Le mur de briques

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Le mur de briques

Message par Linden Ann le Lun 6 Déc - 1:52

Quelque chose lui faisait mal lorsqu’il ouvrait les yeux. Après quelques secondes, il s’avéra que ce n’était que de la lumière. Elle n’était pas si vive que ça, en fait… mais il avait l’impression d’avoir longtemps gardé ses yeux fermés. Il se redressa un peu, et quelque chose glissa sur son nez, brouillant sa vue. C’était un peu alarmant. Heureusement, jetant un coup d’œil vers le bas, il s’aperçut que l’objet sur son nez lui permettait d’y voir plus clair.

Le nouvel arrivé remonta ses lunettes et s’assit, regardant un peu autour de lui. Des bâtiments, des rues pavées… une ville. Et il était adossé à un mur. Un mur de briques. Levant la tête, il se rendit compte qu’il était infranchissable.
« Pour ne pas atteindre l’autre coté… ? »
Tiens, il avait pensé. Après s’être amusé à enchaîner quelques phrases dans sa tête, les unes plus inutiles que les autres, cet être ressentit quelque chose de désagréable provenant de son ventre. Ne sachant tout d’abord pas ce que ceci représentait, il essaya de se lever, pour voir si ça s’arrangerait. Prit d’un vertige, le jeune homme frêle dû s’appuyer sur le mur de briques pour tenir debout. Ses jambes avaient décidément du mal à le porter, tremblant sous son poids. Et la sensation désagréable se fit à nouveau ressentir dans son ventre. Mais cette fois-ci, elle était accompagnée d’une notion.
« Faim. »
Manger. Il avait besoin de manger. Mais il n’y avait rien, là. Pas d’odeur alléchante de nourriture. Il allait donc devoir trouver tout seul.
… A quoi ça ressemblait, à manger ?

C’était étrange, autant de flou dans sa… tête. Il ne sut pas dire pourquoi c’était étrange non plus, tiens. Et comment se faisait-il qu’il pouvait penser, et bouger ? Le jeune homme regarda ses mains, qui se mouvaient selon sa volonté. Comment cela se faisait-il ? Était-ce lui qui envoyait une information à ses membres, qui s’exécutaient ? Sans doute. Il fit un pas, puis deux. Ce corps chancelant tenait debout, ça semblait aller mieux pour lui. La question qui s’imposa dans son esprit concernait à présent la direction à prendre. Et alors qu’il observait les lieux, une boule se forma progressivement dans sa poitrine. Il commençait à se sentir mal. Affreusement mal. Et pourtant il ne regardait que ce mur…
Mur qui n’en finissait plus.

L'Oublié se mit à courir, suivant la ligne de pierres. Il devait bien y avoir un endroit où ce mur s’arrêtait… non ? Un endroit où il y aurait une porte, une ouverture ou autre… assurant que l’on pouvait sortir. Que l’on était libre de passer.

Le maladroit buta sur quelque chose, et s’étendit lamentablement de tout son long sur le sol. Il sentit alors une douleur provenir de l’un de ses genoux, et ses mains se mirent à le piquer. Les larmes aux yeux, il enleva les petits cailloux et le sable qui s’étaient accumulés sur sa peau, puis compris qu’il valait effectivement mieux pour lui qu’il nettoie la plaie. Après avoir jeté un coup d’œil vers ses jambes, il comprit qu’il n’y avait sans doute rien de sérieux. Pas de tissu déchiré, pas de ce liquide rouge ou jaunâtre s’échappant d’une plaie. Il semblait aller bien, en gros.
Soupirant, et un peu inquiet à l’idée de ne jamais découvrir de brèche dans ce mur, le jeune homme se roula en boule sur le sol. La faim lui ôtait également toute envie de se relever.
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Re: Le mur de briques

