Les maux roses [libre]

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Message par Ann-Juliett Taylor le Sam 19 Mar - 16:49

    [Pour mon défi : en bleu les pensées et les écritures. En blanc les verbes, en blancs et souligné le passé surcomposé]


    Tomates : pâteuses, comme cuites et dites pourtant fraiches. Une moquerie, sans doute.
    Viande : Carbonisée, dure comme de la pierre, tombant dans l’estomac comme un boulet de canon, un bout de charbon, un mal pensé bon.
    Purée de pomme de terre : quelconque. Une bouillie destinée à engraisser ceux des sous-sols, c’eut été fait pour la rendre folle qu’elle n’en aurait pas douté.
    Salade : fanée comme tous les beaux jours, comme le passé, éteint et abîmé.
    Jus d’orange : vitaminé certes, amer sans nul doute, comme les restants d’autrefois.
    Mousse de framboise : aucun goût malgré sa couleur rose. Des mots roses sombrant vers le morose, coulant dans l’over dose, touchant les mots en prose, les maux en prose, les maux des choses, les mauvaises choses.
    La table : sombre et sale, sans plus d’idéal, d’idées à l’envers, sans plus d’envers et d’endroit, justes des idéals, rien que des idéals, des idées pâles, des idées sales, des idées du mal.
    Le monde : en circonférence, du mauvais sens, rien qu’à l’envers, juste en dessous, comme des vers rampant pour faire la différence.

    Un repas, le reflet de Nosco. Pas de ratures, pas de fautes et pas d’exagération. Juste Nosco, rien que Nosco, le mal de Nosco. Un pas de plus sur le sol, un virage sur la droite et puis une pièce, une chambre, paisible chambre. Son poids sur le matelas écrasa la fine épaisseur du confortable support, son ordinateur posé à cet endroit-là et frappé à présent de ses doigts fins.

    Je ne sais plus, je ne vois plus l’utilité d’un tel combat. Je perds en confiance, je gagne en méfiance. Je soupire en voyant ces morts, je ferme les yeux en voyant la culpabilité. Je suis responsable. Je touche le fond. Je n’avais pas prévu cela. Une bataille sans fin, voilà dans quoi je me suis engagée. Et si seulement il avait été décidé de mettre fin à cette guerre, si seulement, les armes dans l’air n’avaient été levées que pour une victoire toute autre, contre les créatures par exemple, je n’aurais pas eu, dans le cœur, ce goût amère d’une vie morose. Je ne vais nulle part. Je n’avance pas, je recule. Je fais des ronds, dans l’eau, je coule plus que je ne flotte, je sombre plus que je ne survis. Je suis l’arme de la guerre, je suis l’épée de la haine, je suis le bras de la mort. Je suis une larme, un cri dans le noir, je suis abjecte et je me hais. Je ne suis plus ce que j’étais. Et si seulement la paix n’avait pas été brisée…

    Je suis une paysanne et je récolte le lourd fruit de la révolte, je paie le prix de cette folie, je paie de prix comme mes amis, comme mes ennemis. Je paie le prix de Nosco. Je pais toujours, et je ne gagne rien, je ne gagne plus rien. Je fais comme eux, je regarde mon nombril, je défends mes intérêts… Mais pourquoi ai-je changé ? Mais pourquoi ai-je disparu ? Mais pourquoi ai-je prononcé le requiem de l’Angie d’autre fois ? Je suis ce que j’avais été destinée à être. Et je pleure aujourd’hui. Mais je ne peux m’en prendre qu’à moi.

    Je suis, mais je ne veux plus être. Je suis ce que je veux paraître. Et je veux fuir, je veux en finir avec Nosco. Je veux un autre monde, celui que j’ai connu autrefois, celui que je retrouve grâce, je pense, à Joshi. Et je l’écoute encore aujourd’hui. Je ne veux plus d’ici, je ne veux plus de Nosco. Je ne veux plus être au cœur de ce déchirement, je ne plus être là où je n’ai pas ma place. Mais ni chez les rebelles, ni dans la Guilde, ni près d’Allan je n’ai de place. Je veux sortir. Je veux partir. Je veux fuir !


