscitait le moins de réaction de sa part et qui leur permettait de lui montrer qu'il n'était pas seul, qu'ils étaient là. Ce geste, seuls quelques uns le faisaient, ceux qui étaient proches de lui ou qui espéraient pouvoir l'aider un jour à sortir de son malaise à force de petites attentions. Comme prévu, l'homme ne bougea pas, comme s'il ne s'était rien passé. Une seconde plus tard son regard se perdit à nouveau sur son écran. Ses mots, les souvenirs, sa voix...

Une alarme stridente interrompit tout.
Tout sauf ce que Tristan faisait. Même les plus lents à réagir donnaient leur position maintenant, se levaient, certains étaient déjà partis et le commandor, lui, décida comme si c'était la sonnerie qui annonçait la fin des cours, un incendie, un tremblement de terre, enfin la sortie quoi, que c'était pour lui le signal pour faire quelque chose d'intelligent. Comme un capitaine en mer voyant son navire sur le point de couler, le temps s'était fait plus lent pour lui et l'urgence n'était plus là, lui aller rester tandis que le bateau sombrait peu à peu. Il ne pouvait tout de même pas l'abandonner !
Et soudain, comme s'il y avait eu une concertation, il vit que les rebelles étaient là où ils ne devaient pas être, Virulino particulièrement. Immédiatement, il engagea le combat jusqu'au moment où Mathys Nelsen, son brillant second vint le secouer.

Tristan ! Qu'est-ce que tu fous encore là ? Puis, sans attendre, il lança : Viens ! Il faut partir.
Non, je...
marmonna-t-il vaguement sans prendre le temps de lui donner une excuse, Virulino était juste en train d'essayer d'accéder au système et même s'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il comptait faire il n'avait pas l'intention de le laisser faire.
Oh ferme-là ! Arrête cinq minutes de faire chier le monde avec tes humeurs et fais ce que je te dis ! Cria-t-il sur un ton qui ne permettait pas la discussion.

Tristan ne chercha d'ailleurs pas à répondre et il eut juste le temps de lancer ses robots en protection supplémentaire sur ce qu'ils avaient défini comme le plus important à sécuriser. C'était le genre de truc qu'il ne faisait jamais parce que les robots en question ne laissaient passer personne par n'importe quel moyen et qu'un informaticien lambda ne faisait pas le poids contre alors qu'il pouvait être tout à fait en droit d'accéder à telle ou telle information. Tant pis, là il n'y avait pas à réfléchir plus, c'était vital. A peine eut-il fini que Mathys se décida à user de sa force pour l'emmener avec lui, il ne comptait pas que la Guilde perde son meilleur élément tout simplement parce que celui-ci était têtu comme une mule et qu'il manquait profondément de discernement. Alors il le prit le bras et le tira vers lui pour le forcer à se lever. Efficace.
Son chef remarqua qu'il était plus préoccupé par l'attaque que par les raisons qui le poussaient à vouloir rester ici, il n'avait sans doute pas jeté un œil sur son écran et donc pas remarqué non plus que les rebelles profitaient de ladite attaque. Pourtant il préféra se taire, il n'y avait plus rien à faire maintenant.

Une fois sortis des bureaux, ils sortirent avec les derniers brigadiers et Nelsen demanda à ce qu'on les escorte jusqu'à l'un des bunkers, il n'était pas un as du combat physiquement parlant et Tristan était un tel sportif que même un gamin de quatre ans devait courir plus vite que lui alors contre une créature... Quand à sa capacité à combattre, il avait réussi à le trainer une seule et miraculeuse fois dans l'une des salles de tir et... n'en parlons pas. Mieux valait donc s'en remettre à des spécialistes. Tandis que la plupart se dispersèrent en petits groupes pour mener à bien, espérons le, leur mission, trois d'entre eux signalèrent grâce à leur micro qu'ils allaient les
accompagner jusqu'au troisième bunker, il était trop tard pour espérer atteindre un autre sans qu'il ne soit déjà scellé. Le commandor entre temps avait sévèrement atteint le stade de la colère, pas celle du lunatique qu'il pouvait être mais plutôt le genre à pouvoir durer des heures et quand elle était associée avec le nom Tristan Darek ça donnait quelque chose d'assez explosif. En effet, vu la grossièreté et la vulgarité dont il pouvait faire preuve, son manque frappant de retenue et son habitude à dire franchement tout ce qui pouvait bien lui passer par la tête quand il en avait envie, cela donnait souvent lieu à un enchaînement d'insultes parfois d'une méchanceté démesurée et régulièrement inconnues, étranges voire incompréhensibles – le langage ayant évolué depuis le XIXème siècle – et s'il n'allait sans doute pas manger tous ceux qui le dérangeaient, on avait quand même fortement l'impression qu'il pouvait en être capable.
On tenta quand même de lui faire presser un peu le pas et on eut pour réponse que non il n'avait pas l'intention d'accélérer, qu'il tenait au seul ordinateur qu'il avait pu emmener et qu'il n'allait certainement pas le secouer dans tous les sens, qu'il n'en avait rien à faire des créatures et que c'était leur boulot à EUX de se démerder pour qu'il arrive au bunker sans être transformé avant en chair à pâtée. Il rajouta aussi qu'il les emmerdait profondément, qu'ils n'avaient qu'à le laisser bosser dans SON bureau sans qu'on vienne le faire chier, que de toute manière tout ça c'était LEUR faute parce qu'à EUX on leur avait payé du matériel en cas d'attaque et qu'à cause d'EUX on n'avait jamais assez de budget pour équiper SES informaticiens et qu'évidemment équiper tous les bunkers pour qu'il puisse faire quelque chose en cas de problème c'était passé par dessus la tête de MADAME et COMPAGNIE. Il termina par dire qu'il fallait vraiment être con pour obliger tous les informaticiens à laisser en plan le système et que si VIRULINO était en train de pirater tranquillement tout le réseau sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit c'était LEUR faute. On pardonna donc qu'il les appelle bande de connards jusqu'à la fin du voyage et que finalement il ne presserait pas le pas comme ça il aurait encore de quoi travailler et que si la Guilde tombait à cause du pareille erreur de stratégie c'était bien fait pour le cul.

