Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

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Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Arsène Applegate le Ven 11 Mar - 1:56

Et puis, c’aurait pu être pire. Certes le souffle automnal qui s’écoula sur sa joue et sur sa nuque n’eut rien de la douce caresse d’une mère, concédons-lui néanmoins le mérite de l’avoir poussé sans plus de cérémonie sur la pente raide de l’éveil. L’on – va savoir qui ! – n’en demandait pas davantage : rester allongé là sur le sol dur à la façon d’une fleur persistante, cela vous avait quelque chose de follement imprudent et indécent. Seulement lui, nouvel oublié, ne soupçonnait pas encore l’embarras et l’angoisse dans lesquels sa situation devait bientôt le jeter. Le sommeil l’avait si bien laissé au seuil de la pureté psychique qu’à supposer qu’il ronflât et que l’un de ses ronflements l’eût éveillé en sursaut, il n’en aurait même pas eu honte – et moi, je peux encore affirmer qu’il est impératif, pour le rachat tout en modestie de soi-même, d’éprouver un intense sentiment de solitude lorsque l’on est enlevé au repos par son propre ronflement.

Il tentait une percée dans la pâleur alentour. Ses paupières et ses lèvres venaient de frémir, ses poings, jusqu’alors paisiblement fermés à hauteur du visage, s’étaient crispés dans un soubresaut. Etendu sur le ventre, il percevait peu à peu l’inconfort de sa position ; la raideur de son cou, une sensation de tiraillement dans les chevilles, mais surtout l’écrasement de son profil rougi contre une tige solide qui semblait s’être accaparé la tiédeur de sa peau. Il ne reconnut pas le métal de ses lunettes, n’y fit pas plus attention lorsqu’en se redressant, elles se délogèrent tout à fait de son nez pour demeurer au sol. Il s’installa sur ses jambes repliées sous lui, paumes contre les genoux, et acheva d’ouvrir les yeux… battit des cils à plusieurs reprises pour s’accoutumer à la lumière. Un bref examen lui fit découvrir qu’il avait sur le corps des tissus sombres ; quelque chose d’un peu rêche pour le buste, de plus doux pour les jambes.

Mais il n’aurait su dire. Les élancements ne lui causaient plus tant de douleur, à mesure que l’abandonnait cette impression de vacuité sereine – celle-là même qui, en insistant un peu, en demeurant là, dans ses entrailles, aurait pu faire de lui le parfait nouveau né. Une affaire de secondes. Les intuitions reprenaient insidieusement leurs droits et injectaient dans ses veines le plomb glacé de l’angoisse. Il effleurait inconsciemment un matériau primordial qui sans cesse se dérobait. Il ratait les degrés qui composaient son intérieur, n’était plus qu’une main sans accroche qui se refermait dans le vide, à quelques centimètres des garde-fous salutaires d’une identité devenue impossible à pressentir. Il eut un vertige. Son regard, jusque-là opaque, miroita de défiance et de peur.

Ses mains s’agitèrent, tâtonnèrent le sol. Il voulut se mettre debout, mais sa paume écrasa l’armature refroidie de ses lunettes et la déforma un peu. C’est en considérant l’endroit où sa peau avait blanchi qu’il prit conscience de sa première insuffisance : il voyait trouble. Il leva la monture à hauteur d’yeux et à travers, regarda au loin ; se trouva inapte à distinguer l’enceinte qui devait désormais lui servir de prison. Alors, lentement, il abaissa les verres, et la vit enfin. Masques pris dans une entrave qu’il n’identifiait pas ; des flux incolores qui serraient, serraient et figuraient un enlacement reptilien. Perplexe et complètement désorienté, il ne sentit pas son visage gagner en longueur.


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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Karlovy Kinsky le Dim 13 Mar - 15:20

On ne savait pas ce que Lovy faisait près de l’enceinte : ce n’était pas là un endroit où elle avait l’habitude d’aller. Et pour cause ! La vue n’avait rien d’exceptionnelle, pour elle biologiste. Du verre, une immense plaque de verre qui laissait entrapercevoir un paysage flou. Plus elle en approchait, plus la surface devenait opaque, lui cachant toute possibilité de comprendre ce qui se dessinait derrière. Ce mystère avait le don de l’énerver, elle dont l’esprit scientifique aimait à trouver une solution à tous ses problèmes. Alors, elle n’aimait pas se trouver là, et l’évitait tant que possible, puisqu’elle n’y trouvait aucun intérêt… Et elle n’hésitait pas à l’affirmer à qui voulait l’entendre, et à qui disait que l’enceinte était un endroit fabuleux. C’est sans doute pour ça que toutes les caméras étaient braquées sur elle. On devait se demander si elle mijotait un mauvais coup avec les rebelles, ou quelque chose dans ce goût là. C’est sans doute pour ça, aussi, qu’aucune d’entre elle ne nota la présence du corps abandonné du nouvel oublié.

