Discussion amicale entre rangées de fleurs

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Message par Kim van Berghen le Sam 16 Avr - 16:02

Il faisait beau à Nosco aujourd’hui. Un temps parfait pour parler de la pluie et du beau temps, pour raconter et faire passer toutes les rumeurs les plus folles ou les faits avérés. Pour évoquer Platon ou Baudelaire. La douceur des heures, malgré l’avancée de l’automne permettait encore de sortir sans risquer d’être trempé par la pluie ou de frissonner sans s’arrêter. Les serres auraient retrouveraient bientôt leur vrai usage, celui de tenir au chaud les plantes qui n’auraient pas supporté la chute des températures. Les scientifiques avaient décidés qu’avoir un cycle de saison serait mieux pour tout le monde. Pour l’organisme humain qui y était habitué, et pour tous ces ronchons qui préféraient l’été, ou bien l’hiver, ou encore l’automne ou l’été… Pour concilier tout cela, rien de mieux que de recréer la réalité, de façon artificielle. Ils avaient une vie qui ressemblait à celle qu’ils avaient oubliée, celle qui avait disparue, une vie totalement différente. Avec ses avantages, celle de la technologie par exemple ou de l’immortalité et ses nombreux désavantage, la nourriture fade et sans gout, les créatures qui rodaient, le peu d’espèces animales, et l’espace si restreint. Il leur fallait pourtant s’adapter, car il n’y avait pas de porte de sortie, juste cette enceinte si effrayante. Science et technologie avaient des sens particuliers à Nosco. Poussés à l’extrême pour servir du plus haut gradé au nosciens lambda. Qui aurait pu se passer d’un ordinateur ? Personne et c’était bien pour cela que l’appareil faisait partie du kit que recevait le nouvel oublié à son arrivé. On l’avait privé de sa liberté en lui assignant une place dans la guilde, alors autant lui donner quelques biens matériels, qu’il devrait bien sur rembourser petit à petit une fois qu’il aurait trouvé un emploi.

Tout nouvel oublié avait le choix d’un métier intellectuel ou manuel. Il avait vraiment toutes les possibilités d’ouvertes devant lui, du moment que son travail contribue à la société. De plus on pouvait changer de métier, certes cela demandait des dérogations, des demandes répétées et une motivation à toute épreuve mais c’était faisable. Passer de brigadier à scientifique, c’était le chemin emprunté par Kim et il en était très content. L’expérience des souterrains lui avait servit, à lui ouvrir les yeux et à comprendre mieux Nosco, cependant il ne regrettait pas de les avoir quitté. Le métier restait d’une part physique, bien que beaucoup moins, et en plus il permettait de réfléchir un peu plus. Et puis Nosco était bien plus agréable ne surface, s’il avait voulu s’enfermer dans les souterrains il aurait déménagé chez les rebelles… Enfin très peu pour lui. Il aimait trop son travail, son confort de vie et sa possibilité de marcher. Courir dans les couloirs du Sapientia à cause d’une urgence, qui bien sur avait décidé d’arriver à l’autre bout du bâtiment, parce que c’était tellement plus simple ! Et surtout après une longue journée de travail, qui heureusement s’était terminée tôt car elle avait commencé aux aurores, pouvoir décompresser en avalant à grandes enjambées plusieurs kilomètre en respirant l’air pur du jardin de la cour intérieure. Plaisir de se détendre les jambes dans une marche sans but ni fin.

Mains dans les poches, Kim marchait le nez à moitié levé vers le soleil qui déclinait dans la voute céleste. Derniers rayons avant la nuit, dernières journées de chaleur avant un hiver qui serait peut être rigoureux. Ceux qui s’occupaient des prévisions météorologiques étaient parfois farceur ou de bien mauvaise humeur… pourtant il fallait leur accorder la précision de leurs prédictions, toujours exactes ! Sauf lorsqu’un beug informatique se glissait par là, mais ils étaient bien rares. Expert de la météo ils l’étaient puisqu’ils la contrôlaient parfaitement. Belle technologie sans défauts ou presque… Ils n’avaient pas de soucis à se faire, mais en même temps rien d’attrayant à construire. Ce n’était pas comme entretenir un jardin et le voir grandir… Pousser petit à petit et retourner hiberner en hivers. Là était toute la magie de la nature, elle était imprévisible et libre ! Tout comme Lucia, la charmante jardinière qui s’en occupait depuis des années. Il fallait croire que travailler avec les plantes créait des liens plus forts qu’on ne l’imaginait avec le sol et les sous-sols. Car si Lovy avait un tempérament de feu et qu’elle pouvait parfois tout casser sur son passage, tel un tremblement de terre… Stevens, elle restait toujours et à jamais libre et attaché à ses plantes plutôt qu’aux être humains qu’elle aimait épier et observer. Il était possible de l’approcher mais pas de l’accrocher, car elle appartenait à tout le monde, tel le sol que l’on foulait. Une division égale entre les humains, Lucia avait un œil sur chaque chose à sa portée, et en tirait profit, comme elle entretenait ses arbres dans l’espoir de les voir un jour prochain fleurir à nouveau. Et les deux jeunes femmes avaient toutes deux été liées à des rebelles et y étaient sans doute encore accroché plus ou moins, ne serait ce que par les souvenirs. Pourtant plutôt que de se soutenir mutuellement, elles avaient préférée s’ignorer royalement et se détester plus ou moins comme d’un commun accord. Etait-ce pour tromper la vigilance de la brigade ou simplement une erreur de tactique ? A moins que le caractère un peu trop explosif de chacune d’elles ne soit le problème de l’équation.

Le scientifique et médecin avait emprunté un chemin caillouteux et rêvassait en avançant. Tout était si calme, et même si les caméras ne lâchaient personne de l’œil, ici et à cette heure il y avait peu de monde. De quoi être tranquille donc. Ah si, il y avait une petite tache de couleur qui semblait s’agiter sous un arbre, outils à la main. La thérapeute des arbres avait décidé de bichonner ses petits protégés avant de les voir couvert d’un manteau de neige. Lucia… Ce prénom évoquait l’Italie pour Kim, une mélodie chantante dans un doux prénom. Une crinière rousse qui s’agitait au gré du vent. Qu’on était bien au milieu des jardins et loin de l’horrible enceinte du monde de Nosco. A l’abri dans une bulle protectrice, protégés par mère nature. Le ciel était plus ou moins dégagé et il n’était pas si tard. Avisant un banc un peu plus loin, Kim se délesta de son manteau d’uniforme et de ses quelques possessions qui alourdissaient ses poches. Il ne craignait pas qu’un voleur vienne s’attarder sur ses biens, et si tel était le cas… Non cela n’arriverait pas.

Besoin d’aide, chère Lucia ?

Il fit un sourire avenant lorsqu’elle tourna la tête pour voir qui l’avait interpellé. Ils se connaissaient depuis de nombreuses années, et s’étaient toujours appréciés aux dernières nouvelles. Lucia n’était pas agressive et plutôt communicative et dès que Kim pouvait trouver quelqu’un avec qui parler il s’en donnait à cœur joie. Il n’y avait pas de distance entre les deux comploteurs et amateurs de rumeurs, la conversation était sans formalités dont on se pare lorsque l’on doit s’adresser à son supérieur, et elle se déroulait sur un ton détendu. Le tutoiement était de rigueur, ils ne s’embarrassaient pas de contraintes que pouvaient être celui du vouvoiement. A Nosco on pouvait venir de tellement loin et être si différent, les gens l’ignoraient juste. Nosco était un nouveau départ, alors autant le prendre avec toutes les libertés possibles, surtout lorsque celles-ci étaient aussi limités. Alors ne nous embarrassons pas dans le langage. Il y avait déjà tellement de barrières à franchir, autant ne pas s’en imposer d’autres… Ils n’étaient pas des coureurs de haies.

Comment va la vie de ce côté de Nosco ?

