Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

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Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

Message par Allan Cadmun le Lun 28 Mar - 14:55

S'il avait voulu exaucer Artèmîa et célébrer au mieux son mariage, Allan Cadmun aurait suivi son intuition première : il ne serait pas venu. Artèmîa lui avait pardonné tant et tant au fil des ans qu'elle n'aurait vu là qu'une saute d'humeur de plus de sa part, et accepté de le voir pour ce qu'il était vraiment : un vieux grincheux taciturne, ressassant les bribes d'un passé révolu.

Au lieu de quoi, le haut prêtre avait cédé à la facilité et aux insistances de la prêtresse ainsi qu'à une once de fierté déplacée : s'il se dérobait, on finirait tôt ou tard par lui reprocher l'inconvenance de son comportement en arguant des excuses présentées par Judikhaël Wienfield, et Allan Cadmun détestait suffisamment celui-ci pour ne pas vouloir souffrir la comparaison. Toutefois, c'était une haine raisonnée, l'aboutissement d'une analyse complexe dont les conclusions implacables voulaient que le haut prêtre, viscéralement, ne puisse supporter aucune des manières de l'ancien haut conseiller. De fait, il n'aurait aucun mal à feindre un sourire et à ânonner deux trois mots de félicitations aux heureux époux.

Propulsé malgré lui ordonnateur de la cérémonie, alors qu'il se serait fait un plaisir de rester dans l'ombre d'une colonne au fin fond de la chapelle, quitte à ne rien voir et rien entendre sinon le lent déclic des secondes perdues sacrifiées sur l'autel de l'ennui et des occasions frivoles, il se devait de faire bonne figure. Habillée d'une veste austère mais élégante, d'un gris bleuté aux broderies sobres, il aurait pu sans peine se fondre parmi les convives si ceux-ci ne l'avaient pas, à son grand dam, si bien connu.

Franchissant le seuil de la chapelle, il eut un rictus narquois, songeant que si la Congrégation voulait changer de déité elle n'aurait pas grand mal : il y avait plus grand foule pour Artèmîa qu'il n'en avait jamais vu pour Joshi. C'était là fourberie de la part du haut prêtre, car si beaucoup des Frères négligeait la chapelle, la dévotion qu'il lui vouait dépassait grandement la sienne, car pour lui, Joshi était un homme, un homme exceptionnel mais rien de plus.

Pour qui avait du goût pour ces choses-là, la chapelle resplendissait de couleurs et de lumière, les murs et les colonnes disparaissaient sous des tentures d'un bleu tendre, les fenêtres étaient ouvertes à une douce brise, et partout où la chose avait été possible, on avait accroché des fleurs assorties, ces mêmes fleurs si chères au cœur d'Artèmîa. Il salua d'un signe de tête ceux qui se hasardaient à croiser son regard.

Sans plus de cérémonie, la rumeur de sa présence se répandit et il obtint l'ordre et le silence qu'il n'avait pas réclamé. Il avait laissé à d'autres le soin des détails, n'avait rien ordonné, n'était ni responsable de l'aménagement de la salle, ni l'initiateur de la cérémonie en elle-même. De tels événements étaient rares, si des liens se liaient couramment, rares exhumaient des usages qui à tous paraissaient issus d'une légende ou d'un songe et non de l'air aseptisé du temps noscoien.

De l'expérience qu'il avait des femmes, Allan Cadmun... n'avait et n'aurait jamais fait le voeu de s'unir à quiconque pour plus d'un jour et d'une nuit. Il avait connu les femmes volages et faciles pour peu qu'on puisse se targuer de quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Il avait connu les femmes avides de se vendre au plus offrant... Et il avait connu des femmes déterminées, tantôt fortes, tantôt fragiles, décidées à protéger ce qui leur tenait à cœur... Il y en avait même eu une assez folle pour le nommer. Mais malgré tout, il ne s'était jamais promis à aucune, et il avait adopté le nom d'Allan Cadmun en le dépouillant de toute signification de ce type.

