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Message par Tristan Darek le Mar 3 Mai - 3:53

[ Voici les règles de ce RP un peu particulier :
- Il se déroule du moment de la libération (la fin de Rebelles contre informaticien) à la fin du coma de Tristan c'est-à-dire une bonne semaine.
- Le RP est libre, quiconque veut rendre visite à Tristan peut le faire.
- Le premier joueur peut faire avancer considérablement le temps -par exemple s'il ne souhaite poster qu'une seule fois et énumérer plusieurs visites- mais le deuxième peut retourner en arrière pourvu que ce soit cohérent avec ce qui a déjà été dit et ainsi de suite.
- Je répondrai régulièrement mais mes réponses peuvent être totalement décalées et n'influeront pas spécialement dans le RP étant donné que Tristan ne va pas sauter hors de son lit ni marmonner quelque chose, restons crédible.
- Vous avez le droit de faire ce que vous voulez du corps de Tristan dans la limite du raisonnable -non on ne le viole pas mais on peut caresser ses cheveux (désormais propres, merci madame l'infirmière ♥).
- Il n'y a pas de tours de jeu.
- Pour toutes questions, on peut créer un sujet quelque part ou vous pouvez me MPer.
Enjoy ♥ ]




Lourdes comme le plomb, les paupières ne pouvaient pas s'ouvrir et persistaient à rester définitivement closes. Comme figé dans un cercueil de béton, le corps ne pouvait pas bouger. En son sein demeurait l'âme, immobile et muette, embrumée par des sensations chimériques, elle réalisait à peine qu'elle ne pouvait pas se mouvoir, qu'elle était prisonnière d'un corps qui lui était désormais étranger et qui ne lui répondrait plus. Rêvait-elle, pensait-elle ? L'entendait-elle ? Peut-être que les sensations n'avaient plus lieu d'exister. Tout au loin n'existait plus, il n'y avait plus qu'une petite braise enfermée dans une cage trop grande et trop froide, en un instant, tout avait été réduit à néant, il n'y avait plus eu que le noir, l'étrange, l'inconnu. Quel était ce nouveau monde où l'on venait de le jeter sans précautions ni mises en garde ?
Était-ce l'Enfer, était-ce le Paradis, cette fin tant attendue qui arrivait finalement ou tout cela n'était-il que le chaos cauchemardesque, le rêve idéalisé d'une fin dont la fin elle-même n'existait pas ? Était-il une nouvelle fois passé dans un autre monde, avait-il encore franchi la porte de l'oubli pour retrouver une nouvelle vie, une nouvelle chance, un nouvel espoir ? Tout cela n'était-il pas vain ? Combien de fois avait-il passé l'épreuve et échoué ? Combien de fois était-il retombé dans le mal ancré en lui trop profond pour qu'on l'arrache, dans cet enfer au goût de cendres.

Dans la torpeur inégalée d'une nuit sans fin, il tombait, tombait sans jamais trouver quoi que ce soit auquel se raccrocher. Les yeux bandés, il ne voyait plus, n'entendait plus et ses cris restaient muets. Mais dans cette nuit-là, pas de couloir sombre éclairé par la seule lueur au loin, attirante, envoûtante comme l'étincelle au fond d'une nuit d'encre attise les milliers d'insectes et les papillons de nuit.
Ici il n'y avait que la monstrueuse chute dont le cri muet et sans fin était l'unique trace. La terreur de tomber indéfiniment et celle que plus la chute sera grande, plus le choc sera horrible étaient égales. Mais comme dans tout monde virtuel, les choses se déforment, se font et se refont. Sans qu'il ne le sache il n'y eut plus rien, que la douceur du vent sur sa peau qui semblait nue, un murmure agréable qui ressemblait à une berceuse.
Confiné dans le noir, l'endroit avait l'air rassurant et il s'y sentait peu à peu en confiance. Petit nid douillet où il s'était soudainement réfugié, les battements de son cœur qui s'étaient arrêtés puis qui s'étaient brusquement accélérés sous l'effet de la terreur s'étaient calmés, la peur elle-même se dissipait sans qu'il ne comprenne pourquoi.
Dans ce monde étrange où plus rien n'existait, il se sentait paradoxalement mieux, peut-être l'Enfer rebelle y jouait-il et que toute situation plus calme ne pouvait paraître que rassurante. Il aurait dû manquer de confiance, se méfier de chaque chose dans cet univers où rien n'était connu. Pourtant il savait ce qu'était l'obscurité, la chaleur d'une étreinte, la douceur d'une musique. Voilà qui était rassurant et voulait le charmer, il s'y laissait aller, épuisé d'avoir si longtemps combattu contre la mort et la souffrance.