    Un claquement dans l’air, celui de son ordinateur fermé avec rudesse. Des pas dans les couloirs, leur son dans l’écho au loin. Les vieux réseaux. Odeur nauséabonde : Nosco. Obscurité complète : Nosco. De la haine et du désespoir : Nosco. Des cris et de la crainte : Nosco. Des larmes et des plaintes : Nosco ! Du sang et des feintes : Nosco ! Nosco ! Nosco !

    *Je vois chercher… Je dois trouver… Il doit bien y une sortie…*
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Re: Les maux roses [libre]

Message par Hologramme le Sam 19 Mar - 17:13

Telle l'étoile du Berger,
Il y avait de ces appels qui ne se refusent pas.
Ainsi était le désir puissant qui avait saisit ce bras,
La lumière d'une lampe pour éclairer le chemin qui s'ouvrait.

Prudent aventurier, presse ton pas jusqu'à croiser la femme perdue dans ses pensées.
Fais-fi du danger, et engage la conversation sans aucun préjugés!
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Re: Les maux roses [libre]

Message par Kath le Dim 20 Mar - 22:31


    Une envie l'avait saisie. Une envie brusque, soudaine, violente, qui lui avait sauté à la gorge comme un fauve affamé. La vue du tunnel menant aux souterrains l'avait subitement arrêtée et une idée folle s'était emparée d'elle. Kathleen voulait sortir. Pas s'aérer gentiment dans les jardins de Nosco -qui étaient de toute façon une zone à trébuchements louches et dangereux- ni aller s'étouffer les sens en discothèque au milieu d'une foule compacte. Elle voulait sortir, partir, s'évader, car jamais Nosco ne lui avait semblé prison si exiguë et étroitement surveillée. Kathleen avait appris à vivre avec cette surveillance permanente, allant jusqu'à oublier la présence des yeux voyeur des caméras. On s'y faisait, à la longue, comme les lentilles : au début, on les sent de manière très gênante mais au fil du temps on oublie qu'elles sont sur nous ; elles deviennent une partie de notre existence. Cependant, il arrive qu'une saleté se glisse en dessous. Alors elles recommencent à nous gêner. Parfois la gêne part toute seule mais, d'autres fois, on est obligé d'intervenir pour retirer l'épine. Soit, on enlève ses lentilles et on les nettoie.

    C'était exactement ce que ressentait Kathleen. Une gêne, une épine la torturait de l'intérieur mais ce n'était pas à l'aide d'un produit d'optique qu'elle arriverait à la déloger. C'était la liberté qui l'appelait, l'oxygène de l'aventure qui se répandait dans ses veines. Elle recherchait cette ivresse des grands espaces que la gamine, courant dans un champ de blé, avait pu connaître. Cette ivresse qu'elle avait connu mais dont lui goût lui échappait. Les odeurs enivrantes des fleurs champêtres n'avaient cessées de lui titiller les narines, depuis ce souvenir, de lui rappeler douloureusement que rien ici n'était comparable à la beauté des épis de blé brillants sous la caresse d'un soleil mourant. Il n'y avait rien de cela dans la petite Nosco. Nosco... où tout était si soigneusement enregistré, si contrôlé, si étouffé dans un carcan de règles...

    Sauf les souterrains. Personne, pas même l'Impératrice ne pouvait conquérir le territoire vierge et sauvage des souterrains. Une petite partie qu'on appelait les sous-sols utiles avait été modernisée et dominée par les hommes. Le reste, les sous-sols désaffectés, n'étaient que désolation et ruines, les vestiges des tentatives noscoiennes pour s'approprier des couloirs que les créatures gardaient. La brigadière avait toujours eu une fascination étrange pour cet endroit. Une fascination qui avait toujours surmonté ses craintes car avoir frôlé plusieurs fois la mort ne l'avait pas dissuadée d'y revenir. Il y avait quelque chose dans ce lieu, cet autre monde, qui l'intriguait, comme si toutes les réponses aux questions de Nosco s'y trouvaient.