Allan salua l'assemblée par un silence pesant, et seuls les rares guildiens présents songèrent à s'en offusquer. Il se porta à la hauteur du couple au centre de la pièce, sans attendre qu'il vienne à lui, de telle sorte que les occupants des premières rangées durent se retourner pour les voir.

Le haut prêtre n'avait pas préparé de discours, car aucun des mots qu'il eut voulu prononcer ce jour n'avait sa place en pareille occasion. Ses raisons prenaient racine au delà de l'animosité qu'il vouait à Judikhaël, au delà de l'amitié discrète qu'il accordait à Artèmîa malgré ses rieuses effusions, mais l'on n'aurait pas manqué de se méprendre sur ses raisons. A la ravissante jeune femme au bras de son élégant compagnon, il déclara :

« Artèmîa Elisian, Judikhael Wienfield, je vous marie. Que l'entière Congrégation de Joshi soit témoin de cette union, et que tous ceux pour qui Joshi est cher vous gardent. »

La chose serait sûrement sujette à caution, mais quelques convives jureraient par la suite qu'ils avaient vu le haut prêtre foudroyer Judikhaël du regard. La déclaration d'Allan eut peu sembler dérisoire si personne ne l'avait connu, mais il était vain d'attendre du haut prêtre un grand discours auquel il ne croyait pas, et cet événement, bien que rare, ne signait ni renouveau dans l'histoire noscoienne, ni la preuve d'une entente inébranlable entre la Guilde et la Congrégation de Joshi.

«Par ces mêmes mots, je vous condamne. »

Les yeux du haut prêtre clamaient cette même détermination crue, et il s'en fut, indifférent au fait que ses paroles aient le timbre rauque des cris de l'orfraie.

Nul ne s'alarma plus que cela, le haut prêtre était connu pour avoir la rancune tenace tout autant que Judikhaël pour avoir anéanti le bureau d'Allan. Tels n'étaient pas ses motivations ce jour, Allan aurait ri qu'on le crut si frivole, mais il s'en contenterait, c'était le sacrifice qu'il faisait pour Artèmîa, et il s'en tenait à sa résolution.

Car le haut prêtre restait convaincu que rien de cela n'était raisonnable, que d'un mariage en nosco ne pouvait rien naître, ou rien naître de bon. Artèmîa avait oublié ce qu'elle était, s'était perdue dans les dédales de l'oubli, elle avait renié une existence entière et les mille âmes qu'elle drainait. Et si dans cette vie là, elle avait aimé ou haï ? Comment pouvait-elle se vendre de la sorte aux préceptes de la Guilde, au mépris de ce qu'elle avait été ?

Alors que la foule en liesse s'éparpillait, et que tous se succédaient auprès des nouveaux époux pour les noyer de voeux de bonheur, Allan Cadmun, un rictus aux lèvres, se retirait, fendant sans effort les rangs, à contre-courant qu'il était, encore et toujours. Ce n'était pas une fuite, toutefois, c'était un présent, le don de ces mots acerbes qu'il n'aurait pas pour elle.

Artèmîa Elisian, vous avez trahi Joshi, en reniant votre nature véritable, en embrassant l'existence que Noscio vous offrait sans vous interroger sur le sens même de ce changement. En niant avoir été autre, vous fermez la porte à tout et vous condamnez les espoirs que j'avais pour vous.