Message par Tristan Darek le Lun 6 Déc - 22:07

Dans le ciel il n'y avait pas vraiment d'étoiles, c'était comme une surface de plexiglas où l'on avait collé quatre cinq loupiotes pour faire croire aux imbéciles à quelque chose de poétique. C'était moche, industriel, métallique, ça ne ressemblait à rien de vrai, ici tout était synthétique, virtuel, étrange, il ne connaissait pas ces choses-là. Le passé était loin mais rôdait sans cesse autour de lui et il aurait aimé trouver un peu de réconfort dans la chaleur d'un corps. Pourtant il se sentait figé, incapable de bouger, il n'aurait pas pu lâcher un mot non plus, les sons restaient coincés au fond de sa gorge.
Ils n'avaient pas trop raté la nuit, le ciel paraissait moins artificiel à ce moment-là mais il avait toujours l'impression de toucher des choses fausses, de manger du sable, ça ne passerait sans doute jamais. Heureusement il y avait l'informatique pour combler le vide de sa vie, ça n'existait pas quand il était encore là-bas et pourtant il lui semblait que son esprit connaissait déjà tout, que son mentor n'avait qu'à le réveiller un peu pour que tout lui paraisse évident et que cela revienne, qu'il puisse tout reproduire comme s'il avait tout appris par cœur alors qu'il ne l'avait vu qu'une seule fois. Julien lui avait dit qu'il était l'un de ces génies, de ces visionnaires et que bientôt il n'aurait plus rien à lui montrer, que ce serait à lui d'inventer puis de lui apprendre. C'était étrange de se dire que les rôles allaient sûrement s'inverser, il n'était pas sûr d'en avoir très envie, les choses étaient bien comme ça, non ? N'allait-il pas s'ennuyer quand il saurait tout ? Non... Il avait retrouvé bien des souvenirs, il s'en irait avant, il retournerait là-bas même si le monde lui paraissait parfois étranger, il ne voulait pas rester ici.

Il y avait une musique dans une langue inconnue dans l'air, à peine audible pour qu'on ne sache pas qu'ils s'étaient introduits dans un appartement pour monter sur le toit. Ce n'était pas sa langue mais il connaissait bien cette chanson maintenant, il savait ce que les paroles voulaient dire sans chercher plus loin. Tristan ferma les yeux. Ils ne venaient pas très souvent ici mais ils aimaient bien le faire. Loin des caméras, loin de la sphère étouffante de Nosco, libres de faire ce qui leur plaisait sans qu'on les épie. Ils étaient allongés l'un à côté de l'autre, silencieux, songeurs.

A quoi tu penses ? Demanda-t-il, brisant le calme qui s'était installé entre eux.
Rien...
Ton passé hein ? Ne t'inquiètes pas, tu retrouveras tous tes souvenirs. Bientôt...
sa voix s'étouffa dans l'air. Bientôt tu pourras repartir... reprit-il.
Je ne sais pas Joyce... souffla-t-il.

Tristan tourna la tête pour le regarder. Il contemplait le ciel, son regard était perdu, il avait l'air triste. Dans ces moments-là il savait qu'il ne tenait qu'à lui de le réconforter mais il ne trouvait pas les mots, pas les gestes. Tant pis.
Son mentor tourna la tête, s'étant presque aussitôt senti observé, il le connaissait bien, c'était comme s'il avait tout su de lui depuis jour où ils s'étaient connus par hasard et avaient discuté brièvement ensemble. Il avait tout de suite sourit et son visage s'était illuminé, ressortant presque dans la demie obscurité qui régnait. Sa main s'approcha du visage de Tristan et il glissa une mèche qui barrait son visage derrière son oreille. Ils restèrent un moment à se regarder. Le sourire mélancolique de Julien, le regard triste de Tristan. Et soudain son mentor se jeta sur lui, glissa ses mains sous son t-shirt pour le chatouiller, ce qui eut l'effet de provoquer immédiatement en lui une crise de fou rire et des supplications de sa part. Qu'il arrête ! Mais qu'il arrête ! Sans défense parce que Julien n'était pas chatouilleux et qu'il était incapable de riposter même en essayant d'user de sa force, il ne pouvait que l'implorer, soumis. Finalement son compagnon eut pitié de lui et cessa la torture qu'il lui infligeait, retrouvant peu à peu son calme habituel. Ils restèrent là, immobile, à moitié enlacés, silencieux.

BIIIP ! BIP BIP ! BIIIP !

Assoupi bien tranquillement sur son clavier, le geek avait exploré à la perfection toutes les techniques pour s'endormir dessus sans afficher cinquante pages contenant des lignes pleines avec tout au plus trois ou quatre caractères différents. Seulement le bruit l'ayant réveillé un peu brusquement, il sursauta si fort qu'il se cogna violemment le genou contre son bureau.