Une question banale pour engager la conversation. Il ne doutait pas qu’elle aurait sans doute pour réponse d’autres questions qui lui seront adressées, mais c’était le but n’est ce pas ? Echanger et pourquoi pas se taquiner gentiment. Tenter de refaire le monde, sans critiquer la guilde, dans un discours. Débarrassé de ce qui pouvait être dérangeant ou qu’il valait mieux éviter de tacher, Kim remonta ses manches et posant un pied sur l’herbe, puis le second il alla se placer près de Lucia.

Bon je t’aide comment ?

Il n’était pas vraiment habillé pour mais cela se lavait. Et oui, vu la tenue de Stevens ce n’était pas des plus propres d’être jardinier. Ce qui n’empêchait pas d’apprécier le travail au contraire. Confiné au Sapientia, il n’y avait aucune place pour ce qui n’était pas hygiénique et entre les microbes et les murs blancs, on avait parfois besoin de s’échapper un peu, quitte à mettre la main à la pâte…

Si les informaticiens bossaient bien ? Rien que dans le périmètre il devait y avoir trois ou quatre caméras et tout autant de micros. Oui, la rumeur disant que les arbres communiquaient entre eux devait être vrai pour qu’on tente de les espionner à ce point. Et pourtant même avec autant de capteurs d’images, cela n’empêchait pas les rebelles d’attaquer où et quand ils le voulaient. Mais que faisait donc la brigade ? Son travail certes et pourtant… Enfin les rebelles n’étaient sans doute pas le plus à craindre à Nosco, fort malheureusement. Les créatures, elles ne s’arrêteraient pas devant une jolie fleur pour en humer le parfum alors qu’un membre de la confrérie…

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Kim van Berghen
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Message par Lucia Stevens le Lun 18 Avr - 17:47

    Une trouée de soleil entre les feuilles dorées...‭ ‬Et mes yeux grands ouverts pour affronter avec panache l’astre tant aimé,‭ ‬si placide en cette saison,‭ ‬et pourtant d’une force encore immensément supérieure à la mienne...‭ ‬Existe-t-il vraiment,‭ ‬ce soleil‭ ? ‬Je veux dire,‭ ‬sont-ils allés percher là-haut quelque chose comme un astre,‭ ‬une grosse ampoule‭ ? ‬Ou n’est-ce qu’une projection sur un écran‭ ? ‬Etrange que je ne me sois encore jamais sérieusement posé cette question...‭ ‬Je suis sûre que quelqu’un,‭ ‬à Nosco,‭ ‬en connaît la réponse...‭ ‬Cela fait probablement partie des secrets qui ne doivent pas nous être divulgués,‭ ‬comme tout ce qui touche aux limites de ce monde et à sa construction...‭ ‬Quoi qu’il en soit,‭ ‬il brûle encore drôlement bien,‭ ‬leur soleil,‭ ‬à se demander si la personne qui le règle n’aurait pas oublié de baisser la température.‭ ‬Bêtement,‭ ‬je fais un signe vers le ciel,‭ ‬et dis d’une voix forte‭ ‬:‭

    -‭ ‬Ohé,‭ ‬Georgio,‭ ‬personne ne t’a donc dit que l’automne est là‭ ?

    Je ris doucement,‭ ‬un peu gênée tout de même‭ ‬:‭ ‬les promeneurs,‭ ‬nombreux par ce temps,‭ ‬me regardent bizarrement.‭
    Enfin,‭ ‬il est de temps de se mettre au travail...‭ ‬C’est que les pavots en ce moment rendent leurs graines à foison,‭ ‬et on m’en demande beaucoup en bas...‭ ‬Je crois qu’ils font de l’huile avec...‭ ‬C’est du moins ce qu’ils me disent,‭ ‬même si je soupçonne bien d’autres choses...‭ ‬Et puis,‭ ‬évidemment,‭ ‬j'en mets une bonne dose de côté aussi pour moi,‭ ‬n’en déplaise à ceux d’en bas...‭ «‬En bas‭»‬,‭ ‬je le précise,‭ ‬ce sont les scientifiques du labo,‭ ‬mes chefs en quelque sorte,‭ ‬ceux qui passent les commandes de toutes les denrées qui doivent leur être livrées,‭ ‬en urgence,‭ ‬bien sûr,‭ ‬ceux qui,‭ ‬pour résumer,‭ ‬me pourrissent la vie...‭ ‬Ou devrais-je dire‭ «‬celle‭» ? ‬C’est que les ordres,‭ ‬en général,‭ ‬émanent d’une certaine demoiselle aux cheveux bruns,‭ ‬à laquelle je préfère à vrai dire ne pas penser tant que je n’ai pas à subir sa présence.‭ ‬Mieux vaut s’agenouiller,‭ ‬et se consacrer totalement aux plantes.‭ ‬Attraper l’extrémité du pavot,‭ briser‬ le globe devenu si friable,‭ ‬laisser les graines tomber dans ma main gauche,‭ ‬et les glisser enfin dans le sac posé au sol.‭ ‬Et recommencer.‭ ‬Il n’y a,‭ ‬à vrai dire,‭ ‬rien de plus simple que cela.‭ ‬Rien de plus naturel.‭ ‬Mais cela absorbe,‭ ‬comme seules ce genre d’activités répétitives savent le faire.‭ ‬C’est qu’une telle activité occupe entièrement la partie la plus mécanique du cerveau,‭ ‬celle qui est le plus étroitement reliée au corps,‭ ‬pour laisser un cours plus libre à l’autre moitié,‭ ‬celle qui compte vraiment.‭ ‬Elle ouvre la porte au rêve dans toute sa pureté,‭ ‬un rêve auquel se mêle bientôt de la plus subtile des manières la grande Raison,‭ ‬qui décidément ne peut rien laisser faire sans ramener son grain de sel.‭ ‬Cet habile mélange a pour résultat des réflexions diverses,‭ ‬menées dans tous les sens,‭ ‬des idées de génies aussitôt oubliées,‭ ‬ou bien des images flamboyantes qui d’un trait vous enflamment le coeur.‭ ‬Et ce n’est alors que très lentement que la quasi-immobilité,‭ ‬devenant pesante,‭ ‬rappelle à l’esprit envolé l’existence du corps,‭ ‬rendant cette tension physique plus forte,‭ ‬et en quelque sorte plus agréable.‭ ‬C’est comme s’abimer de la manière la plus totale dans un bon livre‭ ‬:‭ ‬si la lecture procure du bonheur,‭ ‬il y a aussi un autre plaisir,‭ ‬assez particulier,‭ ‬à sortir du livre pour constater que oui,‭ ‬il y a bien un monde,‭ ‬qu’on avait totalement oublié,‭ ‬palpable et bien présent,‭ ‬en dehors du bouquin,‭ ‬et autour de lui.‭ ‬Un monde dans lequel on peut intervenir,‭ ‬si j’ose dire,‭ ‬pour de vrai,‭ ‬même si de manière extrêmement modeste.‭ Un monde à la fois plus fade et plus vivant que l’autre.
    ‭Il faudrait que je pense un jour à ressouder en moi la brisure qui sépare les deux parties de mon être, l’une accrochée avec fermeté au monde physique, à ses fleurs et à ses couleurs mystiques, l’autre voguant sans cesse tel un navire émêché dans les sphères infinies et troubles du monde des idées, des images et des parfums indicibles...
    Une intervention,‭ ‬ou plutôt une proposition,‭ ‬c’est justement ce qui me fait d’un coup sursauter,‭ ‬et tourner la tête vers celui dont j’ai déjà reconnu la voix.‭ ‬Je lui rends son sourire.

    -‭ ‬Oh,‭ ‬les fleurs n’ont jamais besoin de rien de ce que peuvent leur fournir les hommes.‭ ‬Elles ne les accueillent pas moins avec plaisir,‭ ‬et les soins et attentions que nous leur donnons les satisfont d’autant plus qu’elles n’en ont pas besoin‭ ‬:‭ ‬elles se sentent aimées...