Pour la seconde fois en peu de temps, Allan Cadmun aurait dû se débarrasser de la prêtresse, fut-elle redevenue l'une des Sept à l'ombre du secret, et la considérer comme perdue pour sa cause, inéluctablement. Mais, le haut prêtre, au nom de l'ancienne vie qui avait été sienne, n'était pas moins la proie, parfois, d'un cruel manque de formalisme.
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Re: Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

Message par Artèmîa Elisian le Ven 1 Avr - 20:50

Le plus beau jour de sa vie. C'était très certainement le plus beau jour de sa vie, cet instant magique, unique entre tous, plus précieux que toutes les richesses de ce monde, plus précieux même que la lune et le soleil, que les étoiles et la chaleur, plus précieux que tout le reste, tout ce qui pouvait exister. Oui pour elle s'était véritablement le plus beau jour de sa vie, le jour dont elle était certaine de se souvenir à jamais, quelque soit les aléas de la vie, quelque soit ce qui pouvait arriver jamais elle n'oublierait cette superbe journée où son plus grand rêve se réalisait enfin. Bien sûr cela faisait déjà un moment qu'elle savait ce qui allait advenir, elle planait déjà sur un nuage doux et cotonneux dont elle ne voulait plus jamais redescendre et tout semblait indiquer qu'elle ne le ferait pas de sitôt. Elle en avait eu du travail, avec tout ce qu'elle devait choisir, organiser, coordonner... rester dans son coin quand s'était SON mariage que l'on préparait ? Certainement pas ! Elle avait absolument voulu mettre la main à la pâte et personne n'aurait put l'arrêter dans son idée. Elle ne pouvait tout simplement pas s'en empêcher et pourquoi l'aurait elle fait, elle voulait que tout soit absolument parfait pour ce jour si spécial, son jour à elle et à Khael, rien ne devait être laisser au hasard, de la couleur de la chapelle au festin en passant par les habits.

Elle avait passé les trois dernières semaines à sauter d'un sujet à l'autre avec un enthousiasme presque forcené et qui ne faiblissait nullement malgré sa condition physique toujours aussi navrante, elle trainait d'ailleurs derrière elle nombre de frères qu'elle avait engagés pour l'aider dans ce qu'elle voulait faire et se déplaçait accompagnée de cette foule comme une comète. Le plus dur avait sans doute était de se trouver un témoin, elle appréciait tellement de monde qu'elle avait du mal à choisir depuis que celle à qui elle l'avait demandé avait disparu... vraiment, qui choisir ? Il fallait bien que ce fut quelqu'un de spécial pour elle, quelqu'un qui compte et en même temps qui ne soit pas en bisbille avec la guilde. Et son dévolu avait fini par tomber sur Tobias, qui n'avait même pas eu la chance de pouvoir refuser tant elle l'avait enseveli sous les œillades de peluche et les insistances avant qu'il ne cède en la faisant bondir de joie un peu partout dans le sanctuaire.

Ça avait été une toute autre paire de manche que de persuader Allan de les marier vu la mauvais volonté qu'il mettait à cette idée, freinant des deux fers et ronchonnant... mais ce manque d'enthousiasme lui passait à des centaines de milles au dessus de la tête tant elle était heureuse et impatiente, son amour et sa joie comme un bouclier invincible contre le malheur, la tristesse, elle ne sentait plus rien et ne voyait plus rien que le moment où elle serait mariée à son Khael. Elle revoyait même les journées d'essayage de sa robe de mariée, en compagnie de la couturière et des deux amours de brigadiers qu'elle s'était dénichée lors de la fête de l'Aedes, la superbe œuvre d'art qu'elle osait à peine toucher tant elle la trouvait belle.

Elle se rappelait les dizaines de modèles qu'elle avait rejeté, les reprises et les mesures de la jeune femme qui la trouvait bien trop frêle... elle ne pouvait s'empêcher de sourire alors, sourire en imaginant l'instant où il la verrait ainsi, dans la grande chapelle qu'elle adorait. Et les invitations ! Combien en avait elle envoyé, elle ne les avait même plus compté passé la cinquantième, tout le sanctuaire y était passé et même la plupart de ceux de la guilde qu'elle appréciait particulièrement et avait tenu à inviter personnellement et à sa façon. Oui, les dernières semaines avaient été les plus occupées et les plus souriantes de sa vie... Mais ce n'était rien, rien du tout comparé au sourire qu'elle arborait en cet instant, cet instant magique où son Khael était apparu et l'avait rejointe dans le centre de la chapelle alors décorée pour l'occasion de couleurs vives et douces, d'ornement simples mais adorables, et des fleurs, des fleurs par dizaines, elle ne savait plus où donner de la tête.