Joyce ! S'écria-t-il en relevant la tête avant de lancer un la vache ! pour exprimer la douleur qui s'était emparée avec force de son genou puis des zones alentours, autrement dit, sa jambe.

Un peu hagard il regarda autour de lui tout comme on le regardait assez bizarrement mais pas trop non plus, on avait l'habitude des réactions bizarres venant de sa part. L'informaticien se décida enfin à arrêter l'alerte de son bippeur qui lui signalait... l'arrivée de son filleul ?! Oh non... Cela faisait plusieurs années qu'il avait réussi à éviter ce genre de corvée qui l'exaspérait au plus au point et dont il se passait très bien. Et voilà, pour une fois qu'il avait un peu moins de travail, on lui collait le premier arrivé venu. Bon avec un peu de chance il allait pouvoir négocier pour le refiler à quelqu'un d'autre, il avait bien réussi à le faire une fois alors pourquoi pas deux... Seulement là il devait bouger ses fesses pour aller rattraper l'animal avant qu'il ne mange quelqu'un ou ne fasse une crise cardiaque. En gros flemmard qu'il était, ne dérogeant en rien aux préjugés de ce côté-là, il demanda à son ordinateur de lui afficher les caméras de l'enceinte, les passant successivement les unes après les autres en soupirant. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin... Ah non, peut-être pas... Il y avait un idiot là qui courait le long de l'enceinte. A voir sa tête d'affolé ça ne pouvait être qu'un oublié. Enfin il ne connaissait pas sa tête en tout cas. Bon. Il allait falloir lui courir après quoi... Traktueur observa un instant sa proie quand soudain celle-ci s'écroula par terre pour finalement ne pas se relever. Ah ! Celui-là n'avait pas eu une mauvaise idée et avec un peu de chance, d'ici qu'il arrive il l'aurait attendu bien sagement. Sans attendre une seconde de plus, il verrouilla son ordinateur et se leva.

Mathys, prend le commandement, appelle-moi si besoin. On dirait qu'on m'a refilé un oublié, lança-t-il d'une voix tout à fait neutre. Son visage non plus n'affichait pas d'expression particulière, après tout, ça aurait le mérite de le sortir un peu et peut-être qu'il ne tomberait pas sur un incompétent, un violent, un rebelle, une affolée, une larve qui avait pour seule compétence « faire la moquette », blague qu'il n'avait jamais saisie, une artiste en bute avec son esprit trop rationnel et un drogué.

Son second acquiesça sans relever la tête, préoccupé par son travail à lui et se fichant bien de ce que pouvait penser son commandor, notant seulement dans un coin de sa tête qu'il partait et qu'il ne reviendrait sans doute pas aujourd'hui. Rien de bien grave, il n'y avait pas eu de cas de force majeure depuis plusieurs jours et le reste de la journée était parti pour se passer tout aussi tranquillement.
L'informaticien quitta d'un pas vif les lieux, emprunta le RAR pour se trouver au plus près du dernier endroit où il avait repéré son oublié et remonta tout aussi rapidement à la surface. L'allure décidée, il regardait pour une fois droit devant lui et si on l'observait, on se rendait alors compte que ses yeux étaient si clairs que c'en était surprenant, presque dérangeant, anormal. La vue perçante de Tristan repéra immédiatement l'oublié qui n'avait pas bougé d'un poil et il ressenti un vague soulagement à l'idée qu'il n'aurait pas à lui courir après. Il avait le souvenir particulièrement aigre de l'un de ses anciens filleuls qui avait eu peur de lui, qu'il avait dû poursuivre et qu'il n'avait pu attraper qu'à l'aide de quelques renforts. Celui-là n'avait pas l'air trop sauvage au premier abord et en quelques grandes enjambées il parvint jusqu'à lui. L'homme s'accroupit pour être à sa hauteur tant son nouveau filleul, par terre, était loin de lui.