    Toutefois, les secrets de Nosco ne l'intéressaient pas aujourd'hui. Une lampe à la main pour éclairer son chemin, son sniper sur les épaules et une armure fine sur le corps, Oxymore s'aventurait avec un plaisir évident de gamine effrontée dans les tunnels sans fins des SSD. Cela ne ressemblait pas à Kathleen de se montrer si impulsive ; elle n'avait prévenu personne et nul brigadier n'avait jugé bon de lui demander où elle allait. Elle était Seconde de Commandor, maintenant. Traduction : le commun des brigadiers ne fouinait pas dans ses affaires. Elle n'avait de comptes à rendre qu'à Silvio, son Commandor, et elle espérait qu'il lui faisait assez confiance pour ne pas l'embêter sur le moindre de ses déplacements. De toute façon, si elle faisait en sorte de rentrer à l'heure pour lui faire son café, il ne remarquerait pas son absence.

    La confiance qu'elle portait envers ses aptitudes et son sniper la poussait à s'aventurer plus loin dans les vieux réseaux. Cette sensation de n'être que son seul maître lui procurait une intense satisfaction, à plus forte raison qu'elle n'obéissait pas à des ordres. Pour une fois. L'épaisse chape de ténèbres que le faisceau de sa lampe perçait lui semblait véritablement accueillant. Elle restait néanmoins extrêmement prudente, mais jubilait, se demandant sur quoi elle finirait par tomber. Si c'était une créature imprudente, elle comptait bien lui faire avaler du plomb et des ondes. Tiens mais, bizarrement, les bruits de pas qu'elle entendit ne ressemblaient pas à ceux d'une créature. La brigadière s'arrêta pour écouter attentivement. Elle baissa sa lampe, sans toutefois l'éteindre, et se dirigea vers ce qui lui semblait la source du bruit. Si ce n'était qu'un brigadier revenant du vieux sanctuaire, elle repartirait. Oxymore éteignit sa lampe. La personne, maintenant très proche, venait de s'arrêter. Avait-elle deviné sa présence ? La brigadière attrapa son sniper et s'avança un tout petit peu. Kathleen avait décidé de surprendre l'inconnu. Pour ce faire, elle émergea brusquement des ténèbres, pointant sa lampe torche réglée à luminosité maximale sur la personne en question. D'une autre main, elle lui pointait le canon le son arme vers la tête. Oxymore laissa échapper une exclamation de surprise en voyant à qui elle avait affaire :

    « Vous ! »

    Autrement dit : " mais qu'est-ce que vous foutez là ? Vous devriez normalement être en train de manigancer contre l'Impératrice ! " En effet, les deux jeunes femmes étaient quand même assez loin des quartiers guildiens. Et ici n'était pas la bonne direction pour s'y rendre. Kathleen fixa la rebelle d'un oeil mauvais. Dès que la Confrérie sortait de son trou, c'était forcément pour foutre le bordel, les rebelles égarés étant rares de nos jours. Néanmoins, Ann-Juliett ne semblait pas accompagnée. Pas très rassurant en sachant qu'un rebelle avait tendance à en cacher un autre. Kathleen abaissa la lumière mais pas le fusil.

    « On dirait que votre jambe va mieux. »

    Dit-elle avec une pointe d'ironie en faisant bien sûr référence à leur dernière rencontre dans le sanctuaire. Mais si une paix précaire avait été instaurée dans le vieux sanctuaire, on ne pouvait pas en dire pareil du reste des souterrains. Ce que les deux jeunes femmes n'étaient pas sans ignorer.





Kath
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Re: Les maux roses [libre]

Message par Ann-Juliett Taylor le Sam 26 Mar - 11:30

    Une voix derrière moi, comme un écho, profond, éternel, interminable. Et blême, comme son visage, comme ses yeux. Vide, comme son cœur, comme son esprit. Plein de la haine, et du désespoir un peu. Des larmes dans le cœur, des armes perçantes le lui crevant peu à peu. Des Bouts de souvenirs égarés, perdus, comme oubliés, nous tous.

