La forêt écarlate de papier peint.

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La forêt écarlate de papier peint.

Message par Digitale Leane Ocoon le Mer 12 Jan - 23:56


Exister… Etrange sensation qui dévore lentement. Une douleur lancinante dans la poitrine travailla l’amas de chair au sol ; puis, son organisme réagit mécaniquement : il respirait et la douleur disparaissait peu à peu. Le torse qui s’élevait et s’abaissait suffisait à faire que l’apparente viande froide devienne un être vivant alors que l’air s’engouffrait en ses poumons, l’éveillant. Sans que son esprit ne sut à quel moment il débuta à accomplir ce prodige : il se mit à méditer, réfléchissant et s’animant de pensées. Il songea au noir en lequel il se trouvait et les ténèbres ne lui firent peur ; si la lumière n’existait, il n’était à la rechercher pour gagner un milieu de confiance. Le noir suffisait jusqu’à ce que lentement, il disparaisse. Le ciel bleu trouvait écho en les yeux grands ouverts qui le fixaient alors que leur pupille se dilatait par moment. L’esprit se demanda si le jour se levait tandis que la vue lui revenait, puis il spécula qu’il pleuvait alors que des larmes dues à l’assèchement de ses yeux coulaient contre ses joues. Alors, il songea qu’il ne savait ce qu’était ni le jour, ni la pluie et se demanda ce que pouvaient bien être leur nature. L’être ne faisait aucun mouvement. Juste respirer et observer.

Il se mit à ressentir sans bien comprendre pourquoi et comment : sa peau frissonnait alors que le vent venait de la caresser. C’est à ce moment là qu’il devint un : le corps et l’esprit s’unissaient à nouveau, se reconnaissant l’un à l’autre. Son regard se déplaça pour la première fois et se dirigea vers la main droite d’un corps étendu, le sien. Qu’était-il ? Un engourdissement au bout des doigts le fit les bouger et cela le passionna : il contrôlait. L’esprit se demandait comment il le pouvait, il n’avait pas même besoin que ses pensées le leur ordonnèrent pour pouvoir les bouger. Combien de temps s’écoula pour qu’il se redresse, assis sur le sol sec. Ainsi en hauteur, il percevait l’immense masse sur laquelle sa chair s’était assoupie et il se demanda comment était-il arrivé jusque là avant de se poser la simple question de ce qu’était une arrivée : là où il n’y avait de début, il n’y avait de fin. Il ne connaissait son corps mais dès qu’il vit ses vêtements, il déduisit qu’il était femme : *Pourquoi ? Et Qu’est ce qu’une femme ?* furent alors ses pensées, mais autant qu’aucune réponse ne pouvait lui subvenir, jamais l’esprit n’aurait tenté de contredire ces prédictions.

Tout était lenteur alors qu’il comprenait être moi et que tout ce qui n’était pas moi étaient autre. L’esprit eu du mal à comprendre ce qui était autre car comment différencier son moi s’il agissait malgré elle ? Elle ne songeait à inspirer de l’air, pourtant son corps le faisait ; elle ne pouvait retourner dans le noir alors que ses yeux restaient grands ouverts. Elle commença par différencier le sol de sa personne : moi débutait avec la peau rouge qui ne lui offrait aucune sensation, et se terminait avec les fils qui étaient accrochés juste au dessus de ses yeux et qui lui voilaient en partie la vue. Son moi était tout ce qu’elle pouvait bouger lorsqu’elle réussissait à se mouvoir.

Alors qu’elle tentait de faire bouger sa peau noire brillante en bout de moi, elle remarqua enfin que quelque chose d’autre était sur le sol et s’élevait, tout comme son torse, perpendiculairement à celui-ci. Sa vue était encore floue et elle fut bien incapable de savoir de quoi il s’agissait, si ce n’était que ça ne semblait bouger même lorsqu’elle tentait de le faire se mouvoir. Elle en déduisit que ce n’était donc pas moi, mais bel et bien l’autre. Elle décida de s’approcher, curieuse de faire une nouvelle découverte : c’était bien là le premier autre qu’elle rencontrait. Machinalement, elle tenta de se mettre debout, s’aidant de ses bras, mais ses jambes lâchèrent sous son poids et elle sombra au sol. Sa première pensée fut qu’être debout n’était pas naturel, contrairement à rester complètement allongée contre le sol : il lui suffisait donc de ramper pour se rapprocher de l’objet de son attention. Malheureusement, ramper était bien difficile : la terre l’agrippait. Le sol n’était donc pas fluide et elle ne pouvait glisser contre celui-ci tant sa peau bleue y restait agrippée. La demoiselle ne bougea plus et chercha un moyen pour avancer. Il lui était évident que le sol la tenait quand le ciel la lâchait : elle devait donc se situer entre les deux axes. Ce fut cette réflexion qui mena la jeune femme à avancer à quatre pattes, lentement mais surement, jusqu’à cette chose qui attisait sa curiosité.