Bonjour... commença-t-il vaguement, son regard braqué sur lui. Un instant il avait cru qu'il ne saurait plus comment on faisait mais sa mémoire était une compagne fidèle et les souvenirs remontèrent rapidement. Même celui de sa propre arrivée, pourtant bien floue. Il se rappelait la douleur horrible à son ventre, s'emparant peu à peu de tout son corps, ses gémissements alors qu'il n'arrivait pas à se relever et la voix de son parrain avant qu'il ne s'évanouisse. Deux jours plus tard il s'était réveillé au centre de soins, comme neuf, mais prit d'une peur folle à la vue de tous les tuyaux et autre truc qu'on avait placé sur tout son corps. Il avait alors tout arraché et s'était enfui. L'oublié n'avait jamais dû courir aussi vite de toute sa vie mais malheureusement pour lui il n'était à l'époque pas plus en forme physiquement que maintenant à cause de ce qui lui était arrivé. On l'avait donc rattrapé bien vite puis raisonné.

Ca va ? Demanda-t-il doucement, un peu étonné par l'absence de réaction du jeune homme. Je m'appelle Tristan. Ici c'est Nosco et si tu ne te rappelles de rien c'est normal. Je suis là pour te guider. Tu as mal quelque part ? Tu as des questions ? Besoin de quelque chose ? Il avait repris son rythme de parole normal, autrement dit il avait parlé très vite pour quelqu'un d'un peu sonné et pas vraiment habitué à fréquenter un esprit qui fonctionnait bien plus rapidement que la normale.

Ne sachant plus trop quoi ajouter et étant aussi conscient que c'était parfaitement inutile d'en dire plus, il se tut simplement. Il n'allait pas se lancer dans un magnifique descriptif de Nosco alors que l'oublié venait à peine d'arriver et ne comprendrait sûrement rien de ce qu'il dirait, d'autant plus qu'il n'avait pas franchement envie de le faire.
Son regard lâcha les yeux du jeune oublié pour l'observer un peu plus mais seulement brièvement, ses yeux fonctionnant eux aussi de manière extrêmement rapide. Ce fut alors à ce moment-là qu'il se remit à penser au souvenir dont il avait rêvé et à Joyce. Son visage prit un air un peu triste, avec peut-être une pointe de mélancolie.
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Re: Le mur de briques

Message par Linden Ann le Jeu 9 Déc - 15:34

« Si tu ne te rappelles de rien, c’est normal », avait-il dit. Le nouvel arrivé ne savait pourquoi, mais cette phrase avait suffit à le rassurer.

- Bonjour…
Ce réflexe de la parole le surpris, puis l’inquiéta un peu. Sa voix semblait rouillée, bien que familière… Il n’avait pas dû s’en servir souvent, avant de perdre la mémoire. Le jeune homme s’assit, bien que ce mouvement lui arrachât une grimace de douleur. Il regarda Tristan, perplexe, ressassant les paroles de ce dernier dans sa tête, pour être sûr de n’avoir rien oublié. Il avait l’air pressé vu la vitesse à laquelle il parlait… mieux valait ne pas l’agacer.
- J’ai un peu mal là, dit-il en montrant ses mains écorchées et son genou. Et… j’ai faim…enfin je crois. Pour le moment, c’est tout…
Il ne comprit pas pourquoi parler à un inconnu le mettait aussi mal à l’aise mais après tout, il n’avait pas le choix, il ne pouvait que lui faire confiance. Alors il se leva, attendant un signe de son interlocuteur, qui lui demanda de le suivre. Parlant toujours aussi vite. Il allait décidément falloir faire attention à chacun de ses mots, songea-t-il. C’aurait effectivement pu être le cas, mais un silence pesant s’était vite installé entre eux. Ce guide n’était décidément pas très bavard.