    Je retournais mon regard flou vers la voix que j’entendais. Et je fus soudain agressée par une lumière trop forte pour mes yeux habitués au noir. Je plaçais une main pour m’en protéger, comme un animal terré trouvant soudain un rayon de soleil. J’étais aveuglée, et j’étais une proie facile, terriblement facile. Je n’avais pas peur, non. J’avais tellement envie d’en finir. Et si seulement j’avais été déjà tuée. Je n’aurais pas été dérangée par je ne savais qui, mais je me souvenais avoir entendu le son de cette voix quelque part. J’oubliais tout cependant, je ne savais plus. J’aurais pu entendre la voix de Lian que je ne l’aurais pas reconnue. Je crus être tombée aveugle quand soudain je ne voyais plus rien. Mais je me rendis bien vite compte que la lumière avait été baissée par la femme face à moi. Je la dévisageais, je fixais ces longs cheveux blonds dans l’espoir de me souvenir de quelque chose, et je percutais soudain. J’avais devant moi Kathleen Velstiam. Et j’étais seule, sans arme, sans rien pour me défendre. Je me rendais compte de la bêtise. Mais que pouvais-je bien faire ?

    « Moi. Et oui… Je crois avoir guéri, je boîte encore un peu. Je suppose que je ne pourrais pas trouver une place de libre au Sapienta, chez un kinésithérapeute. Je serai bien naïve. Ne le suis-je pas déjà ? »

    Je faisais apparaitre un sourire sur mes lèves, plein de dédain et d’insouciance. Je voulais juste partir, alors que je fuis de Nosco ou que je périsse de sa main, je ne voyais pas mon sort changer. Je m’adossais contre le mur, sans faire de geste brusque. Quitte à papoter, je m’attelais à cette tâche, car je ne pouvais rien faire d’autre. Je n’avais pas d’arme à retourner contre elle, et si je décidais de fuir, sans nul doute, j’aurai retrouvé une balle logée entre mes deux omoplates. Joli sort au bout de 140 années à Nosco. J’aurais préféré mourir sous les griffes des créatures, j’aurais au moins eu l’impression d’avoir servi à quelque chose. Mourir pour une noble cause.

    « Je me demande… La raison de votre présence… Puis-je supposer une recherche de Lian ? Je doute de votre réussite. Je crois qu’elle est déjà bien loin de vous. Je n’ai pas connaissance des sentiments de votre cœur. Mais je le crois trompé par des mensonges. Une guerre… Aucun sens, juste des mots, juste de la haine, futile et lamentable. Voilà dans quoi je vous vois ramper. »

    Un ton faussement mielleux. Je ne saurais lui dire tout ce que je trouve dans mon cœur en ce moment. Mais j’ai mal, et j’ai d’autant plus mal de savoir son erreur, à Kathleen. Je la savais bien perdante, tout comme nous, dans cette guerre contre l’homme. Mais je ne pouvais le sortir de cette horreur si facilement :

    « J’ai appris votre promotion. Bravo. J’espère voir en vous de la fierté ! De la fierté d’avoir été nommée meurtrière ! Toutes mes félicitations ! »

    Et je m’écroulais sur le sol, comme si j’avais un peu trop bu. J’avais honte de mon état alors que je n’avais pas avalé la moindre goute d’alcool. Mais j’étais atterrée par le désespoir et le dégoût :

    « J’ai vu tellement de chose à Nosco… Horribles choses… Je vois des gens se perdre, je vois des gens mourir, de la Guilde et ou de la Confrérie. Et tout ça pour quoi ? Je suis déçu de la nature humaine, obligée de faire la guerre pour obtenir du pouvoir, du pouvoir et encore plus de pouvoir. Et je vous vois aussi prise dans cet engrenage… Oh Kathleen… Je me souviens de vous, comme je me souviens de beaucoup de monde… Je sais votre erreur… Mais je ne connais pas l’heure à laquelle je vous verrais enfin ouvrir les yeux sur la réalité de Nosco… »

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Re: Les maux roses [libre]

Message par Kath le Dim 10 Avr - 18:35


    Une meurtrière ?