Le voyage fut donc ponctué par diverses insultes dont les tournures méritaient parfois d'être inscrite dans les annales. Il fallait dire que Darek en cent trente-quatre ans d'existence maîtrisait plus que bien l'art d'insulter les gens sans qu'on ait l'impression qu'il se répète sans cesse. Heureusement ils n'étaient pas très loin et tout se passa sans trop de problèmes. Bien sûr on en profita pour dégommer quelques créatures, ce qui ne fut vraiment pas une corvée puisque les hommes, concentrés, pouvaient enfin respirer et ne plus entendre le commandor râler contre tout et tout le monde. Lui, s'arrêtait tranquillement et aurait bien croisé les bras en attendant s'il n'avait pas eu son ordinateur à la main. Immobilité qui rendait sa protection d'autant plus difficile mais bon, un mec dans le genre, ce n'était même pas la peine d'essayer de le convaincre.
Les trois brigadiers se maudissaient sans doute de ne pas avoir laissé leur place à des collègues mais comme Tristan pouvait soit être une compagnie des plus charmantes soit l'une des personnes les plus insupportables au monde, ils ne pouvaient pas le prévoir. Nelsen quant à lui, étant habitué depuis plusieurs décennies aux sautes d'humeur de son chef, n'écoutait même plus. Il savait parfaitement que même si tout ce qu'il disait était des plus sincères et qu'il n'irait jamais s'excuser – encore aurait-il fallu qu'on le lui apprenne – c'était une fois sa colère passée sans importance, enfin pour la plupart des cas. On annonça dans l'oreillette des brigadiers que le bunker réservé à l'impératrice et ses conseillers était fermé, que Virulino en avait piraté les accès et qu'ils devaient finalement aller eux aussi dans le troisième bunker. On transmit le message au commandor qui avait aussi refusé de mettre son oreillette, prétextant qu'il n'avait pas envie d'entendre des crétins lui parler toutes les deux secondes. Cela eut paradoxalement l'effet de le faire sourire. Moment mémorable que l'un des brigadiers voulu conserver pour la pérennité après s'être remis du choc d'avoir vu Tristan Darek sourire !!
Nelsen en revanche leva les yeux au ciel, cette fois désespéré et n'osant même pas imaginer ce que son commandor allait encore faire de travers, parce que là, à sa tête, il aurait parié n'importe quoi qu'il allait en faire une, et une vraiment énorme. Le sourire disparut bien vite, trop vite, Darek n'avait pas oublié sa colère et les brigadiers n'imaginaient alors pas à quel point il était furieux. Heureusement pour eux, ils en avaient fini avec lui, ayant réussi sans trop de mal ni de blessures leur parcours du combattant. Darek profita que tout le monde souffle un peu pour reprendre les initiatives une fois qu'il eut posé un pied dans le bunker.

Laissez-moi passer et cassez-vous ! Cria-t-il aux gens sur son passage sans même les remarquer, avançant droit devant lui, l'air déterminé. Je vous promets que là je suis tellement furieux que je tuerais tous ceux qui me feront chier. Court et efficace, tranchant étonnement avec les longs discours pleins de charabia prononcé à la vitesse éclair dont on avait généralement l'habitude.

L'homme cherchait juste un endroit où se poser loin de tout le monde, autrement dit sans doute au fin fond du bunker quand il croisa évidemment le haut commandor. Les deux hommes se détestaient au plus au point pour on ne savait trop quelle raison, sans doute n'y en avait-il pas réellement, mais comme il n'avait pas le temps de se prendre la tête avec lui, il se contenta de lui lancer un regard glacial. Le petit sourire arrogant qu'il lui lança ne lui plut pas mais alors pas du tout et il nota dans un coin de la tête qu'il réglerait son compte plus tard. Il avait bien envie de lui griller son ordinateur et de faire en sorte qu'il ne récupère jamais ses données et puis après il pourrait s'acharner sur lui avec plus ou moins d'intensité sans s'en inquiéter : pas de traces de lui, pas de preuves, pas de faute. Après tout, il réussirait bien à lui faire péter les plombs, quelques vacances lui permettrait de ne plus le voir pendant au moins quelques jours voire plusieurs semaines et dans le meilleur des cas il le voyait très bien démissionner. On ne pouvait pas tomber sur pire que lui de toute manière, c'était donc ce qu'il lui restait à faire, enfin quand il trouverait le temps.
La deuxième surprise dans son tracé tout droit vers un coin tranquille fut... oh mais cette chère impératrice entourée de son petit comité personnel et de sa cour ! Autant il avait de l'estime pour deux ou trois d'entre eux autant il en détestait la plupart, souvent juste parce qu'ils étaient au-dessus de lui, qu'il ne supportait pas l'autorité et que comme la grande majorité savaient à peine se servir d'un ordinateur, ils ne comprenaient jamais ses besoins quand ils n'étaient pas à leurs yeux vitaux. Comme n'avoir aucune installation informatique à la pointe dans les bunkers, ah oui ça ce n'est pas important, ça c'est en option. Quant à l'impératrice, il ne la portait pas du tout dans son cœur, ça c'était bien connu mais les raisons concernent bien d'autres histoires, trop longues pour pouvoir les raconter ici. Trop furieux pour s'attarder sur les images qui une fois associées au nom même de l'impératrice remontaient clairement dans son esprit, il passa outre. Darek s'arrêta donc devant eux et Mathys qui l'avait finalement suivi, poursuivi par la hantise de ce qu'il allait bien pouvoir faire encore, dû assister à la scène, effaré.

Oooh mais que vois-je ? Votre Majesté ! Ici ? Et toute sa chère petite troupe de saltimbanques... lança-t-il soudainement sur un ton plein d'ironie et de mépris. Mais attendez que je me souvienne... Ah oui ! Virulino a piraté votre bunker et vous n'avez pas pu rentrer pour vous vautrer dans vos chers canapés ! Oh c'est triste ça, ce n'est vraiment pas normal mais qu'est-ce que Darek a foutu franchement hein ? N'est-il pas lui aussi garant de votre impériale sécurité ?! Ah ça aussi ça me revient, il a fallu que je lève mes fesses et que je marche jusque dans ce trou sans aucune installation à la pointe... Et hop un petit quart d'heure pour que les autres puissent boire le thé chez vous, comme c'est drôle ! Enfin la prochaine fois vous vous rappellerez qu'au lieu de vouloir me faire faire de l'exercice il vaudrait mieux que vous vous arrangiez pour que je ne quitte pas une seconde mes écrans des yeux ! Oh et puis vous savez, quitte à ce que je bouge mon cul, la prochaine fois, peut-être que je les rejoindrais, si ça se trouve, c'est pas aussi miteux qu'on le dit chez eux !

La flopée d'insultes à demi mots se conclut par un Tristan qui éclata de rire et qui partit aussi vite qu'il avait parlé, laissant tout ce petit monde, déjà fort surpris par son intervention soudaine, un peu bouche bée. On avait beau laisser couler pour la bonne raison que Darek était plus qu'un avantage contre la Rébellion, qu'il avait permis d'en enfermer plus d'un et qu'il était par dessus tout incontrôlable, quoi qu'on fasse, mais là, entre ses insultes publiques contre l'impératrice et ses conseillers à l'égo sans doute plus gros que son génie, ses allusions anti-guilde et pro-rebelle, on se doutait qu'ils ne laisseraient pas passer ça. On savait bien qu'il les détestait mais il n'avait jamais fait l'affront de le dire haut et fort et de manière plus qu'explicite. Quand on ajoutait le fait qu'il lui arrivait de dire qu'il n'avait rien contre les rebelles, qu'il se battait juste contre eux parce qu'il aimait bien et que le fait qu'il ait retrouvé presque toute sa mémoire soit passé depuis longtemps comme quelque chose d'officiel, on se doutait que ça allait faire mal. Il avait sauvé la mise concernant ses souvenirs en clamant de manière tout à fait sincère que si on avait tout oublié ce n'était pas pour rien et qu'il valait mieux ne pas chercher ce qui fait vraiment mal. Bon évidemment ils n'avaient pas les mêmes raisons mais ça aussi, il avait bien omis de le dire explicitement.
Darek quand à lui se fichait royalement de ce que pouvait penser tout ce petit monde et de la punition qu'on allait lui donner, il avait du travail lui et pas le temps de boire le thé comme ces messieurs dames.