Univers nébuleux où l'air avait la douceur et la forme d'un coton, épousant chacune de ses formes et lui offrant un repos si longtemps mérité. Insouciant, il se laissait bercer, incapable de penser ou de bouger, la douleur avait trop longtemps taraudé son corps, les dilemmes et les remords n'avaient que trop épuisé son esprit pour qu'il puisse être capable d'en faire davantage. C'était mieux ainsi, il réfléchirait plus tard.

L'affolement était à son comble alors qu'on venait tout juste de ramener le si précieux élément de son effroyable séjour chez ses ennemis de toujours. Évanouit disait-on et puis il s'était réveillé, marmonnant quelques mots, formules et codes incompréhensibles, gémissant parfois sous l'effet d'hallucinations mais incapable de se débattre ou de bouger plus que nécessaire. A moitié vivant, à moitié mort, médecins et infirmiers l'avaient escortés jusqu'à ce qu'à bout de souffle son cœur s'arrête.
On le ranima et l'informaticien s'accrochait si fort à sa propre vie qu'il ne suffit que d'une seule décharge, mais alors que sous l'effet du choc il ouvrit les yeux, ses paupières se refermèrent mollement. On déclara que le jeune homme avait sombré dans le coma mais il était sauvé, on avait le matériel pour le maintenir en vie. Il ne restait plus qu'à attendre qu'il se réveille : une heure, deux jours, trois mois, dix ans. La médecine avait beau avoir évoluée, on n'avait toujours pas trouvé comment sortir quelqu'un du coma. Certains dirent que c'était mieux, connaissant la iatrophobie de l'homme, ils étaient rassurés de pouvoir le soigner sans que celui-ci ne s'agite et ce repos presque forcé l'aiderait sûrement à se rétablir plus vite. Grâce aux perfusions, on pourrait même espérer lui faire prendre quelques kilos ou au moins le nourrir correctement et diminuer ses carences. Il devait au moins avoir perdu une dizaine de kilos, derrière les cicatrices à moitié infectées, les plaies, les bleus, les brûlures, il n'avait plus que la peau sur les os. Il était plus blanc que d'ordinaire, sa peau s'était faite si fine que l'on pouvait aisément voir se dessiner tous ses os, même son visage était extrêmement creusé et livide, ses yeux avaient perdu tout leur éclat. Il était sale et l'on pouvait presque s'attendre à ce que ses longs cheveux, qui ne ressemblaient plus qu'à des queues de rats grasses, tombent et le laissent chauve. Non, l'homme n'était vraiment pas beau à voir, ce n'était plus un homme mais un fantôme. Il avait perdu sa beauté et son charme, son visage et son corps en entier n'étaient plus que plaies et souffrances, on savait qu'il faudrait se dépêcher pour le remettre en état car sa vie ne tenait plus qu'à un fil. Décidément, les rebelles avaient bien fait leur boulot, récupérer les leurs en ne leur rendant qu'une loque, un reste qui ressemblait plus à un cadavre qu'à un homme. Avaient-ils aussi détruit son esprit ? L'avaient-ils rendu fou ? Personne ne pourrait le dire avant son réveil, s'il se réveillait un jour.
Portrait alarmant que la guilde n'hésiterait pas à montrer pour dénoncer l'horreur des rebelles, ceux qui connaissaient depuis longtemps l'homme dont on se rappelait plus le nom que le visage pouvaient rester confiants. Ils savaient à quel point Tristan Darek, même au plus profond de la douleur n'avait cessé de se battre, pas vraiment pour aller mieux ou s'en sortir mais simplement pour vivre. Cet instinct de survie, cette volonté aussi dure que le fer était inébranlable. On se rappelait qu'il croyait avoir un but ici, une mission et qu'il ne pouvait mourir ou partir avant de l'avoir achevée ou d'avoir trouvé un digne successeur. Vieux roi à l'agonie, il attendait avec patience que quelqu'un prenne la relève mais celui-ci arriverait-il un jour ? Dans son esprit ce ne pouvait être Virulino, trop ambitieux, trop fier, il était certain qu'il finirait par tomber sans jamais découvrir totalement tout le potentiel qu'il aurait pu un jour développer et exploiter.

