Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

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Message par Gustave Zoubi le Lun 18 Avr - 17:51

Gustave serra plus fort le manteau autour de ses épaules frissonnantes, comme s'il avait cherché à s'y accrocher pour ne pas se laisser renverser par la dureté du regard de l'autre qui, de même qu'un aimant repousse son pôle jumeau, lui faisait l'effet d'une force magnétique particulièrement violente. Il hésita un moment à répéter « oublié, oublié ! » comme on semblait l'y inviter, et comme le malaise que lui faisait couler ce regard terrible directement dans la nuque lui en donnait l'envie afin de rattraper par une exclamation non contrôlée ni réfléchie la contenance qui lui échappait, mais dut sentir, là aussi grâce à cet inexplicable petit chuchotement issu directement de ses tripes, qu'il ferait mieux de se taire. Il se contenta alors de hocher la tête – assez pour que ça se voie mais pas trop pour ne pas tomber, ayant peur dans le manque d'équilibre qu'il subissait actuellement de se laisser entraîner par un mouvement trop enthousiaste de ce type.

Les yeux froids heureusement le quittèrent assez vite, et ce fut avec un soulagement non dissimulé qu'il se remit à trottiner, le malaise non encore dissipé mais du moins plus discret, simple présence fantomatique qu'exhalait la silhouette devant lui et non plus cette pointe aiguë plantée profondément dans son âme à travers les pupilles. Si bien que quand revint une question de nom, il put répondre – quoiqu'il lui fallut avant tout se dégager la gorge d'une spongieuse déglutition.

    Judi, d'accord, Judi !

Il voulut bien faire, et réfléchit donc intensément de même qu'il l'avait fait pour le prénom. Mais, étrangement, rien ne venait cette fois : c'était comme si sa mémoire avait eu le bon sens de n'effacer en lui que ce qui, trop marqué de particulier, aurait pu lui donner des indices de cette vie qu'il avait perdue, tandis que les souvenirs généraux qui appartenaient surtout à une sorte de culture universelle, donc incapables de l'aider à se rappeler mais bien utiles pour recommencer à vivre, lui étaient demeurés. Comme si, en somme, elle avait choisi quoi garder, quoi jeter, comment découper les limites du souvenir, dans l'optique très précise de le préparer à ce dans quoi il allait se trouver plongé. Il n'y songea cette fois-ci pas davantage, mais cette réflexion devait lui revenir, plus tard, lorsque, bien vissé dans un fauteuil où une momentanée solitude l'aurait laissé, il reviendrait sur de telles considérations.

Dans l'immédiat, rien.

    Euh, bah, je cherche. fit-il du bout des lèvres avec une moue désolée.

Et il chercha en effet, tout le long du trajet vers le sapitruc, pressé par la sensation que Judikhael – ça il s'en rappelait enfin ! – n'allait pas tarder à faire volte-face pour le mordre violemment s'il ne se dépêchait pas de trouver un nom.

Mais enfin ils y furent, presque trop vite malgré l'abominable lenteur que prenait chaque seconde dans la présente situation, et, puisqu'il se trouvait désormais en public, Gustave dut un instant cesser de réfléchir pour concentrer toute son attention sur l'art de cacher son indécence que le manteau dévoilait à chaque pas. Quand il eut enfin trouvé la solution – croiser les jambes en avançant, un peu comme un mannequin sur un podium (image qui ne lui disait heureusement plus rien), quoique certes avec moins de classe – celui qu'on lui rappellerait être son « parrain » s'arrêtait déjà.

Saisi alors de terreur puisqu'il n'avait toujours pas trouvé le nom réclamé, il adopta bien malgré lui l'air d'une petite créature traquée, ce qui sans doute dut corroborer à merveille les paroles de Judikhael, et jouer en la faveur d'un traitement « prioritaire » si de telles faveurs s'appliquaient généralement aux dérangés mentaux.

Ses neurones s'agitèrent, sursautèrent en tous sens pour tenter de trouver au plus vite de quoi satisfaire l'administration sur laquelle sieur Wienfield avait aux yeux de Gustave mis son menaçant visage. La surchauffe n'étant plus loin, ce fut finalement sans y penser, sans que la chose passât par la case « réflexion », mais tombant plutôt directement du chaos qu'était devenu son esprit à sa bouche, que le nouveau venu s'écria d'un ton presque jubilatoire :

    Zoubi ! J'ai trouvé un nom : Zoubi !

Tout au long de sa vie à Nosco demeurerait entier le mystère de ce qui put bien traverser en cet instant sa cervelle pour en tirer un nom pareil. Mais la chose était dite !


Dernière édition par Gustave Zoubi le Mer 15 Juin - 15:13, édité 2 fois
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Kim van Berghen le Lun 18 Avr - 19:59

Si on lui avait dit quel serait le patient qui attendait, ou plutôt qui était son parrain, sans doute aurait il fait demi-tour immédiatement. Non pas parce qu’il voulait refuser de le soigner, mais tout simplement par gène vis-à-vis de Judikhael Wenfield. Leur dernière rencontre avait été plus que… louche. Tout d’abord il y avait eu le Haut Conseiller dans l’appartement de Tristan Darek, ce qui était inhabituel. Non pas que l’informaticien ai changé ses habitudes d’ouvrir la porte à quiconque sonnait ou désirait entrer, mais Judikhael n’était pas considéré comme une relation proche de Traktueur, or l’ancien commandor sortait assez peu du Capitole, sauf lorsqu’il s’agissait de partir dans les souterrains. Qu’est ce qui l’avait décidé à venir voir Darek alors ? Surement une affaire urgente et Kim avait apparemment embarrassé l’homme de l’impératrice en débarquant au mauvais moment. Tant pis, le mal avait été fait, si seulement toute l’affaire avait pu s’arrêter à ce petit incident. Et pourtant non, le destin et le malheur s’étaient acharné tout deux. Sachant van Berghen curieux ils avaient fait avaler à Judikhael ses médicaments et instinctivement l’esprit du médecin s’était éveillé. Wenfield n’allait pas bien ? Prendre ses médicaments sans eau était plus le signe d’un addict qui avait l’habitude de les avaler n’importe où et n’importe comment que d’un malade débutant dans les drogues douces destinées à effacer une douleur ponctuelle.

Alors bien sur il avait fallu qu’il mette son nez dans les affaires des autres, et lorsque Tristan les avait doucement congédiés il avait décidé de suivre le Haut Conseiller qui ne semblait pas être au mieux de sa forme. Oui en effet, ce dernier était loin d’être calme au contraire, c’était la colère qui semblait animer ses pensées, puisqu’à la première remarque du scientifique il l’avait saisit par le col dans un endroit échappant au regard des caméras. La petite scène aurait pu s’arrêter à quelques menaces voilées, mais non… Ah Lovy, cruelle sirène envoutante pourquoi étais-tu passé à ce moment là pour distraire Kim ? Distrait, il l’avait été, ce n’était pas un pléonasme ! Au point que… Judikhael découvre son trouble, s’en étonne et se recule effrayé. Le Haut Conseiller n’avait certainement pas tout compris, mais Kim avait tout de même pu voir l’air dégouté qu’on lui avait jeté. Cruel destin, à quoi joues-tu ? En tout cas tes interventions ont l’air de bien t’amuser… Quel comble pour Kim de se retrouver dans la position d’accusé. Il n’avait cependant pas eu le courage ou la possibilité de retenir Judikhael pour lui expliquer. Lui faire comprendre ? Cela aurait été trop compliqué, surtout pour le malade sous traitement face aux tentatives de justifications de Kim. Celui qui avait crée de toute pièce la brigade anti-terroriste avait dit : « chacun s’occupe de ses affaires ». Celui qui travaillait au Sapientia n’avait pas eu le courage de le recontacter, ne serait-ce que par mail. Comment expliquer par des mots sans expliquer concrètement sachant que tous les mails pouvaient être lus par les informaticiens surveillant le réseau ? Et rencontrer en face à face Judikhael était tellement difficile, il se faisait rare parmi la société. Et le poursuivre partout historie d’avoir la possibilité d’une rencontre n’aurait sans doute pas arrangé les choses, au contraire !