L’Oublié chercha quelque chose à dire. Un sujet de conversation. N’importe quoi, du moment qu’on lui répondait et qu’on brisait ce silence. Parce que, bien qu’aucune question en particulier ne lui venait à l’esprit, il se sentait perdu. D’une part parce qu’il n’avait souvenir de rien, et d’autre part parce qu’il ne connaissait pas ce monde. Au fur et à mesure qu’il réfléchissait, maintes questions qu’il aurait pu poser se présentaient à son esprit, mais il avait besoin de faire le tri… Car si son guide semblait pressé, mieux valait ne pas l’importuner… Après tout, il ne connaissait rien de lui, de son caractère ou des réactions qu’il pourrait avoir. Il prit enfin la parole, au bout de longues minutes.
- J’ai… Quelques questions en fait…
L’homme tourna brièvement la tête vers lui, s’attendant sans doute à ce qu’il continue. Ce que fit le nouvel arrivé :
- Je… je ne comprends pas comment ça se fait que j’ai… tout oublié de mon passé. Pourquoi est-ce que j’ai tout oublié ? Et… Et qui suis-je ? Et vous, qui êtes-vous ? Nosco… Qu’est-ce que c’est, exactement ? Un pays ? Une ville ? Où est-ce que ça se situe ?
Il avait manqué d’oublier l’essentiel, ce qui l’avait fait paniquer auparavant. Aussi, avant que son guide ne puisse lui répondre, il ajouta précipitamment :
- Et ce mur, là, tout autour… pourquoi il est là ? Et... est-ce qu’il y a une sortie ?
Et voilà, ses jambes recommençaient à jouer des castagnettes. S’il n’y avait pas de sortie, il ne savait pas comment il réagirait… Alors il écouta Tristan lui répondre. Avalant chacune de ses paroles. Etrangement, en savoir un peu plus le rassurait… Sauf pour un unique point.

Il n’y avait pas de sortie.

Le jeune homme fondit en larmes, s’arrêtant aussitôt de bouger. Terrorisé, il en tomba même à genoux, attrapant sa tête à deux mains. S’arrachant presque des cheveux sous la panique. Il n’y avait pas de sortie. Il était dans un lieu clos. Un lieu clos… il n’était peut-être même pas à l’extérieur. Qui lui disait que ce ciel était vrai ? Il allait devoir rester emprisonné dans une bulle pour le restant de ses jours ?

Il risqua un regard vers le mur de briques et en gémit de peur. Pas de sortie. Ces mots résonnaient dans sa tête, changeant parfois d’aspect. Pas de sortie. Pas d’issue. Pas d’échappatoire…Enfermé… Peut-être même pour toujours.

Pour toujours…

Ces mots firent redoubler ses pleurs.
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Re: Le mur de briques

Message par Tristan Darek le Dim 12 Déc - 19:21

On ne pouvait pas changer les choses. C'était fini, c'était trop tard. On venait de l'abattre, il était mort. Plus rien n'existait, il ne ressentait plus rien mis à part ce mal, cette douleur intérieure qui avait peu à peu gangréné son corps et son esprit. Il y avait des moments où il croyait presque l'avoir oubliée, quand ses passions reprenaient le contrôle et qu'il se laissait aller, qu'il ne réfléchissait plus et criait seulement, sans espoir, sans conscience. Mais c'était ridicule, sa souffrance rétablissait bien vite l'empire qu'elle avait perdue un instant sur cet être qui était devenu sien pour toujours. Les choses n'avaient alors plus de saveur, tout lui était bien égal et dans ces moments qui occupaient la plupart de son temps, il aurait bien pu arriver n'importe quoi, on aurait pu l'insulter de tous les noms et le jeter au fond d'un cachot pour une raison ou pour une autre, il aurait regardé les choses avec indifférence, son esprit trop éloigné pour éprouver les sentiments qu'on se serait attendu à voir. Des sentiments, savait-il encore en éprouver dans ces moments-là ? Les médecins le disaient indifférent, vide et ils avaient sans doute raison, il n'était qu'une coquille attendant la fin, n'ayant pas le courage de la programmer lui-même. Si seulement tout cela pouvait s'arrêter... Mais il ne savait pas faire, depuis longtemps déjà il avait abandonné la bataille, il n'était plus vraiment le Tristan qu'il aurait dû être, il n'était plus vraiment un être humain, seulement un déchet qu'on avait gardé au cœur de cette société parce qu'il était trop utile pour qu'on s'en débarrasse. Il ne s'en rendrait jamais compte, pas plus qu'on était bien content qu'il soit comme ça, ainsi il ne se rebellerait pas, il était si facilement manipulable quand on savait bien si prendre...
Mathys Nelsen était de ceux-là. Il avait su se montrer important aux yeux de son commandor et avait fini par le seconder, il avait gagné sa confiance et celui-ci s'en remettait presque toujours à lui et à quelques autres hommes pour prendre toutes les décisions. Contrairement à ce que l'on croyait, ce n'était pas lui le cerveau, ce n'était pas lui l'homme le plus dangereux – sauf peut-être avec un clavier dans les mains – il ne s'en doutait pas mais il pouvait être si docile qu'on n'avait jamais rien à craindre de ses menaces. Tristan ne savait pas décider et il ne le ferait jamais. Cette illusion de liberté qu'on lui avait donné n'était même pas tellement nécessaire, bien sûr il était un maillon essentiel au bon fonctionnement de la guilde, notamment pour contrer ses opposants mais il ne trahirait jamais, il ne foutrait jamais en l'air tout ce qu'il avait peiné à construire. Pourquoi le ferait-il ? Il ne croyait pas plus aux idéaux de la Rébellion qu'à ceux de la Guilde, il n'y avait d'intérêt nulle part pour lui et en bon mouton il avait fermé les yeux et suivi les puissants.