L'avantage de son petit discours c'est que maintenant tout le monde se tenait à trois kilomètres de lui de peur de s'en prendre aussi plein la figure. S'il était capable d'insulter LA personne à ne pas insulter, c'était vraiment mal parti pour les autres. Aussi, dès qu'il fut assez éloigné des autres pour ne pas les entendre jacasser, il s'assit à même le sol, ouvrit son ordinateur et commença immédiatement une vérification intégrale du système. Il se décida enfin à mettre son oreillette et hurla à tous ses brigadiers qu'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient mais que s'ils étaient là il avait besoin d'ordinateurs supplémentaires et que ce serait une merveilleuse idée de les lui donner dans la demi-seconde. Aussitôt dit, aussitôt fait, cinq informaticiens dont deux de son équipe officieuse étaient présents – Mathys et Enzo – et il avait maintenant deux autres ordinateurs piqués à des collègues pour lui tout seul. Le désavantage c'était que pendant les alertes on envoyait les informaticiens un peu partout sur le terrain et qu'en cas de problème il n'y avait presque plus personne pour l'aider. Tristan s'était laissé surprendre et Mathys avait géré d'autres choses. Sans même se concerter, ils convinrent de s'en occuper dès qu'ils auraient rejoint leurs bureaux. Il y avait déjà une procédure concernant ce qu'il fallait arrêter, comment protéger ci ou ça mais pas sur les ordres que devaient suivre les informaticiens. Pour être plus efficaces il faudrait former une équipe spéciale pour tout ce qui était réparation d'urgence, si les hommes savaient se battre eux-mêmes ce serait même un point fort pour diminuer les risques pendant le déplacement, ils ne pouvaient pas en revanche se protéger eux-mêmes lors des réparations, ça ne diminuerait pas les effectifs mais le temps et ils pourraient ainsi faire plus de choses. Il fallait aussi une équipe pour rester avec lui en cas de gros problème, une installation dans tous les bunkers aussi et il n'espérait pas avoir à se battre encore avec le conseil ; mais ce qui venait d'arriver lui rendait service, Virulino, sans le savoir, avait fait une belle connerie : leur simple provocation rendrait les informaticiens plus redoutables, du moins lui en tout cas. Pour le reste ils s'y plongerait plus tard sachant qu'il fallait laisser une marge de manœuvre pour les réquisitions d'urgence. Il manquait aussi un quota d'homme par bunker avec un homme à leur tête capable de prendre des décisions et de les diriger. Ça ne prendrait pas trop de temps, il voyait à peu près qui formerait les équipes et le reste serait sur la base du volontariat. Ils allaient devoir aussi reprendre de fond en comble tout le système de sécurité, il y avait des intrusions bien trop fréquentes et bien que bénignes, elles restaient des affronts à leur travail.
Mais pour le moment ils étaient tous en train de lutter contre Virulino et acharné comme l'était Traktueur, ils ne mirent pas longtemps à reprendre le contrôle total du système de la Guilde. Trop furieux, Darek se contenta de virer le pirate de son réseau et de s'arranger pour qu'il ne retente pas la chose aujourd'hui puis il ferma d'un coup sec son ordinateur et après avoir lancé quelques ordres il se dirigea vers la machine à café. Il n'était pas d'humeur à faire quoi que ce soit, son travail serait à moitié fait et au final il devrait tout reprendre, le mieux c'était encore de se changer les idées. Heureusement il n'y avait rien pour le rendre plus furieux qu'il ne l'avait été – si c'est possible – car tous les gens qu'il détestait avaient eu la bonne idée de se faire discrets. Il était plus calme, se défouler contre son adversaire lui avait fait du bien et une fois ses lèvres trempées dans le café il se sentait déjà mieux. Après l'alcool et les diverses drogues de son passé, son addiction s'était tournée vers le café – si l'on ne compte pas une certaine activité « nocturne » – et il avait tendance à devenir complétement fou quand il n'en buvait pas régulièrement.

L'informaticien tourna la tête et une idée lui vint en tête, idée qui consistait à prendre un deuxième café. C'était dommage, il n'avait pas sa grande tasse – l'un des seuls achats qu'il avait dû faire dans sa vie à Nosco – qui lui permettait de conserver quatre fois plus de café bien au chaud sans qu'il ne refroidisse. Celui qui avait inventé ça comprenait vraiment les gens comme lui.
Il avait l'intention de passer un peu de temps avec un homme qu'il appréciait plutôt bien même s'ils ne se connaissaient pas tellement. Il avait déjà travaillé plusieurs fois avec Judikhael Wienfield et n'en avait pas été exaspéré, bien sûr il y avait toujours des reproches à faire mais c'était quelqu'un de sérieux et de travailleur quand il le fallait et il savait qu'il pouvait compter sur lui si besoin. Ils n'avaient jamais rien partagé de plus que leur travail et Tristan ne comptait pas spécialement devenir son meilleur ami mais bizarrement, il s'était dit que discuter un peu lui ferait du bien pour une fois, de toute manière il n'y avait rien d'autre à faire. D'ordinaire il allait se réfugier dans les bras de son amante du moment mais là, en étant enfermés avec tous les autres dans le même trou serait sérieusement mauvais pour sa discrétion et surtout pour faire quoi que ce soit. Il faisait toujours tout pour que le moins de personnes au monde soient au courant histoire qu'on lui fiche la paix, qu'on ne fasse pas de commentaires et peut-être aussi pour rester l'homme inaccessible avec lequel on n'était pas ami.

En le voyant s'avancer vers Wienfield, on avait la reproduction exacte du geek grandeur nature. Darek n'était pas aussi maigre qu'on le pensait mais comme il était très grand, on le remarquait d'autant plus. Ses habits ne le mettaient pas en valeur non plus : pas tellement assortis, pas vraiment du meilleur goût, on voyait bien qu'il ne se prenait pas la tête avec ça et qu'il prenait ce qui lui venait sous la main quand venait le moment de s'habiller. Plusieurs filles avaient rêvé de le relooker mais sans grand succès. Il était loin du Dom Juan soigné qu'avait été Louis, toujours habillé avec goût et de manière impeccable, n'hésitant pas à demander conseil auprès des personnes compétentes quand il le fallait. Mais aujourd'hui c'était bien pire que ça, les cernes qu'on ne voyait pas quand il était dans le coin à demi éclairé où il s'était installé ressortaient d'autant plus à la lumière qui était aussi forte que le soleil en plein jour et on pouvait aisément deviner qu'il n'avait pas dormi au moins la nuit dernière. Ses cheveux étaient aussi en batailles que lorsqu'il sortait du lit et vaguement attachés en chignon avec le crayon de couleur rouge qu'il avait sous la main donnait un effet un peu bizarre. Le pire c'était sans doute son expression qui le montrait de franchement mauvaise humeur et on pouvait presque l'imaginer prêt à mordre tout ceux qui iraient l'importuner.
Son collègue faisait les cents pas, il avait l'air tourmenté par quelque chose sans qu'il puisse savoir de quoi il s'agissait, de toute façon c'était sûrement à propos d'un truc qui lui échapperait totalement. Parfaitement à l'aise socialement parlant, Darek l'aborda de la manière la plus maladroite qui soit en se contentant de lui tendre son café.