Alors quoi ? Silence radio sur toute la ligne, il n’avait pas reprit contact et l’idée qui avait traversé l’esprit de Judikhael y était sans doute maintenant ancré. Il avait sans doute eu d’autres choses à régler et à penser, cependant il n’aurait certainement pas oublié. Sans le faire exprès Kim s’était sans doute mit Judikhael à dos. Pas comme un réel ennemi, mais en tout cas comme un adversaire. En tout cas plus jamais le Haut Conseiller ne referait confiance au médecin… Comment pourrait-il après ce qui s’était passé ? Comment dès lors Kim pourrait il se sentir à l’aise dans la même pièce que Wenfield ? Non, il y aurait forcement un malaise, de part et d’autre. Pas totalement du même type, mais au moins lié au même souvenir. Si seulement… on pouvait effacer aussi facilement ces souvenirs comme on pouvait supprimer les enregistrements des caméras. Quelques manipulations sur Oméga et hop… Non cela aurait été trop simple. L’homme devait avoir recours à la parole pour expliquer une situation, et comment faire alors qu’aucune des deux parties ne voulait discuter du problème ? On ne trouvait pas de solution et le problème demeurait. Eternellement, comme le temps que l’on pouvait accorder à une vie à Nosco. L’infini pour futur. Les conflits perduraient dans cette ville, sans jamais être effacés quelque soit le nombre de jours de pluie…

Seulement voilà, personne n’avait rien dit. L’hôtesse d’accueil avait simplement envoyé un message qui indiquait qu’un nouvel oublié avait besoin d’un examen. Or Kim et Arsène étaient libres, ce serait la première fois que l’apprenti médecin verrait ce type de long et épuisant examen, sauf si bien sur le patient avait un besoin plus urgent comme une grave blessure. Les deux hommes s’étaient donc présentés dans la salle d’attente où ledit futur patient était censé attendre avec son parrain. Le scientifique discutait avec son filleul tout en ouvrant la porte de la pièce, lorsqu’il se figea un instant, apercevant Judikhael et comprenant l’horreur et l’ironie de la situation. Il hésita sur le seuil, laissant Arsène entrer et s’engager en premier. Tentant de se préparer mentalement à ce qui risquait de suivre. Il fallait qu’il se montre professionnel et qu’il n’abandonne pas Arsène en tournant les talons pour fuir. Oh il aurait tellement aimé fuir à cet instant précis ! Ne pas affronter la situation et penser à autre chose. Tout sauf ça… Trop tard, il avait ouvert la porte et il se devait d’affronter la désagréable surprise. Il lui suffirait d’éviter le regard dégouté de Judikhael, de l’ignorer et de rester froid avec lui. Cela devrait suffire dans l’instant, n’est ce pas ? Rester la tête froide et se concentrer sur le patient. Il lui faudrait rester aussi froid qu’Arsène. Difficile de rivaliser avec lui.

Bonjour, je suis Kim van Berghen, médecin au Sapientia et voici Arsène Applegate. On m’a informé que vous aviez eu un souci et que vous êtes arrivés ici sans avoir pu remplir toutes les formalités administratives. Quel est le problème, comment puis-je vous aider ?

Il aurait habituellement parlé autant au nouvel oublié qu’à son parrain, cependant là il se concentrait sur l’adorable bouille du nouveau venu. Il semblait assez âgé, un peu pataud mais très agréable. Quand à sa tenue… Mouillée dirait on. Depuis quand arrivait on en maillot de bain ? Aucun doute qu’en d’autres circonstances cela l’aurait fait bien rire. Mais étrangement, pas aujourd’hui. Le pauvre nouvel oublié semblait bien dénudé entouré simplement du manteau de son parrain.

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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Arsène Applegate le Mer 20 Avr - 15:48

Arsène était à mille lieues d’imaginer quel genre de petite querelle envenimait les rapports de son parrain avec ce monsieur Wienfield. De toute évidence, la ville et ses trop-petits-effectifs-encore ne servaient pas vraiment l’anonymat, offraient au contraire un cadre idéal aux luttes intestines et aux colportages de ragots ; tout figurait un petit théâtre, huis-clos imparfait, qui sans doute aurait fait l’amusement d’un œil extérieur : le sérieux s’y prenait justement trop au sérieux et l’importance controuvée des passions leur donnait un arrière-goût amer de mieux que rien.

Mais Arsène n’était pas en mesure d’assumer une satire sociale, et apprendre que seul un malentendu trivial était la cause du trouble qu’il percevait déjà en marchant au côté de son parrain l’aurait simplement fait tomber d’hilarité, sans méchanceté ni moquerie. Insouciant, il aurait eu un sentiment de surprise, d’inattendu, et se serait peut-être senti en présence de deux enfants à réconcilier. Mais tout le poussait à croire que ce devait être un peu plus grave, à commencer par l’air peu commode de monsieur Wienfield qui semblait avoir méchamment soufflé sur Kim, de sorte que lui, élève, s’était retrouvé le premier à entrer. Il eut un regard par-dessus son épaule. Y vivotait une confusion imperceptible – c’est qu’il n’avait encore jamais vu son parrain si peu assuré – et probablement un peu de curiosité qui fit naître en lui quelque petit diable – de ceux qui surgissent toujours trop tôt.

Néanmoins, il honora premièrement les règles de politesse et salua d’un « Bonjour monsieur Wienfield ! » sans rien d’impérieux dans la voix. Puis vint ce qui était le plus susceptible de l’intéresser : un homme comme lui, un nouvel oublié qui par son statut d’infortuné le plaçait automatiquement dans de bonnes dispositions. En réalité, sa compassion fut telle qu’il ne sut d’abord que dire. Ce bonhomme, par la simple rondeur de ses pommettes, trahissait un potentiel absolument incroyable de sérénité. Arsène, qui s’était placé un peu en retrait, n’y tint plus et eut un geste qui démentit catégoriquement tout ce qu’il pouvait avoir d’implacable dans l’allure : il leva doucement la main à hauteur du visage et agita le bout des doigts, pour adresser à l’inconnu un salut dont la légèreté ne devait appartenir qu’aux adolescents rêveurs et sensibles aux promesses. Un sourire infime sur les lèvres, qu’un masque blanc cacherait sous peu, acheva d’exprimer toute la sympathie qu’il avait spontanément commencé d’éprouver.
Et passées quelques secondes, il se crut obligé d’ajouter :

J’ai conscience d’avoir l’air de vouloir vous manger en attaquant par les pieds. Mais n’y prêtez pas attention : je ne suis pas méchant.

Il attendit que son parrain se fût inquiété auprès du nouvel oublié pour remarquer :

Moi, en tout cas, je suis plutôt mal à l’aise. C’est que quelqu’un, je ne saurais dire qui, dégage des ondes très négatives qui ne seront pas pour rassurer ce pauvre homme, je crois. J’espère qu’il n’y a aucun problème… ?

Un regard vers Kim, un regard vers monsieur Wienfield. A moins de mauvaise foi, on le lui concèderait sans doute. Cependant, impossible de déterminer s’il avait dit cela en guise de simple constat, avec ce professionnalisme qui s’imposait de plus en plus dans son discours, ou s’il s’était improvisé garnement-qui-jette-un-pavé-dans-la-mare-et-je-vous-souris-très-innocemment.
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Judikhael Wienfield le Jeu 28 Avr - 11:54

Oui, bon d'accord, en d'autres temps il avait été plus doué pour mettre les nouveaux venus à l'aise. Mais de un ce nouveau venu là était... particulier. Plus âgé que lui physiquement ce qui le mettait quelque peu mal à l'aise lui-même déjà, un peu... énervant à nier ainsi ce qui ne pouvait être que vérité, Judikhael oubliant un peu vite que beaucoup réagissaient ainsi en fait, réaction humaine tout à fait normale en soi. De deux, il n'était pas lui-même au mieux de sa forme et donc sa patience s'effritait bien trop rapidement à son goût.