    Elle le savait depuis longtemps et elle ne saurait dire le nombre de rebelles que ses balles avaient blessés, gravement, voire tués sur le coup. Cette promotion ne venait qu'officialiser la chose et prêter à ses meurtres un sentiment d'honneur, celui de servir fidèlement son camp. Cependant, il suffisait de peu, remplacer deux 'n' par deux 'r' pour qu'en grattant le masque du mot honneur on retrouve le mot horreur. Tous les beaux discours ne peuvent redonner vie à ces corps vidés de leur sang, perdus dans l'effusion rougeâtre de leurs idéaux et si Kathleen pouvait se targuer de se battre pour le camp qu'elle avait choisi de défendre, elle ne se résoudrait pas à accepter tous ces meurtres, justifiés ou non. En cela Angie avait raison : trop de choses horribles étaient commises. Mais était-il seulement possible de faire autrement, lorsque, poussé à la détresse ou dans le feu du combat, votre survie devait se traduire par le meurtre de votre prochain ? Depuis que Yan Merling s'est opposé à l'Impératrice, depuis que des hommes et des femmes ont manifesté un sentiment de rébellion, tout s'est enchaîné, trop vite pour qu'on puisse arrêter. Guilde et Confrérie étaient deux adversaires qui se tenaient face à face, blessant l'un, parant l'autre, se demandant qui serait le premier à abandonner la guerre.

    Ils étaient tous des meurtriers. Même cette rebelle, sous ses yeux, qui lui donnait l'impression d'expliquer des principes erronés. Son discours sonnait creux, par sa lassitude, par sa répétition, par la conviction morbide avec lequel elle lui parlait comme si elle savait qu'elle ne serait pas écoutée. Ses paroles étaient le reflet de pensées trop longtemps ressassées par les uns, finissant par stagner et devenant indigeste à la consommation comme de l'eau impure. Kathleen la regarda s'affaler sur le sol, terminant son discours, nul sentiment n'ayant percé dans ses yeux verts obstinément opaques.

    « Conservez un peu de votre dignité et relevez-vous. Votre jambe ne vous fait pas souffrir au point de vous contraindre à traîner au sol. »

    Disons qu'il n'était pas dans les habitudes de Kathleen de discuter avec des serpillières, lorsque celles-ci véhiculaient de surcroît des idées rebelles.

    « Je pensais que Yan Merling surveillait mieux ses fiers combattants, » rajouta-t-elle, sans même une pointe d'ironie dans la voix, juste un ton froid et indifférent.

    Voir la rebelle dans cet état l'agaçait, comme si elle s'attendait à mieux de la part de la célèbre combattante qu'une tirade atone. Il n'y avait rien de plus énervant que ces gens qui baissaient les bras, se croyaient perdus et pensaient vous dicter les grandes vérités de la vie, persuadés de vous connaître et prévoyant vos actes comme si vous étiez une marionnette dont ils savaient les mouvements prochains. Qu'est-ce que cette rebelle pouvait prétendre savoir d'elle, de sa vie, de sa soi-disant 'erreur,' de sa manière de penser et de concevoir les choses ?

    « Vous vous inquiétez pour nos pauvres âmes mais vous me donnez l'impression de ne pas savoir où vous mettre -et je ne parle pas du fait que vous êtes vautrée devant moi- si vous-même n'avez pas foi en votre camp et ses idéaux, ni en vous on dirait, je me demande bien comment vous comptez nous 'rendre la vue.' »