Hm... Bonjour... commença-t-il finalement en cherchant ce qu'il allait bien pouvoir lui dire maintenant. Vous... ah voilà ! Vous pourrez dire à l'impératrice que nous avons rétabli le contrôle du réseau et que le bunker qui lui est normalement réservé est sous contrôle. Enfin je ne pense pas qu'ils vont y aller maintenant...

Tristan se trouva soudainement une passion pour le sol et avait l'air bien décidé à le contempler en long, en large et en travers. Bon sang mais qu'est-ce qu'il lui était encore passé par la tête ? Il ne savait pas engager une conversation et s'il ne parlait pas travail ou d'un sujet qu'il connaissait bien il serait vite perdu et... Enfin les conversations ce n'était pas son fort quoi. Qu'est-ce qu'il fallait dire déjà quand on abordait quelqu'un ? Saluer la personne ? Ça c'était fait. Et puis il avait fait un geste généreux en lui apportant euh... un cadeau. Ah tiens si il avait oublié un truc, il avait lu une fois qu'il faut poser des questions aux autres ou leur parler d'eux pour que ça se passe bien... bon ok, va pour les questions.

Euh... et sinon ça va ? Vous avez l'air... euh... préoccupé, ajouta-t-il sans lever ses yeux du sol.

Mais pourquoi est-ce qu'il restait là comme ça ? Il n'était pas timide mais c'était trop bizarre et ça le mettait tellement mal à l'aise qu'il avait envie de s'enfuir en courant et de se réfugier devant son ordinateur. Lui au moins il savait lui parler ! Et puis bon, il n'allait pas draguer Judikhael.


[Bon ! J'invite fortement l'impératrice à participer ou les hauts conseillers en tant que pnjs... va bien falloir me punir mouahaha ! (ou dans un autre rp sinon). Enfin Judi, tu voulais de la lecture... tu en as eu !]
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Message par Judikhael Wienfield le Jeu 23 Déc - 13:42

Judkhael était peut-être en proie à ses propres démons, il n'était pas sourd ni aveugle non plus. il avait bien vu la petite scène de Darek, étrange scène d'ailleurs que celle d'un petit commandor sans envergure, du moins physiquement, prenant à partie l'Impératrice en personne et son Haut Conseil, pour des récriminations pas totalement justifiées selon lui. Si Darek croyait que Virulino s'était attaqué au bunker pendant l'attaque... Judikhael en doutait. Pour lui le coup s'était fait bien avant. Il n'était pas expert en matière de piratage certes, mais... Mais il doutait que les rebelles aient eu le temps lors de cette attaque de pirater quoique ce soit, eux aussi certainement aux prises avec les créatures et certains d'entre eux possiblement dans une situation tout aussi difficile que la leur. Non, pour Judikhael, ce piratage de bunker avait été programmé il y a quelques temps. Un coup de maître, il devait en convenir.

Quoiqu'il en soit, il trouvait soudain Darek bien imprudent. Voilà qui lui vaudrait très certainement une convocation devant le Conseil Disciplinaire, dans le meilleur des cas, songea-t-il, tout en haussant intérieurement les épaules de dépit. En d'autres temps, si de telles accusations lui avaient été jetées la face, nul doute qu'il aurait été capable d'une de ses colères monumentales et qu'il aurait remis l'informaticien à sa place. Mais voilà, de un ce petit discours éhonté ne lui avait nullement été adressé directement, puisqu'il ne se trouvait pas alors parmi ses paires du Haut Conseil, et de deux... nous n'étions pas en temps normal.

Enfin, plutôt, lui n'était pas en temps normal. Il n'était pas dans son état normal, plus précisément. Il avait un autre combat à régler avant de devoir affronter les possibles insultes qu'on lui offrait. D'ailleurs personne ne rétorqua quoique ce soit au commandor de la section informatique. Certains Hauts Conseillers jouaient bien les outragés avec leurs regards incendiaires et leurs exclamations surjouées pour certains, mais aucun ne répondit. Certainement arrêtés par la présence altière de l'Impératrice elle-même totalement impassible. Du moins en apparence. Judikhael la connaissait suffisamment pour deviner qu'intérieurement il devait en être tout autrement. Et que Darek aurait répondre de sa conduite, même si en privé. Mais elle sut rester de marbre, sondant simplement son sujet d'un air signifiant parfaitement "vous avez fini votre petite crise ? Vous pouvez vous remettre au travail ?". Un air que Judikhael n'aurait pas apprécié lui voir adressé, en tout cas.

Mais qu'importe. Et bien vite, il se détourna de la scène, Darek retournant de lui-même auprès de ses chers ordinateurs, tentant de réparer ce qui pouvait l'être, et de gérer la situation autant qu'elle pouvait l'être dans ces conditions. Et Judikhael retournant lui aussi à ses démons intérieurs, tournant comme un lion en cage. Enfin, jusqu'à ce que quelqu'un rompe son cercle parfait, en lui tendant un café.

Quand le regard bleu nuit de Judikhael se leva vers le propriétaire du bras tendu, il eut un instant toutes les peines du monde à cacher son étonnement. Darek. Darek, si connu pour son asociabilité, lui tendait un café, signe d'une tentative d'approche..; sociale. Voilà qui était plus qu'étonnant. Surtout si l'on se rappelait le petit numéro que l'informaticien avait joué tout à l'heure. Et qui aurait très bien pu s'adresser à lui aussi s'il avait été parmi les autres membres du conseil à cet instant. Que le jeune homme vienne alors le voir à ce moment-là parut à Judikhael plus... qu'incongru.

Vous pourrez dire à l'impératrice que nous avons rétabli le contrôle du réseau et que le bunker qui lui est normalement réservé est sous contrôle. Enfin je ne pense pas qu'ils vont y aller maintenant...

- Je ne pense pas non plus, se contenta-t-il de répondre d'une voix anormalement rauque et atone, incapable d'aligner deux pensées cohérentes tant il était surpris de ce geste... ces mots... cette attitude...

Un instant de gêne s'installa entre eux, lourd silence les mortifiant chacun sans que les deux commandors ne sachent comment s'en extirper. Puis une autre tentative de la part de l'informaticien...

Euh... et sinon ça va ? Vous avez l'air... euh... préoccupé

Préoccupé ? Il avait l'air préoccupé disait-il ? Quel doux euphémisme ! Il était à deux doigts de basculer dans la folie, et on lu trouvait un air... préoccupé. Un rire un peu cynique et plus que déplacé, échappa alors à Judikhael, qui eut bien du mal à se contenir et à se reprendre. Sans doute allait-il vexer son interlocuteur, songea-t-il, dans un regain de lucidité étonnant. Mais il était bien incapable de maitriser quoique ce soit à cet instant. Déplorable, pensa-t-il. Et pathétique, ajouta-t-il quand il vit plusieurs regards se tourner vers lui, presque réprobateurs. Rêvait-il ou l'Impératrice le dévisageait comme s'il avait trois cornes sur la tête ?