Judikhael détestait qu'on l'appelle ainsi. Judi. Cela sonnait si... familier, si... si... platement. Mais il se retint de faire tout commentaire. Après tout, il venait de lui donnait l'autorisation d'user de ce diminutif, n'est-ce pas ? Et il sentait que l'autre avait besoin pour l'instant de faits simples à digérer. Un prénom... pas torp long, pas trop difficile. Maintenant très certainement un peu de chaleur et de... réconfort ? Et quelque chose, de concret, de réel, auquel se rattacher ensuite. Quelque chose à laquelle Gustave pourrait ensuite se référer pour comprendre le vrai du faux, pour comprendre que Nosco était telle que "Judi" le lui avait dit et non telle qu'il aurait voulu la croire...

Ils venaient alors d'arriver enfin à destination, au sapientia qui semblait d'ailleurs bien surchargé de patients en attente. En attendant qu'on les annonce, Judikhael se sachant pour le coup prioritaire avec un nouveau venu potentiellement malade, l'ancien commandor se tourna vers son tout "jeune" filleul. Ce qu'il vit alors le laissa momentanément coi. Etait-ce lui ou l'autre semblait paniquer ? Et alors qu'il allait lui demander ce qui lui arrivait, encore, l'autre s'exclama bruyamment avec un soulagement non feint. Autant pour la discrétion, grommela-t-il intérieurement.

- Zoubi. Gustave Zoubi, répéta-t-il incrédule. Et bien... C'est un nom... sympathique.

Ridicule, avait-il envie de dire. Mais il préféra une fois encore garder ses vils commentaires pour lui-même. Après tout, il venait de demander à l'autre de choisir son nom... Et c'était pour ça qu'il avait tant paniqué ? Juste pour un simple (et ridicule) nom ? Par Joshi, il était vraiment tombé sur un sacré phénomène.

Si seulement Judikhael savait que ce n'était que le dernier des soucis... En effet, à peine pensait-il cela que venait d'entrer dans la salle où ils attendaient deux médecins. Et pas n'importe quel médecin... Van Berghen ! En personne ! Accompagné visiblement de son propre filleul, dont le nom échappa complètement à l'ex-commandor. Par toutes les créatures, ce n'était visiblement pas sa journée ! Et l'autre gamin qui l'appelait éhontément Monsieur Wienfield, oublaint impunément son titre.

- Pour vous ce sera Votre Ex...., commença-t-il d'un ton sec, avant de s'arrêter net en pleine phrase, se rappelant abruptement que non, ce maudit gamin avait raison.

Il n'était plus "Votre Excellence" ni quoique ce soit d'autres. Il n'était même plus commandor, ni même brigadier. Il était... en convalescence. Il n'était rien. Juste... Monsieur Wienfield. Et encore, le Wienfield semblait encore se perdre il ne savait où...

- Judikhael tout court suffira je pense.

Oui, voilà Judikhael. Il savait au moins qui était Judikhael. Soudain il se sentait bien mal à l'aise et par l'erreur qu'il avait failli commettre, rabrouant finalement sans raison le jeune homme, et par la présence de Van Berghen dont le souvenir mémorable de leur dernier incident était encore frappant de réalisme dans son esprit... sans compter la présence d'un nouveau venu dont il était censé être le parrain, alors qu'il ne s'en sentait nullement capable pour l'heure, un nouveau venu qui semblait avoir besoin d'ancrage tout autant que lui même si pour des raisons différentes... Non, vraiment, il aurait préféré rester enfermé chez lui aujourd'hui. Et si son sens du devoir n'était pas si aiguisé, sans doute y serait-il retourné sans autre forme de procès.

— Moi, en tout cas, je suis plutôt mal à l’aise. C’est que quelqu’un, je ne saurais dire qui, dégage des ondes très négatives qui ne seront pas pour rassurer ce pauvre homme, je crois. J’espère qu’il n’y a aucun problème… ?

Voilà qui eut le mérite de le ramener sur terre en tout cas. Et qui eut le mérite d'attirer vers le gamin un regard bleu glace des plus polaires. Non mais de quoi se mêlait-il ? Comment se permettait-il une telle remarque ? De sondes négatives ? Lui ? Mais il allait lui en faire bouffer des ondes négatives...

Un long soupir plus tard, plus pour permettre à ses nerfs alors fort éprouvés de se calmer qu'autre chose, préférant éviter de casser une autre porte sous l'effet parfois fort brutale de sa colère légendaire, Judikhael se força à reporter toute son attention sur son nouveau filleul puis sur le médecin en titre.

- Gustave, Gustave Zoubi, vient d'arriver comme vous le savez déjà. Il est fort peu vêtu et est arrivé trempé je crains donc qu'il n'attrape froid, malgré mon manteau. Sans compter... qu'il peine à réaliser pleinement ce qui lui arrive. Détrompez-moi si je ne m'abuse, Gustave... je peux vous appeler Gustave ?... mais si j'ai bien compris, Gustave croit qu'il est dans... comme dans un bocal qui le protégerait de l'eau... Comme... dans un aquarium inversé je pense. Il croit... qu'il a fait une chute, si j'ai tout compris, et qu'il va incessamment sous peu, tout retrouvé.

Le tout implicitait les souvenirs et sa vie d'avant. Autant y aller franc jeu de suite et ne pas tourner autour du pot. IL n'était pas connu pour tourner autour du pot de toute façon. Et alors qu'il allait poursuivre, Van Berghen leur fit signe de le suivre, certainement pour rejoindre une salle de consultation. Effectivement, inutile de perdre du temps inutilement. Judikhael n'arrêta pas ses explications pour autant, baissant toutefois la voix pour la réduire en un presque murmure grave, calme et posé, telle qu'il en usait souvent en fait quand il conversait calmement.

- J'ai essayé de lui expliquer ce qu'était Nosco. Mais... je crois qu'il ne me croit pas. Je ne vous prends pas pour un fou ou un imbécile, Gustave, ne croyez pas cela...

Pur mensonge, mais passons.

- Mais je crois.... que Gustave me fait croire qu'il me croit mais qu'en fait il ne me croit pas.

Hum, dis comme ça, ça faisait peu crédible, n'est-ce pas ? Non, vraiment, la psychologie n'était pas faite pour lui...

- Je pense aussi qu'il est sévèrement choqué. Et là... Ca dépasse mes compétences. Docteur.

Ce dernier mot avait été prononcé avec une certaine retenue.

- Par contre, si ca ne vous dérange pas, je préfèrerai être là pendant la consultation, rajouta-t-il vivement, alors que le trio s'apprêtait à entrer dans la fameuse salle de consultation, tout en tenant la porte d'une main pour empêcher qu'elle ne se ferme sur lui. Si vous voyez ce que je veux dire, reprit-il avec un long regard à Van Berghen.

[HJ : ce que je vous propose c'est d'ensuite faire comme si Judi s'était installé dans un coin de la pièce (plus ou moins de dos si vous voulez), mais il n'interviendra pas (ou peu), et donc de continuer le rp vous trois dans un premier temps, puisque j'aurais peu à dire^^. Ou faites moi signe quand vous voulez que j'intervienne^^]

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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Gustave Zoubi le Mer 4 Mai - 20:26

Deux nouvelles têtes avaient surgi devant lui comme deux bulles inattendues à la surface d'un liquide qu'on oublie de surveiller sur le feu ; surpris, il ne pensa même pas à sursauter. Tâcha plutôt d'étaler sur ses joues le croissant rose et blanc de l'amitié, aussi assuré en apparence que ses genoux frémissaient sous le manteau d'autre chose que de froid. D'abord il ne sut identifier l'origine du malaise ; puis lui vint l'idée que la multiplication des inconnus avait peut-être quelque chose à voir, que s'il continuait à s'avancer plus profond dans la jungle de ces rencontres et situations inconfortables car inhabituelles, inévitablement la flore épaisse des rapports sociaux devait se refermer sur lui, l'étouffer sous le poids d'un sentiment qu'il ne parvenait pas à tout à fait définir – un vertige, un manque de repère.

Il ne sentait pourtant pas, enfoui dans sa chair, la lourdeur d'une potentielle asociabilité ; il ne lui semblait pas naturel que la compagnie d'autrui le plongeât dans de telles angoisses. Mais ça allait lui revenir.