    J'ajoute aussitôt, en riant :

    - ...Enfin, je crois !

    Car que sais-je,‭ ‬en réalité,‭ moi leur humble servante, ‬des pensées et des désirs des fleurs ‭? ‬Elles ne sont pas,‭ ‬au contraire des êtres humains,‭ ‬des êtres que la simple observation peut permettre de percer à jour, du moins en partie.
    Je ne me lève pas pour accueillir Kim,‭ ‬mais lui fais signe qu’il peut s’installer face à moi s’il le désire...‭ ‬Le parterre de pavot est bien assez grand pour deux...‭ ‬J'ajoute tout de même, en guise de salut, et ‬pour lui montrer le plaisir que me fait, comme toujours, sa compagnie sympathique et apaisante :‭

    -‭ ‬Tu es le bienvenu.

    Continuant sans même y songer à égrainer mes pavots, j’observe Kim. C’est une chose étrange comme, même quand vous connaissez une personne depuis des années, il semble y avoir des nuances nouvelles à découvrir dans les traits de son visage. Kim, en ce moment, a l’air plutôt détendu, mais il me semble voir dans son visage ouvert comme une nuance inconnue que je ne parviens pas à définir. Bah, s’il a quoi que ce soit qui le perturbe et qui puisse me concerner ou m’intéresser, il me le dira sans doute... Je souris en tout cas à sa question concernant ma «partie du monde», mon côté de Nosco. Il est vrai que, même si pas plus qu’aucun autre habitant de la ville je n’échappe à l’informatique et aux diverses nécessités pratiques, la vie ici a un rythme et une teinte différente de celle que l’on peut mener là bas, dans les batiments...

    - Comment la vie va ? Eh bien, l’automne arrive, avec tous ses aléas et beautés habituels... Sa masse de travail aussi...

    Je me tais un instant, songeant à tout le travail qu’il me reste à faire avant l’hiver... Bon, vous me direz, je ne suis pas seule, il y a bien d’autres jardiniers tout à fait compétents, mais je préfère tout de même repasser derrière les autres, au cas où... Je secoue doucement la tête, et reprends :

    - Et toi donc, Kim ? Comment vas-tu ? J’ai entendu dire par des promeneurs qu’il y avait un nombre inhabituel de cas de grippe... Tu n’es pas trop débordé ? D’ailleurs, si c’est le cas, tu préfère peut-être travailler de ton côté que de m’aider ? Je comprendrais, hein, ne te sens surtout pas obligé ! Tu sais d’où viennent ces maladies ? C’est étrange, non ? Enfin, je ne vais pas te forcer à parler de ton travail, ce n’est pas le but des gens qui viennent au jardin... Et comment va Steve, au fait ? Est-ce que tu voudrais que je te procure des graines, ou je ne sais quelle nourriture pour lui ? Enfin, je suppose que Kinsky te fournit déjà tout ce dont il peut avoir besoin... Enfin, je préférerais éviter de parler d’elle par un si beau temps... Ca ne te dérange pas, j’espère ?

    Puis je me tais, un peu brusquement, me rendant compte du nombre de questions que je viens de poser en une seule tirade, sans laisser bien sûr une seule seconde de libre à mon interlocuteur pour y répondre. C’est hélas une de mes sales manies : je suis capable de demander d'un seul trait, sans reprendre ma respiration, des nouvelles de l’ensemble des relations de la personne (priez pour elle !) qui est en face de moi, sans oublier son travail, sa maison, son ordinateur, sa bibliothèque, et sa collection de boîtes d’allumettes (qu’il en ait une ou non, d’ailleurs)... Je ris doucement, et lui dis en guise d’excuse :

    - Tu peux répondre aux questions une par une, si tu veux... Ou ne pas répondre à toutes !

    Je l’observe avec attention, espérant tout de même qu’il va me donner mes réponses... Comme il me le demande, je lui montre le geste simple qui m’occupe depuis tout à l’heure :

    - Regarde, c’est facile : tu pinces le globe, comme ça, tu l’écrases, tu laisses tomber les graines dans ta main... Et, hop ! Dans le sac !

    Je ralentis un peu le rythme pendant quelques secondes pour lui montrer, mais comme ça n’est pas bien compliqué, mes mains reprennent bien vite d’elles-mêmes leur vitesse de croisière.

    - C’est vraiment une activité agréable... Tu n’as qu’à lancer le mouvement, et ça se fait tout seul... Et pendant ce temps, ton cerveau est libre d’aller vagabonder où il le désire ! N’est-ce pas merveilleux ? Je ne sais pas qui à Nosco a inventé le pavot, mais je pense qu’on devrait, et pour bien des raisons, lui offrir des médailles ! Il le mériterait en tout cas bien plus que tous ces barbares qui ont une épée ou un quelconque pistolet à la place du cerveau, et qui ne pensent qu’à détruire les r... Enfin bref...

    Je me force à m’arrêter, à ne pas dire tout ce que j’ai à dire là dessus... Je m’aventure là sur un sujet dangereux. J’ai parfaitement confiance en Kim, évidemment, mais qui sait qui se trouve derrière les caméras qui ne peuvent manquer de nous observer, de nous écouter ? Je ne tiens pas spécialement à retourner en prison, pour tout dire, et certainement pas par une belle journée comme celle-ci... Un peu gênée, je regarde Kim, espérant qu’il va relancer la conversation dans une direction moins bancale... Après tout, il a survécu bien plus longtemps que moi à Nosco sans souci majeur avec nos très chers dirigeants... Enfin, très chers... Pas la peine d’en rajouter non plus dans le superlatif, Lucia, ma gourde... Ils n’ont pas encore appris à lire dans les pensées... Du moins, pas à ma connaissance...

[Désolée pour la première personne et le présent... Pas très littéraire, tout ça (encore que, Proust...=D) ! Mais j’ai besoin de tester un peu tout, histoire de voir ce qui colle le mieux au personnage... Si ça te dérange, dis le moi, surtout !]
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Message par Kim van Berghen le Sam 30 Avr - 16:23

Hj : J’ai placé notre rp dans la chronologie, si le résumé ou la place ne te va pas fais moi signe. ^^
Et n’hésites pas à tester ton écriture, ça ne me dérange absolument pas Smile

Dj :
Tout ne s’est pas fait en un jour à Nosco. Non, ce fut par étape que la magnifique cité se dressa lentement, érigée de la main de l’homme avec ce qu’il avait trouvé comme matériaux pour s’aider, c'est-à-dire qu’on manque de matière première dans la ville. Alors recyclage et reconversion sont les deux mots d’ordres, il ne faut rien gâcher. Alors depuis que Joshi avait compris l’utilité et l’utilisation des ondes alpha, les habitants avaient pu se protéger, combattre, et ériger ces bâtiments blancs qui trônaient tout autour de l’enceinte, formant une couronne de pureté pour entourer le jardin de la cour intérieure. Il fallait dire que la plupart des nosciens détestaient l’enceinte et sa détestable allure, bien qu’elle soit différente pour chacun. Tous la craignaient, seulement quelques uns étaient fascinés par celle-ci, mais toujours sans oser l’approcher vraiment. Mieux valait éviter de toucher aux barreaux de la cage dans laquelle ils étaient enfermés, cela aurait été un rappel trop brusque et violent de leur état constant de prisonnier… voir un danger ? Ceux qui auraient pu répondre n’étaient plus là depuis bien longtemps. Cependant chercher les réponses à ce type de questions était interdit, prohibé, alors mieux valait se montrer discret, voir ne pas y toucher.