- Qui ne serait pas... préoccupé, dans une telle situation, répondit-il enfin dans un souffle, cette fois à peine audible.

Son regard se brouillant toutefois tandis que des images se superposait à l'image de Darek.

- Qui ne serait pas... Je...

Non, il ne devait pas se laisser encore aller à ses "visions", il devait... se raccrocher... à la réalité, lutta-t-il en son for intérieur, forçant son regard à s'ancrer dans celui de Darek.

- Je me sens... Je ne me sens pas bien, je l'avoue.

Et sans un mot de plus, il lassa la tasse s'écraser au sol, la lâchant inopinément sans même s'en rendre compte. Non, il n'allait pas tomber dans les pommes. Il était juste... juste... ailleurs. Hors du temps.

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Message par Tristan Darek le Mer 29 Déc - 20:32

La situation qu’il avait provoquée pourtant de lui-même lui semblait maintenant pesante et il porta la tasse à ses lèvres pour avaler plusieurs gorgées de son café bien serré. Paradoxalement, la boisson avait tendance à le calmer, elle lui redonnait bien sûr de l’énergie mais ne l’excitait jamais de trop, de telle sorte qu’il pouvait bien en boire des litres et des litres sans avoir la crainte d’en être malade et de trembler comme une feuille. C’était plutôt une bonne chose car il n’avait pas envie de se sevrer, il aurait fallu trouver autre chose pour combler le vide et il n’avait pas vraiment le temps ni l’envie de se plonger dans une telle recherche, déjà qu’il avait dû plus ou moins le faire pour arrêter de boire et ainsi être sûr de pouvoir se réveiller à peu près tous les jours sans se demander où il était et ce qu’il avait bien pu faire. L’affreux mal de crâne et la bonne gueule de bois à trois heures de l'après midi il s’en passait très bien aussi. Le café avait cet avantage de ne pas être nocif pour sa santé et de ne pas avoir de grande conséquence, enfin, c’était à voir vu les doses qu’il consommait par jour. Plus caféphile que lui, ça ne devait pas exister mais les choses étaient ainsi, il n’avait jamais rien connu d’autre que le manque ou l’excès et s'en accommodait très bien.
Le geek n'avait pas vraiment l'intention de partir en courant maintenant qu'il était confronté à une situation qui le dérangeait car il était plus asocial que timide mais il se surprit à penser qu'il se serait bien mieux porté s'il avait une fois de plus plongé son nez dans ses écrans plutôt que de chercher à... chercher à faire quoi d'ailleurs ? Il n'entretenait pas de relation particulièrement développée avec le haut conseiller même si étrangement celui-là il ne le détestait pas. Il lui semblait qu'il avait eu une idée mais maintenant celle-ci était bien décidée à ne plus revenir. Il se retrouvait donc planté là avec un homme dont il ne connaissait rien sans savoir quoi lui dire. Génial.

Coïncidence ou non c'est à ce moment-là que le bruit d'un objet tombant à terre le réveilla de ses pensées. Sa vision devint plus nette et il put parfaitement observer le café se répandant sur le sol, il en profita même pour se reculer un peu, s'il pouvait épargner ses vieilles chaussures ce serait tout de même pas si mal !
Tristan n'avait pas trop écouté ce que lui avait répondu son collègue mais visiblement il était plus que préoccupé et là il n'allait pas très bien... enfin... c'était l'idée qui avait germé dans sa tête. Étrange, ça lui arrivait des fois quand il n'écoutait pas d'avoir une idée comme ça sans qu'il sache d'où elle pouvait bien venir. En tout cas il ne releva pas tout de suite les yeux pour l'observer et quand il se décida enfin à le faire, il trouva qu'effectivement Wienfield faisait une drôle de tête. Mais qu'est-ce qu'il lui arrivait ? D'habitude c'était lui qui était sur son petit nuage et qui n'allait pas bien, du coup on comptait sur les autres pour avoir un peu plus les pieds sur terre mais là il semblait que l'homme prenait le même chemin que lui.

Est-ce que tout va bien ? Je crois que vous devriez vous asseoir... dit-il sans s'imaginer une seconde qu'il puisse refuser et il se dirigea immédiatement vers un endroit où il y avait des chaises libres à quelques pas d'ici.

Peut-être qu'aider son collègue ne serait pas une mauvaise idée mais il ne savait pas vraiment comment il allait bien pouvoir s'y prendre. C'est vrai, il était sans doute la personne la plus incompétente de tout Nosco dans ce domaine puisqu'il n'était même pas capable de prendre soin de lui et que toute personne qui le fréquentait assez régulièrement pensait aussi qu'il lui aurait fallu quelqu'un pour l'aider. Et comme la solitude dont s'était entourée l'informaticien semblait parfois aussi infranchissable que l'enceinte, on l'avait souvent conduit auprès de divers médecins. Depuis le temps, il ne devait pas y avoir un médecin de Nosco qui ne le connaisse pas. Mais bon s'il n'arrivait déjà pas à entretenir une relation amicale sans s'enfuir en courant, comment pourrait-il parler et se dévoiler à un pur étranger, aussi compétent et diplômé soit-il ? Et puis ici il n'existait pas de diplôme et « médecin = incompétent » était une équation gravée trop profondément pour son esprit pour qu'il puisse changer d'avis même quand on cherchait à le lui démontrer par « a + b ».
Aussi il ne pensa pas à aller demander à un médecin son avis concernant le cas de son collègue même s'il aurait bien aimé que là, quelqu'un vole à son secours. Mais la chance n'était pas avec lui aujourd'hui et il aurait mieux fait d'aller se coucher car même en croisant les doigts et en espérant très fort une diversion, il semblait que les choses ne soient pas décidées à être autrement. Tant pis, il ferait avec.

Le jeune homme s'installa à côté de Wienfield et attendit un instant, le temps de se convaincre à rompre le silence pesant qui s'était installé entre eux et surtout le temps de chercher ses mots, de faire plus qu'une phrase mal cousue comme il en avait l'habitude.

Vous avez l'air hanté... commença-t-il à voix basse, vous savez... croyez-moi, ne laissez pas les fantômes vous dévorer, ils ne vous laisseront plus rien pas même votre âme ou votre cœur...