Le mal était là, ancré au plus profond de lui, une maladie incurable dont il avait presque toujours accepté la présence étrangère. Elle avait fini par devenir sienne et dans les jours comme celui-là, il n'avait plus envie de rien, il ne ressentait plus rien. Souvent il travaillait comme un robot ou restait allongé par terre sans rien faire, à attendre que le temps passe, comme une pierre, sans conscience ni sentiments. Pourtant sans qu'il comprenne trop pourquoi, il se leva et commença à se diriger là où il fallait aller. Il ne savait plus où ni ce que c'était, il ne se souvenait plus de ce qu'il devait faire mais son corps le guidait, il n'allait pas se battre contre lui. Il ne se souciait pas non plus de l'oublié, il n'ouvrit pas la bouche, il ne le regardait pas, s'il ne le suivait pas, tant pis.
Heureusement, le jeune homme avait eu l'intelligence de le suivre, peut-être en avait-il senti la nécessité, il n'existait pas vraiment aux yeux du commandor, le monde n'existait plus, il n'y avait plus rien, rien d'autre que ce mal de vivre, cette horrible impression de se sentir si mal et de savoir en même temps qu'il ne pouvait rien y faire, qu'il n'y aurait jamais rien pour l'arrêter. C'était elle la maîtresse de ce qu'on appelait « sa vie ». La vie n'avait plus de sens non plus, comme tout le reste.

On lui parla. Des questions ? S'il avait envie. Machinalement, il tourna la tête sans vraiment le regarder, juste une petite seconde, sans comprendre qu'il avait bien agi car l'homme avait besoin de ce signe pour poser ses questions. Lui, il attendait simplement, il regardait à nouveau devant lui sans chercher à savoir où il allait, ni si c'était vraiment le bon chemin. Tiens, maintenant il se rappelait qu'il lui avait dit avoir mal et faim. Tristan n'avait pas répondu, il n'avait rien pour lui de toute manière, il n'était pas du genre à se trimballer avec de la nourriture sur lui, pas du genre non plus à savoir soigner ne serait-ce qu'une égratignure.
Les questions se succédaient rapidement, si bien qu'il attendit simplement qu'il ait fini de parler pour lui répondre. Peut-être ne l'aurait-il pas fait si cela ne lui permettait pas de passer un peu le temps, de... il ne savait pas en fait.

Ce passé c'est un peu comme une ancienne vie, dis toi qu'il y a sans doute une bonne raison pour que tu l'aies oublié mais je ne peux t'expliquer ni comment ni pourquoi. Si tu veux vraiment le savoir, ce sera à toi de le découvrir. Ce fut une erreur pour moi... mais est-on vraiment maître de ce genre du choses ? Ajouta-t-il. Je ne sais pas qui tu es. Il te faudra te trouver un nom et un prénom, tu devrais commencer à y réfléchir, ça fera un peu disparaître cette sensation de vide. Seul le temps te permettra de te construire une nouvelle vie, ton arrivée n'est qu'un mauvais moment à passer, après ça ira mieux, mentit-il sans trop savoir pourquoi, peut-être parce que la plupart des gens allaient bien, qu'ils étaient heureux ici et qu'ils ne voulaient ni savoir ni repartir... Quant à moi... Je m'appelle Tristan Darek, je suis le commandor de la brigade informatique... Enfin le chef de tout un groupe d'informaticiens. Il n'y a pas grand-chose à dire sur moi non plus.