    C'était ce que les propos d'Angie lui avaient fait sentir. Elle pesait les erreurs des deux camps, avait beau en appartenir à un mais ne semblait pas s'y sentir à l'aise. Sinon pourquoi se serait-elle enfuie dans les souterrains ? Kathleen avait du mal à imaginer ce qu'il en aurait été pour elle si elle avait rejoint la rébellion ou bien la Congrégation. Si elle avait dû changer de parcours en cours de route, elle n'aurait plus été la même ; elle voyait cela chez tous les anciens guildiens que sa section arrivait à emprisonner. Du moment qu'ils avaient franchi la frontière séparant Guilde et Confrérie, ils changeaient, savaient qu'ils s'opposeraient à des gens qui furent leurs anciens amis et réciproquement. Ce n'était jamais plaisant d'avoir à lever une arme sur quelqu'un qui fut jadis un bon camarade, Kathleen connaissait cette sensation de trahison mais était bien impuissante.

    « Peut-être auriez-vous dû vous joindre à la Congrégation, que sais-je... Cela nous aurait évité d'en arriver là. Kathleen en était presque à soupirer de ce qu'elle allait dire, mais elle ne relâcha pas son arme pour autant. Vous allez devoir me suivre. »

    Ou, de toute manière, les créatures les trouveraient...


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Re: Les maux roses [libre]

Message par Ann-Juliett Taylor le Mer 8 Juin - 22:08

    [Toutes mes excuses pour le temps de réponse... ><]

    Une libellule. Il y en avait une dans l’un de ses souvenirs qui, les ailes déployées, voguait à quelques centimètres au dessus de l’eau, sans que jamais un obstacle n’en fut un véritablement. Elle avait cette force incroyable pour opérer un changement de trajectoire en moins d’une seconde et filer vers d’autres lieux, d’autres horizons. Elle avait eu de la chance elle, que sa zone de déplacement ne se limite pas à l’immense muraille de Nosco. Ca n’avait jamais été qu’une prison, et la libellule, elle, avait pu aller aussi loin qu’elle l’en aurait voulu. Le bonheur qu’elle avait connu, Ann-Juliett l’avait vu, elle aussi, autrefois, avant de choir à Nosco et de voir sa condition se détériorer au fil du temps. Il fallait croire qu’un être humain ne puisse vivre plus de cent ans dans un même lieu sans finir par trouver le temps long et morbide et sans finir par se plonger dans une lassitude dévorante. Chacun en son temps, chacun en son clan, faisait fleurir des convictions. Angie elle, n’avait eu que ces doutes et des silences. Elle avait vécu au temps des de Welfort. C’était une époque pleine de danger et d’avenir incertain, et où l’union avait toujours fait leur plus grande force. Une fois que Nosco eut retrouvé une apparence sereine et dès lors que les individus aient pu avoir eu l’audace de se projeter vers l’avenir, ils avaient vu ce qui les attendait. Ils avaient jugé que leur compagnon ne leur était pas indispensable et qu’avec un peu de singerie, on était capable d’en faire autant ailleurs. Et quitte à y mettre un trône à prendre, on y ajoutait la convoitise. Et venaient s’y accoler hypocrisie et crainte. Ce fut et ce serait Nosco pour bien des siècles et des siècles à venir. A moins que quelques événements viennent faire un contre poids dans la balance et brise cet équilibre précaire. Qu’adviendrait-il après la révolution ? Qu’adviendrait-il si des camps venaient à mourir et d’autres à naître ? Pour Angie, ce serait toujours Nosco. Ce serait toujours ce monde abject.