Le travail est aliénant pour l’homme, en tout cas d’après certains théoriciens tels Karl Marx. Certes lorsque le travail se faisait à la chaine, pour augmenter la rentabilité au point de transformer l’homme en machine, de le priver de sa part d’humanité pour réussir à construire encore plus d’automobiles, Ford T ou les suivantes de l’alphabet… Et pourtant, pour ceux ayant reçu une éducation, et qui avaient de quoi permettre un dialogue intérieur, alors c’était une formidable prison. Celle où l’on pouvait enfin imaginer et penser tout en liberté, laisser la partie mécanique de son cerveau faire le travail, ses mains répéter inlassablement le même mouvement tandis que l’esprit s’évadait dans d’autres dimensions. S’enfermer pour pouvoir se libérer de ses chaines, comme c’était contradictoire et pourtant rien vrai. La nature et la science semblaient parfois s’être alliées pour créer des petites zones de mystère que la plus grand logique ne pourrait pas déchiffrer.

Il y avait différents types de livres et plusieurs manières de les lire, cependant dans chacun des cas, il fallait se plier à l’écriture de l’auteur et suivre les phrases qu’il avait construites. Pourtant, on ne se laissait pas embarquer dans un livre scientifique comme l’on montait dans la barque de la fiction. La fiction avait cet avantage d’être divertissante, tout en permettant d’apprendre et surtout de rêver ainsi que de développer l’imagination, se laisser entrainer dans la peau d’un autre, ses glisser avec le narrateur de manière omnisciente un peu partout. Se laisser guider jusqu’à la page finale. Devenir l’enquêteur qui tentait de résoudre le crime, le personnage qui grandit par un voyage personnel, celui qui sombre avant de remonter.
Alors qu’un documentaire permettait d’apprendre sur un domaine ou plusieurs de manière bien plus objective, et pourtant toujours sujette à la subjectivité de celui qui avait tracé ces lignes. Il était cependant bien plus facile d’être contre la réflexion de l’auteur et de s’y opposer que lorsqu’on vous racontait une histoire narrée. Le cerveau était bien plus en marche et concentré, mais d’une manière totalement différente. Il n’y avait alors pas la place pour la poésie, même si l’imagination, du moins celle qui permet de se projeter dans une formule mathématique ou une donnée scientifique pour tenter de l’améliorer, créer des hypothèses et les mener à bout, savoir si elles étaient concrètement réalisable et possible ou non.

Ce n’est qu’une fois près de Lucia que Kim reconnu la plante qu’elle maniait pour en extraire les graines. Du pavot, plantes aux propriétés multiples que ce soit de leur utilisation médicale pour créer de la morphine, voir une drogue plus dure, mais aussi en huile pour la peinture… Ainsi le pavot faisait dans tous les cas rêver, transportant dans un monde de couleur, éloignant les humains de celui de la douleur. Une plante que l’on pouvait qualifier de bénéfique mais dont les effets pouvaient être aussi négatifs. Les graines de pavot pouvaient aussi être la « cerise sur le gâteau », décorant ces derniers en leur ajoutant un petit gout, de plus elles étaient réputées pour leur huile riche en acides gras ainsi qu’en protéines de type légumineuses qui pouvaient remplacer celles des viandes. Cependant en consommer en grande dose dans l’alimentation pouvait avoir un effet positif sur la santé… voir même sur l’humeur. Plante qui oscillait entre le noir de ses étamines et le blanc du liquide qui s’écoulait lorsque l’on incisait le fruit… opium des hommes. Cette plante était comme tous les hommes, jamais totalement bénéfique sans être véritablement mauvaise, c’était le yin et le yang, un savant équilibre qui la mettait sur la liste des plantes à surveiller et dont il fallait contrôler l’usage. A Nosco personne n’était vraiment libre, chacun avait le regard d’une caméra derrière son épaule. Pourtant il existait des listes désignant des traitres potentiels. On tentait de prédire, de déduire et d’éviter le pire… en menaçant parfois des innocents.

Léger tel un papillon ou bien une coccinelle, butinant de fleurs en fleurs, s’occupant de toutes avec le même soin et la même patience, les aimant sans aucune distinction, leur donnant tous ce qu’elle pouvait pour les maintenir au meilleur de leur forme, et n’attendant en échange que leurs beautés, leurs subtiles parfums. Elle avait des réponses toujours si douces et poétiques, des paroles à décrypter ou à simplement écouter et savourer.

Je pense que tu as raison, ce sont des êtres vivants tout autant que toi et moi…

Et tous les êtres ont besoin d’une présence affective aimante. Ne dit on pas qu’une plante grandit mieux lorsqu’on lui parle, qu’elle semble se nourrir des paroles pour créer sa propre force ? Il en était de même pour les animaux, tout aussi sensibles. Steve en tout cas était un bon interlocuteur toujours prêt à écouter, à dresser les oreilles et ensuite consoler, réclamant une caresse et se glissant partout pour distraire l’attention de Kim de l’objet de ses peines.

Suivant l’invitation de son amie, il vint se placer en face d’elle, tout en observant les mouvements qu’elle faisait d’une main experte qui avait l’habitude de ne pas flancher face au mouvement répétitif et pourtant si précis qu’elle se devait d’effectuer. Pourtant elle n’arrivait à poser autant de questions qu’elles se formaient dans son esprit, tout en continuant à travailler. Une fois la tirade finie, il rit un instant, joyeusement comme pour exprimer que non, toutes ces questions ne le dérangeait pas le moins du monde. Après tout c’était aussi une manière de montrer que l’on s’intéressait à la personne, n’est ce pas ? Et puis il ne pouvait pas reprocher le défaut d’être trop curieux à qui que ce soit…

Je vais donc essayer de faire dans l’ordre…

Il se tut un instant encore, comme pour remettre ses idées en place et pouvoir reprendre chaque question pour y apporter sa réponse.

Je vais bien… pour l’instant en tout cas. Oui nous avons un nombre assez conséquent de cas de grippe. Ce n’est pas encore alarmant, mais pas forcement rassurant. Débordés ? Si. Mais ce sont les joies du métier. Disons que cela nous change de notre habituel calme et ça fait du bien. Nous avons la chance d’avoir l’aide d’Arsène Applegate. Tu l’as déjà croisé ? Charmant garçon, mon filleul… Et il veut devenir médecin aussi…

Nouveau sourire avant d’ajouter comme pour se justifier.

Je n’y suis pour rien en plus, il avait déjà l’idée en tête. Enfin c’était le moment parfait, et il apprend vite. Sans lui on courrait sans doute encore plus que ce n’est le cas.
Non, n’ai aucun soucis, si je suis venu c’est que j’ai du temps… Je dois y retourner dans quelques heures, pas assez de temps pour commencer quoi que ce soit, si ce n’est une discussion passionnante avec toi. Et puis pour lutter contre la grippe, il faut s’aérer. Je ne fais que prévenir le risque de maladie…
C’est un virus dont le mode épidémique est saisonnier, qui survient surtout entre l’automne et l’hiver. Ce n’est donc pas si surprenant. L’origine du mot grippe vient très certainement du mot grippen qui signifie « agripper, saisir brusquement ». Après tout c’est la grippe qui nous saute dessus sans que l’on ne puisse rien y faire…
D’où vient le problème ? Certainement du fait que la grippe mute, que ce soit par glissements ou réassortiment antigéniques. Nous sommes donc constamment obligés de changer le vaccin… Et cette année apparemment… Enfin on va trouver… Il n’y a rien d’inquiétant pour le moment, non.


Parler de son travail n’était pas forcement son sujet favoris du moment mais cela ne le dérangeait pas au contraire.

Steve va bien, il a eu assez d’aventures hier, je crois que les prochaines jours je le laisserais à la maison… Et oui, il serait ravit d’avoir quelques graines, tu sais à quel point il est gourmand…

Il allait continuer mais se tut. Ce n’est pas comme s’il n’était pas courant de l’inamitié entre les deux jeunes femmes, à son plus grand regret. Il n’avait pas pu faire grand-chose pour le moment… Peut être un jour, qui sait ? En tout cas pour aujourd’hui, il ne parlerait pas de Karlovy à la jardinière. Lovy, sa Loreley… Cela lui évoquait le poème qu’avait écrit Apollinaire à propos de la légende germanique. « Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley, Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé », ces mots pourraient totalement être appliqué à Kim, même s’ils avaient un tout autre sens dans le contexte du poème. Pourquoi était il tombé sous le charme de cette sirène qui en aimait un autre ? Néanmoins comment lui résister ?