C'est ce qui m'est arrivé aurait-il pu ajouter mais Wienfield était un homme intelligent et il avait sans doute tout de suite compris qu'il lui parlait de sa propre expérience. Et puis ce n'était qu'une question de logique, de qui d'autre aurait-il bien pu parler ? Il n'était proche de plus personne maintenant et ceux qui l'entouraient n'étaient que des êtres parmi tant d'autres, sans aucune importance à ses yeux, ils pouvaient bien mourir sans qu'il culpabilise, il y aurait toujours d'autres cœurs pour les pleurer.
De toute manière c'était aussi mieux pour les autres qu'il ne ne soit proche de personne, ainsi il ne faisait pas souffrir les autres, il avait fait assez de mal et comme une punition méritée, ce mal l'avait lui-même rongé, s'imprégnant même au plus profond de ses os.
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Message par Judikhael Wienfield le Sam 15 Jan - 18:52

Perdu. perdu dans un autre monde, dans d'autres images, d'autres sons, d'autres souvenirs qui l'assaillaient en masse sans préavis. Des hommes et des femmes qu'une partie de lui savait ne pas être réellement avec lui dans ce bunker, si ce n'est de par son imagination, mais dont il avait l'impression de réellement sentir la présence. Une présence prenante, suffocante, intense qui commençait à l'étouffer. Sensation vertigineuse qui le happait sans qu'il ne parvienne à reprendre pied de lui-même. Si réel sans pour autant vraiment l'être. Tout était si réel... ces visages, ces sons, ces...

Est-ce que tout va bien ?

Cette voix... Cette voix cette fois bien réelle, nota son esprit. une voix claire et sonnante dans l'air devenu lourd. Une voix qu'il connaissait.

Je crois que vous devriez vous asseoir...

Une voix qui devint ancrage pour lui et qu'il suivit, sans même s'en rendre compte, quand elle s'éloigna.

Vous avez l'air hanté...

C'était bien peu de le dire, rétorqua une petite voix dans la tête de Judikhael. La voix de la lucidité, celle qui parfois smeblait s'étouffer et se taire... Une voix qui semblait peu à peu se raviver et reprendre prise avec la réalité alors que l'autre lui parlait.

Croyez-moi, ne laissez pas les fantômes vous dévorer, ils ne vous laisseront plus rien pas même votre âme ou votre cœur...

- Les fantômes, répéta-t-il d'une voix atone, presque tel un automate.

Etait-ce des fantômes qui le dévoraient ainsi ?

- Les fantômes doivent être chassés, répondit-il alors d'une voix un peu rauque, mais qui reprenaient sa teinte peu à peu.

Oui, fantômes ou non, il devait les chasser. Chasser ce qui semblait sans cesse le ronger, le dévorer comme disait Darek. Chasser ce qui détruisait son cerveau et ses capacités intellectuelles. Il n'était pas fou, pas totalement, il le savait. Il était juste... perturbé ? Bon d'accord, la folie le guettait, admettons. Mais... Cette folie n'était pas irrémédiable, n'est-ce pas ? Pas irrémédiable.

- Vous avez raison. Mais... Mais si seulement je savais comment faire, convainc-t-il en laissant son regard divaguer devant lui sans but. C'est si... si...

Il se tourna abruptement vers Darek, réalisant qu'il était en train d se confier. De se confie, par toutes les créatures !

- Oubliez, fit-il soudain, sa voix reprenant son ton ferme qui lui avait manqué quelques instants plus tôt. Un passage vide... la fatigue, certainement. Oui, la fatigue, répéta-t-il comme pour se convaincre lui-même.

Et se disant, il ancra de nouveau son regard de glace dans les perles azuréennes de l'autre, comme y cherchant une promesse. La promesse d'effectivement oublier ce "passage à vide", de ne pas... de garder tout cela pour lui, entre eux, secrets. Un énième secret de Nosco parmi tant d'autres.

- J'aurais besoin d'une douche, observa-t-il, fort à propos, en remarquant la tenue bien peu reluisante qu'il portait encore, même s'il avait enlevé la carapace qui lui avait servi d'armure. Vous m'excuserez, mais je doute que ma compagnie soit fort agréable aujourd'hui.

Et ce dans tous les sens du terme, pensa-t-il. Non seulement il devait avoir été pris pour un fou, ce qu'il n'était pas loin d'être assurément, mais en plus il empestait. L'odeur qui se dégageait de lui devait être un âcre mélange de sang, de sueur et de boue des égouts. Rien de bien ragoutant. Surtout pour un informaticien qui devait être peu habitué à de tels accoutrements.

Pourtant, il avait beau savoir ça, il avait beau avoir conscience de son aspect certainement plutôt répugnant à cet instant, il avait beau savoir qu'il aurait dû se lever, partir, et faire la toilette qu'il devait prendre, les bunkers, mêmes rudimentaires, ayant quelques salles d'eau, même si l'eau était limitée à une quantité définie par jour et par personne, il resta là. Sur son siège, aréactif, apathique, incapable du moindre mouvement. De la moindre cohérence.

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Message par Tristan Darek le Lun 31 Jan - 20:10

Que fallait-il faire en compagnie de son collègue qui semblait si différent de celui qu'il fréquentait d'habitude ? Il ne le voyait ni ne le connaissait assez pour vraiment comprendre ce qui pouvait bien lui arriver mais il avait assez d'expérience personnelle pour savoir qu'il n'allait pas bien, pas bien du tout. Seulement là, en faisant cette conclusion qu'il s'était empêchée de faire jusqu'à maintenant, il avait envie de partir en courant, de fuir le plus loin possible pour éviter d'affronter ce qu'il n'osait regarder en face, même quand il s'agissait de lui. Pourquoi est-ce qu'il fallait que ça tombe sur lui ? Pourquoi est-ce que c'était lui qu'il était venu voir ? Il ne se rappelait même plus pourquoi une idée aussi saugrenue avait bien pu traverser son esprit et ce qui avait bien pu le de vraiment réaliser cette maudite idée. Pas qu'il se sente plus mal à l'aise que d'habitude en compagnie de quelqu'un dès lors que le sujet ne concernait ni l'informatique ni les mathématiques ni la mécanique, mais c'était surtout qu'il ne savait pas ce qu'il pouvait bien faire. Est-ce qu'il devait lui faire le conseil qu'il n'appliquerait jamais pour lui et auquel il ne croyait pas, autrement dit celui d'aller voir un médecin ? Est-ce qu'il devait lui dire quelque chose, lui qui était bien mille fois plus mal que son collègue et qui était bien incapable de se sortir de sa maladie tout seul ?
Assis à côté de Wienfield, l'homme baissa les yeux, légèrement courbé il regardait vaguement le sol ou ses pieds, sans s'en rendre vraiment compte, sans doute persuadé que la solution miracle en sortirait et qu'il lâcherait une exclamation de joie, quelque chose du genre « j'ai trouvé ! » ou « je sais ! » tout en affichant un grand sourire et un air fasciné avant de se mettre à taper avec une allure frénétique sur son clavier ou bricoler aussi vite que possible pour donner une dimension bien réelle à son idée miraculeuse... non là il s'éloignait, ça n'avait rien à voir avec le genre de problème auquel il était tous les jours confronté et ce genre de cri de joie n'était propre qu'à ses recherches même si ses collègues avaient à chaque fois l'espoir que la fugacité de sa joie ne s'efface pas cette fois et concerne autre chose que son travail. Ici c'était quelque chose d'ordre social ou psychologique ou mental ou psycho... psychia... enfin un truc auquel il ne comprenait rien d'ordinaire alors inutile de s'attendre à ce qu'il ait une illumination que change la face de la terre. Pour sûr une telle chose aurait mis le monde à l'envers et ça aurait fait mal.