En attendant, voilà qu'on lui tendait une perche : cinq petites perches, même, qui s'agitèrent légèrement auprès d'un visage dont il ne put rien tirer de prime abord, mais qui se trouva vite auréolé par elles de ce qu'il voulut identifier comme une indéfinissable gentillesse. Par réflexe plutôt que par politesse, il tenta de mimer ce geste, plus gauchement que l'autre, sans doute, mais avec tout autant de bonne volonté.

Puis il ne se contenta plus que de hocher vaguement la tête, sans trop d'assurance mais sans timidité, à tout ce qui suivit. Pas qu'il se bornât au silence boudeur de celui qui décide ne rien avoir à dire – une chose que Gustave allait découvrir à propos de lui-même : il était extrêmement rare qu'il n'ait véritablement rien à dire – mais, soit qu'il hésitât trop soit que celui-ci fût trop rapide, son parrain répondait déjà fort bien à sa place.

Relégué au « il », en dehors des quelques prises à partie probablement rhétoriques que Judi lui lançait sous le bras, et auxquelles il ne répondait que par une succession de mimiques, « ah », « oh », « ui » et autres exercices gymnastiques du bout des lèvres qu'il voulait croire explicites, il se contenta de demeurer la silencieuse et sage illustration scientifique qu'on semblait lui demander d'être. Du même trot rigide et croisé qui avait en partie sauvé les restes de sa dignité lors de son arrivée, il suivit la compagnie lorsqu'elle se mit en route.

Inutile et pourtant essentiel puisque vraisemblablement sujet de l'étude à venir, il se laissa glisser dans la position de l'observateur, lançant des regards à droite et à gauche, scrutant tantôt les visages des... médecins ? Il évitait du moins soigneusement celui de son parrain, qui lui semblait avoir pris des lueurs dangereuses pour une raison qu'il ignorait. Quand il eut pénétré dans ce qui devait être la salle de consultation, il poussa un imperceptible soupir, tout à la fois de soulagement et d'angoisse, et s'assit sur ce qu'il put trouver de plus proche. Et, comme les deux autres discutaient, leva les yeux vers celui des deux inconnus qui lui avait paru le plus aimable quoique un peu rigide, pour ainsi dire, et s'enquit du ton le plus naturel possible, car il fallait bien cela pour retrouver quelque repère socialement efficace :

    Excusez-moi, Monsieur, je n'ai pas bien saisi votre nom... ?

Et, pour donner du confort autant à l'autre qu'à soi, d'une voix plus légère :

    Je crois que pour ma part on va m'appeler Gustave, hein ? Huhu.
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Kim van Berghen le Jeu 5 Mai - 22:57

Wenfield avait bien fait de se retenir de parler pour ne rien dire, car sinon l’ironie de ses paroles aurait forcement éveillé quelques moqueries de ça ou de là, au moins un mince instant dans les yeux de Kim, même s’il ne lui aurait jamais fait remarquer à voix haute. Non, il n’était pas de ceux qui cherchait le pouvoir, non plus de ces vautours qui croassaient de joie à la vue d’une déchéance car elle pouvait signifier une montée en grade pour d’autres. Cependant il y avait toujours la raillerie de ceux qui se croient plus grand qu’ils ne le sont vraiment, ou qui s’amusent de leur pouvoir qui n’est finalement peu de chose. La puissance glisse si facilement des doigts, et le vainqueur risque bien vite de se retrouver à terre, terrassé par son ancien vaincu qui aurait retrouvé des forces ou des alliés. A quoi bon tout ces jeux pour obtenir plus que ce que l’on avait lorsque l’on pouvait vivre tranquillement avec peu de choses ? Il faut parfois savoir se contenter de moins pour mieux savourer le bonheur.

Arsène réussit d’un même coup à enfoncer l’atmosphère une fois de plus, éclairant en pleine lumière le malaise général auquel Kim ne savait donner d’explication valable ou qui soit dicible. Le souffle de Judikhael montrait à quel point il tentait de calmer ses nerfs et que l’exercice s’avérait difficile. Alors que Kim aurait voulu tenter d’ignorer l’ancien Haut Conseiller et d’avoir le point de vu du nouvel oublié. Pouvoir se forger sa propre opinion en ayant une réponse de l’intéressé, c’était Wenfield qui lui répondait, faisant intérieurement uniquement, grincer les dents du médecin. Merci pour l’information, voilà donc que Gustave ne pouvait s’exprimer seul ? Comment juger de l’état de quelqu’un alors que c’en était un autre qui parlait ? Le nouvel oublié n’était pas un animal de compagnie dont on venait présenter les symptômes, il avait aussi un cerveau et de sens qui lui permettait de savoir mieux que personne ce qu’il ressentait et d’où venait le problème. Un agent extérieur ne pouvait pas en comprendre tous les phénomènes, voilà pourquoi un diagnostique devait aussi passer par le dialogue pour obtenir des informations à la source première, celui qui venait pour être soigné.

Cependant il ne pouvait faire autrement que de considérer les propos de Judikhael et de tenter d’y discerner le vrai du faux, mais surtout le subjectif de l’objectif. Comment le parrain pouvait il rendre des paroles sans le moindre ressentit alors qu’il semblait étrangement éloigné de son filleul et qu’il n’avait sans aucun doute pas la moindre envie de passer une seconde de plus en la présence du scientifique. Bien en tout cas ils avaient maintenant la description de l’aspect de l’enceinte pour Gustave, ce qui concordait avec sa tenue. Malheureusement Wenfield semblait s’inquiéter sur la santé mentale de son nouveau filleul qui ne semblait pas accepter la réalité en face. Mais pourquoi tant s’inquiéter ? Il ne risquait en effet pas de retrouver la mémoire, ni de repasser l’enceinte… Oui, mais il y avait le tabou et le danger que cela pouvait représenter de tenter de repasser de l’autre côté. Alors qu’ils se dirigeaient vers une salle plus calme, Judikhael expliqua son dilemme, problème de fou ou personne ne croyait personne et ou l’on tentait de sauver les apparences. Cependant si Gustave n’arrivait pas à faire confiance à ceux qui l’entouraient ils seraient face à un sérieux problème.

Seulement voilà, Judikhael ne semblait pas décidé à le laisser faire quoi que ce soit, craignait-il pour son filleul ou était ce juste une façon de perturber encore plus le médecin ? En tout cas face à l’homme qui le dépassait largement en taille et qui plongeait un regard aussi bleu que clair et glacé, il ne pouvait pas dire grand-chose. Surtout que l’ancien commandor de la section anti-terroriste était connu pour ses éclats de colère. Mieux valait donc éviter de lui fermer la porte au nez ou de lui imposer un refus catégorique. Pas étonnant que les rebelles préfèrent se terrer en sous-sols avec un ennemi tel que Wenfield, à ce moment même Kim aurait bien souhaité avoir un petite place là bas tout en bas dans les souterrains, tout mais le plus loin possible de celui qui le dévisageait du regard. Bleu du regard qui lui rappelait bien des souvenirs, pourtant l’homme qui avait plus de 111 ans à Nosco avait des cheveux aussi sombre que le masque qu’il semblait parfois arborer comme pour prouver qu’il était passé à travers bien plus d’épreuves que quiconque. Certes on ne pouvait pas rater la cicatrice qui barrait la moitié droite de son visage. Les créatures il en avait vu et des milliers alors un simple médecin ne lui ferait pas peur n’est ce pas ?

Avec n’importe qui d’autre, ou dans des circonstances différentes il aurait certainement lâché une phrase ironique, ou une blague… Pour détendre le sentiment de malaise général ou taquiner son interlocuteur. Mais s’il ouvrit la bouche, ce fut pour la refermer immédiatement, tourner sept fois sa langue dans celle-ci avant de dire une bêtise qu’il regretterait amèrement par le futur. Non, il ne tenait pas à agacer plus qu’il ne l’était déjà l’homme aux puissants muscles, pourtant il n’appréciait vraiment pas le ton qu’il employait ni ses sous-entendus. Est-ce qu’il venait clairement de douter de son professionnalisme ? Oui. Et pourtant que croyait il qu’il tenterait devant des caméras et avec son filleul dans la pièce ? Non, définitivement Gustave avait l’air sympathique, mais sans plus. Cependant Kim s’écarta laissant Judikhael entrer en silence, sans lui répondre. Il préférait ne pas lui adresser la parole, et lui désigna simplement une des chaises où il pouvait s’installer sans déranger personne pour observer et intervenir s’il le désirait. Il laissa les deux oubliés discuter, observant que la communication semblait aller bon train. Il préféra donc se faire discret, laisser à Arsène le soin de rassurer Gustave. Il en profita pour aller attraper une serviette de bain et les vêtements que l’on réservait aux patients de longue durée du Sapientia dans une salle annexe et revenir pour tendre le fruit de ses recherches à celui qui était toujours plus ou moins mouillé et qui se sentait sans doute mal à l’aise dans sa tenue.