Il ne parlait plus aussi vite, sa voix était morne et son esprit était engourdi par sa déchéance, même ses pas se faisaient lents, comme s'il voulait à la fois que tout se termine, que les choses se passent vite et ralentir le temps, retarder ce moment qu'il attendait depuis tant d'années. Allait-il vers sa propre fin ? Pourquoi emmenait-il cet homme avec lui ?

Nosco est une ville, pas très grande en surface mais il y a tout un dédale de souterrains en dessous. Tu ne te perdras pas à l'air libre mais une fois sous terre mieux vaut être prudent. Il ne parla pas des créatures, pas de façon volontaire, ça ne lui paraissait pas très important pour lui qui avait été si peu confronté à ces choses-là. Et puis, ils se ressemblaient, eux aussi n'étaient plus que des épaves vides, des monstres dont on avait peur et qu'on montrait du doigt. Je ne sais pas où Nosco se situe, je crois que personne ne le sait, c'est un peu comme un monde à part...

L'homme marqua une pause, y avait-il d'autres choses à dire sur Nosco ? Sans doute, il aurait fallu parler des clans, de toutes ces choses-là mais il ne savait pas comment les exprimer, il valait mieux que quelqu'un d'autre le lui explique. Mais d'un autre côté, à quoi bon ? Ce n'était pas comme si on allait le laisser choisir, il allait intégrer la Guilde et puis c'est tout. Il pourrait se renseigner plus tard.

L'enceinte ? Eh bien c'est la limite de la ville, chacun la voit d'une manière différente. Son regard se tourna vers la console où défilait toujours le code devenu maintenant familier. Pour moi il s'agit d'un grand écran noir où des codes informatiques défilent. Je ne sais pas pourquoi il est là... Je crois qu'en général c'est le reflet de nos peurs... A mes yeux, si je résolvais le code, c'était le moyen de partir de Nosco... Il n'en dit pas plus sur ce qu'elle symbolisait maintenant pour lui, personne ne savait s'il avait finalement réussi à résoudre le code, il n'en parlait jamais. Et non, il n'y a pas de sortie.

Étrangement ses derniers mots firent pleurer l'oublié. Qu'avait-il ? Il semblait... avoir peur. Et puis tout à coup il reconnu la réaction qu'il avait : il faisait une crise, tout comme lui en faisait régulièrement. Dans ces cas-là il savait à peu près ce qu'il fallait faire même s'il n'arrivait jamais bien à se calmer lui-même, il finissait alors par s'évanouir, des fois il se réveillait dans la chambre blanche et ça le rendait fou...
L'homme s'était arrêté, un instant perplexe, comme s'il allait regarder béatement l'oublié paniquer jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose de grave, mais heureusement, il se dit qu'il pouvait l'aider à ne pas vivre ce qui faisait si mal et finissait par détruire tout ce qu'on avait.
Sans se rendre vraiment compte de ce qu'il faisait, Tristan s'assit près de lui pour se mettre à sa hauteur, attrapa doucement ses deux mains tout en lui parlant d'une voix calme et gentille.

Calme-toi, ferme les yeux et respire lentement. Concentre-toi sur ta respiration, ne pense plus qu'à elle, empêche la de s'accélérer...

Les deux hommes restèrent ainsi, il lui semblait qu'il l'écoutait et essayait de faire ce qu'il disait alors il continua à parler lentement, à le guider, jusqu'à ce qu'il se calme peu à peu et que les choses aillent bien pour lui. Il essayait même de le réconforter un peu sans vraiment s'attarder sur la raison qui le poussait à paniquer, peut-être qu'en se concentrant sur son filleul c'était aussi un moyen de lutter contre son propre mal, que ce qu'il disait s'appliquait aussi pour lui sans qu'il s'en rende réellement compte.
Mais le résultat ne serait qu'éphémère, lui, il s'était perdu trop loin pour remonter un jour, il n'avait pas su saisir sa chance.
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Re: Le mur de briques

Message par Linden Ann le Mar 4 Jan - 19:36

L’homme était calme. Beaucoup plus que lui, en tout cas. L’oublié le sentit prendre ses mains dans les siennes. Un contact rassurant. Il n’était pas seul… Et cette personne semblait comprendre son désarroi. Peut-être avait-il connu ça, lui aussi ? La panique ? La crainte d’être enfermé ?