C’était une journée de fin d’hiver, ou de début de printemps. Le ciel était voilé, et laissait parfois apparaître un fin rayon de soleil, qui venait timidement réchauffer l’atmosphère. Un air frais balayait les herbes vertes de l’enceinte, qu’on aurait pu croire automnal mais qui, en réalité, ne l’était pas, comme le témoignaient les bourgeons qui fleurissaient sur les arbres de Nosco. Karlovy avait besoin de réfléchir. Seule. Seule avec elle-même. Ces derniers temps, sa vie avait prise un drôle de tournant… Elle qui était devenue irascible et se satisfaisait pleinement de son célibat continu, se contentant de temps à autres d’un message de Zoltan qui faisait battre son cœur, erratique, avait trouvé quelqu’un qui l’intéressait. Kim. Le célèbre Kim. Le docteur le plus sexy et adorable qu’elle n’ai jamais connu de son existence. Si gentil… Avec du répondant… Et un sourire… Eeeeh, mais elle était en train de fantasmer encore !

Dans sa tête, deux visages flottaient, l’empêchant de réfléchir à des problèmes sérieux, comme la synthèse d’une prochaine protéine, ou bien quoi que ce soit n’ayant aucun rapport avec l’amour, de près ou de loin. D’un côté, Zoltan, beau, ténébreux et taciturne, une espèce de gros nounours bougon qui avait su prendre le coeur de la jolie brunette. Et il l’avait brisé, en partant chez les rebelles, en l’abandonnant seule. Toute seule. De l’autre, Kim, sexy, bavard et addictif. Il avait été là, quand Zoltan était parti. Il l’avait soutenue, avait su avoir sa confiance et son amitié. Et puis, peu à peu, leur relation avait évoluée, sans vraiment qu’ils ne s’en rendent compte. Jusqu’à ce que le destin le pousse à lui tomber dessus. Jusqu’à ce que le destin les rapproche, sans signes avant-coureurs de cette délicieuse catastrophe.

La scène revint devant ses yeux, encore fraiche, délicieusement fraiche. Il tombait, l’attirait avec lui. Elle à cheval sur lui. Des regards, un jeu. Elle séductrice, lui séduit. Et puis, à son tour, il venait jouer, et elle se rendit compte que son cœur battait. Fort, si fort. Des frémissements, des caresses, de la séduction… Leurs mains qui se tenaient, leurs corps qui se collaient et, enfin, un baiser. Le baiser. Pour la première fois depuis des années, Karlovy était devenue rouge, ses joues avaient pris une teinte amoureuse et elle avait baissé les yeux, comme fautive. Elle avait l’impression de trahir Zoltan, alors que Zoltan l’avait abandonnée. Mais elle se sentait bien, si bien avec Kim… Elle s’était blottie dans ses bras, avait respiré son odeur, l’avait retenu. Il sentait bon, l’une des eaux de Cologne les plus utilisées dans Nescio Vos, mais qui lui allait tellement, tellement bien. Sur lui, la fragrance en vogue devenait tout autre, infiniment plus agréable, infiniment plus… Lui. Elle frémit en se remémorant ce moment, le regard qu’elle avait jeté par terre pour apercevoir le carrela… Un homme ?! Oo

Là, non loin, elle voyait un homme allongé, comme mort. Inquiète, elle se mordit la lèvre, s’approcha lentement… Elle hésitait. On était capable de lui imputer ce meurtre, pour rassurer la population et continuer à faire de l’anti-pub aux rebelles. Devait-elle partir incognito, ou bien porter secours à cette personne qu’elle n’avait jamais vue auparavant ? Soudain, il se leva, tranchant nettes ses appréhensions : il titubait, il avait besoin d’aide, et elle était la seule à pouvoir lui en donner. En prime, ça la sortirait de ses pensées et lui permettrait de réfléchir à autre chose qu’à ce baiser. Y avait-il vraiment quelque chose derrière, ou bien… ? Oui, oui il devait y avoir quelque chose. C’était obligé. Mais… Non Karlovy, non ! L’homme qui se sent mal, là. Voilà !

Il n’était pas laid, n’était pas beau non plus. Quelque chose émanait de lui, une sorte de charisme, mais on ne pouvait trouver sur son visage autre chose qu’une forme d’ennui, une froideur à peine dissimulée, que son apparente perdition brisait à peine… Mais bien sûr ! Ce devait être un nouvel oublié, une de ces personnes qui arrivaient tout juste en Nosco, sans avoir aucun souvenir ! Dans sa tête défilèrent les images de sa première rencontre avec Zoltan. Il avait été son parrain. Il l’avait rassurée, l’avait nourrie et l’avait emmenée du côté de l’administration pour légaliser son arrivée. Et maintenant, c’était à son tour de s’occuper d’Arsène, à son tour de prendre soin de quelqu’un. Après tout, c’était elle qui l’avait trouvé, il était à elle maintenant ! Doucement, elle s’approcha du nouveau, prenant garde à ne pas l’effrayer et, sans cacher le sourire ravi qu’elle portait sur les lèvres depuis un moment déjà, elle lui demanda d’une voix douce :

« Bonjour… Tout va bien ? Tu te souviens de quelque chose ? »

Comment pouvait-elle le rassurer plus que ça, pour le moment ? Tactile, elle s’approcha plus encore, voyant qu’il ne se montrait pas agressif, et posa une main fraiche sur son bras nu. Zoltan lui avait expliqué ce qui arrivait. Il s’était enquéri de son état, et ça avait parfaitement fonctionné, ça l’avait rassurée. Alors, elle fit de même, parlant d’une voix douce mais enjouée :

« Est-ce que tu as faim ? Mal quelque part ? C’est normal que tu n’aies plus de souvenirs, ça nous arrive à tous, quand on est ici. Ici, c’est la cité de Nosco. Ou plus exactement l’enceinte de la cité de Nosco. C’est un monde à part, une nouvelle vie qui t’est offerte, et j’espère que tu la savoureras à sa juste valeur. Parce que crois-moi, la vie vaut le coup ! T’es vraiment sûr que ça va, tu vas pouvoir marcher ? »
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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Arsène Applegate le Lun 14 Mar - 17:54

Mais une tâche noire obscurcit son œil et il dut laisser là l’examen de l’enceinte, pour un autre somme toute plus agréable.