Voilà de quoi vous sécher et vous rhabiller.

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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Arsène Applegate le Jeu 9 Juin - 1:00

[Pardon du retard ^^’]

Arsène avait considéré monsieur Wienfield en maintenant l’armature de ses lunettes entre le pouce et l’index. Nulle provocation dans le geste, nulle goguenardise quand la situation s’y prêtait pourtant ; c’est qu’Arsène, le regard soudain allumé par la compréhension, venait de découvrir l’origine du problème. Une ironie cruelle, très froide, auréolait désormais celui qui, vraisemblablement, avait tenté de le prendre de haut. Il n’en fut pas amusé, ni satisfait d’une quelconque manière, et demeurait toujours ignorant des usages : sa politesse naturelle seule exigeait qu’il témoignât respect et amabilité à ceux qui croisaient son chemin.
Il chercha furtivement les yeux de son parrain, désireux, peut-être, d’y lire la correction de ses propres lacunes. L’échappatoire, du moins, lui permit d’adoucir la perception qu’il avait des circonstances ; n’aurait-il pas pu, après tout, se réjouir, profiter avec une insolence enfantine de l’indulgence que l’on était presque forcé de lui accorder, du fait de son statut encore frais de nouvel arrivé ? Pour l’heure, Arsène refusa l’alternative, essentiellement par bonté – ma-gna-ni-mi-té ; par dérision, cela le fit se sentir très noble : il s’infligea donc un soufflet mental et en revint à monsieur Wienfield, dont il ponctua l’auto-rétrogradation malheureuse d’un battement de paupières qui, sans doute, à cet instant, ne fut pas totalement étranger à la compassion : « monsieur » était protocolaire, « Judikhael » carrément familier.
Peut-être y eut-il du vice dans sa voix lorsqu’il répondit :

Judikhael, dans ce cas. C’est bien aimable à vous.

Peut-être pas.
Arsène soutint ensuite, et sans trop de mal, le regard de monsieur Wienfield. Il n’avait pas eu de véritable occasion d’éprouver son aisance dans les confrontations de ce type, mais il était certain qu’il y avait été d’une façon ou d’une autre tout à fait accoutumé. La brûlure glacée qu’on lui infligea fit mal – parce qu’au fond, il ne la comprenait pas vraiment – néanmoins elle n’eut pas raison des étendues vastes, sombres et tranquilles de conifères que figuraient ordinairement ses propres yeux vert empire. Enfin il ne fit pas de ce bref échange un jeu ou un défi, se détourna sans mal et sans mépris pour écouter attentivement ce que l’on avait à dire au sujet du nouvel arrivé. Il se surprit tout de même à regretter qu’aucun effort n'eût été fait pour apaiser l’ambiance, et ne put que constater l’échec déplorable de son accès de franchise indélicate. La contrariété lui gonfla un peu le cœur, et davantage lorsqu’une fois encore, il ne comprit pas le dialogue implicite qui se poursuivait entre les deux parrains ; le dépit faillit le pousser à répondre que lui ne saisissait pas du tout la nature des allusions de monsieur Wienfield, mais puisque l’indélicatesse s’était déjà révélée inefficace, Arsène s’abstint, par bienséance envers monsieur, par sympathie envers Kim. Serait-il en droit de lui demander quelques explications par la suite ? Il n’en était pas sûr. En somme, son champ d’action venait de s’étrécir et se limitait désormais à la personne de Gustave Zoubi. Leurs pensées semblèrent par ailleurs se rejoindre, et Arsène, avec plaisir, s’approcha un peu du nouvel arrivé, sans plus se préoccuper pour le moment des deux parrains.

Arsène Applegate, répondit-il en s’efforçant de ne pas sourire trop fort. Arsène suffira, bien entendu. Je suis enchanté, Gustave. Peut-être avez-vous quelque chose à ajouter au sujet de votre arrivée ? Je pense pouvoir comprendre vos difficultés, même si cela a été assez facile pour moi, et dès le premier jour. Probablement êtes-vous tombé ici avec un sentiment bien ancré de routine, que votre présence parmi nous contrarie. Je suppose, de toute façon, que ne pas croire ce que l’on a pu vous dire est tout à fait légitime. Il poursuivit à voix basse. Je crains cependant que, comme moi, vous n’ayez à vous rendre à l’évidence – du moins commencerez-vous – lorsque vous ouvrirez les yeux demain matin, et que vous constaterez la persistance de votre environnement.

Il fit une pause pour adresser à son parrain un regard amical et s’écarta légèrement afin de permettre à Gustave d’attraper le linge qu’on lui tendait. Arsène indiqua très naturellement, en désignant une autre porte d’un geste de la main :

Une petite cabine est à votre disposition juste là. Je vous en prie, allez donc vous changer, nous parlerons ensuite.
Et il se plaça au côté de Kim, pencha la tête à la façon d’un confident pour lui murmurer tout bas pendant l’absence de Gustave :
Peut-être pourrais-je lui proposer une collocation ? En profita indignement. Et toi ? J’ai l’impression que rien ne va plus depuis que cet homme est apparu. Qui est-ce ?
Discret, Arsène n’eut pas un regard pour celui dont il parlait.
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Gustave Zoubi le Mer 15 Juin - 15:20

S'il put se retrouver dans les paroles rassurantes dont le Arsène le bordait, comme un enfant apeuré autour duquel on remonte le drap, défense ultime contre les infinis dangers extérieurs, et s'il fut gré au jeune homme – du moins lui paraissait-il jeune – de cette attention, Gustave ne put s'empêcher de sentir quelque part les échos étouffés d'une distance entre eux, de ce qui lui semblait les ombres d'une différence que son présent état ne lui permettait pas de déterminer. Ça n'avait rien à voir, bien sûr, avec le gouffre qui le séparait clairement de son parrain, ni avec le voile trouble qu'il pressentait également entre lui et l'autre médecin – quoique celui-ci fût peut-être simplement du à la tension qui régnait dans les rapports des présents individus. Mais justement parce que de cet Arsène il s'était senti plus proche, avec son aura sympathisante, telle celle d'un homme habitué à rassurer, et peut-être, qui sait, la sensation de sa relative jeunesse, à défaut de dire 'nouveauté', la réalisation soudaine que quelque chose ne coulait pas de source comme il l'avait tout d'abord cru lui fit prendre conscience plus pleinement que jamais qu'il se trouvait dans un lieu auquel il n'appartenait pas, dans lequel il n'aurait pas dû atterrir.

Il ne sut pas bien trouver d'où lui venaient tous ces désagréables pressentiments, mais crut apercevoir quelque fantôme de réponse dans la façon si élégante qu'avait l'autre de s'exprimer, alors qu'il lui semblait que sa bouche à lui n'était destinée qu'à la formulation courante de petites phrases moins développées, plus modestes, peut-être, satisfaites uniquement de se faire comprendre. Et la façon dont il avait... la façon dont ils avaient tous de se tenir, si assurée, presque guerrière pour certains. Si ce genre de références avait encore eu un sens pour lui, Gustave se serait probablement senti comme un mulot brusquement tiré de son terrier et déposé au milieu de titans vaguement intéressés par son cas. Pour l'instant, s'il n'y songeait pas en ces termes, il partageait la détresse de l'hypothétique rongeur.