Le jeune homme n'avait donné qu'un seul conseil, un qu'il tirait de sa propre expérience et qu'il était nécessaire de savoir si l'on comptait s'en sortir un jour. Un conseil que son interlocuteur avait approuvé avant d'avouer qu'il ne connaissait pas la méthode. Lui non plus pensa-t-il, sinon il s'en serait sorti, il ne serait pas l'espèce de robot fantôme qu'il était devenu, il mangerait et sourirait encore en étant persuadé que dans son corps il existait encore un peu de vie et de joie. Le commandor garda cette information pour lui, mieux valait se taire, ne pas briser ses espérances, cela ne mènerait à rien, il y avait d'autres gens autour de lui... Wienfield avait de l'espoir contrairement à lui, il avait des gens attentionnés pour s'occuper de lui, une femme qu'il aimait et qu'il allait bientôt épouser, ils n'avaient pas le même passé, pas le même vécu, pas la même expérience... Darek aurait aimé lui dire ces choses-là, le rassurer autant qu'il le pouvait mais ses cordes vocables refusaient de laisser échapper le moindre son, ses lèvres refusaient se s'ouvrir, comme si on les avait soudées.
Sans qu'il ne s'en soit vraiment rendu compte, ses doigts lissaient calmement ses longues mèches de cheveux, il avait pris un air à la fois triste et songeur, lui aussi, sans le réaliser, s'était évadé de la pesanteur du réel et divaguait désormais au milieu des ténèbres et de la lumière.

Je ne peux vous faire de reproches, murmura-t-il d'une voix éteinte, mes fantômes ne sont pas la fatigue...

Son interlocuteur ne comprendrait peut-être pas ce qu'il voulait dire, il n'y avait pas dans ses mots de volonté de lui parler de ce qui n'allait pas dans sa tête, à chaque fois qu'on avait tenté d'aborder le sujet avec lui, il s'était enfermé dans un long et lourd silence. Ici, il avait simplement haussé les épaules et cherché à acquiescer par des mots toujours aussi mal choisis. Il voulait lui dire qu'il n'y repenserait pas tellement, qu'il n'était pas le genre d'homme à se préoccuper de la santé des autres, qu'il avait lui-même ses problèmes et que c'était déjà trop à penser. Un trop lourd fardeau pour ses épaules si chétives, peut-être que s'il avait eu la carrure du haut conseiller...

Passage à vide... Cette expression résonnait dans sa tête, sonnait comme la glas de la mort dans ses oreilles.

Est-ce qu'il avait failli ? Il n'était pas encore prêt à mener ce combat, pas tout de suite, pas maintenant, ce n'était pas une question de compétences, il savait simplement que gagner cette fois-là c'était la mort, que ce soit lui ou un autre. Bientôt peut-être, pas encore, il fallait simplement renforcer ses défenses, attendre, attendre encore un peu, le temps qu'il puise la force quelque part, dans quelqu'un, avant d'en tuer un autre et de le voir, tel un vampire, boire un peu plus de son sang, de son énergie et de son âme.
Il ferma les yeux, il ne devait plus y repenser, conserver les apparences. Ils savaient que sa dépression le dévorait mais ils étaient loin de l'imaginer que ce qui le tuait le plus c'était les autres et que tout ne tenait plus qu'à un fil, un fil si mince, si ténu... Il ne devait pas y avoir d'autre victime, pas tout de suite. Un pas et il tomberait.

Machinalement, il posa sur ses genoux le petit ordinateur qu'il gardait toujours avec lui et dont il ne se séparait presque jamais, le réveilla et se connecta en root, affichant une partie des codes les plus complexes qu'il avait élaborés. Le doute s'était inséré dans son esprit et ça commençait peu à peu à l'obséder, c'était déjà si fort qu'il ne pensa pas que se replonger à moitié dans son travail était impoli, que son collègue penserait peut-être qu'il ne l'écoutait plus, qu'il l'ennuyait. Il se trompait, il avait toujours su faire plusieurs choses à la fois et vérifier ou écrire un code – à moins que cela ne lui demande vraiment son entière concentration – tout en écoutant quelqu'un lui parler de quelque chose de complétement différent était aussi facile pour lui que de chanter et danser en même temps, il n'était même pas distrait par l'une ou l'autre activité, ne se trompait que rarement.
Vérifier le système, il ne se passait pas un jour sans qu'il ne le fasse mais aujourd'hui il n'avait plus confiance en sa sécurité, ce qu'il s'était passé était grave, Virulino était allé trop loin avant qu'il n'en soit alerté, l'erreur il l'avait rapidement trouvée et corrigée, il savait d'où elle venait, il savait ce qu'il lui restait à faire. Il savait que toute la colère qu'il avait jetée était contre lui-même et contre personne d'autre, depuis quand la manière dont on s'occupait de financer son service et de lui assurer les installations qu'il fallait le préoccupait ? Il s'en fichait comme de son premier circuit électronique, il n'avait pas confiance en eux et s'il avait vraiment voulu s'occuper du problème des bunkers il l'aurait fait seulement il n'y avait pas pensé, il avait oublié cette chose-là tout comme son système avait gardé pendant trop longtemps une faille dangereuse censée être temporaire et ça le rendait malade.
Si sa dépression ne lui avait pas retiré toute force, toute faculté de décision concernant sa vie, il se serait sans doute pendu pour avoir fait une erreur pareille. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? Est-ce que le mal qui le rongeait avait fini par atteindre son travail lui-même, la seule chose à laquelle il accordait encore une réelle importance ? Non il ne pouvait pas y croire. Mais alors pourquoi avait-il ressenti le besoin de faire une pause, d'user de la compagnie d'un être humain plutôt que celle d'un ordinateur ?

Il faut tout refaire, tout détruire, tout reconstruire, tout réorganiser. Le mouvement et le chaos, c'est la force qui régit notre monde mais il faut aller plus vite, ne pas laisser le temps de s'adapter ! Je sais ! S'exclama-t-il, attirant sur lui plusieurs regards interloqués.

Mais oui, s'il avait relâché son ordinateur c'était parce que son esprit était trop embrumé et ne voyait plus rien mais maintenant qu'il regardait à nouveau ses codes tout était parfaitement clair, il voyait les failles, il voyait les points forts, il savait ce qu'il fallait retourner, il savait ce que ses adversaires ne trouveraient pas tout de suite, il savait qu'il fallait arrêter de croire en l'ordre humain et utiliser son ordre à lui : le désordre et le chaos, il savait qu'il fallait arrêter de penser comme les autres et établir quelque chose de foncièrement différent. Ce serait difficile, il allait falloir tout refaire, enseigner les nouveaux principes à ses hommes de confiance, aux plus doués, à ceux qui allaient l'aider.
Ses yeux brillaient d'un éclair de génie, toute sa colère était partie, il aurait presque trépigné d'impatience à l'idée qu'on les libère et qu'il puisse à nouveau sauter sur son ordinateur et plancher sur son tout nouveau système. Inutile d'y réfléchir ici, ils avaient fermé les accès à la plupart de leur système pour éviter tout piratage d'autant plus que personne ne pouvait travailler normalement et qu'il n'y avait donc pas besoin d'accéder aux trois quarts de ce qui servait d'habitude presque tout le temps aux Noscoiens qualifiés. Darek n'allait pas réactiver tout ça, il n'avait pas les outils qu'il lui fallait, il n'était pas dans les bonnes conditions pour travailler. Tant pis, il se contenterait d'y réfléchir et d'examiner le code qu'il allait bientôt changer, même si à force d'en lire et relire une bonne partie chaque jour il le connaissait presque par cœur. C'est à ce moment qu'il se rendit compte qu'il avait parlé sans le vouloir.