D’abord, ce fut un peu trop pour lui. Cela bougeait, souriait, se faisait entendre et le touchait. Il voulut tout englober mais n’obtint qu’une file indienne d’impressions qui se bousculaient, auxquelles il fut réceptif, avec toutefois ce sentiment de retard et de lenteur symptomatique des absents provisoires. La peur avait cessé de lui mordre le cœur, sans qu’il ne s’en fût vraiment rendu compte ; ce devait être ce sourire, qui probablement n’appartenait qu’aux jours heureux ; ou bien ce timbre de voix qui appliquait soudain sur ses doutes le baume des certitudes à venir et de l’apaisement. Il comprit ses mots avec le naturel d’un sourd arbitraire – lui eût-on dit autre chose, vecteur d’angoisse ou de menace, qu’il eût sans doute feint de ne pas entendre – et posa sur sa main, dont la température l’éveilla tout à fait, un regard qui n’impliquait ni invite ni refus ; en d’autres termes, une docilité absolue.

Il ne lui en fallut pas davantage pour comprendre que son sauveur était une femme – sans trop avoir le choix, il laissait aux évidences le temps de réinvestir son esprit ; ne répondait toujours pas, mais la considérait avec ce regard de… poisson mort dont il n’avait pas encore l’idée – était-ce heureux pour lui, je ne saurais dire ! Tourné vers elle, il fit l’erreur de ne pas incliner le visage ni de changer l’angle de sa nuque lorsqu’il voulut enfiler ses lunettes : en conséquence, l’armature manqua l’éborgner, et il eut un vif mouvement de recul, semblable à celui d’un chaton farouche dont on aurait osé toucher la truffe ; se frotta l’œil ensuite, avec l’air mi-indigné, mi-détaché du pauvre garçon qui ne s’interroge pas plus que cela, ajusta ses verres enfin pour éprouver la précision nouvelle de sa vue. Ce ne fut qu’à cet instant qu’il offrit à la jeune femme, et très spontanément, ce que nul autre n’obtiendrait jamais de lui – dès lors qu’il serait au fait de l’aberration qui le caractérisait : il lui sourit.

Oh, il n’y avait pas d’enfer, dans ce sourire-là. Ni de paradis. Seulement la perspective de contrées roses et vaporeuses, où le ridicule, barbare, mettait un point d’honneur à ne pas tuer. L’impression planait doucement que ce sourire l’aurait rendu infiniment plus beau s’il n’avait pas, déformé à outrance, figuré celui d’un épouvantail ; s’il ne s’était pas évadé sur la gauche bien plus que sur la droite ; s’il avait enfin épousé un peu mieux la forme de sa mâchoire pour rattraper l’allégresse réconfortante qui avait « autrefois » été la sienne. L’entrave qu’il sentit en étirant les lèvres le gêna un peu, mais il ne s’en soucia pas. Il relâcha tout, et sa bouche se remit doucement, péniblement en place, en gardant cependant un infime reste d’informe.


Je’ou’eme’cie.

… dit-il enfin ?
Il cilla, ne regarda plus la jeune femme, yeux froncés vers un ailleurs qui devait recevoir son incompréhension et peut-être bien un semblant de honte. Il comprit cette fois que quelque chose n’allait pas, et la main qu’il passa longuement sur le bas de son visage en témoigna. De l’endormissement, commençait-il tout juste à deviner. Il en revint à sa bienfaitrice, avec un air un peu plus las qui signifiait « Je disais donc. »


Je vous remercie, articula-t-il soigneusement, sans se rendre compte qu’un usage élémentaire lui était revenu. Je n’ai pas faim, ni vraiment mal… juste l’impression que l’on a un peu trop abusé du plumeau, là-haut – il se tapota la tempe du bout du l’index.

Il ne fit d’abord aucun commentaire sur le « monde à part » et la « nouvelle vie » que l’on prétendait lui offrir ; préféra se relever, un peu titubant pour commencer, les chevilles fatiguées, mais bien vite de nouveau sur pieds, corps droit et solide. Il fut obligé de baisser un peu le menton pour contempler la jeune femme.


Vous parliez d’une nouvelle vie, reprit-il tranquillement. Y en a-t-il eu une ancienne ? Ou plusieurs ? J’aurais volontiers accepté de ne plus avoir aucune certitude, s’il n’y avait pas eu, derrière, des intuitions qui me rendent très désagréable le fait d’avoir la tête vide. Une affaire d’abus de plumeau, vous dis-je.