Une fois à ses pieds, elle releva la tête et remarqua que l’autre était plus grand qu’elle : même au moment où elle tombait au sol, il devait la dépasser. C’était un mur. *Qu’est ce qu’un mur ?* Il était recouvert d’un papier peint représentant une forêt. La jeune femme ne savait pas ce qu’était une forêt, ni même un arbre, mais lorsqu’elle posa son regard sur le motif, elle sut que c’en était une et que l’écarlate liqueur qui la tachait n’était ordinaire. Elle ressentit une étrange émotion. Son corps ne réagissait normalement : il tremblait et manquait d’air malgré le fait qu’elle respirait. Elle devait augmenter ses inspirations et expirations qui alors se saccadaient alors qu’elle avait une étrange sensation d’engourdissement en son corps. Elle entendait un étrange bruit, un son sec qui se répétait à intervalles secondaires très rapides mais réguliers, résonnant contre ses tympans comme s’il provenait d’elle-même. Il pleuvait : elle sentait des goutes glisser autour de ses yeux et sa gorge la brulait. Le mur tournait autour d’elle, sa vision déjà floue se troublait d’avantage : elle voulut revenir proche du sol et fuir. Il lui fallait fuir... *Toujours fuir l’autre...*

Elle roula contre le sol qui la retenait toujours et se retrouva ventre contre lui. Sa peau bleue seule ne sentait pas sa froideur alors qu’il disséminait son odeur autour de la demoiselle qui avait encore du mal à respirer. C’était le parfum de l’autre, ou plutot d’un autre car celui là n’était dangereux. Il existait donc plusieurs autres et elle se demanda s'il existait, en ce cas, plusieurs moi. Lorsque ses iris bleus se tournèrent à nouveau vers le mur qu’elle pouvait encore discerner de l’endroit où elle se trouvait, elle se sentit à nouveau étrange. Elle songea que c’était la même impression que celle qu’on éprouvait lorsqu’on était dans une boite particulièrement étroite : d’un coté il y avait le sol, de l’autre le ciel ; d’un coté il y avait l’autre, de l’autre le bruit qui se rapprochait. Elle laissa choir sa tête de profil contre le sol et, ainsi assoupie, crut qu’elle l’entendait mieux… ou était ce toujours le même : celui qui résonnait inlassablement en elle, cadençant sa propre destinée.
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Re: La forêt écarlate de papier peint.

Message par Anna Heidelberg le Dim 30 Jan - 5:39

    Un appel. Pour une nouvelle arrivée. Tiens, ça faisait longtemps qu’Anna n’en avait plus reçu, de ces jolis messages auxquels tous les noscoiens ont droit ! Et en ces temps plutôt calmes, la doctoresse n’allait certes pas se plaindre… contrairement à son habitude de râleuse invétérée, autrement dit. La mention était néanmoins un peu… particulière : les responsables de l’Intendo lui avaient attribué la jeune fille nouvellement arrivée pour raisons de santé, disaient-ils. Elle s’était selon eux effondrée plus ou moins devant l’enceinte, était possiblement inconsciente, bref on l’attribue au docteur de service. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir : les malaises à l’arrivée n’étaient pas si rares que ça, sauf qu’ils avaient lieu une fois les premières révélations faites. Après, à l’arrivée, il y avait les quelques uns fragiles du cœur qui ne pouvaient tenir le coup d’une arrivée brusque et imprévue dans un monde étrange, mais ça, c’était tout autre chose. Une perte de conscience… C’était très rare. Et en effet, dans ces cas-là, il valait mieux que le parrain soit un médecin… Elle ne pouvait donc décemment pas blâmer les responsables des arrivées à l’Intendo pour leur choix. Et comme elle s’était un peu ennuyée ces derniers temps (rien d’intéressant au menu médical, que des cas fréquents, rien d’intéressant ou presque), cette arrivée ne manquait pas de changer un petit peu son quotidien.