A peine arrivé au Sapienta, ce fut au bloc qu'on l'emporta pour réparer ce qui nécessitait des opérations, espérer le mettre hors de danger. Pendant combien d'heures les chirurgiens œuvrèrent dans l'espoir qu'ils allaient sauver une vie, rendre le grand chef à sa brigade et ses brigadiers, ceux qu'il disait être sa famille ?
Il ne fallut pas plus de temps pour installer l'homme dans une chambre d'hospitalisation, pour planter dans sa peau quelques aiguilles pour lui apporter anti-douleur, remèdes gorgés de propriétés bienfaisantes, nourriture et eau à volonté. Entièrement déshabillé, on put constater l'étendue des dégâts, affirmer qu'il ne retrouverait sans doute jamais une santé normale, lui déjà si fragile, et qu'il allait falloir le suivre pendant longtemps une fois réveillé, qu'il le veuille ou non. On avait foi en lui et pour qu'il puisse espérer un jour revivre sans trop de contraintes, il fallait le plier à ces exigences. Il n'avait jamais accepté depuis qu'il était à Nosco mais cette fois il ne s'agissait plus de son esprit malade, de quelques évanouissements et d'une mauvaise alimentation, cette fois c'était bien pire et s'il tenait réellement à la vie, il ne pourrait plus s'occuper de lui tout seul. Peut-être même faudrait-il que quelqu'un soit en permanence avec lui et s'occupe des soins constants qu'il demanderait, il pourrait aussi s'assurer qu'il irait bien et lui porter secours à chaque malaise. Mais peu importait aujourd'hui, il ne restait qu'à attendre que les plaies se referment, que le corps guérisse et qu'enfin ses paupières s'ouvrent. Ce ne serait qu'à ce moment-là que l'on pourrait constater l'étendue de ses dégâts mentaux mais si l'on en croyait la rumeur, il avait déjà été torturé alors peut-être qu'il pourrait aussi s'en sortir cette fois-ci.
Mathys n'avait pu se déplacer, la brigade informatique était en alerte et l'on s'apprêtait à riposter à la moindre attaque rebelle ou autre, les pro-rebelles ayant plus de cran pour se manifester depuis l'enlèvement de leur précieux Darek. Aussi le commandor par intérim avait-il pris soin d'envoyer l'un des informaticiens auquel il faisait le plus confiance, histoire de s'assurer que le génie allait vraiment bien et qu'il lui fasse un rapport détaillé et complet de la santé du vieux génie. Le délai décrétant qu'il devenait le nouveau commandor avait été dépassé mais à l'annonce de sa libération, Nelsen avait finalement choisi de refuser cette promotion, affirmant que s'il devait y avoir un homme à la tête de cette brigade, ça ne pouvait être que Darek. Il ne pouvait nier les progrès que la brigade et le système tout entier avaient connus depuis qu'ils étaient éclairés de ses lumières, car le jeune homme ne s'occupait pas seulement de la résistance contre les rebelles ni des directives qu'il recevait, il aspirait à quelque chose de bien plus grand et dévoué entièrement à son domaine, il avait toujours tout fait pour qu'il progresse encore et encore. C'était lui aussi qui recherchait constamment les nouvelles élites, les surveillait, les testait. A regarder l'ensemble des choses, on se demandait comment il pouvait faire tout cela, bien sûr il déléguait, mais si peu comparé aux sacrifices que lui avait dû faire. Non, l'ambitieux avait pour une fois écouté sa raison et était résolu à rendre son rang à celui qui le méritait le plus. A moins que derrière tout cela ne se cache une obscure raison, une stratégie si finement échafaudée, comme toujours. Et puis il avait leur amitié, inébranlable, cette relation entre eux que Darek n'avait jamais nommée ainsi mais que Mathys ne pouvait nommer autrement.