Le très faible sourire dont il ponctua ses paroles dissipa totalement l’éventualité qu’il eût pu s’agir d’un reproche. Étrangement, il n’était pas en mesure de se fâcher, ni même de paniquer, désormais. Peut-être était-ce temporaire, mais courir partout en agitant les bras, s’affoler parce que quelque chose lui échappait, tous ces excès, sans qu’il ne se l’expliquât, lui semblaient de mauvais goût. Il n’évoqua pas ce qu’il avait deviné être « l’enceinte », encore trop embarrassé par son aspect, encore trop ignorant – ou inconsciemment saisi par l’orgueil et le désir d’en savoir plus lui-même sur ce qui arborait une forme décidément trop particulière – pour être capable d’en parler sans y être invité. Il fit plutôt quelques pas, se révéla étranger à la précipitation, et s’enquit doucement :

Êtes-vous là par hasard ? Où faut-il aller, maintenant ?
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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Karlovy Kinsky le Mer 16 Mar - 17:30

Oh… Le nouvel arrivé souriait. Ou, tout du moins, tentait de sourire. Parce qu’en réalité, l’espère d’ignoble grimace qui lui servait de sourire n’était… Ni plus ni moins qu’une ignoble grimace servant de sourire. Au lieu d’être le reflet d’une réelle amabilité, ou d’un franc bonheur, il ressemblait plus à une terrible fissure s’ouvrant dans son visage, et donnant une vue plongeante sur un gouffre noir béant dans lequel s’agitait une terrible limace géante. Vous savez, cette limace géante que tous les héros de fantasy affrontent un jour ou l’autre, qui a de la bave venimeuse et dévore ses victimes ? Sauf que là, c’était une langue, et Karlovy espérait pour son petit protégé que sa bave n’était pas venimeuse, auquel cas il passerait à côté de choses absolument géniales…

Comme, par exemple, le baiser de Kim, et toutes les sensations qui allaient avec. Les joues rosies, Karlovy se remémora pour la énième fois cet instant magique. Leurs corps se rapprochant. Leurs corps se collant. Leurs souffles se mêlant. La main de Kim sur ses hanches. La bouche de Kim, près, si près. L’hésitation, balayée par le sourire de Kim. Les lèvres de Kim rejoignant les siennes, d’abord avec douceur, puis avec passion et tendresse. Leurs langues dansant ensemble comme deux gouttes de pluie dans un envoûtant ballet. Ses mains glissant autour du cou de Kim, entourant sa nuque. Leurs souffles qu’ils ne reprenaient pas, qui, bientôt, leur manqua. Le… Nouvel Oublié, oui. Le Nouvel Oublié. Il tentait de parler, sans trop de succès, ce qui n’était pas bien étonnant. Un moment d’hésitation de sa part, perdu, qu’elle balaya en serrant son bras avec douceur, l’air de dire « Vas-y, parle. »…

Oh, il la remerciait, et lui disait qu’il allait bien ! Et il parlait de plumeau… Pourquoi parlait-il de plumeau en montrant sa tête ? Oo. Karlovy hésita à lui expliquer qu’en réalité, c’était une tête et non un plumeau, ce qu’il pointait du doigt, mais n’osa pas de peur qu’il ait l’impression qu’elle le prenne pour un débile. Elle ne voulait pas se le mettre à dos, c’était déjà trop incroyable qu’elle ait la chance d’avoir un filleul. Après tout, elle avait des ascendants rebelles bien marqués, on apprécierait sans doute pas qu’elle ait trouvé un Nouvel Oublié, avant qu’ils n’envoient un de leurs cabots les plus sûrs… Enfin, elle disait ça, mais Kim faisait parti des cabots, alors… On s’en fiche, de toutes façons : il ne saurait pas ce qu’elle avait pensé à ce moment-là. Faisons comme si de rien n’était. Et arrêtons, pas pitié, de penser au fameux Docteur Van Berghen ! Ne pensons plus. Enfin si, pensons Arsène. Et évitons d’autres gaffes du type « Autre vie », qui sous-entend un passé qui sous-entend qu’on peut le trouver qui lui mettrait encore plus la Guilde à dos. Ainsi, tout le monde s’en portera mieux !

« Oui, on a tous une ancienne vie. Mais la Guilde interdit formellement d’en chercher la moindre trace, de retrouver des souvenirs que l’on a pas perdu par hasard. »

La Guilde… Il ne devait probablement pas savoir ce que c’était, tout comme ces multiples instances qui régissaient la vie des Noscoïens. La complexité de la ville apparaissait comme évidente aux yeux de Karlovy, mais elle comprenait qu’un nouvel Oublié puisse se sentir un peu perdu. On ne savait pas qui l’on était, ni qui on voulait être, et on se retrouvait brutalement projeté dans un monde totalement étranger… Bon. Elle allait tenter de lui expliquer succinctement comment fonctionnait l’endroit où il était, tout en l’amenant vers l’Administration, prochaine étape, mais étape fort importante pour légaliser l’arrivée du p’tit nouveau. D’une voix douce et posée, sans quitter son sourire, et veillant à ne pas laisser ses pensées dériver vers Zoltan ou vers Kim, ou vers les deux si possible.