Ils avaient mis là tout ce qu'elle appréciait le plus, chacune de ses petites choses qu'elle aimait voir été là, trônant comme des reines et la foule ! Ils étaient si nombreux, plus nombreux que ce qu'elle avait pensée au départ, plus nombreux que ce qu'elle avait espéré, ses amis... Et alors qu'elle tournait en observant depuis le cercle centrale, baignée de lumière, elle l'avait vu apparaître, une image qui ressemblait à une divinité pour elle tant il était beau ainsi. Si heureuse était elle qu'elle avait failli courir pour lui sauter dans les bras et l'enlacer, oublieuse du lieu et de l'instant mais elle s'était finalement retenue et l'avait laisser arriver à sa hauteur, l'observant avec tendresse, un grand sourire aux lèvres avant de lui prendre la main, l'entourant de la sienne si minuscule.

Il n'y avait pas de mots pour décrire l'émotion si intense qu'elle ressentait jusque dans ses os, une émotion lui donnant envie de pleurer, de bonheur, de rire et de courir tout à la fois, elle se sentait flotter dans cette minute et espérait qu'elle dure à tout jamais, qu'elle les transporte pour toujours dans un monde de joie et de lumière où rien ne les atteindrait. Pourtant il fallait bien que le monde tourne et ainsi elle perçu bientôt, au travers de son bonheur la présence devant eux du haut prêtre devant bénir leur union, le silence tombant progressivement sur la salle comme une chape qui pourtant ne la mettait nullement mal à l'aise.

Elle se contenta de regarder attentivement Allan, dans les yeux et sans la moindre peur et pas davantage d'une quelconque insistance, elle souriait toujours doucement et même ses tremblement de joie avait cessés... dans ses yeux brillants, dans son visage serein, dans le fin sourire de ses lèvres, tout, absolument tout disait « je suis la plus heureuse en ce monde ». Certains prétendaient que le bonheur embellissait même le plus laid des êtres, elle était parfaitement d'accord, pour elle tout se couvrait de paillettes et d'éclat comme si de petites étoiles avaient été saupoudrées sur la salle et cela brillait, brillait...

Les mots qu'Allan prononça lui parvenaient comme au travers d'un brouillard, comme assourdis par quelques coussins d'air, elle en aurait presque sourit de penser qu'il aurait préparer un discourt aimable pour l'occasion mais elle le connaissait trop bien et ne s'était guère attendu à autre chose que cela, clair, net, concis et pas tout à fait ce qu'il devait penser en son for intérieur mais cela valait mieux. Si il s'était montré plus aimable que cela elle s'en serait très certainement inquiétée et aurait pensé qu'il était malade, au lieu de quoi elle le regarda s'éloigner tandis qu'autour d'elle explosait le bruit, applaudissement, cris, étreintes, souhait de bonheur tandis que se pressait la foule autour d'eux, cherchant à les atteindre, à leur parler, à les féliciter... elle se tourna vers Khael, rayonnant de plus belle et se jeta dans ses bras, bondissant pour lui attraper le cou et le serrant de toute sa maigre force, ne souhaitant plus jamais le lâcher.

Elle eu un instant d'étourdissement tant il y avait de chose qu'elle voulait faire avant de finalement jeter aux orties les choix et posant ses lèvres sur les siennes en se coulant dans ses bras. Il lui sembla qu'une éternité avait passée avant qu'elle ne recule en lui souriant et ne repose les pieds au sol sous les regards, lui prenant la main et la serrant en l'observant.