Le jeune homme tenta d’arrêter de penser à tout ce qui lui faisait tant peur, sentant que ça ne ferait qu’empirer les choses… Alors il se concentra sur les paroles de Tristan Darek, cet homme sûr de lui qui semblait vouloir l’aider. Il ferma les yeux, serrant un peu fort ses paupières l’une contre l’autre, et les mains de l’homme dans les siennes. Puis il inspira une première fois, expira longuement. Inspira plus profondément. Et comme on le lui disait, il se concentra sur ce geste si banal et familier, pour finalement commencer à se calmer sans s’en être rendu compte. Les yeux toujours clos, il essaya de calquer sa respiration encore chancelante sur celle, posée, de Tristan. Il ne savait pas comment cet homme avait fait pour réussir à l’aider, mais il lui en était profondément reconnaissant d’avoir été là, de ne pas l’avoir laissé seul.

Les paroles qu’il entendit ensuite, il ne les retint pas. Il ne voulait pas sortir de cet état de sérénité dans lequel il venait de plonger. La seule chose qui lui importait était qu’on lui parle. D’une voix douce, rassurante. Une situation qu’il avait l’impression d’avoir déjà vécu. Peut-être. Après tout, il ne se souvenait de rien. A cette pensée, sa respiration se fit quelque peu irrégulière, mais il s’efforça de recommencer le processus, pour retourner au calme. Il essaya pour ce faire de penser calmement à tout ce qu’il avait déjà appris, semblant éviter cette histoire d’ « Enceinte ». Il lui semblait que Tristan lui avait dit qu’il était possible de retrouver la mémoire… et avait parlé d’une erreur le concernant… peut-être que certains souvenirs valaient mieux d’être oubliés ? Quoiqu’ait voulu dire l’homme, qu’il reconnaisse de lui-même avoir commis une erreur signifiait peut-être qu’il avait changé par rapport à celui qu’il était avant cette perte de mémoire… Allait-il être le cas pour lui aussi ? Ou allait-il préférer l’absence de déception, et délaisser sa curiosité ?

Laissant vagabonder ses pensées, il essaya de se ressasser le reste du dialogue dans sa tête. Puis se souvint enfin ce qui avait éveillé de l’enthousiasme, chez lui. Son nom et son prénom. Il était libre de les choisir. N’était-ce pas merveilleux ? Il allait pouvoir avoir un prénom qui inspirerait le respect aux inconnus… un nom magnifique, un nom qui lui irait comme un gant. Un nom que seul lui pourrait choisir ! Et cette ville, Nosco, il allait devoir la découvrir… toute une cité qui lui était inconnue ! Il n’allait pas s’ennuyer, oh non…

Repenser à tout cela tout en écoutant la voix de Tristan l’avait fait oublier sa crise de panique précédente, ou même le fait qu’il était prisonnier d’un lieu clos. Serein, l’oublié en quête d’un nom ouvrit lentement les yeux.

- Merci…

Il ne regardait pas Tristan, mais ce remerciement lui était adressé. Il ne savait que dire de plus, de toute façon. Il lui était reconnaissant de l’avoir aidé et n’avait pas à se perdre en grands discours. Comprendrait-il à quel point ce « merci » résumait toute sa pensée ? Qui sait… De toute façon, il ne voulait rien dire de plus. C’était étrange, mais il lui semblait qu’il n’aimait pas trop parler… entendre sa voix. Qu’on lui parle était bien plus important à ses yeux.

Il serait bien resté calme quelques temps encore, il aimait se sentir tranquille. Seulement, un gargouillis profond, sonore et irrité sembla jaillir de ses entrailles, pestant vraisemblablement après lui pour lui indiquer qu’il était habité par le néant. Sa panique avait beau s’être envolée, sa faim était tenace. Cette situation étant devenue gênante, l’oublié rougit jusqu’aux oreilles. Avant de pester intérieurement contre lui-même. Ce genre de réaction était décidément très déplaisant. Et semblait empirer. Zut. Il espéra de tout cœur que Tristan ne verrait rien.
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Re: Le mur de briques

Message par Tristan Darek le Dim 16 Jan - 2:31

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