Heureusement, l'angoisse s'était retirée de lui depuis un moment déjà – ou bien, ayant atteint son apogée, elle avait éclaté pour ne laisser en lui plus qu'un engourdissement diffus – aussi considérait-il désormais les choses avec un recul un peu désespéré. Du moins le plus aimable de son escorte, malgré tout ce qu'il pouvait y avoir de disparité entre eux, demeurait celui qui le troublait le moins, qui même parvint à l'apaiser légèrement.

    Franchement je ne me rappelle de rien, mais c'est bien gentil à vous. J'aimerais bien me dire que je rêve, là, vous savez, mais je me les gèle trop donc ça doit malheureusement être plutôt une sorte de délire tout réveillé !

Il eut encore ce petit rire nerveux qu'il n'avait pas même conscience d'émettre. Ce fut de même sans imiter la voix basse de son interlocuteur, et ne se rendant pas compte qu'il parlait au contraire relativement fort, qu'il ajouta :

    J'espère que vous avez raison, et que ça ira mieux demain... Enfin, non, j'aimerais plutôt que demain, je me réveille chez moi, avec tous mes souvenirs ! Hein ?

À nouveau le même rire, sans doute fort agaçant pour quiconque, en dehors de lui, l'entendait tel qu'il sonnait réellement. Lui se contenta de sourire largement, sans forcément se croire drôle mais faisant vraisemblablement confiance à l'autre pour ne pas lui affirmer le contraire trop cruellement.

Comme l'autre médecin revenait avec de quoi lui faire retrouver un semblant de confort et de décence, Gustave bondit sur ses pieds et, à coup de « Ah, ça ! Merci, alors ! » bienheureux, se saisit de la petite pile qu'on lui tendait. Ceci fait il s'arrêta pourtant dans son élan, et tourna le regard vers Judikhael, comme cherchant là un accord, comme s'il sentait ancré en lui, et malgré lui, un lien de filleul à parrain qui aurait impliqué la volonté suprême du second sur le premier. Néanmoins il n'attendit finalement pas la réaction de l'autre – plus parce qu'il ne supportait pas de regarder dans ces yeux trop dur qu'autre chose – et, sur l'invitation des médecins, il alla s'installer dans la petite cabine.

Là il sécha ce qui lui restait à sécher, même si le plus important avait déjà été absorbé par le manteau de 'Judi' ; se frotta notamment vigoureusement les cheveux, ce qui lui fit découvrir avec horreur le début de calvitie qui gagnait le haut de son crâne. Puis il entreprit de retirer son maillot, pestant contre lui-même lorsqu'il constata à quel point la chose était de toute évidence trop petite pour lui – comment avait-il seulement pu rentrer là-dedans ? Enfin il y parvint, ce qui lui procura un intense soulagement au niveau de l'abdomen. Tandis que le maillot glissait le long de ses jambes, il baissa les yeux sur son corps, et comprit pourquoi il s'était habillé si serré : sa bedaine, déjà un peu ronde lorsqu'elle était contenue par l'élastique, se trouvait désormais libérée et s'épanchait à son aise, au point qu'elle lui cachait son entre-jambe, et presque entièrement ses pieds.

Gustave repensa à la forme si olympique des trois hommes qui l'attendaient, et se sentit bizarrement blasé.

Lorsqu'il ressortit quelques instants plus tard, bien sec et tout habillé, il arborait une légère crispation à la mâchoire, qui ne se comprenait que si on baissait le regard avec suffisamment d'attention pour constater, sous le tissu, une contraction musculaire bien spécifique au niveau des abdominaux. Lui faisait néanmoins comme si de rien n'était, l'air davantage embarrassé par son bras droit auquel était accroché le manteau de son parrain, et au bout duquel il tendait, encore toute dégouttante d'eau, la petite chose recroquevillée qu'il portait quelques instants plus tôt, fait dur à croire, comme seule parure.

    Euh.
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Kim van Berghen le Jeu 16 Juin - 2:09

Voilà que Gustave venait de disparaître derrière une porte, tel un grand magicien et sa cape. Sauf que le magicien n’avait aucun pouvoir, que sa cape n’était qu’un emprunt à son parrain et qu’au lieu d’éblouir son public par d’éclatantes déclarations et des propositions de tours plus impressionnants les uns que les autres, Gustave se contentait de les fixer sans comprendre et de tenter de les convaincre de ce qu’il croyait dur comme fer. Allez, fait nous rêves Zoubi, invente une jolie histoire et brode autour de celle-ci. En tout cas, enfermé dans sa cachette le nouvel arrivé pourrait sans doute changer sa tenue de super-héro pour une plus descente et plus habituelle. Sans le savoir il se fondait déjà petit à petit dans le moule de Nosco, et perdait sa différence, celle qui le rendait si unique, un visiteur étranger, un alien dans la ville. Un de ces êtres qui n’aimaient pas s’adapter et qui auraient préférés que les choses prennent un tour plus normal et qui s’accorde à sa façon de voir le monde. Réussirait-il à calmer ce malaise et à s’adapter ? Cela aurait sans doute été plus facile avec un parrain autre que Wenfield qui était plutôt froid et distant, ce qui ne faciliterait sans doute pas la communication.

Perdu dans ses interrogations concernant Gustave, Kim ne s’aperçu de la présence de son filleul à ses côté que lorsqu’il éleva la voix pour lui murmurer une question, et en ajouter d’autres bien plus ennuyantes. Bon, il était évident qu’Applegate était tout aussi curieux que lui, et lui cacher quoi que ce soit serait lui ouvrir grand la porte pour qu’il pose plus de questions et de cherche à en savoir plus. Autant lui donner autant que possible la vérité et l’explication de cette tension palpable dans l’air.

C’est… un simple malentendu avec Wenfield, un quiproquo…

Il laissa couler un instant de silence avant d’avouer.

Je suis le responsable dans l’histoire, cependant il ne m’a pas laissé m’expliquer, et je crains fortement qu’il soit trop tard pour cela.

Il ne lui avait certes pas dévoilé les détails, cependant il s’était confié à Arsène en lui expliquant la situation de manière la plus véridique possible. C’était après tout la meilleure manière d’établir la confiance, il ne pouvait pas demander à son assistant de le croire s’il lui cachait des informations qui pouvaient être importantes voir essentielles, et de même il ne pourrait se montrer curieux dans le cas contraire si Applegate allait mal un jour et s’il refusait de lui parler. Et puis soudain il lui agrippa le bras et fixant le jeune homme dans les yeux, faisant passer un message clair.

S’il te plait, ne te mêle pas de ça. C’est déjà bien assez… complètement… impossible à gérer. Je préfère éviter de régler ça maintenant. Je… je m’arrangerais avec lui plus tard, après tout on est adulte et capable de régler des différents seuls à seuls…

Il pensa très fort le « enfin j’espère », si fort qu’il se vit surement sur son visage légèrement soucieux. Il n’avait jamais eu de très bonne relations avec le Haut Conseiller, ni le Commandor, alors ajouté à cela l’incident qui s’était déroulé et… Il aurait bien dû mal à rattraper la bavure, si Arsène s’en mêlait, il ne s’en sortirait jamais. Delà à ce que Judikhael imagine toutes sortes de choses et… Préférant enchainer sur un sujet plus positif et sur lequel il aurait plaisir à enfin parler à voix haute plutôt que de chuchoter dans le dos de Wenfield, il répondit très intéressé par la proposition.

La collocation est une excellente idée ! Je crois que Gustave aura besoin de quelqu’un en qui il a confiance pour comprendre Nosco et appréhender ce monde sans se buter et tout refuser. Son arrivée lui a visiblement fait un choc, il va avoir besoin de temps et de quelqu’un sur qui compter…

Il lança un regard fier à son filleul qui osait se proposer ainsi pour aider avec tant de dévouement une personne qu’il venait à peine de rencontrer. D’où lui venaient une telle compassion et un tel sens du devoir ? Ou alors était-ce l’impression qu’il pourrait facilement se lier d’amitié avec cet étrange énergumène ?

Il faut absolument l’empêcher de faire une affreuse bêtise, comme par exemple tenter de sortir de Nosco ou s’approcher de l’enceinte. S’il prend ce dangereux chemin, alors il se condamne à mort.