Il tenta de se concentrer sur les explications de Lucia quand à la récolte des graines, oubliant la biologiste. Cela ne semblait pas si compliqué, Kim tenta donc d’abord lentement, puis légèrement plus rapidement. Il était là pour l’aider, et il était loin d’être aussi doué qu’elle. Il n’avait jamais réellement testé s’il avait la main verte, mais n’avait pas non plus le temps de s’y consacrer. L’activité était agréable en effet, pas trop difficile non plus, ce qui permettait de discuter et d’agir en même temps. Toutefois Lucia s’aventurait sur un sujet dangereux… critiquer la brigade, alors même qu’on avait celle-ci sur le dos ne pourrait pas arranger son cas, heureusement elle s’arrêta bien vite. Il lui fit simplement un léger signe de tête, indiquant qu’il comprenait et approuvait ce qu’elle disait. Mieux valait trouver quelque chose de moins répréhensible à dire.

Tu connais… Les colchiques ?

Il récita doucement chaque vers, laissant à Lucia la possibilité d’apprécier et de retenir le poème de Guillaume Apollinaire.

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la
Violatres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne


Tout en continuant le travail manuel qu’on lui avait confié, plaçant de plus en plus de graines dans le sac, il lui laissa la possibilité de l’apprécier, sans commenter les paroles du poète. A quoi bon l’influencer ? Il espérait sans avoir d’espoir qu’un jour cela pourrait permettre à la jeune femme de retrouver des souvenirs. En tout cas elle semblait déjà apprécier les poèmes, alors autant en profiter, tout du moins avec ceux dont il se souvenait. Lucia commenterait elle à voix haute ce qu’elle pensait du poème et de l’interprétation que l’on pouvait en faire ? Ah les femmes… leurs yeux envoutant. Était-il possible de les oublier une minute une fois qu’elles vous avaient jeté un sort ? Doux poison dans les veines qui rendait aussi euphorique que plusieurs verres d’alcool.

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Message par Lucia Stevens le Mer 11 Mai - 10:51

    Les graines coulent entre mes mains,‭ ‬rivière douce et calme,‭ ‬riche de clartés et de musiques inattendues.‭ ‬Bientôt les mains de Kim prennent le même rythme que les miennes,‭ ‬et ainsi à mon petit ruisseau chancelant s’en joint un autre,‭ ‬alimentant avec une joie modeste,‭ ‬grave,‭ ‬le sac dans lequel tout bruisse et souffle comme une vague.‭ ‬Pour un peu,‭ ‬je sentirais l’air marin dans mes cheveux...‭ ‬L’air marin...‭ ‬Voilà que je parle comme si je connaissais quelque chose à la mer,‭ ‬comme si elle était pour moi autre chose qu’un objet riche d’images envoûtantes alimentées par des allusions,‭ ‬des paroles vagues,‭ ‬des divagations de noscoiens éméchés ou fous.‭ ‬La mer,‭ ‬un objet sans doute sorti de l’imagination humaine‭ ? ‬Ou peut-être une réminiscence de cet autre chez nous qu’était le monde où nous vivions tous avant Nosco et où,‭ ‬proscrits par un exil involontaire,‭ ‬nous désirons tous,‭ ‬sans doute,‭ ‬au plus profond de nous-même,‭ ‬retourner,‭ ‬terre inconnue dont ne nous restent que,‭ ‬si nous avons de la chance et de la persévérance,‭ ‬quelques vagues souvenirs,‭ ‬qui nous sont comme les côtes prometteuses de sa patrie que le naufragé ou le marin errant croit apercevoir,‭ ‬dans les soirs de délire.‭ ‬Nous imaginons donc qu’ainsi,‭ ‬nous pourrons y retourner‭ ? ‬Fous que nous sommes...‭ ‬Et pourquoi alors aurait-on pris la précaution de si bien nous enfermer‭ ? ‬Donne-t-on au condamné la clé de sa prison,‭ ‬ou le moyen de l’obtenir‭ ? ‬Je songe cela,‭ ‬rêveuse et un peu triste,‭ ‬tout en écoutant les réponses de Kim.‭ ‬La mention de son filleul éveille particulièrement mon attention...

    -‭ ‬Arsène Applegate‭ ? ‬Non,‭ ‬je ne lui ai pas parlé...‭ ‬On ne me laisse pas approcher comme ça si tôt les nouveaux oubliés,‭ ‬que crois-tu donc‭ ? ‬Je pourrais les pervertir...‭ ‬La sécurité avant tout...‭ ‬Mais je crois l’avoir aperçu...‭ ‬Joli garçon,‭ ‬il me semble‭ ? ‬Enfin,‭ ‬s’il veut devenir médecin,‭ ‬on sera obligé de lui infliger quelques heures de ma compagnie,‭ ‬j’imagine,‭ ‬car un bon médecin ne peut pas totalement tout ignorer des plantes,‭ ‬n’est-ce pas‭ ?

    Je ris doucement, et j'attends son approbation...‭ ‬C’est qu’à vrai dire,‭ ‬mon ignorance dans le domaine de la médecine est telle que je n’ai pas vraiment idée de ce qui caractérise un bon médecin,‭ ‬sinon cette croyance,‭ ‬certes un peu naïve,‭ ‬qu’un bon médecin doit forcément,‭ ‬d’une manière ou d’une autre,‭ ‬ressembler à Kim.‭ ‬C’est amusant,‭ ‬d’ailleurs,‭ ‬il me semble me souvenir qu’on a essayé,‭ ‬durant mon apprentissage,‭ ‬de m’inculquer les rudiments de la médecine,‭ ‬mais cela,‭ ‬comme beaucoup d’autres choses,‭ ‬n’a pas vraiment marqué ma cervelle débraillée,‭ ‬toute émerveillée qu’elle était de voir qu’il existait en ce monde horrible et noir quelque chose d’aussi beau qu’une fleur...‭ ‬Le temps qu’il m’a fallu pour remettre de cette simple idée...‭ ‬En tout cas,‭ ‬j’écoute avec intérêt ce que m’explique Kim concernant cette grippe...‭ ‬M’est avis que mon cher scientifique a du pain sur la planche...‭ ‬Je m’amuse en silence de ce que je crois percevoir d’auto-persuasion dans le‭ «‬on va trouver‭» ‬au sujet du vaccin,‭ ‬sans doute plus rassurant que rassuré...‭ ‬Enfin,‭ ‬là encore,‭ ‬c’est mon côté pessimistico-paranoïaque qui parle...‭ ‬Si l’on écoutait mes prévisions,‭ ‬la fin du monde serait un événement si fréquent qu’il en deviendrait banal...‭ ‬Puis la conversation se tourne vers Steve,‭ ‬ce charmant animal qui partage la vie et la demeure de Kim.‭ ‬Ma curiosité s’emballe aux paroles de mon cher médecin,‭ ‬et ce d’autant plus que vient de se profiler un enjeu d’importance‭ ‬:‭ ‬donner à Kim une possibilité de parler d’autre chose que de miss Kinsky,‭ ‬sujet qui serait aussi pénible au final pour lui que pour moi,‭ ‬une telle conversation ne pouvant que mal tourner,‭ ‬ou défaillir.

    -‭ ‬Des aventures‭ ? ‬Allons bon‭ ! ‬Et de quel genre‭ ? ‬Enfin,‭ ‬si ça n’est pas indiscret...‭ ‬Loin de moi l’idée de pénétrer outre mesure l’intimité de ce cher rongeur...‭ ‬Mais tout de même,‭ ‬des aventures,‭ ‬c’est assez rare à Nosco pour mériter d’être raconté,‭ ‬et par le détail,‭ ‬s’il vous plaît‭ ! ‬En tout cas,‭ ‬pour les graines,‭ ‬fais moi penser à aller faire un tour aux serres avant que tu ne partes,‭ ‬je lui ferai un petit assortiment...