« Oui, je suis là par hasard. Normalement, la Guilde envoie un guide, qu’on appelle parrain, s’occuper des Nouveaux Oubliés qui viennent d’arriver, comme toi. La perte de son passé peut créer une certaine confusion bien compréhensible chez ceux qui arrivent près de l’Enceinte… L’Enceinte, c’est un truc dans le coin. Chacun y voit quelque chose de différent : pour moi, c’est du verre flou et incassable qui s’obscurcit quand on s’en approche, mais je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Il arrive que l’enceinte donne des indications sur les hobbies de chacun. Moi, par exemple, je suis devenue technicienne de laboratoire, ce qui se rapproche un peu de l’idée de verrerie… Que vois-tu toi ? »

Tandis qu’elle parlait, elle s’éloignait de la dite enceinte pour se diriger vers d’imposants bâtiments blancs, veillant à ce qu’Arsen resta bien à ses côtés. D’une part, elle voulait s’assurer qu’il ne parte pas n’importe où et qu’elle le perde – elle avait la chance innée d’avoir trouvé un nouveau, et elle comptait bien s’imposer comme marraine – de l’autre, il arrivait fréquemment que les oubliés dans son genre s’évanouissent sans prévenir à un moment imprévu. Elle aurait eu bien du mal à porter cet amas de chair trois fois plus grand qu’elle, mais au moins, elle se serait sentie moins coupable qu’en le laissant tomber mollement par inadvertance. Et puis, déjà qu’elle pressentait que s’imposer marraine serait dur, si en plus elle maltraitait le brun… Le pauvre allait se retrouver dans une guerre nucléaire Guilde/Karlovy dès son arrivée… Ça promettait d’être drôle. Continuant sur sa lancée, elle donna d’autres règles de vie :

« Alors déjà, cesse de me vouvoyer, je ne suis pas si vieille… Enfin, plus que toi, mais moins que… Bref, je me comprends. Ensuite, je t’amène vers l’Administration de la Guilde, l’un des bâtiments blancs que tu vois là. Oui, ici, tous les bâtiments sont blancs : il y a le Sapientia là-bas, l’Aedes ici, là le Capitatol et ici le Sanctuaire de Joshi ! Ah oui, à Nosco, on a deux principaux groupes (négligeons les rebelles, peut-être…) : la Guilde, qui sont la majeure partie des gens, et la Congrégation. La Congrégation est un groupe à part. Ils s’occupent de gérer les ondes alpha, un truc important dont je n’ai jamais compris l’intérêt (mentons, et mentons bien ^^ ‘), et vouent un culte à Joshi… Un type qui est devenu Guide Sacré, puisqu’il a été le premier à trouver le secret de ces ondes. Ce qui fait deux personnes principales se partageant le pouvoir : Joséphine de Nosco, impératrice de la Guilde d’une part, et Allan Cadmum, grand prêtre de la Congrégation de l’autre. Tu me suis ? Tu as des questions ?»

Ils arrivaient tout juste dans la ville : l’administration ne serait plus bien loin.
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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Arsène Applegate le Mer 16 Mar - 23:11

Non, vraiment, laissons là les fantasmes sur la langue de mon pauvre petit ; elle n’avait rien d’une Scylla – sauf si l’on insistait trop, alors cela ne valait pas vraiment le coup, puis la comparer à une limace l’exposait sérieusement au danger. En d’autres termes, déposez immédiatement ces bavoirs ou je risque de devenir mauvaise ! Avec toute mon amitié.

Mais lui ? Il la regardait. Placide, tristement insouciant. La compagnie d’un individu semblait l’avoir détourné de ses appréhensions, qui attendaient sûrement les noirceurs de la solitude pour ressurgir. Il attrapait les informations comme elles venaient, sans vraiment de structure ; pourtant, une logique renaissante tissait sa toile en sourdine et en organisait les nouveaux filons, pour former très progressivement le réseau vaste et persistant des questions compromettantes. En toute innocence.

Il la suivit, le pas tranquille, et coula vers elle un regard en biais. Quelque chose de rassurant dans l’allure, dans la voix, une contagion bienveillante qui le détendit plus encore. Il s’en détacha cependant, rappelé à l’enceinte qu’il aperçut par-dessus son épaule. Un frisson lui hérissa la nuque. Pénible. En considérant ce que son aspect lui inspirait, il ne put s’empêcher d’être un peu surpris, tant par la facilité avec laquelle sa bienfaitrice en parlait que par ce qu’elle lui décrivait : une apparence oppressante également, peut-être plus abstraite, mais moins effrayante à ses yeux que ces masques inexpressifs et noyés. Pensif, il noua instinctivement ses mains derrière le dos, partagé entre le désir de n’en rien dire et celui de se confier. L’aura de la jeune femme, une fois encore, eut raison de lui.


Je vois des masques blancs, expliqua-t-il avec un soupçon d’hésitation dans la voix. Compressés par un liquide transparent. Je ne sais pas si l’on peut y lire une quelconque prédisposition. Cela m’inquièterait un peu, je crois.

Il s’abîma aussitôt dans la contemplation des édifices, las déjà de leur couleur dont il n’appréciait pas du tout l’omniprésence. Il lui semblait que par elle, l’emprisonnement se prolongeait et ternissait les promesses que devait formuler l’ensemble de ce monde inconnu. Et force lui fut d’admettre qu’il n’éprouvait encore aucun enthousiasme. Il s’agrippa à la voix de sa bienfaitrice et s’exerça au tutoiement dans d’imperceptibles murmures.