Il se tut sur cette note grave. Au moins l’avertissement tenait il aussi pour Arsène. Kim ne lui interdisait absolument pas de chercher ses souvenirs, tant qu’il restait discret, cependant il le prévenait sur les risques de tentatives de sorties de Nosco. Combien étaient mort en cherchant la porte qui les mènerait vers leur passé ? Nombre s’étaient aventurés dans les souterrains pour n’y trouver que la mort entre les crocs d’une créature. Ce fut ce moment où le magicien se décida à ressortir triomphant. Il avait vaincu l’intérieur de sa boite à magie et le voilà paré de son nouveau costume. Juste à temps pour que Kim se réveille et lui tende un sac étanche pour contrer le « euh » hésitant de Gustave.

Cadeau, mettez ça dedans. Si vous préférez le garder, c’est sans problème. Sinon, nous nous en chargerons.

Il ne laissa pas vraiment la possibilité à Judikhael de lui faire un quelconque reproche. Au pire il pourrait confisquer le sac de son filleul lorsqu’il serait sortit. Toutefois le privé de son seul indice concernant sa vie passé, surtout lorsqu’il était aussi mince qu’un maillot de bain, c’était vraiment cruel et mal intentionné. Kim lui avait gardé la totalité de ses biens qui dataient de soixante cinq ans. Si on l’avait privé de son alliance, autant dire qu’il l’aurait très mal prit. Alors il comprenait l’attachement que certains pouvaient avoir pour leurs biens, surtout pour quelqu’un souhaitant « repartir » comme Zoubi. Et puis dans ce monde là tout lui serait donné par la Guilde, on lui imposerait des choix, sans tenir compte réellement de ses gouts, lui offrant ce qu’il devrait rembourser plus tard. Il prit délicatement le manteau qui pendait sur le bras de Gustave et l’accrocha sur le dossier d’une chaise, sachant qu’il lui faudrait sécher un minimum avant de pouvoir se reposer sur les glorieuses épaules de Wenfield. Puis il se saisit de la serviette trempée et l’entreposa dans le panier de linge sale destiné à être lavé. On en redonnerait une autre au nouvel arrivé dans sa future habitation. Bien, ils allaient enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. D’un regard il incita d’ailleurs Arsène à proposer son idée à Gustave, puisque l’ancien commandor ne semblait pas s’opposer à haute voix à l’idée, c’était en quelque sorte une forme d’acceptation.

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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Arsène Applegate le Jeu 25 Aoû - 18:12

[Pardooooon. ;_;]

La confusion qui nimbait Gustave le rendait de plus en plus attachant aux yeux d’Arsène. Il voyait en son attitude une maladresse envers la société qu’il déployait lui-même encore, puisque parler à voix basse n’avait rien pour lui d’une habitude et s’apparentait davantage à une victoire pénible sur sa propre nature – réfractaire, il le sentait mieux chaque jour, à toute forme de censure. Alors il ne tint pas rigueur au nouvel oublié qui, une fois de plus, manifestait spontanément, fatalement son incrédulité. Mais il n’entretint pas non plus la connivence en poursuivant sur le ton de la plaisanterie, sans doute parce qu’il n’avait déjà plus l’espoir de quitter l’endroit sans effort, d’un simple battement de cils – oh ! il aurait pourtant souhaité de tout cœur que Gustave fût exaucé. Il garda simplement son sourire, et contre toute attente, les yeux sincères, qu’aucun agacement n’assombrit.

Enfin, la retraite de Gustave permit à Arsène de se consacrer pleinement à son semblant d’enquête, et d’apprendre qu’il n’avait pas eu tort en soupçonnant un malentendu ; paradoxalement, il n’en fut pas amusé et ne se permit aucun regard faussement condescendant, puisque tout adulte qu’il était – comme il avait jugé bon de le préciser, Kim semblait on-ne-peut-plus affecté par la situation – oui, ceci est mon bras. Arsène soutint son regard, écouta ses indications saupoudrées de mais-nous-sommes-responsables-et-tout-s’arrangera, puis offrit par un clignement de paupières un écho à ce que son parrain venait de penser tout haut : à la bonne heure, il l’espérait également et n’en demandait pas davantage, bien que son expression figée eût pu accuser un doute. Il n’insista donc pas et consentit à poursuivre sur une note plus réjouissante, heureux de voir luire une certaine estime dans les yeux de Kim.

Je ferai de mon mieux, répondit-il humblement. Il omit néanmoins de préciser qu’il ne chercherait pas à borner la vision de Gustave et qu’il laisserait là les œillères supposées garantes du bon fonctionnement de la Guilde. En revanche, il voulut bien croire au danger que pouvait représenter l’enceinte et reçut l’avertissement pour deux : Gustave et lui seraient prudents.
Au reste, si la perspective d’une collocation lui plaisait, il lui fallait encore obtenir l’accord du principal intéressé, ce à quoi il s’employa sitôt Gustave réapparu face à eux :

Qu’en dites-vous, Gustave ? L’idée d’une colocation avec moi vous plait-elle ?

Ce devait être un peu maladroit et rapide, mais Arsène avait doucement croisé les bras pour se donner l’air plus détendu – manqué ? – et exprimer toute la sincérité de son intention. Toutefois, comme sa propre attitude ne le convainquait pas, il joignit timidement les mains devant lui, pouces agités, et grimaça un sourire aimable que sa bouche engloutit lorsqu’il ajouta :

Je suis moi-même arrivé depuis peu et la solitude ne m’enchante pas toujours. Mais je pense qu’à deux, nous surmonterons mieux la difficulté d’une situation commune et… Enfin, c’est selon votre désir.

L’embarras qui lui nouait le ventre l’avait empêché de remarquer celui de Gustave – d’embarras ou de ventre, cela revenait au même !
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Gustave Zoubi le Jeu 15 Sep - 11:56

    Hein ?

Moins d'incrédulité dans cette interjection qu'une spontanéité mal contenue : dire « hein » c'est ne pas dire autre chose, c'est donc gagner quelques précieuses secondes de réflexion. Parce que la question lui semblait surgir de nulle part – il lui manquait la référence à ce « qu'en dites-vous » – elle résonna à ses oreilles comme un ultimatum. Un ultimatum poli – mais quand même. Il accepta donc avec reconnaissance les quelques secondes qu'on lui offrait en plus sous la forme d'un sac, dans lequel il enfouit son triste maillot ; et, trop pris de court, le rendit en répondant naïvement :

    Oh, bof, il ne m'allait pas vraiment, vous pouvez le jeter !

Il regretta ces paroles dès qu'il les eut prononcées et qu'il vit le sac de retour dans des mains qui n'étaient pas les siennes. Tout ridicule et lamentable que fût ce slip de bain, il était le seul objet à lui appartenir. Sans forcément déjà calculer qu'il demeurerait pour longtemps son seul lien avec un passé dont la perte ne deviendrait que plus lourde, il pressentait l'importance un peu mystique de la chose. Pourtant il n'ajouta rien, n'osant pas revenir en arrière, n'osant pas déranger. Ce qu'il allait perdre pour la stupide peur d'un petit embarras... !

Mais c'était ainsi. Déjà résigné, comme il se résignait lentement, mais sans l'admettre, à un sort qui ne s'annonçait pas glorieux, il revint à Arsène. L'étrange mimique à laquelle il se trouva confronté le déstabilisa quelque peu, mais en bien : rien de mieux pour l'humeur que de constater chez autrui une incertitude, voire une gaucherie qu'on ne ressent que trop soi-même. Sans doute, si la proposition lui avait été faite de manière trop téméraire, aurait-il gardé l'amère sensation d'ultimatum qu'il avait subie plus tôt, et n'aurait-il marmonné son approbation que comme on se laisse arracher une dent, malgré toute la sympathie que lui évoquait son futur colocataire. Cette sympathie à présent démultipliée par la constatation d'une ressemblance entre eux, et sur le plan le moins glorieux avec ça, Gustave ne put qu'accepter avec joie. Le sourire plus large qu'il ne l'avait eu jusque là, creusant comme deux siphons rieurs dans ses joues rondes, il tendit la main comme pour serrer chaleureusement celle qu'il côtoierait désormais : contrat tactile des plus instinctifs.

    Avec plaisir... Arsène ! Vraiment, c'est une bonne idée, je me serais senti bien paumé tout seul.