Ce ne fut qu'alors qu'elle redescendit un peu sur terre et se souvint qu'il y aurait une autre cérémonie, présidée par l'impératrice cette fois. Elle espéra tout de même que sa majesté se montre plus joyeuse que son compère haut prêtre malgré tout le respect et l'affection qu'elle avait pour ce dernier mais n'avait pas non plus envie de jouer aux paris. Elle ne put toutefois s'empêcher de ressauter au cou de son mari pour l'embrasser encore et cette fois s'accrocha bien ferme à son cou pour ne pas glisser, elle éclata de rire et enfouit son visage dans son cou...

C'était vraiment le plus beau jour de sa vie.
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Re: Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

Message par Judikhael Wienfield le Lun 18 Avr - 17:06

Devoir porter ses voeux de mariage devant Allan Cadmun, Haut prêtre de malheur qui l'exécrait et qu'il exécrait en retour, n'avait rien de quoi réjouir l'ex-commandor. Il n'y avait bien que pour Artémia qu'il acceptait de se plier à telle mascarade. Car oui, selon lui, se laisser marier par Allan n'était que mascarade. Mais tel était le prix que celui de vouloir se marier à une prêtresse. Et non, qu'on ne méprenne pas : la cérémonie, ou plutôt les cérémonies pour cette occasion-ci, avaient beau s'inspirer de ce que certains se souvenaient d'une vie antérieure, elles n'avaient rien de... religieux ou quoique ce soit dans ce genre. Il s'agissait juste de... vaguement reproduire... un certain protocole vaguement souvenu, mené par l'un des hauts dirigeants de la communauté. A savoir Joséphine pour la Guilde et Allan pour la Congrégation.

Seulement, les deux mariés du jour ayant décidé de faire dans l'originalité, et étant de deux communautés différentes, ils avaient alors droit à deux cérémonies par chacun des dirigeants des deux communautés. C'était ainsi que Judikhael s'était retrouvé à, encore, devoir faire face au Haut Prêtre. Paroles nébuleuses, ton froid et bien peu chaleureux, regard presque haineux à son encontre du moins chargé d'une inimitié toute partagée, allure hautaine et distante... Voilà en quelques mots ce dont ils eurent droit pour sceller leur vœu de mariage. Charmant. Vraiment charmant, ne put s'empêcher d'ironiser intérieurement Judikhael alors qu'il se tournait vers sa douce Artémia, tentant d'ignorer royalement la "condamnation" d'Allan. Pathétique, ironiquement pathétique comme prestation. Si le haut prêtre pensait le déranger par ses mots ou par cette attitude outrancière, il se mettait le doigt dans l'oeil. En ce jour, Judikhael avait décidé que rien, pas même se satané Cadmun, ne pourrait le déranger.

Bon, peut-être qu'une attaque de créatures bien malvenue, le dérangerait alors...

Mais les créatures se tiendraient tranquilles aujourd'hui... n'est-ce pas ?

Mieux valait pour elles en tout cas..

Il n'eut toutefois guère le temps de pousser ses funestes pensées envers les créatures maudites des souterrains, qu'une masse joyeuse se jetait à son cou. Artémia. Douce Artémia qui semblait rayonner de bonheur. Rien que pour cela il aurait endurer tous les discours haineux d'Allan sans broncher. Rien que pour avoir cette vision enchanteresse et sentir à nouveau ses bras menus le serrer aussi fort qu'ils le pouvaient, il aurait vécu cette scène à vie s'il le fallait... Douce Artémia. Magnifique Artémia, dans cette robe immaculée. Etrange de voir comment il avait été facile pour cette femme de lui ravir son coeur et d'aliéner toute sa raison.