Perdu dans la salle blanche, au milieu des bips réguliers et des écrans qui indiquaient une foule d'information, l'homme endormi avait sombré dans d'autres abysses, toujours enfermé dans le cocon si chaud, nimbé d'obscurité. La lumière aurait brûlé ses yeux tandis que le noir effaçait sa douleur, même s'il gardait les yeux clos. La chaleur tout autour de lui semblait l'apaiser et puis il y avait ce chant, si doux à ses oreilles.

Sa vie n'avait pas défilé devant ses yeux mais les souvenirs, dans cette atmosphère calme et tranquille, s'éveillaient aisément. La douceur qui régnait chassait les cauchemars pour laisser place à des rêves où rien de mal ni d'obscur ne pouvait désormais arriver. Comme s'il était encore un enfant.

Ting Ting Ting. De sa main il martelait le grillage qui résonnait encore et toujours. Ce bruit l'amusait et il marchait le long sans jamais s'arrêter, la tête tournée vers la rue pavée où jouaient des enfants, marchaient des putains trop maquillés, trop dévêtues et gémissaient des vieillards. Parfois il y avait des hommes qui passaient, des jeunes gens avides de nouvelles expériences et quelques trouillards qu'on avait emmené avec eux et dont il s'amusait follement. Il les jaugeait de son regard glacial, sautait sur ceux qui étaient isolés pour prendre leur argent et leurs vêtements. « Allez, retourne voir maman en caleçon, ça la f'ra rire ! » Lançait-il en riant. Parfois il y avait aussi des hommes mûrs qui marchaient d'un pas vif et assurés, il les regardait et lisait l'étonnement dans les yeux de certains. Qui était ce gamin aux cheveux blancs et aux yeux d'un bleu si pâle ? Sûrement le fruit du diable.
Le jeune continuait à marteler le grillage, amusé, jusqu'à ce qu'il atteigne l'endroit convenu. Le coin sombre où il pouvait se cacher aisément sans qu'on ne le reconnaisse, parfait. Il n'avait plus qu'à attendre, armes drogues et munitions dans sa besace. Sa réputation commençait à se faire et les clients devenaient chaque jour plus nombreux. Fiable, honnête, en-dessous du prix du marché noir, flexible concernant les commandes particulières et touchant même au proxénétisme, voilà qui faisait l'affaire de beaucoup de ces messieurs, jeunes et vieux. Il souriait, content. On mangerait chaud ce soir à la maison.
Sa petite affaire ne pouvait pas durer longtemps, il y avait quelques gangs, quelques malfrats qui commençaient à vouloir sa peau, on ne savait pas encore qui il était mais il allait bientôt avoir des problèmes, batti comme une mouche et avec sa santé fragile.