    Néanmoins, il lui semblait quand même qu’il y avait urgence. Après tout, la demoiselle était prétendûment inconsciente, et l’image qu’elle avait reçue n’était pas vraiment rassurante non plus : elle portait une drôle de tenue, la petite miss… et elle ne bougeait guère selon la vidéo de surveillance. En outre, l’endroit de son arrivée était fort loin du Sapientia. Anna jugea donc grandement préférable de prendre un aérojet, quand bien même ce moyen de transport ne lui était pas des plus chers. De fait, elle préférait grandement se déplacer à pied, solution bien meilleure pour la santé (qui a dit que de toute façon vu la quantité d’alcool et de tabac qu’elle prenait par jour, une heure ou deux de marche supplémentaires n’arrangeraient rien ou si peu ?) selon elle. Sans compter que si la demoiselle était vraiment inconsciente, elle n’aurait pas accès aux RAR ou à quoi que ce soit d’autre comme moyen de transport pour la ramener à bon port ! Et elle ne se sentait pas vraiment la force musculaire nécessaire pour porter une fille, aussi jeune puisse-t-elle être (elle ne paraîssait être qu’une jeune adolescente, mais bon), étant donné sa carrure et sa (très) petite taille. Donc non, décidément, l’aérojet, en dépit de ses incontestables inconvénients, était le moyen de transport le plus adapté à la situation.

    Elle s’empressa d’embarquer dans l’habitacle à deux places, l’un de ceux dévolus au Sapientia en cas d’évacuation de blessés, que ce soit lors d’attaques de rebelles ou de créatures, ou encore par simple accident, et s’empressa de décoller dans la direction indiquée. L’engin vrombit, se mit à trembler un court moment, s’éleva rapidement dans les airs à quelques dizaines de mètres de hauteur, et se stabilisa finalement. Anna observa quelques instants au loin, utilisant de son mieux sa bonne vue pour se repérer et pour repérer l’oubliée fraîchement arrivée. Encore une fois, elle pesta intensément contre l’aspect de son enceinte : le brouillard extrêmement dense, la purée de pois qui lui servait de limite à la ville ne facilitait vraiment pas les choses ! Elle utilisa la carte qu’elle possédait pour localiser l’arrivée, se dirigea vers les environs. L’’aérojet posé sur son coussin d’air avançait dans un silence de mort, et la doctoresse voyait la ville entière sous ses pieds. Elle survola les alentours du Capitol, trouvant la bâtisse vraiment sympathique vue de haut, passa quelques minutes plus tard aux alentours de l’Intendo et de l’Aedes, survola leurs toits sans une once d’hésitation et arriva enfin en vue de l’enceinte. Elle fit perdre de l’altitude à son engin, se retrouvant à quelques mètres seulement du sol. A cause du brouillard intense de son enceinte, elle dut se résigner à allumer les phares et à regarder autour d’elle en avançant à très petites vitesse. Et enfin, elle là vit. La nouvelle arrivée.

    Elle était toujours allongée au sol, face contre terre, une face comme recouverte d’un tissu qu’Anna identifia rapidement comme étant une espèce de capeline rouge foncé d’une matière vraisemblablement lourde et chaude. Instinctivement, quelque chose lui parut curieux : ce genre de vêtement était déjà en désuétude avant son arrivée à Nosco, aucun nouvel arrivé depuis plus de trois cinquièmes de siècle n’en avait porté (et pourtant elle en avait vu défiler, des nouveaux oubliés : des grands, des petits, des gros, des maigres, des blancs, des noirs, des rouges, des verts, des beurs, des mecs, des nanas, des surdoués et des incompétents, des musclés et des gringalets, des amateurs de couleurs psychédéliques et des austères tout de noir vêtus, bref, la totale). Tout un échantillon de population avait défilé dans la ville, et jamais de cape de ce genre. La demoiselle devait être une originale, elle ne voyait pas d’autre explication cohérente à ce curieux phénomène de l’encapuchonnement rouge. Enfin, au fond, peu importait. Elle stabilisa le véhicule à cinquante centimètres du sol et en descendit. La fille ne bougeait pas, peut-être ne l’avait-elle tout simplement pas entendue arriver ? Après tout, l’aérojet du sapientia était plutôt du genre silencieux…