Excusez-moi, je pensais tout fort... à propos d'un nouveau système et... mais je vous écoute... enfin je ne vais pas vous importuner avec mon travail... bredouilla-t-il, ne sachant plus ce qu'il fallait dire ni dans quel sens. Oh et vous savez, si votre présence avait quelque chose de désagréable, je ne serais pas venu vous voir.

A vrai dire, il était à moitié ailleurs, il s'était habitué à l'odeur âcre qui avait emplie tout le bunker, d'autant plus que son odorat n'avait jamais été très développé. Son regard quitta un instant l'écran qu'il avait sous les yeux pour observer un peu plus son collègue qui avait l'air complétement défait et perdu.

Vous devriez avaler quelque chose je crois... et boire... enfin... et puis ne faites pas cette tête-là... vous savez... c'est mon rôle de ne pas aller bien, vous vous avez toujours ressemblé à un roc, pas à une guimauve en train de fondre.

Ses mots auraient pu être une amusante plaisanterie mais Darek ne connaissait pas vraiment la définition du mot humour et son ton était des plus sérieux, d'une franchise désarmante. C'était effectivement ce qu'il pensait, sans s'en réjouir, sans vouloir insulter qui que ce soit, il avait utilisé une image pour lui montrer la réalité mais avec sa vision très rationnelle des choses, sans émotions ni sentiments, ces choses qu'il ne comprenait pas toujours ou si mal. Après tout, le haut conseiller était bien bâti, solide et musclé, d'ordinaire toujours sûr de lui, on pouvait aisément le comparer à un roc, quelque chose de fort auquel on pouvait se raccrocher en toute confiance. Quant à la guimauve en train de fondre, il ne fallait pas chercher très loin pour la trouver.
Tristan Darek
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Section informatique


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Message par Judikhael Wienfield le Mer 16 Fév - 18:25

Quelle conversation étrange. Judikhael avait soudain l'impression d'être dans un autre monde, une autre dimension. Lui, divaguant avec Darek, sur leurs troubles potentiellement psychiques. Voilà bien qui était peu ordinaire. Cette situation, l'image même de lui assis à côté de Darek en discutaillant de ci de là, lui paraissait alors surréaliste. Il avait presque l'impression qu'il n'était qu'un spectateur de cette scène, qu'il allait sortir de ce corps comme pour mieux voir de loin, ou mieux encore qu'il allait d'un instant à l'autre se réveiller de cette scène étrange. Mais non, aucun réveil, aucun sursaut. Les bruits, les sons qui lui parvenaient, la lourdeur de l'atmosphère de ce lieu confiné, les odeurs de renfermés, de sa propre sueur puante, du café qu'il avait fait tomber non loin.... Tout ceci tentait de lui rappeler que non, il ne s'agissait ni d'un songe ni d'une vision mais bel et bien de la réalité.

Non pas qu'il n'aimait pas parler avec Darek. Mais... Cet homme et lui étaient à la fois proches et si différents. Lui dans les souterrains avec ses lames, l'autre dans son monde numérique... Darek n'avait pas vécu ce que connaissait Judikhael quotidiennement, et de même Judikhael n'avait aucune idée du monde qui hantait Darek. Ils n'était, de prime abord, pas faits pour s'entendre, et encore moins se comprendre. Et pourtant...

A cet instant précis, le commandor de l'anti-terroriste avait la sourde impression que Darek était le seul à le comprendre. Lui qui pourtant était si peu prompt à comprendre le genre humain, et bien plus apte à comprendre un code informatique... Judikhael serait-il devenu soudain un code informatique ? Allez savoir..

Tout à ses pensées, Judikhael ne réalisa pas tout de suite que Darek avait repris son ordinateur et pianotait déjà de nouveau dessus, comme reprenant son travail. Ce n'est que la vive exclamation de l'informaticien à ses côtés qui le força à replonger dans la réalité et à accorder de nouveau son attention, fort distraite ces dernières heures, à l'homme assis à ses côtés. Le mouvement et le chaos, disait-i ? Mais de quoi parlait-il alors ? Judikhael ne comprenait plus un traitre mot de ce que l'autre disait, mais se garda bien de le contredire.

- Vous ne m'importunez pas , répondit-il simplement dans un murmure à peine audible.

S'étonnant lui-même de la faiblesse dans sa voix.

Il était quelque peu touché que l'autre ne trouve pas sa compagnie désagréable, Darek étant pourtant réputé pour ne pas forcément aimer la compagnie de ses paires humains. A croire que vraiment Judikhael se transformait sans le savoir en robot et codes binaires pour que l'informaticien l'apprécie tant.

Et soudain la phrase qui fit électrochoc.

- Vous, vous avez toujours ressemblé à un roc, pas à une guimauve en train de fondre.

Un roc ? lui ? une guimauve en train de fondre ? Etait-ce donc ce qu'il était en train de devenir ? Une guimauve ? ou une roche en pleine effusion sous la lave incandescente de la folie ? Etait-ce alors ce qu'il devenait ? Que Joshi l'en préserve, pensa-t-il abruptement, dans un soudain regain de lucidité.

- Vous avez sans doute raison. Je ne devrais pas me laisser aller ainsi. L'apitoiement n'est pas digne d'un commandor , approuva-t-il en observant attentivement Darek comme l ne l'avait jamais fait.

Puis, sans crier gare, comme si une guêpe l'avait soudain piqué, il se leva vivement.

- Merci Darek. Je vous suis redevable une deuxième fois. Je vais... vous laisser toutefois, même si votre présence m'a grandement... aidé.

Que ces mots lui écorchaient la gorge, lui qui détestait être aidé ainsi.

- Une bonne douche s'impose, je suppose, ajouta-t-il, appuyant ses dires d'une moue légèrement dégoûtée, rien qu'à la pensée de la boue, du sang séché, et autres salissures qui devaient le recouvrir encore.

Et se disant, il s'écarta d'un pas lourd, direction les douches aménagées dans le bunker. L'eau était sans aucun doute rationné, mais là il estimait que c'était quelque peu un cas de force majeure...

_________________
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La vérité, comme la lumière, aveugle.
Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.

Albert Camus
Judikhael Wienfield
Judikhael Wienfield
~ Guildien ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Haut Conseiller
Âge réel : 111 ans
Âge d'apparence : 30 ans

Compétences
Mémoire:
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Compétence principale: Armes blanches
Niveau de Compétence: Maître

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