    Soit dit en passant,‭ ‬je n’ai pas une idée exacte de ce que mange un rongeur...‭ ‬C’est que,‭ ‬drogues exceptées,‭ ‬je ne m’occupe que très peu de tout ce qui dans mon jardin peut faire l’objet d’une consommation quelconque...‭ ‬Là encore,‭ ‬c’est le domaine de Kinsky,‭ ‬et celui-là,‭ ‬moins j’y touche,‭ ‬mieux je me porte,‭ ‬si vous me passez l'expression...‭ ‬Enfin,‭ ‬Kim m’expliquera ça le moment venu...‭ ‬Laissons le plutôt pour l’instant expliquer quel genre d’aventures peuvent bouleverser ainsi la vie d’un rat d’appartement...
    J’attends sa réponse,‭ ‬fixant mon regard sur le pavot,‭ ‬plante merveilleuse,‭ ‬porteuse de rêve comme aucune autre...‭ ‬J’avoue que je n’ai pas réussi à tester toutes les manières dont on peut la confectionner et la préparer en drogue,‭ ‬tant elles sont nombreuses...‭ ‬Et puis maintenant,‭ ‬je risque d’avoir du mal à diversifier ma production,‭ ‬mon testeur préféré,‭ ‬j’ai nommé Luis,‭ ‬m’ayant lâchée de la plus honteuse des manières...‭ ‬Si je ne me trouve pas un accro motivé pour le job,‭ ‬je vais finir par être obligée de tester mes produits moi-même,‭ ‬ce qui,‭ ‬en plus d’être d’une efficacité douteuse,‭ ‬présente un risque commercial tout aussi sérieux‭ ‬:‭ ‬qu’adviendra-t-il si je deviens accro,‭ ‬moi aussi‭ ? ‬Il ne manquerait plus que je vide moi-même ma boutique et épuise mes stocks...‭ ‬J’aurais l’air fine,‭ ‬vraiment...‭ ‬Sans compter que cela déplairait tout autant à certaines personnes haut placées que je préfère ne pas nommer,‭ ‬mais qui m’ont été d’un certain secours dans mes récents problèmes avec la brigade.‭ ‬Aide qui,‭ ‬bien sûr,‭ ‬se paie et se paiera par quantité de services rendus et autres perfidies.‭ ‬Bref,‭ ‬c’est un problème sérieux que celui-ci,‭ ‬trop sérieux pour un si beau jour,‭ ‬aurais-je envie de dire si je n’avais pas tendance à reporter de manière un peu trop systématique tout problème dès lors qu’il est affublé de l’étiquette‭ «‬sérieux‭»‬...‭ ‬C’est vrai,‭ ‬qu’avons nous à faire des choses sérieuses,‭ ‬quand il y en a tant de futiles pour occuper notre attention et notre fantaisie‭ ? ‬Kim,‭ ‬en tout cas,‭ ‬a le don pour trouver les sujets de conversation idéaux,‭ ‬pas trop sérieux sans être aucunement futiles,‭ ‬mais tout simplement stimulants pour l’esprit,‭ ‬proprement enrichissants.‭ ‬Car voilà qu’il évoque un nom qui m’est bien connu,‭ ‬mais plus en tant que jardinière qu’autre chose,‭ ‬ce nom si doux,‭ ‬si triste et si fade,‭ ‬les colchiques...‭ ‬Un nom de fleurs,‭ ‬oui,‭ ‬et je m’apprête à lui répondre que oui,‭ ‬je connais les colchiques,‭ ‬car nous en avons eu dans le jardin un moment,‭ ‬enfin,‭ ‬jusqu’à ce qu’un imbécile ait l’idée d’en bouffer quelques brins et se retrouve illico au sapientia...‭ ‬J’en garde tout de même dans un coin‭ ‬:‭ ‬en plus d’être une fleur magnifique,‭ ‬c’est un poison apprécié des plus pervers de mes protecteurs et clients.‭ ‬Mais mes pensées sont interrompues par la surprise,‭ ‬la stupeur,‭ ‬même,‭ ‬quand Kim se met à dire doucement ces vers merveilleux...‭ ‬Ils roulent lentement dans ma tête,‭ ‬et s’y inscrivent,‭ ‬pour toujours sans doute...‭ «‬Violâtres comme leurs cernes et comme cet automne‭»‬...‭ ‬Par Joshi,‭ ‬que c’est beau...‭ ‬Je reste un moment silencieuse,‭ ‬les yeux un peu écarquillés par ce que j’appellerais émerveillement si ce mot n’était pas un peu trop grandiloquent à mon goût...‭ ‬Non,‭ ‬c’est plutôt une sorte de paralysie brutale de la pensée,‭ ‬liée au fait que le cerveau se remplit de manière trop complète d’un sentiment de joie intense et de surprise mêlées...‭ ‬Un peu clinique,‭ ‬certes,‭ ‬comme définition,‭ ‬mais,‭ ‬au moins,‭ ‬exact...‭ ‬Je me tais,‭ ‬donc,‭ ‬un long instant,‭ ‬étonnée et ravie,‭ ‬et lorsque je reprends la parole,‭ ‬mes pensées et mes paroles sont comme ivres,‭ ‬comme ayant accompagné si profondément,‭ ‬si intensément ces vers qu’elles s’en sont,‭ ‬elles aussi,‭ ‬empoisonnées...‭ ‬Vers,‭ ‬à vrai dire,‭ ‬faits d’un venin si doux qu’on s’y trempe avec allégresse et volupté.

    -‭ ‬Je...‭ ‬J’ignorais qu’il y avait...‭ ‬Je veux dire,‭ ‬d’autres personnes,‭ ‬à Nosco,‭ ‬qui avaient connaissance de la poésie,‭ ‬réellement...‭ ‬Y a-t-il des poètes‭ ?

    Et la question,‭ ‬à vrai dire,‭ ‬que se pose mon coeur,‭ ‬est un peu plus que celle qui franchit mes lèvres,‭ ‬car ce que je me demande d’emblée,‭ ‬c’est‭ ‬:‭ ‬est-ce toi,‭ ‬Kim,‭ ‬qui as rédigé ceci,‭ ‬cette merveille‭ ? ‬Ou bien la tires-tu du même endroit que mon Harmonie du soir,‭ ‬de l’autre monde,‭ ‬et des souvenirs que nous en retirons‭ ? ‬Ces fameux souvenirs,‭ ‬dont nous n’avons pas le droit de parler sous peine de mort,‭ ‬mais qui sont notre seul lien avec le lieu d’où nous venons,‭ ‬et avec les merveilles qui le paraient‭ ? ‬Car un monde qui donne naissance à de tels bijoux est forcément,‭ ‬on ne m’en fera pas démordre,‭ ‬bien plus beau que celui où nous vivons,‭ ‬bien plus exaltant que cette prison où nous ne faisons que tourner en rond,‭ ‬comme des bêtes en cage.
    Mais mon esprit,‭ ‬guidé par son exaltation soudaine,‭ ‬ne parvient pas à se détacher totalement des vers qu’a prononcés Kim,‭ ‬un instant plus tôt et,‭ ‬tout doucement,‭ ‬il se les répète,‭ ‬comme pour se persuader de leur existence,‭ ‬comme pour les appréhender d’une façon plus complète.‭ ‬Et,‭ ‬pour éviter que ma pensée ne tourne en rond dans son bocal,‭ ‬je la partage,‭ ‬invitant implicitement Kim à y réagir,‭ ‬et peut-être à m’aider à mieux comprendre...