Une heure, deux heures. Il avait eu assez. Il paya le gosse qui se chargeait de faire son coursier, le gamin assez rusé pour ne pas se faire prendre n'était pourtant pas assez malin et se faisait chaque jour arnaquer par son aîné. Tant pis pour les clients qui avaient du retard ou qui pensaient qu'il resterait plus longtemps. Avec un si court délai, toujours aléatoire, c'était à pile ou face et il n'y avait plus qu'à revenir le lendemain.
Mais il avait conscience des risques et ne rechignait pas à abuser des mesures de sécurité. Un faux pas et il était mort. Il fallait qu'il ait assez d'argent pour se trouver une couverture, quelques molosses et être tranquille, sinon autant les bandits que la police lui feraient la peau et il n'avait pas non plus envie de redevenir le vagabond des rues, le petit voleur qui se contentait de trois sous.
Heureux, il courait à travers les ruelles, connaissant par cœur ce coin-là de Paris, là où il fallait passer, de quels coins sombres il fallait se méfier et quels coupe-gorges il fallait ne pas emprunter.

« Louis ! » Cria une voix qu'il connaissait bien. Le jeune homme se retourna vivement, jetant son regard bleu électrique sur la personne qui venait de l'interpeller.
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Tristan Darek
~ Commandor ~
Section informatique


Camp : Guilde Impériale
Profession : Commandor de la brigade informatique
Âge réel : 107 ans
Âge d'apparence : Environ 27 ans

Compétences
Mémoire:
9750/10000  (9750/10000)
Compétence principale: Informatique
Niveau de Compétence: Maître

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Re: (endo)Morphine

Message par Kim van Berghen le Sam 14 Mai - 11:22

Le coma était un état où de perte de conscience, définie comme étant un « sommeil profond » en grec ancien. Et comme en science, on classe chaque chose dans des cases, leur attribuant une valeur presque mathématique, quelque chose pour pouvoir raisonner, une définition précise et exacte, on avait annoncé : coma de stade deux. Ce qui pouvait se comprendre comme étant la disparition de la capacité d’éveil du sujet. La réaction aux stimuli douloureux était encore présente, mais n'est pas forcement appropriée et la communication avec le malade n'est pas possible. Il était dans un état assez déplorable, quelques blessures qui dataient d’avant son kidnapping avaient été rouvertes et d’autres bien plus nombreuses avaient fait leur apparition. Le pire était sans doute sa maigreur maladive qui s’était considérablement accrue. On avait beau lui avoir accroché autant de fils qu’à une poupée de cire avec les différentes perfusions accrochés à ses maigres bras. Nourriture par intraveineuse, environs 3 000 calories par jour, assez de nutriments pour pouvoir ramener son poids à quelque chose d’acceptable, vu l’état nutritionnel dont il avait besoin. Ainsi qu’un apport d’eau et d’ions, prodiguant ainsi des minéraux, mais aussi de vitamines. Il avait aussi un antidouleur qui était injecté directement dans ses veines pour un effet plus rapide, le goutte à goutte permettait d’alimenter régulièrement le patient qui souffrait de nombreuses blessures. Il faudrait simplement espérer qu’elles guériraient rapidement pour qu’il ne devienne pas accro à ce qu’on lui offrait. Le tout accompagné d’une sonde urinaire mais surtout d’électrodes pour capter le moindre signe vital et le retranscrire sur des écrans à l’aide de courbes que seul un regard expert pouvait décrypter. Définitivement il ressemblait à une marionnette dont tous les fils étaient restés accrochés mais qui ne savait plus marcher. Les câbles étaient là et pourtant il ne fonctionnait plus. A tel point qu’il avait fallut l’intuber, pour qu’il puisse continuer à respirer, être sur que le souffle faible ne s’éteigne pas à jamais. De tout l’arsenal dont il était couvert c’était sans doute la chose la plus impressionnante. En terme médical on disait simplement que c’était une « sécurisation des voies aériennes par intubation trachéale », pas très réjouissant, ça ferait certainement grimacer de déplaisir le moins iatrophobe des nosciens… Surtout avec la ventilation mécanique, un bruit constant aux oreilles de tous visiteurs et que seul des années de pratique permettaient d’oublier. Inspiration et expiration d’une machine pour gonfler et dégonfler les poumons du malade.