    Elle se pencha sur la forme inanimée, souleva délicatement le capuchon rouge et découvrit une longue chevelure noire et lisse qui encadrait un visage aux yeux très bleus, à la peau pâle, aux lèvres minces. Ce n’était pas une gamine. Elle était un peu trop grande physiquement, et ses traits étaient trop fins pour qu’il s’agisse d’une enfant. C’était plutôt une jeune femme, au sortir de l’adolescence à en juger par son visage, une jeune femme habillée comme une enfant. Anna retrouva bien vite ses réflexes de médecin : la respiration rapide et relativement superficielle, par la bouche et non par le nez, trahissait soit un cœur déficient, soit un souci pulmonaire quelconque comme de l’asthme, soit une grande angoisse. Le pire, dans cette situation, c’était que les trois étaient plus ou moins impossibles à distinguer… Anna s’accroupit, le visage moins dur qu’à l’ordinaire quand elle accueillait ses filleuls, comme si celle-là était une exception. Elle parvint même à lui sourire, ce qui en soi était plutôt rare. Elle chercha le poignet de la jeune fille, tâta son pouls pour en apprécier le battement (rapide), et eut une petite idée ironique : pour être restée affalée au sol pendant plus d’un quart d’heure à sa connaissance et être toujours plus ou moins essoufflée… il lui faudrait un bon stimulant. Comme la digitale. Digitale… ça ferait un joli prénom, ça, vous ne trouvez pas ?

    - Bonjour, fit-elle d’une voix qu’elle tâchait de rendre plus ou moins « enjouée » (dans le dictionnaire d’Anna, ce terme était plutôt synonyme de vague joie que d’élan de foi en l’humanité du genre tout est pour le mieux dans le meilleur du monde, ça baigne dans l’huile, et vous ?, mais bon…)histoire de ne pas inquiéter trop l’étrange fille sise à ses pieds, la tête presque dans le brouillard de son enceinte, je suis Anna Heidelberg… Certes, son nom ne devait rien lui évoquer, à moins qu’elle n’ait eu une Anna Heidelberg dans son entourage il y a peu. Cependant, Anna ne jugea pas utile de préciser qu’elle était médecin avant d’avoir plus ou moins calmé la miss : inutile de provoquer un infarctus ! Je suis ta marraine. Et toi… Toi, tu seras Digitale. Ca te plaît ?

    Le sourire disparut des lèvres d’Anna après les quelques instants qu’elle laissa à la demoiselle pour acquiescer, que ce soit affirmativement ou infirmativement, le prénom qu’elle venait de lui donner. Elle-même s’étonnait d’avoir pu être aussi douce, aussi gentille, alors que nulle part dans le peu de souvenirs qu’elle avait, elle ne se montrait plus sympathique qu’à l’ordinaire… à savoir pratiquement antipathique. Le glaçon aurait-il un petit peu fondu ? Non, fausse bonne idée, se ressaisir… mais pas maintenant. Elle aurait tout le temps de redevenir plus froide après. Elle n’était que professionnelle, et elle voulait éviter de traumatiser davantage une gamine pas si gamine que ça en état de choc émotionnel. Oui, c’était sûrement ça. Certainement. Assurément. Ca ne pouvait qu’être ça, et rien d’autre.

    Accroupie au sol, elle approcha encore un peu son visage de celui de la demoiselle, ayant perdu tout ce qui avait pu ressembler à un sourire si peu de temps auparavant pour le remplacer par une mine un peu inquiète. Ce n’était pas normal. Elle aurait dû déjà réagir davantage, déjà être sur ses pieds… les nouveaux arrivés se relevaient facilement, d’ordinaire, à moins d’avoir les jambes fracturées (ou un orteil foulé pour les plus douillets) ou autre chose du même genre… Non, ce n’était pas normal. Comment te sens-tu, dis-moi ? Tu peux te lever ?

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Re: La forêt écarlate de papier peint.