C’est très généreux de… ta part de me prendre en charge à la place de quelqu’un d’autre, la remercia-t-il enfin. Je veux dire, à la place de celui qui aurait dû me trouver et s’occuper de moi, si tu n’avais pas été si rapide. Tu le fais souvent ? Dois-je v… t’appeler pa… Marraine ? Et moi, comment dois-je m'appeler ? C'est embêtant, tout de même, de ne plus se souvenir de rien. J'aurais au moins aimé un... un... un prénom.

Eh ! Le pauvre bonhomme ne pouvait soupçonner à quel point il enfonçait le clou. Du reste, il s’abstint d’ajouter qu’il aurait peut-être fallu laisser un mot à l’aimable parrain qui se déplacerait pour rien, toutefois ce ne fut que pour mieux céder au vice des questions prévisibles mais non moins embarrassantes. En hochant continument la tête. Et avec ce je-ne-sais-quoi d’insistant qui signifiait qu’il ne pourrait se satisfaire longtemps de réponses évasives.


Pourquoi est-il interdit de chercher après son ancienne vie ? Que se passe-t-il si l’on s’y risque ? N’as-tu donc récupéré aucun de tes souvenirs ? Et pourquoi la Guilde et la Congré… Congrégation – c’est ça ? – sont-elles séparées ? Les « ondes alpha » sont-elles sujettes à conflit ? Pourquoi aller jusqu’à vouer un culte au Guide Sacré – j’en déduis qu’il a disparu, s’il ne fait pas partie des autorités actuelles ? Pour connaître à son tour le secret des « ondes alpha » ? L’Impératrice est-elle gentille ? Et monsieur le grand-prêtre ? Quelqu’un envisage-t-il de repeindre la ville ? D’ailleurs, est-ce tranquille, par ici ? Il promena le nez un peu partout en reprenant son souffle. Les rouages inattendus de son esprit venaient de le subjuguer. Vas-tu m’abandonner si je te pose une dizaine d’autres questions ?

Lents battements de cils, l’air de dire que, tout de même, il était gentil.
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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Hologramme le Sam 19 Mar - 17:25

Une pomme devant la porte menant à un pont,
Pourquoi pas dans le fond?
Tu as l'art de la scène,
Arsène?
Regarde, autour de toi,
Interroge en toute bonne foi,
Plonge aussi ton regard
Vers ta propre image sans commettre d'écart.
Montre-toi juste astucieux et curieux,
Nouvel oublié tombé des cieux...


Karlovy Kinsky, que l'histoire de Joshi et de Nosco, tu transmettes...
Milles et une nuit, ne suffirait pas aux milles et une questions auxquels tu devras te soumettre,
Accepte ce sacrifice que tu as choisit délibérément et réponds-y pour son bien-être!
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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

Message par Karlovy Kinsky le Sam 19 Mar - 17:45

[ Bien chef o> ]

Il n’était pas très bavard, ce nouvel arrivé. Dans ses souvenirs, Karlovy avait posé un tas de questions au pauvre Zoltan, le mettant très rapidement en porte à faux. Arsène, lui, restait coi, la regardant d’un air absent, presque froid et supérieur. S’était-elle fourvoyée ? N’était-il, en réalité, pas un nouvel arrivé, mais plutôt un ancien qui se moquait d’elle et attendait qu’elle se rende compte de son erreur ? Non. Cette hypothèse était improbable, scientifiquement impossible… Il devait être sonné, voilà tout. Peut-être un peu noyé sous le flot de paroles dont la scientifique faisait preuve, aussi. Mais qu’importe ! Elle allait le remettre sur pied, le gaillard ! Souriante, elle s’apprêtait à en remettre une couche, lorsqu’il s’agita enfin, lui décrivant l’enceinte, un soupçon de frayeur dans la voix, mais un visage toujours aussi impitoyablement neutre.

« Ne t’inquiète pas. L’enceinte est effrayante, pour certains : un moyen d’empêcher toute volonté d’aventure, peut-être ? Mais elle n’a jamais bougée depuis Joshi, et elle ne bougera pas. Si elle te met mal à l’aise… Evite-là, peut-être ? »

En même temps qu’elle se faisait rassurante, elle avait posé une main fraiche sur le bras de son compagnon. Il n’avait pas l’air de particulièrement apprécier le contact, car lui-même ne le pratiquait pas (encore ?), mais elle ne pouvait imaginer d’autres façons d’être proche et calme. Et puis, au pire, s’il n’aimait vraiment pas, il n’avait qu’à le dire, et elle tenterait d’arrêter. Peut-être. Si elle était de bonne humeur. Mais, pour le coup, elle se sentait diablement de bonne humeur, il fallait bien le dire. Elle allait avoir un filleul, quelle joie, quel bonheur ! La vie réserve parfois de douces surprises et, après des années de difficultés et de frustration pour la jolie brunette, le vent se mettait enfin à tourner. Kim, puis ce nouveau, c’était… C’était trop pour être vrai ! Un grand sourire aux lèvres, elle écouta le petiot parler. Ah, enfin. S’il était un peu gauche, il semblait néanmoins se sentir un peu mieux et prendre ses aises.