    -‭ ‬D’où vient la beauté‭ ? ‬Je veux dire,‭ ‬dans ces vers‭ ? ‬Je n’arrive pas à la saisir concrètement,‭ ‬c’est comme si elle me prenait au dépourvu...‭ ‬C’est beau,‭ ‬un point c’est tout...‭ ‬Remarque,‭ ‬c’est souvent ça,‭ ‬tu en trouves pas‭ ? Et puis, je ne suis pas certaine que la beauté d'une chose puisse réellement être trouvée en un point précis... Mais tout de même, il y a quelque chose, tu ne crois pas ? C’est peut-être cette alliance,‭ ‬oui,‭ ‬d’une certaine morbidité,‭ ‬avec la vie lente,‭ ‬mais implacable,‭ ‬comme immuable,‭ ‬du paysage‭ ? ‬Non,‭ ‬je ne crois pas,‭ ‬en fait...‭ ‬Ou en tout cas,‭ ‬pas seulement...‭ ‬Il y a autre chose...

    Ma pensée s’égare un instant,‭ ‬je pense à la mort...‭ ‬Mort qui est si rare à Nosco,‭ ‬et peut-être d’autant plus effrayante...‭ ‬C’est que,‭ ‬à force de ne plus vieillir,‭ ‬on pourrait finir par se croire immortels...‭ ‬Et cependant,‭ ‬la mort nous apparaît du même coup plus dure,‭ ‬car elle ne peut être que violente...‭ ‬On ne meurt pas,‭ ‬à Nosco‭ ‬:‭ ‬on est tué.‭ ‬Mes réflexions cependant,‭ ‬comme devenues dépendantes,‭ ‬ne restent pas bien longtemps éloignées de ce fameux poème,‭ ‬et,‭ ‬pourvue d’une nouvelle interprétation qui me satisfait un peu plus,‭ ‬je repars à la charge.

    -‭ ‬Ou alors,‭ ‬simplement,‭ ‬cette obsession qu’a le poète de la personne qu’il aime,‭ ‬et qui revient sans cesse,‭ ‬comme liée à tout ce que le poète peut voir ou dire...

    J’aimerais que Kim me dise sa pensée...‭ ‬Il doit de plus en savoir plus que moi sur ce poème,‭ ‬il doit y avoir longuement réfléchi...‭ ‬Il doit se l'être répété,‭ ‬longuement,‭ ‬dans la nuit calme et froide,‭ ‬ou bien en contemplant une jolie fleur qui,‭ ‬telle ces colchiques,‭ ‬empoisonnait son cœur...‭ ‬Je l’imagine murmurant ces vers à l’oreille de Kinsky,‭ ‬envers qui il a,‭ ‬cela ne fait de mystère pour personne,‭ ‬bien plus que de l’affection ou de l’amitié...‭ ‬Ce qui est dommage,‭ ‬c’est qu’à mon avis,‭ ‬elle ne saurait pas apprécier à sa juste valeur une telle merveille...‭ ‬Mais trêve de médisance...‭ ‬N’empêche,‭ ‬ça doit être quelque chose de vraiment beau,‭ ‬d’avoir quelqu’un à qui dire cela,‭ ‬n’est-ce pas,‭ ‬je veux dire,‭ ‬d’aimer une personne de manière assez ouverte,‭ ‬assez durable aussi,‭ ‬pour pouvoir lui murmurer ces mots si joliment assemblés,‭ «‬et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne‭»‬...‭ ‬Je songe à Luis car il est le seul qui ait pu se rapprocher pour moi d’un tel sentiment,‭ ‬et pourtant il n’est plus réellement dans mon coeur,‭ ‬je le sens confusément.‭ ‬Luis est parti,‭ ‬point final.‭ ‬Il a quitté ce côté du monde,‭ ‬il a opté pour des idées et des idéaux contraires aux miens.‭ ‬Et mon esprit,‭ ‬quand il y pense,‭ ‬n’est rien d’autre qu’un vieillard qui s’efforce de rattraper avec toutes les maigres forces qui lui restent ses beaux souvenirs de jeunesse,‭ ‬de les revivre le plus pleinement possible,‭ ‬comme s’ils n’étaient pas évanouis à jamais,‭ ‬comme s’il n’avait pas devant lui la mort,‭ ‬seule et implacable.‭
    Ah,‭ ‬Lucia,‭ ‬n’accepteras-tu donc jamais totalement,‭ ‬enfin,‭ ‬qu’une page est tournée‭ ?


[Toutes mes excuses pour le délai de réponse...]
Lucia Stevens
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Message par Kim van Berghen le Dim 22 Mai - 15:47

Nosco était comme une île, ville isolée que personne ne pouvait atteindre, sauf ceux qui savaient comment s’y rendre. Ile peuplée de marins qui ignoraient pour la plupart comment naviguer vers un lieu qui leur semblait plus approprié pour vivre, et ceux qui le savaient choisissaient parfois étrangement de rester. Trop habitué au climat calme de l’île aux songes étranges, à ces repères qu’ils risqueraient d’abandonner et de perdre s’ils traversaient cette barrière liquide qui les enfermait. Aucune lumière à l’horizon, seule le centre de la ville restait comme ce qui éclairait leur destinée, tout dépendait et sortait du Capitole. Là où l’impératrice et son conseil siégeaient, là-bas ils décidaient du sort de chacun. Ils avaient tout pouvoir, bâtiment le plus haut de la ville, ils étaient le phare au milieu de la mer, destiné à les guider coûte que coûte. Même contre leur propre gré, pour « leur bien être ». Enchainer les nosciens à des idéaux qui n’étaient pas les leurs, parce que c’était une façon de les protéger. Imposer pour faire accepter l’inacceptable, créer les lois pour surpasser ce qui aurait pu se révolter, étouffer le vent de révolte qui pourrait gronder. On avait décidé pour eux, car d’autres étaient arrivés plus tôt et avait prit le pouvoir, de manière à ce qu’on ne puisse les en destituer.

Il hocha la tête. Bien sur qu’on ne confierait aucun filleul à Lucia pour le moment, à cause d’un possible lien avec les rebelles, cependant on ne pouvait l’empêcher de leur parler, surtout qu’il était le parrain d’Arsène, il le l’aurait jamais déconseillé de parler avec Stevens. Il allait répliquer que tout le monde n’était pas contre-elle, et que Karlovy même avait réussit à approcher le jeune homme, et que si on lui avait refusé la possibilité d’un parrainage, elle avait eut la chance de lier un lien d’amitié avec Applegate, mais il se tut. Evoquer à nouveau la demoiselle alors qu’on lui avait demandé d’esquiver du mieux possible le sujet n’était pas une bonne chose. Il répondit simplement.

Tout le monde n’est pas aussi craintif concernant les idées que tu pourrais répandre… Et un ton plus bas et triste. Sinon, tu ne serais pas dehors malheureusement. Et enfin plus haut, d’une voix normale. Mais tu as raison, j’essayerai de lui trouver un moment qui correspondra à ton emploi du temps pour que vous puissiez discuter et que tu lui montres les jardins de Nosco. Tu verras c’est le parfait apprenti, attentif et intuitif, il est doué.

Rat d’appartement mais surtout ancien sujet de tests, c’est qu’il connaissait les sous-sols du Sapientia le petit, et que quitte à ce qu’il s’amuse un peu en se dégourdissant les pattes hors de sa cage, et se venge ironiquement de son passé, Kim lui faisait parfois découvrir la surface dudit bâtiment. Malgré la désapprobation d’Anna Heidelberg, le fait que ce soit loin d’être la plus hygiénique des choses à faire dans ce qui constituait un hôpital, et la possibilité de perdre l’animal, qui heureusement ne courrait jamais bien loin… tel un gamin, qu’il n’était plus depuis bien longtemps, Kim s’amusait parfois à emmener son compagnon à quatre pattes à son travail. Certainement une mauvaise idée surtout en période d’épidémie de grippe, mais voilà laisser Steve seul c’était… trop difficile parfois.