    Lentement, elle se releva, ferma les yeux tâcha de remettre en place son esprit égaré. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, ce fut pour les planter, silencieuse, dans ceux de la seconde de commandor de la brigade anti-terroriste. Elle avait fait de larges progrès, Kathleen, depuis qu’Angie l’avait connu, à ses tous débuts. Elle avait été une brigadière efficace et ses tirs au sniper avaient fait sa plus grande renommée. Aujourd’hui, elle avait connu une nouvelle promotion, son esprit était droit et ses valeurs fixes. Kathleen entrevoyait certainement plus son avenir qu’Angie. Avait-ce été de l’envie qu’elle voyait dans ses yeux, ceux de ma rebelles ? Peut-être avait-elle rêvé d’une vie calme, paisible et confortable, assise dans son fauteuil, dans son appartement de l’Aedes. Mais Ô combien de tourments avaient saisi ses pensées dans ce même fauteuil, de ce même appartement de l’Aedes. Elle avait toujours eu à tourner en rond comme un poisson dans un bocal. Les imperfections lui avaient toujours plus sauté aux yeux que le bonheur de sa situation d’antan. Mais les morts que l’ont faisait au nom du pouvoir et de l’avidité qu’inspirait celui-ci lui avait donné des nausées. La goutte qui vint faire déborder le vase, ce fut Lian. Sa brillante filleule avait finie par être laissée parmi les créatures sans que jamais la guilde décide de lui apporter le moindre secours. Angie aussi, avait été comme Kathleen, arborant les couleurs de la Guilde au sain de la brigade de nettoyable. Ses ennemis avaient toujours été les créatures, et elle fut fière de protéger la population de servir cette noble cause… Jusqu’au jour où elle s’était rendue compte qu’elle ne protégeait véritablement pas tout le monde, et que le confort individuel avait remplacé l’esprit d’équipe et la solidarité qui fut le point d’argument de l’époque des de Welfort.

    « Vous faites erreur. Je ne combats pas pour Yan. C’est seulement parce que je ne combats pas pour vous que vous m’avez faite ennemie. Je n’ai aucune foi en la confrérie et en ses idéaux. Tout comme je n’en ai nullement pour ceux de la Guilde. Quant à Allan, ce n'est qu'un sot. Il se berce d'illusion à prêcher n'être d'aucun camp. Son imobilisme m'écoeure. Ce n'est ni la Guilde, ni la Confrérie qui devrait disparaitre. C'est cette guerre. »

    La suivre… Angie eut un petit sourire en coin avant de tourner les talons.

    « Non. Je ne vous suivrai pas. Je dois trouver la sortie. »

    Bon d’accord, elle n’avait pas d’arme, elle n’avait pas spécialement de quoi se défendre contre l’arme qui était levée vers elle. Mais elle n’en avait pas vraiment connaissance de l’importance. Ce qui lui fallait, à elle, c’était de trouver la sortie de Nosco. Elle voulait partir d’ici. Et ce n’était pas en trainant dans une prison Guildienne qu’elle parviendrait au bout de sa mission.

    « Rentrez chez vous, nous ne nous sommes pas vues. »

    Et elle marcha, silencieuse, vers une autre direction, sombre un peu, peut-être dangereuse. Peut-être que c’était par là, la sortie. Elle ne le saurait qu’en y allant. Et Kathleen ? Et bien, elle pouvait toujours l’abattre si ça la gênait tant de la voir partir… La retenir si elle voulait tant l’enfermer. Peu importait à ma rebelle. Elle s’était déjà résolu à mourir si elle ne trouvait pas l’issue de cette cité.
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Re: Les maux roses [libre]

Message par Kath le Mer 29 Juin - 12:13



    Pour Kathleen, cette rebelle était tombée sur la tête. Toute l'estime qu'elle avait pu porter à cette femme en prit un sacré coup. Bien qu'il pouvait lui arriver de douter de la cause qu'elle défendait, Kathleen n'était jamais allée à désespérer à cette stade-ci. Etait-ce qui l'attendait lorsqu'elle aurait usé une centaine d'années comme Angie, vu et vécu toujours les mêmes conflits et pleuré d'autres morts ? Aurait-elle envie de tout plaquer et de s'enfuir ? Elle ferma les yeux un bref instant, tentant d'éclaircir ses pensées. La brigadière était fidèle à la Guilde. Et tant que ses valeurs ne seraient pas brisées ou que quelqu'un la rattachait à ce camp, elle le resterait. Cependant, elle n'avait que quelques décennies derrière elle, pas un siècle d'existence. Elle ne pouvait prévoir si un jour elle faiblirait de la même manière. Elle ne l'espérait pas.