Message par Digitale Leane Ocoon le Mer 2 Fév - 20:37

Le bruit n’était clair, il résonnait sans s’arrêter. Il était là depuis le début, non point clair mais incertain, un complexe entre brutalité et douceur, une nécessité de l’existence pesante et pourtant rassurante. Sûr de lui, il continuait sans donner d’importances au questionnement de l’esprit : il provenait d’elle, elle le savait, mais pourtant elle était incapable de le contrôler. Etre moi était étrange, la naissance de son être déjà jeune adulte lui enlevait le droit de s’habituer progressivement à l’existence Puis, le bruit se modifia, se dédoublant sans pour autant bouleverser son corps. C’était comme un concert, une affluence : le rythme était balancé par un autre mouvement, sourd, qui peu à peu montait en puissance, appelant à un final explosif qui n’eut point lieu. Non, le second bruit s’arrêta et seul le battement incessant demeura, laissant l’esprit mitigé entre une satisfaction au renouveau du silence et la vexation d’une attente inassouvie. Les yeux fermés, le corps restait flasque comme inanimé, le visage contre le sol qui, assez meuble, lui permettait de respirer. Son souffle, désormais elle le sentait autant que l’entendait : lui aussi existait malgré elle et elle concentra ses efforts à ne plus respirer. Son corps l’appela et elle rencontra un nouveau malaise alors que l’air s’insultait en elle à nouveau : il fallait donc laisser faire ce geste naturel pour ne point être gênée. Sa tête se souleva du sol qui la gardait contre elle : sa peau rouge était tirée en l’air par le ciel.

Elle sentit son corps réagir à nouveau de manière étrange, surement le mur s’approchait il d’elle pour la blesser. Puis, le ciel la lâcha lentement et elle s’affala à nouveau, face contre terre. L’esprit était inquiet, le ciel n’avait point encore agit sur elle jusque là, l’autre avait il donc acheté sa volonté pour l’apporter contre lui ? L’esprit ne savait pas ce que le mur était et donc quels étaient ses moyens et ses possibilités d’actions, mais il savait qu’il n’était pas bon pour lui : il attaquait son moi. Pourquoi attaquer ? Pourquoi ne pas le faire ? Ce questionnement lui vint d’autant plus qu’elle sentit l’autre -qu’elle fuyait tant- la toucher. Etrangement, il n’était ni froid ni chaud, ni rêche : il semblait être fait de la même matière qu’elle. Il la touchait à coté de sa main qu’il bougea légèrement à ce contact.

" Bonjour "

Voila que l’autre lui parlait. L’esprit leva les yeux, n’affichant pas la moindre expression. L’autre n’était l’autre prévu bien qu’il demeurait un autre. Ou était ce moi ? Elle eut beau tenter de le mouvoir, c’était bel et bien un autre. Cet autre ne ressemblait aux deux autres qu’elle connaissait : ceux-ci étaient globalement lisses, droits. Debout ou allongé, celui-ci était plié. Il n’était point plat mais était composé d’un assemblement de formes géométriques. En haut se trouvait de nombreux fils noirs comme les siens accrochés à un ovale et, tout comme elle, cet autre avait plusieurs couches de peaux sans disposer des mêmes que les siennes. En dessous des fils noirs, se trouvait deux trous –ou étaient ce des billes ?- qui bougeaient, parfois recouverts un temps très court par une autre couche de peau. Elle avait également des objets qui ressemblaient au mur sauf qu’ils n’avaient de formes sombres sur eux. Ces murs étaient plus petits, tous blancs et parfois pointus. Sans comprendre pourquoi, le bruit lourd qui l’avait accompagnée jusque là à une fréquence régulière devint plus rapide à leur vue, les battements se rapprochant les uns des autres. Puis, les murs furent recouverts de nouvelles formes et de leurs mouvements naquirent d’autres sons.

" Je suis Anna Heidelberg… Je suis ta marraine. Et toi… Toi, tu seras Digitale. Ca te plaît ? "

C’est alors que l’esprit comprit qu’il comprenait les bruits. Ce n’était comme ceux qui sortaient de son propre corps, ceux qui émanaient d’elle. Ceux-ci signalaient quelque chose, ils avaient un sens, un but et s’adressaient à elle. La jeune femme découvrait le langage, un monde qui lui appartenait bien que jamais elle ne se souvenait lui avoir accordé la moindre importance : comprendre un mot sans pouvoir l’exprimer la laissa dans un certain émoi. L’autre arrêtait de montrer ses murs, non ce n’était point un autre, c’était Anna Heidelberg Ta Marraine. Elle s’était adressé à elle, elle lui avait signalé un lien : une marraine. Qu’était une marraine, Digitale ne le savait toujours pas mais c’était quelqu’un de bien pour elle sans aucun doute. Puis, le doute l’envahit quand à cette information, une marraine était comme un mur : elle ne savait ce que c’était. Marraine devait donc être la suite de la définition de l’autre. Ta Marraine… pourquoi Ta, qu’était-ce que Ta ? Surement était ce son nom égament. L’autre n’était donc pas Anna Heidelberg mais Anna Heidelberg Ta Marraine. Puis, la surprise l’envahit et elle plongea à nouveau son visage contre le sol : elle venait de ne plus songer moi mais Digitale. Ainsi moi était Digitale, l’autre était Anna Heidelberg Ta Marraine. Ce mouvement pouvait apparaître alors comme un simple acquiescement, mouvement que la jeune femme n’aurait comprit tant il lui manquait une culture : oui ou non n’existait dans son monde, seul la réalité des mots qui s’inscrivaient désormais dans ses souvenirs. On l’avait appelée Digitale, elle était donc Digitale, il n’était à réfléchir sur ce fait indéniable.