Il lui accorda alors un baiser des plus passionnés alors qu'elle se jetait pour la seconde fois à son cou, l'empêchant, d'une main possessive posée sur sa nuque, alors que l'autre lui tenait fermement mais doucement la taille, de reculer pour mieux montrer toute sa possessivité. Eux qui avaient dû se cacher, ou du moins se montrer les plus discrets possible, quant à ses manifestations démonstratives d'affection ou de "possession", allaient pouvoir enfin se montrer librement. Bon certes, il n'était nullement question de se permettre toute indécence, mais... Mais ils n'avaient plus à se cacher. Et par ce geste, Judilkhael montrait clairement qu'il n'allait plus se priver. Et c'est avec un certain pétillement dans les yeux qu'il mit fin au baiser, relâchant doucement Artémia pour qu'elle ne tombe pas par terre.

- Viens, l'autre cérémonie nous attend maintenant, souffla-t-il au creux de l'oreille de son aimée, tout en la guidant d'un pas souple vers la sortie, faisant fi de tous les regards tournés vers eux et des chuchotements qui suivaient leur sillage.

Il regardait toujours Artémia quand il arriva au dehors et qu'il vint se poster devant son Impératrice, qui avait fait installer un autre autel tout près de l'entrée du sanctuaire, sur le territoire guildien, en plein milieu de la cour. Ou comment marquer son territoire face au Congrégationniste qu'était Allan, très certainement.

C'est avec une respect non dissimulé que Judikhael conduisit alors Artémia devant Joséphine, et qu'il s'arrêta devant sa Majesté, en lui offrant une profonde révérence. Cette fois-ci, devant cette femme qui avait su autant en imposer, il sentit une certaine émotion le gagner.

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Re: Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

Message par Joséphine de Nosco le Dim 17 Juil - 0:05

    Un mariage à Nosco, c'était denrée rare. Un mariage entre un Guildien et une Congrégationniste, c'était plus rare encore. Un mariage guildien-congrégationniste célébré par Allan Cadmun et Joséphine de Nosco, là, c'était exceptionnel. En fait, pour résumer, ça ne s'était encore jamais fait. Inutile dès lors de préciser que ce mariage allait défrayer la chronique comme jamais, surtout si quelque chose de louche y arrivait ! Mais ce n'était pas à espérer. Une attaque de créatures était peu probable vu l'atmosphère sereine des environs (ça ne "sentait" pas les créatures, pouvait dire l'habitué noscoien), quant aux rebelles, qu'ils se tiennent tranquilles ! La dernière défaite qu'ils avaient eu à subir avait de quoi les faire réfléchir, de toute façon. Les risques de pépin étaient donc minimes, d'autant plus que l'Impératrice s'était promis et avait fait promettre à ses lieutenants de bien respecter le pacte de non-agression fait avec la Congrégation de Joshi. Bon, d'accord, évidemment, il pouvait, il devait, dirais-je même, y avoir un peu de provocation. Comme, par exemple, placer les deux autels quasiment côte à côte, à la frontière des "territoires" guildien et congrégationniste. Mais, de toute façon, Joséphine ne s'en faisait pas trop : il s'agissait d'unir deux éminents personnages de chacun des deux clans, et il était fort probable que les deux dirigeants, respectant le bonheur des jeunes époux, ne se cherchent pas trop de noises. Enfin, avec Allan Cadmun, on ne savait jamais.