« Je n’ai jamais eu de filleuls : tu es le premier ! Mais tu n’es pas obligé de m’appeler Marraine : tu peux m’appeler Karlovy, ou peu importe, du moment que tu évites Kaka… Quant à toi, il va te falloir choisir un prénom et un nom. Tu as des idées, quelque chose qui te plaît, ou bien tu veux que je te donne des exemples ? »

Il parlait de le prendre à la place de quelqu’un d’autre. Ah oui, tiens… Peut-être que ce petit nouveau avait déjà un parrain attribué, qui serait déçu et… Et qu’importe ! Elle avait été la première à le trouver : maintenant, il était à elle, et rien qu’à elle. Les autres n’avaient qu’à se déplacer plus vite, s’ils en voulaient un bout ! Possessive, vous dites ?! Karlovy ?! Naaan, pas du tout, il n’y a pas plus gentille, plus douce et plus tranquille que la demoiselle… Hum… Bon, ok, elle était peut-être un peu jalouse. Mais bon, que voulez-vous : on a tous des défauts. C’est alors qu’un déluge de questions s’abattit sur ses oreilles, auxquelles elle tenta de répondre du mieux possible, tandis qu’ils rentraient dans le hall d’accueil du bâtiment d’administration.

« Hou la, hou la, doucement ! Je vais pas t’abandonner, mais je risque sérieusement de vouloir te noyer dans la première fontaine venue ! (petit rire léger, histoire qu’il comprenne bien que c’était une blague, hein… Inutile de l’effrayer, le pauvre petit). Donc. Je ne sais pas pourquoi on n’a pas le droit de chercher son ancienne vie : l’impératrice doit juger ça comme dangereux, je suppose. De toutes façons, elle doit avoir ses raisons : c’est une femme qui tient son rôle depuis longtemps. (et hop, un petit peu de lèche-bottisme, histoire de bien se faire voir et de pouvoir garder le filleul !). Si tu t’y risques, tu enfreins la loi, et tu es puni en conséquence. Il n’y a pas eu de cas récents, ou alors des personnes assez discrètes ou hautes placées pour se faire prendre… Néanmoins, les sentences de Nosco vont d’une simple amende à la mort, et cette règle fait partie des édits les plus importants. Je te déconseille donc fortement de t’y risquer. »

Si elle avait récupéré de ses souvenirs ? Non, aucun. Mais, il y a quelques jours de ça, Joshi lui avait demandé de prendre contact avec les rebelles pour récupérer une partie de son passé, et… Et elle était plus que tentée de le faire, malgré les risques qu’elle prenait et tout le bazar. Le souci, c’est que Lisbon avait repris son enquête sur elle, et qu’il était plus que capable de la suivre dans les sous-terrains. Comment faire, donc, pour aller voir le petit peuple bleu ? Elle voulait voir Zoltan, histoire de se confronter à lui, de lui dire pour Kim et… Et Joshi lui tendait une perche, là ! Elle voulait retrouver son passé, elle voulait voir Zoltan… Peut-être que le guide lui prêterait main forte pour se débarrasser de son éternel poursuivant ? Mais là n’était pas le sujet : Arsène avait encore plein de questions, tandis qu’ils s’engouffraient dans l’ascenseur menant au premier étage, et au fameux bureau du fameux Joseph.

« La Guilde et la Congrégation sont séparés parce que… ben parce que c’est comme ça. En fait, j’en sais rien, j’me suis jamais posé la question, mais tu pourras sans doute te renseigner en allant lire les livres de la bibliothèque de Nosco. Les ondes alpha ne sont pas vraiment sujettes à conflit : elles sont le secret de la Congrégation, et presque la raison de vivre de ce groupe, à l’exception du culte de Joshi. Toutefois, ces fameuses ondes sont vitales pour la ville, et si jamais un conflit venait à éclater, elles pourraient vraiment devenir une arme décisive… C’est pour ça que Joséphine fera toujours en sorte de laisser la paix perdurer. C’est une chance, pour nous. Joshi a été le créateur de ces ondes, de cette cité. C’est lui qui a permis la vie ici, et ce culte est une forme de reconnaissance à son encontre. Il a effectivement disparu, mais certains disent qu’il est vivant… je ne connais pas personnellement l’impératrice et Allan Cadmun, mais je suppose qu’ils ne sont pas méchants. Et non, la ville restera blanche, mais tranquille ! »

Ouf, ça y était ! Elle avait répondu à tout ! Ils arrivaient en vue du bureau de Joseph, et ça allait maintenant être au tour du nouvel Oublié de répondre aux questions du jovial et graisseux bonhomme, dont le sourire contagieux ne pourrait que le rassurer, malgré l’absence de Karlovy. Gaiement, elle s’avança jusqu’au guichet, sans cacher la fierté qui l’envahissait à l’idée d’avoir une responsabilité telle que celle d’un filleul. Elle connaissait bien Joseph, qu’elle devait régulièrement aller voir afin de prouver qu’elle n’avait pas quitté la cité extérieure au profit des sous-terrains… Et surtout des rebelles. Elle le connaissait bien, donc, et elle l’appréciait. Mais pourquoi, ce jour-ci, son sourire semblait-il forcé et gêné ? Pourquoi tirait-il une tête de six pieds de long ? Les sourcils froncés, la jolie brunette déclara à son compagnon :

« On va maintenant t’enregistrer. Pour cela, Joseph, là-bas, va t’examiner et te poser plein de questions… Mais tu vas voir, il est gentil, hein ! Bonjour Joseph !
- Hum. Bonjour, Karlovy. Tu… Tu vas bien ? »