Oh tu sais, il n’y a pas grand-chose à raconter… Disons juste que j’ai fais la magnifique erreur d’amener Steve alors que j’avais des consultations… Et le sacripant a échappé à ma vigilance un instant… J’ai eu de la chance de tomber sur des patients qui… n’en ont pas fait tout un fromage.

Définitivement il allait devoir faire plus attention, couper la poire en deux et éviter d’emmener trop souvent Steve avec lui, sachant ce qu’il risquait. Heureusement cette fois-ci il l’avait échappé belle, mais l’air grave qui été apparu sur son visage montrait clairement qu’il s’était fait peur et craint qu’on ne lui tape fortement sur les doigts pour cette faute professionnelle grave. Bon, il l’aurait grandement mérité c’était évident, pourtant il préféra couper court à cette partie de la conversation. Il n’avait certainement aucune envie de relater une nouvelle fois l’évènement devant les caméras et leurs oreilles curieuses. Ignorant sans en avoir conscience la phrase suivante de Lucia, car il était parti dans ses pensées, il se mit à réciter un poème. Suivit d’assez près par une nouvelle réaction en chaine de l’amie qui s’occupait des pavots. Kim lui s’était arrêté pour penser mais reprit le travail mécanique pour répondre de manière plus ou moins mystérieuse.

La poésie se cache partout, chaque fleur n’est elle pas un hymne à la Nature ? L’homme cherche simplement à raconter ce qu’il voit par des mots, essayant de retranscrire tout ce qu’il admire et chaque découverte qui l’étonne. Cependant à Nosco, nous perdons tous très vite cette faculté à nous émerveiller devant la beauté.

Il eut du mal à décrypter la question suivante, mais tenta d’y répondre le mieux possible, pour expliquer à Lucia.

Non, ce n’est pas parce que l’on rêve, une fois, d’avoir lu un poème quelque part… qu’on en devient le créateur.

Une manière de lui souffler que c’était un souvenir. Oui mais personne n’aurait la preuve que c’en était un, à moins qu’eux même ait lu ce poème, mais dans ce cas là ils seraient tout autant coupable. Qui donc n’avait jamais recherché ses souvenirs ? Ils étaient bien peu bien heureusement… Le désir de liberté frappait chacun, les incitant à ces petites rebellions dont ils avaient tous besoin.

Définir le beau est une tache bien malaisée. Ce n’est après tout qu’un jugement personnel, un avis sur ce qui esthétique ou pas. La source n’y peut pas grand-chose, nous être agréable n’est pas son choix, mais le notre. Leurs auteurs tentent de le créer, d’atteindre la perfection esthétique, pourtant nous restons les derniers juges…
Tu as sans doute raison lorsque tu parles de la morbidité de ces lignes, car ce poème n’est pas beau… Non, il est sublime. C’est un peu différent après tout… Le beau est un sentiment calme et de tranquillité tandis que le sublime est un plaisir mêlé de douleur, quelque chose de plus élevé et d’infini. Un sentiment d’étonnement lié à la crainte ou au respect.


Il se tut un instant, il continuait de récolter les graines de pavot, et pourtant son esprit s’était éloigné, il était repartit bien loin de Nosco, dans un de ses souvenirs. Il faisait beau, un doux soleil éclairait une large prairie, l’herbe était verte et bien verte. Ici, ils n’avaient rien à craindre, la guerre était plus loin, tellement loin… Ils étaient tous les quatre, alors il n’y avait rien à redouter, ils étaient en sécurité, éloigné de la ville pour une après-midi. Les deux bambins courraient librement dans les champs, profitant de l’air pur, et chahutant sous le regard de leurs parents. Il faisait beau et ils en profitaient, de l’air dénué de toute pollution, d’être loin de tout et de tous. Ils étaient heureux. Ils avaient marchés un moment, lui main dans la main avec sa femme, et leurs enfants plus en avant courant sans s’arrêter, revenant ensuite tout en riant avec bonheur. Et puis les petits avaient aperçu les ruminants dans un champ, ils s’étaient approchés avec des grands yeux, pointant de l’index et sautant de questions en questions. On leur avait conseillé de ne pas toucher la barrière, de rester un peu éloigné. Cela n’avait pas calmé l’excitation de l’étrange découverte, ils auraient voulu s’approcher, toucher et comprendre, voir de bien plus près. Mais avec les cris et les grands gestes, les vaches, elles s’éloignaient plus qu’elles ne s’approchaient. Alors ils avaient fait le tour du pré en recommandant le calme. Et il avait prit sa petite fille sur ses épaules, pour qu’elle puisse voir plus loin, elle s’était accroché fort de peur de tomber, et avait écarquillé grand les yeux, un sourire ravit sur les lèvres… Et puis une fois la surprise passée, ils avaient fini par s’en lasser et être attiré par autre chose, comme ce papillon là qui voletait en silence plutôt que de beugler. Alors il avait pu prendre sa femme dans ses bras, lui glisser un baiser dans le cou, loin de tout le malheur, isolés près d’un champ où ne poussait qu’herbes folles. Et puis, ils étaient finalement rentrés, le trajet du retour avait été moins joyeux, mais… La journée avait été parfaite.

Kim se souvenait lorsqu’il était arrivé à Nosco, peu d’affaires sur lui, aucun souvenir, perdu comme tous les autres. Et puis cet anneau à son doigt, une alliance à l’annuaire gauche. Il avait été marié ? Au début il ne l’avait pas retiré, craignant de le perdre, le chérissant comme un souvenir de son passé perdu définitivement. Et puis, il avait fallut aller dans les souterrains et affronter les créatures, voir la mort chaque jour, et ça aidait aussi… Et puis finalement petit à petit, il s’était décidé à le retirer, à la placer précieusement dans une boite, le conservant de manière quasi religieuse. Et ses souvenirs il les avait récupéré, il les avait gagné un par un. Il s’était souvenu, et il avait passé de longues heures à contempler la bague dans la paume de sa main, souvenir d’un passé révolu. Pensif il ne s’était pas aperçu qu’il s’était arrêté de travailler, pour effectuer un geste encore ancré en lui, ce genre d’habitude, de petite manie qu’on ne perdait jamais vraiment, passant son pouce à l’endroit où aurait du se trouver l’alliance. Comme s’il cherchait encore son contact rassurant. Et puis la voix de Lucia le tira une nouvelle fois de sa rêverie.

Oui, il est obsédé par ses yeux, par son regard… Et lorsqu’on aime à ce point, il est facile de succomber par dépit amoureux. Ce poème est rempli de mélancolie et pourtant…

Ah la pauvre Lucia, c’est que Kim n’était pas très loquace aujourd’hui. Non, il semblait pensif. Sans doute était il repartit dans les yeux bleus de sa femme, à moins qu’il ne pense à ceux vert de Lovy. Sans doute était-il comme Apollinaire pour aimer à ce point les yeux, et les jeux de regards. Oui, il lui semblait comprendre le poète, et pouvoir se mettre à sa place.

N’as-tu jamais eu l’impression d’être prisonnier de quelqu’un au point que tes pensées tournent sans fin pour ne s’accrocher qu’à la seule pensé de cet être ?
En tout cas je crois qu’il y a bien plus de poisons que ceux que l’on peut trouver dans les plantes ou fabriquer dans un laboratoire. Les mots n’ont-ils pas une force tout aussi malheureuse ? Ils peuvent être aussi blessants que des armes ou aussi caressant qu’une plume, pour qui sait les utiliser. Une parole de trop et on peut se mettre en danger, ou bien faire basculer quelqu’un.


Il lui fit un mince sourire, espérant ne pas lui avoir rappelé Luis et son départ, il ne tenait pas à la rendre aussi mélancolique que le poète. Il lui glissa encore dans un souffle plus bas, tout en glissant une poignée de pavot dans le sac.

Apollinaire.

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Kim van Berghen
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Profession : Scientifique et médecin de la Guilde
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