    La première cérémonie avait eu lieu. Joséphine, qui respectait assez bien les convenances prévues à l’occasion, y avait assisté en tant que simple spectatrice. Elle avait vu le Haut Prêtre faire des siennes avec un bonheur inégalé, condamnant sans aucun état d’âme particulier les tourtereaux pour leurs amours hors clans. Elle avait vu le Haut Prêtre foudroyer son ex-commandor de son regard flambant de rage et, qui sait ? de haine, tandis qu’il réservait un traitement a priori plus doux à la prêtresse. Elle n’avait pipé mot. Ce genre d’humiliations était fréquente, et elle allait se faire une joie, elle, de se montrer beaucoup plus coulante à cet égard, histoire de se faire apprécier davantage. Est un bon politicien celui qui saute sur chaque occasion qui s’offre à lui, surtout sur celles que son rival lui présente sur un plateau d’argent avec une pomme dans le groin et un lit de salade verte. Elle laissa donc tout couler bien gentiment, se taisant, arborant un visage serein, les yeux mi-clos, se réjouissant un tout petit peu du bonheur qui était enfin offert aux mariés après tant de temps à se cacher plus ou moins des yeux de la ville (soyons honnête, cette tentative de se cacher des yeux de tous a fonctionné pendant la première décennie, point final), bien que ne considérant pas cette union comme véritablement valable : elle ne l’était à moitié, puisque Cadmun n’était compétent que sur une fort maigre portion de territoire et n’était que le supérieur d’un des deux mariés. Et inutile de préciser à l’impératrice que pour elle, c’était pareil, elle s’en moquait complètement.

    La cérémonie présidée par Cadmun fut fort courte et prit rapidement fin. Tant mieux. Au fond d’elle, elle exécrait toujours ce sale type à face de rat ; et le savoir plus ou moins proche des rebelles achevait de lui hérisser le poil (enfin, l’absence de poil : la demoiselle se rasait, faut pas croire !), sans compter ses manières de faux-jeton. Etant donné qu’elle ne pouvait pas le sentir sous peine de faire une allergie carabinée au congrégationniste, elle était fort heureuse de pouvoir s’en éloigner, mieux encore : de pouvoir faire acte d’autorité devant lui sans qu’il ne puisse s’y opposer, là, juste sous son nez, et de prolonger le plaisir. Lorsque l’assemblée se leva et que tout le monde se rua vers les nouveaux mariés (et les futurs remariés, d’ailleurs) pour leur présenter les plus grands vœux de bonheur, santé, prospérité et tout le tintouin, l’Impératrice, quant à elle, se glissa vers l’autel qu’elle avait fait préparer. Celui-ci était fort richement paré, en l’honneur des deux personnes de qualité dont on célébrait les épousailles. L’impératrice elle-même avait fait un effort de toilette, en femme qui ne craignait pas d’étaler sa prestance et sa noblesse partout autour d’elle. Lorsque les mariés s’avancèrent vers son autel (oui, oui, le sien, messieurs dames !), elle ne masqua pas un large sourire, celui de la star qui sait bien qu’en ce moment, tous les yeux sont braqués sur elle, et qui l’assume avec une aise presque surprenante. Elle leva les bras et le silence se fit dans l’assemblée.

    - Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, c’est avec un plaisir non dissimulé que nous célébrons en ce jour l’union de Judikhael Wienfield, commandor de mérite et Guildien fidèle, avec Artèmîa Elisian, Prêtresse de la Congrégation appréciée de tous. Oui, nous célébrons leur union, après tant d’années qu’ils passèrent à s’aimer chastement et purement tout en respectant les engagements pris envers leurs clans respectifs. Mais aujourd’hui, les temps changent ! Les événements y ont largement contribué, certes, et le danger couru chaque jour en Nosco accroît la sensation du bonheur à portée de main. Ne retardons donc pas davantage cet heureux moment !

    Cela dit, l’Impératrice s’empara de la main de la jeune femme de la main gauche, et de la main du commandor de la main droite. Puis, rapprochant ses deux mains et ces deux mains, elle les unit et retira les siennes, laissant seules l’une dans l’autre les mains de Judikhael et d’Artèmîa. Un léger sourire éclaira le visage de l’Impératrice lorsqu’elle prononça avec toute la solennité possible un « Soyez désormais unis jusqu’à ce que la vie vous sépare ! »
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Re: Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

Message par Judikhael Wienfield le Lun 8 Aoû - 11:54

L'ironie était mordante. Mais Judikhael préféra n'en rien laisser montrer. Oui, ironie. Que des deux, ce soit l'Impératrice qui se montre la plus clémente envers cette union que tous auraient pu qualifier de contre-nature... Lui, ex-commandor de l'anti-terroriste, haut conseiller déchu, guerrier de nature volage, se marier avec une prêtresse de Joshi, aussi fragile qu'il paraissait fort, aussi pure qu'il paraissait marqué... Non, vraiment, tout ceci était ironique. Et d'entendre l'Impératrice elle-même parler de leur union chaste et pure, elle qui s'était évertuée à ternir encore un peu plus le côté bien peu chaste de son ex-commandor.... Non, vraiment, Joséphine était d'humeur moqueuse aujourd'hui.