Oui, vraiment, Joseph était anormalement mal à l’aise. Lui d’habitude si jovial et bavard paraissait vraiment dans ses petits souliers, presqu’intimidé par la verve séductrice de Karlovy. Cette dernière lui lança un regard en coin, essayant discrètement de lui demander ce qui n’allait pas, pour ne pas inquiéter Arsène – car c’est comme ça que son filleul désirait s’appeler. Elle n’eut, pour tout retour, qu’un sourire gêné, un petit raclement de gorge et un murmure dont elle ne comprit goutte. Son regard se fit plus insistant et, enfin, Joseph prit son inspiration, posa ses mains à plat sur le comptoir et lui déclara, l’air profondément désolé :

« Je suis désolé Karlovy, mais… La Guilde ne veut pas que tu sois marraine d’un Nouvel Oublié...
- Quoi ?! (stupeur et déception). Mais… Pourquoi ?
- Ils jugent que, vu ton cas et tes antécédents, ce ne serait pas là un choix judicieux…
- Comment ça pas un choix judicieux ?! Parce que Zoltan est parti chez les reb… (ah non, pas devant le nouveau !) est parti, je peux pas avoir de filleul ?! Je suis aussi apte qu’un autre à gérer un Nouvel Oublié, je connais la ville, je connais des gens, je suis capable de comprendre ses besoins et de m’y tenir, de garder secret ce qui doit l’être et je… Mais c’est scandaleux ! Je proteste, je proteste fermement, vous n’avez tout simplement pas le droit ! C’est du favoritisme, je… »

Karlovy n’avait plus rien de la gentille et rassurante demoiselle d’il y a peu. Ses joues avaient viré au rouge cramoisi, et ses yeux verts brillaient d’une colère sauvage et impossible à contenir. On la privait de son petit nouveau, de celui qu’elle s’était appropriée, qu’elle devait avoir pour elle, qu’elle devait protéger, éduquer, aider, qu’elle… Elle voulait vraiment pouvoir s’occuper de quelqu’un, lui léguer quelque chose… C’était peut-être là son instinct maternel, impossible à combler dans Nosco, qui lui dictait ses besoins, mais elle avait été si contente… Elle s’était montrée si naïve de croire que la première arrivée gagnait le gros lot ! Dans un souffle, elle ferma les yeux, tenta de reprendre son calme, les rouvrit sans pouvoir contrôler l’étincelle de haine qui y brillait fermement. C’était injuste !

« Ça va mieux, Lovy ? Calme-toi, tu fais peur au petit. Tu aurais du t’en douter, non ?
- Oui, t’as raison Joseph. Mais j’trouve ça tellement… Tellement injuste ! Et après, elle s’étonne de ne pas faire l’unanimité, elle…
- N’en parlons pas, tu veux ?
- Je risquerais de devenir grossière… Et je ne veux pas te causer d’ennuis. En revanche, celui qui devra s’occuper d’Arsène va en baver, je te le dis tout de suite. Qui est l’heureux élu ?
- Le docteur Kim Van Berghen. Paix à son âme.
- Ki… Kim ! »

La colère fit place à la stupeur, sur le visage de la jolie brunette. Kim allait être le parrain de son filleul ? C’était Kim qui lui volait son bien le plus précieux, cet homme qui, déjà, lui avait volé son cœur ? Mais c’était… C’était du grand n’importe quoi ! Joshi, Joshi, vient ici qu’elle te fasse la peau, qu’elle t’étripe ! Toi, ou n’importe qui responsable de ses souffrances. Qui avait osé lui faire un tel coup, qui devrait supporter le poids de sa colère, de sa rage, de son désespoir ? Il y avait bien quelqu’un qui devrait payer ! Clouée sur place face au douloureux mélange de sentiments qui l’assaillait. Mais pourquoi, par Joshi, pourquoi devait-elle subir ça ? Qu’avait-elle fait pour mériter un tel châtiment ?! Et d’ailleurs…

Un châtiment, vous dites ? Elle allait revoir Kim, et cette idée créait chez elle une sensation de plaisir si agréable, si jouissive que… Elle allait devoir se tenir. Le rouge sur ses joues persista, non plus fruit de sa colère, mais fruit de son désir, tandis qu’elle baissait les yeux. En fait, elle allait avoir un enfant avec Van Berghen, en quelques sortes. Ce nouvel Oublié allait être leur gosse. Ils allaient l’élever, l’éduquer et… Oooh, mais elle se faisait rêveuse là ! Mentalement, elle s’infligea une claque, toussa un petit coup et posa ses yeux sur Arsène. Le pauvre, son arrivée était tout sauf sereine, il devait avoir beaucoup de choses à engendrer d’un coup. Enfin bon, c’est pas comme si son cerveau était déjà surchargé d’informations… Plus calme, elle se tourna vers Joseph et lui assura, tentant de dissimuler ses véritables sentiments derrière le rire :

« Eeeh, mais c’est pas juste ! C’est un ami, j’vais même pas pouvoir lui faire la peau ! Euh… Désolée Arsène, j’ai un peu craqué… »

[ Suite ici ]
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Karlovy Kinsky
~ Biologiste ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Technicienne dans la synthèse alimentaire
Âge réel : 19
Âge d'apparence : 27

Compétences
Mémoire:
250/10000  (250/10000)
Compétence principale: Biologie
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Chacun s’agrippe comme il peut à sa mauvaise étoile*

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