    Elle avait du mal à concevoir ce qu'Angie pouvait ressentir, du moins, pas avec la même intensité ni la même rancoeur. Faute aux années, il fallait encore supposer. Cette jeune femme avait choisi un camp par dépit, mais elle n'était en réalité ni pour la Guilde ni pour la Rébellion, ni pour Allan bien qu'il pouvait représenter un choix intermédiaire. La solitude était peut-être la seule option qui lui restait, mais ce n'était pas la meilleure. On ne pouvait pas vivre isolé ici, la brigadière le savait bien.

    « C'est la mort que vous allez trouver si vous continuez. »

    Faisant fi de l'ordre de la Seconde de se rendre, Angie avait tourné les talons, partant à la recherche d'une sortie qui n'existait pas. Kathleen resta silencieuse un moment, l'arme toujours pointée en direction de la rebelle. Cette jeune femme courait vers sa mort. La brigadière hésitait à l'intercepter, se disant que cela ne servirait pas à grand-chose d'avoir Angie dans une cellule, d'autant plus que cette femme n'avait foi en personne. Néanmoins, le Brigade était ce qu'elle était et ils ne pouvaient pas cracher sur de nouveaux prisonniers, surtout pas après ce que la Confrérie avait fait subir à Judikhael et Tristan. Kathleen fixa la rebelle et amena son viseur à son oeil. Elle ne comptait pas la tuer, juste la blesser afin qu'elle ne puisse pas s'enfuir. Elle posa son doigt sur la détente.

    Soudain, la Seconde s'immobilisa dans son geste. Un bruit. Là. Est-ce qu'elle avait rêvé ? La brigadière sentait son sang se glacer dans ses veines. Depuis qu'elle avait failli y passer, c'était ainsi qu'elle réagissait dès qu'elle entendait les créatures. Mais ce n'était peut-être pas une créature. Elles étaient dans les vieux réseaux, après tout, et des rumeurs disaient qu'il y avait parfois de très vieux chariots qui hantaient les anciennes voies ferrées. Est-ce que quelqu'un les poussait ou étaient-ils hantés par les fantômes des défunts ? Si la première option semblait la plus rationnelle, en supposant que c'était les créatures qui s'amusaient, l'une comme l'autre étaient très peu rassurantes. Kathleen baissa son arme, son corps lui criant de ne pas rester ici. Elle s'était laissée entraînée par un désir soudain mais à présent, ce n'était plus le moment de s'abandonner à ce genre de folies. Alors soit, qu'Angie décide de mener une quête perdue d'avance, quitte à laisser sa vie, la Seconde ne l'en empêcherait pas. Lâcheté diraient les uns, bon sens argueraient les autres... Qu'ils choisissent le terme qui leur convenait mais la Seconde n'avait pas envie d'y rester, vieille peur ancestrale.

    Angie était déjà trop loin pour qu'elle puisse l'arrêter. La brigadière ne voulait pas se risquer à la ramener ni à alerter les créatures de sa présence à cause d'un coup de feu. Elle garda son sniper en main mais partit dans la direction opposée. Elle marchait avec une extrême prudence et elle mit un petit moment avant de retrouver le chemin de la Guilde, s'arrêtant parfois au milieu d'un couloir pour s'assurer que deux yeux blancs ne la suivaient pas. Angie était-elle finalement retournée vers la Confrérie ou avançait-elle encore, son invraisemblable objectif en tête ? La question taraudait Kathleen mais elle n'en saurait peut-être jamais la réponse. Elle souhaitait simplement que la jeune femme ait trouvé l'abri d'un bunker ou sa fameuse sortie plutôt que ce ne soit les créatures qui l'aient trouvée.

    [ HRP : dernière réponse pour moi, pas très fameuse, cependant, désolé o_x ]

Kath
~ Second de Commandor ~
Section anti-terroriste


Camp : Guilde Impériale
Profession : Second de Commandor de la Brigade Anti-terroriste
Âge réel : 32 ans
Âge d'apparence : 27 ans

Compétences
Mémoire:
1500/10000  (1500/10000)
Compétence principale: Armes à feu
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Les maux roses [libre]

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