Mais d'humeur clémente aussi.

Elle ne condamnait pas leur union, du moins pas publiquement, et proclamait même s'en réjouir. Elle venait par là même de faire taie toutes les mauvaises rumeurs qui pouvaient courir sur Judikhael, comme quoi il aurait été rétrogradé à cause de cette union. Pourquoi donc, en effet, l'Impératrice rétrograderait-elle son commandor et haut conseiller pour une union qu'elle disait pourtant approuvé et même soutenir ? Sa rétrogradation pour souci de santé devenait donc bien plus plausible, devenait bien plus véridique, même si un instant Judikhael osa se demander si cette option était bien la meilleure pour sa propre réputation, et tout ce manège venait de faire taire les mauvaises langues à ce propos.

Oh, Wienfield n'était pas dupe. Tout ceci n'était que pur stratagème politique. Ou comment détourner un événement potentiellement gênant en sa faveur. Joséphine était une politicienne hors paire, à n'en point douter. Après tout, elle n'était pas devenue l'"Impératrice" pour rien, ni sans rien. Elle avait pour elle l'intelligence et l'ambition qui allait avec.

Quoiqu'il en soit, Judikhael ne put qu'en remercier silencieusement son Impératrice. Quelques soient les raisons qui poussaient Joséphine à agir ainsi, elle lui sauvait aussi la mise n un sens. Elle sauvait son honneur. Elle montrait par là, que si elle l'avait rétrogradé, elle n'en voulait en rien à son ex-commandor. Elle montrait à tous que Judikhael Wienfield gardait un peu l'estime de l'Impératrice.

Judikhael eut toutefois grand mal retenir un frisson quand la petite main de Pepi s'empara de la sienne pour l'unir à celle d'Artémia. Un geste étrange, teinté encore d'une certaine ironie, ne put-il s'empêcher de penser, quand on songeait l'étrange trio qu'ils pouvaient former. Mais ironie ou non, Judikhael était heureux. Soulagé, comme si un grand poids se déchargeait de ses épaules. Plus de faux semblant, plus besoin de se cacher avec Artémia. Même si le secret serait toujours de mise entre eux, concernant leurs charges respectifs, leur clan respectif, ils n'auraient plus à se cacher aux yeux des autres. C'était déjà un grand pas.

Renvoyant un sourire soulagé à Joséphine, accompagné d'un regard lourd de sens, il se tourna vers la prêtresse, qu'il inonda d'un regard aimant. Oui, il l'aimait. Indubitablement Artémia était la femme pour laquelle son coeur battait. Quand bien même il ne lui avait pas été (et ne le serait pas vraiment ?) fidèle en acte, il restait constant dans ses sentiments envers elle. Il serra alors un peu plus la frêle main qu'il tenait désormais, tentant toutefois de ne pas la briser, et rapprocha la jeune femme de lui d'un bras possessif encerclant la petite taille de la prêtresse pour ensuite aller doucement l'embrasser d'un baiser qui se voulait doux et tendre, mais qui menaçait de devenir vite passionné, si la décence ne le lui interdisait pas.

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Judikhael Wienfield
~ Guildien ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Haut Conseiller
Âge réel : 111 ans
Âge d'apparence : 30 ans

Compétences
Mémoire:
4250/10000  (4250/10000)
Compétence principale: Armes blanches
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Une singulière union, deux non moins singulières cérémonies...

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