Implicitement : avec pour seule compagnie celle de cet individu patibulaire me servant de parrain.

Il ne s'en était pas rendu compte mais, tout détendu qu'il se trouvait désormais, il avait cessé de rentrer le ventre, et son aimable bosse se percevait maintenant clairement sous le tissu tendu qui le recouvrait.
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Re: Retirez votre manteau et tout ira-juste-ciel

Message par Kim van Berghen le Ven 16 Sep - 23:37

Deux lacs d’eau vive, ou tout simplement deux jumelles de la Morte, sans doute la Caspienne et celle d’Aral, deux touches de peintures dédiées à Klein, un duo faisant une trouée dans les nuages, un couple de bleuets qui poussaient là sans explications. Ainsi pouvait on qualifier les yeux de Wenfield, si ce n’était par leur froideur qui glaçait les plus courageux, il avait le regard d’un juge qui condamne à la moindre incartade; tel Poséidon décidant sur ses domaines, il surveillait tout et souhaitait tout connaître et savoir. Il était omniscient et puissant. On pouvait sans doute les comparer aussi à deux allumettes prêtes à s’allumer et à lancer des éclairs pour marquer sa désapprobation. Wenfield veillait sur Gustave depuis son coin mais avec constance. Telle une statue il ne bougeait pas, se contentant d’admirer les spectateurs qui devenaient alors acteurs à ses yeux. Il était la Joconde observant son public, nous devenions les touristes tentant de faire rire les gardes impériaux du château de la Reine. Et il n’avait pas beaucoup d’humour… Visiblement.
Si son regard était eau limpide et claire, son habit n’était fait que d’un feu brulant où il ne restait ni jaune ni orange, seul l’élément vital était demeuré. Un manteau guildien, qu’il ne devait jamais quitter, restant collé aux lignes des lois et à leurs préceptes, jamais un pas de côté pour Judikhael. Il semblait suivre les « police line - do not cross » [Police – ne pas franchir] qui avaient été établit tout autour de Nosco et de sa guerre interne.

La réponse de Gustave Zibou fut une claque de déception pour Kim van Berghen. Lui qui aurait pensé que quelqu’un clamant aussi fort qu’il retrouverait ses souvenirs, n’aurait pas pu se passer de la moindre trace de celui-ci, et il se sentait maintenant comme trahit. Comme si Gus’ avait formulé une promesse, celle de retrouver son passé, et que soudain il baissait les bras avant même d’avoir eu la moindre petite difficulté. Il n’avait même pas prit le temps de combattre, et avait sortit immédiatement le drapeau blanc et signé la reddition. Peut être était ce la raison de la mésentente entre Wenfield et Zoubi, leurs esprits totalement contradictoires qui ne pouvaient pas fonctionner ensemble et se comprendre. Ils étaient trop différents et impossible à brancher l’un sur l’autre en trouvant une fréquence qui conviendrait aux deux.
Jamais Kim n’avait voulu abandonner les précieux biens qu’il avait emporté depuis l’autre côté, il avait tout gardé et conservé tel un fanatique qui désespérerait de perdre sa raison de vivre. C’était comme une amarre, l’assurance de pouvoir revenir à bon port, de ne jamais se perdre et de rester accroché à la terre ferme, de ne surtout par flotter au gré des courants ou des vents.
Quand à Gustave, il semblait avoir besoin d’une bouée de secours, et Arsène semblait tout disposé pour devenir son sauveteur. Le jeune homme oserait il un mot pour contredire le nouvel oublié et mieux le conseiller ? Lui avouerait-il que garder ce triangle de tissu était vraiment important ? Peut être pas, et dans ce cas là, mieux valait insister une dernière fois.

Comme vous voulez, mais vous ne pourrez plus jamais remettre la main dessus après. Or les maillots de bain sont plutôt rares à Nosco…

Après tout, les baignoires n’étaient pas pour le commun des mortels, bien qu’ici à Nosco ils soient immortels. C’était la douche qui primait dans les appartements de l’Aedes et si le Capitole était mieux équipé l’information était gardée secrète. Point de piscine pour faire des longueurs dans la ville, aucune mer dans la cité. Huit-clos en besoin désespéré d’eau… L’enfer est si brulant qu’il laisse s’évaporer la denrée permettant toute vie. Alors un maillot de bain, venant de l’autre côté, c’était une pièce assez unique.
Baissant la voix pour que Judikhael ou bien les caméras n’entendent pas ses paroles, Kim compléta son avertissement.

Vous savez psychologiquement, il est plus facile de retrouver des… des sensations connues avec des éléments y correspondant.

Sensations pour dire souvenirs… Puis continuant comme si c’était le but de sa précédente phrase, il justifia son entorse aux règles de Nosco par un :

Et cela vous serait certainement très utile pour trouver un métier qui vous conviendrait vraiment.

Le maillot de bain avait bien changé à travers les années, passant d’une taille presque égale à une tenue d’été jusqu’à devenir ce ridicule triangle isocèle incapable de cacher ne serait ce que les parties intimes. Gustave venait de se noyer dans un cauchemar éveillé, il ne reprendrait réellement son souffle que lorsqu’il accepterait son sort et arrêterait de vouloir comprendre ou tout simplement de faire fonctionner sa logique. Il ignorait encore trop ce qui l’entourait pour capter ce qui se passait. Il lui faudrait donc accepter et réfléchir ensuite.

Kim se rappelait… l’odeur de la marée, les embruns et l’écume sur les vagues qui léchaient le sable pour venir s’aplatir au pied des châteaux dans des douves improvisés par quelques gamins creusant avec leurs mains. La mer c’était les vacances, c’était la famille, la découverte de nouveau territoire. Un parfum de liberté plus grande, le calme d’un environnement différent et éloigné de celui de la ville. C’était ce qui délimitait bien des pays pour leurs pourtours, les encadrant et leur apportant un port et les richesses qui voyageaient dans de grands cargos aux ventres pleins. Un bleu verdâtre intense et une mer à l’eau étonnamment revigorante et fraiche qui parfois même pouvait geler lors des hivers bien trop rudes. Ca avait le gout salé de ce qu’on conserve lorsque le frigo n’avait pas encore fait son apparition. C’était surtout un écosystème presque inconnu, des poissons que l’on péchait et des déchets que l’on jetait. Sensation des souvenirs heureux…
Mais tout autant de ces annonces dans les journaux, de cette crainte d’attaques maritime. De ces articles qui prédisaient de possibles débarquements, de cette mer qui pourrait se teinter de rouge. Il n’y avait plus Moïse pour séparer la mer en deux colonnes d’eau, séparer les ennemis. Quand bien même on aurait asséché tout un océan, la guerre aurait trouvé le moyen de passer par les terres, même la neige n’était pas un argument suffisant pour l’arrêter. Mer qui se nourrissait des cadavres, des cartouches vides de balles et des blessures qui saignaient. Voilà que ses crocs blanchâtres ne s’attaquaient plus seulement aux falaises mais aussi aux défenses humaines, la mer les anéantissait les uns après les autres… Et ils redevenaient des anonymes abandonnés aux bras du dieu des océans et des mers.

Certaines langues semblent si confuses à apprendre. La mère peut avoir une mer – tout ne s’achète-t-il pas ? – mais la mer a-t-elle une mère ? Peut être était-ce une mère qui un jour avait tellement pleuré, contemplant les ravages de la guerre, qu’elle en avait crée la mer. On ne trouvait aucun phare pour guider sa route dans la cité de Nosco, seuls les parrains étaient un point de repère temporaire et une source d’éclaircissements pour les nouveaux arrivés. Au moins n’y avait-il jamais aucun naufrage comparable à celui du Titanic. Ils étaient tous enfermés ici, aucun paquebot pour les délivrer ou les emporter vers une promesse d’une terre meilleur, d’un avenir plus brillant promis à un magnifique destin. Ils étaient coincés dans une cage sans barreaux. La seule mer était dans les larmes que chacun pouvait créer par ses canaux lacrymaux.

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Kim van Berghen
~ Chercheur ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Scientifique et médecin de la Guilde
Âge réel : 65 ans
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Compétence principale: Biologie
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