La jeune femme pouvait désormais être : elle disposait de souvenirs qui exprimaient qui elle était. Ce qu’elle ne comprenait toujours pas était ce qu’était une marraine. Elle n’avait point bougé son corps depuis longtemps ce qui l’amena à ressentir un certain tiraillement, comme si une multitude de petits autres s’ébattaient à lui ramper dessus. Ce n’était là une impression agréable et, bougeant naturellement sa peau noire et lisses de l’une de ses extrémités, elle s’arrêta bien vite : une douleur lui parcourait désormais le corps et chaque mouvement la faisait grandir. L’inaction n’apportait peut être rien mais ne la blessait point non plus. Dans un réflexe machinal, elle ferma ses paupières, refusant d’agir autrement. Les battements de son être se calmaient quand elle agissait ainsi, l’autre –le sol- la rassurait. Mais un bruit la fit voir à nouveau, Digitale –quel plaisir elle avait à songer être Digitale !- leva les yeux et remarqua que l’autre – Anna Heidelberg Ta Marraine- s’était rapproché. Pendant un instant, elle se demanda si ce n’était point elle qui avait bougé mais c’était là un fait impossible : elle n’était pas en position d’avancement entre ciel et sol.

" Comment te sens-tu, dis-moi ? Tu peux te lever ? "

Les courts fils noirs sur la forme ovale s’étaient rapprochés des billes sombres alors que celle-ci s’approchait d’elle. Ses murs étaient désormais entièrement cachés. Les billes fixaient Digitale qui, bien gênée, ne savait pourquoi l’autre agissait ainsi. Elle tenta de comprendre légèrement mieux les paroles de l’autre, elle avait utilisé un ton qui montait tandis qu’il avait laissé échappé les sons qui les formaient. Ainsi, Anna attendait une réponse, une réponse de Digitale. Celle-ci ouvrit la bouche et la referma –tel le poisson rouge en son bocal. Elle recommença tandis que ses yeux se fixaient sur la peau noire de l’autre, celle qui était au contact avec le sol. Elle ne comprenait pas comment l’autre faisait pour faire sortir des sons mais savait qu’elle, ne le savait point.

Elle décida donc de fixer les billes d’Anna Heidelberg Ta Marraine. Anna Heidelberg Ta Marraine était capable de faire du bruit, contrairement à Digitale, mais s’était arrêtée et semblait attendre quelque chose de Digitale qui, ne savait pas du tout ce que c’était. Peut être voulait elle s’éloigner du mur également ? Digitale, continuant de la fixer, se mit donc entre le ciel et le sol –soit dans une position à quatre pate- et avança d’à peine trois pieds vers l’autre avant de tomber à nouveau contre le sol. Il ne voulait la laisser s’évader, sans aucun doute, et la douleur due à la multitude l’avait terrassée : Digitale ne voulait pas souffrir et ne point bouger était donc le mieux. Elle continuait de fixer les billes d’Anna Heidelberg Ta Marraine, presque assurée d’avoir agit comme celle-ci le souhaitait. Son questionnement était il visible sur ses traits ? Digitale était encore bien incapable d’exprimer sur ses traits le moindre sentiment. Le sol où elle se laissa choir n’était plus aussi chaud que le précédent qui s’était habitué à sa personne, et lorsqu’elle glissait sa main dans celui-ci, elle pouvait le façonner. Avait-elle été façonnée ainsi ? Elle prit un peu de la terre dans la main et la tendit vers Anna Heidelberg Ta Marraine, maniée par la volonté de le placer dans la paume de l’autre pour que lui aussi puisse découvrir le sol.
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