Lorsqu’il était arrivé, il avait eu le droit à une injection de 30 cm³ de sérum glucosé à 30 % pour prévenir une éventuelle hypoglycémie, puis à passer dans la salle d’opération, avant de finalement avoir le droit d’être totalement lavé et prit en charge. Tristan était sans doute l’un des plus grands patients que pouvait accueillir le Sapientia, il n’y avait que Vlad qui pouvait réellement le dépasser en taille et en poids. Et il n’y avait que peu de ces lits spécialement fait pour les géants de Nosco. Et Darek n’était pas n’importe qui, un commandor… on lui avait prévu un matelas spécial, anti-escarres car on ignorait dans combien de temps il se réveillerait et sa peau était déjà bien assez fragilisée par le contact sur les os, à cause du manque de muscles. Ca faisait mal rien qu’à voir, surtout vu le nombre de blessures et d’hématomes. Quand au personnel médical, ils avaient reçu des ordres des médecins, il fallait surveiller les constantes de l’informaticien, ne pas le quitter un seul instant des yeux en cas de faiblesse de son corps, car définitivement son esprit se battait et s’accrochait. Température du corps, fonction cardiaque avec le pouls, la pression artérielle et l’électrocardiogramme constamment en route pour tout enregistrer. On avait décidé de ne rien laisser au hasard et on prendrait le plus grand soin de Tristan Darek. Il avait eu le droit à tous les examens possibles pour connaître totalement son état de santé et il n’avait pas échappé au traditionnel score de Glasgow pour les comateux, il y avait obtenu un assez bon résultat d’ailleurs : quatre sur quinze, autant dire un coma très profond, presque le pire score possible… Aucune ouverture des yeux et pas de réponses verbales… Encore heureux il réagissait à la douleur, enfin plutôt ses muscles. Ce test n’était pas réellement douloureux, le but n’était pas d’affecter encore plus la victime, c’était donc simplement une pression sur l’ongle, ou poser une phalange sur le milieu du sternum, ou encore sous l’angle de la mâchoire ou derrières les oreilles. Et le patient avait réagit, prouvant qu’il n’était pas totalement perdu entre les méandres de son inconscient. Sans doute se cachait il là bas, là où il s’était isolé pour échapper aux tortures des rebelles. Entre deux nombres premiers et quelques équations, entre un code informatique et une création inachevée de son esprit.

Toutes les heures une personne venait vérifier que les constantes du patient étaient bonnes, qu’elles n’avaient aucun changement important. Kim quand à lui avait suivit le patient dès son arrivée, dès qu’il avait pu. Avant de le laisser se reposer, sachant qu’il ne pourrait pas plus pour lui, laissant les infirmières faire leur travail, retournant à d’autres patients et à leur épidémie de grippe, se contentant de soigner des nosciens lambda avec peu de symptômes alors qu’il ne pensait qu’à Tristan Darek, et aussi Karlovy Kinsky qui venait d’être libérée. Au plus mauvais moment pour lui. Comment allait-il pouvoir gérer le tout en même temps et de front ? Trois crises et deux cas de conscience. Lors de sa pause repas, il avait attrapé une barre vitaminée dans un distributeur et avait foncé dans la chambre de son ami de longue date. Il avait tiré un fauteuil et s’était assit près de lui. C’était la première fois depuis que celui –ci avait été kidnappé qu’ils étaient en tête à tête, au calme et non pas dans une salle d’opération où tout n’avait été qu’urgence et soins. Bien sur les caméras étaient présentes même ici mais seulement à l’entrée de la chambre, pas à l’intérieur, on avait donc plus ou moins d’intimité, tout autant que dans une chambre à l’Aedes en tout cas. Et c’était mieux ainsi, après tous les patients étaient déjà assez fragiles et retournés pour qu’on leur demande en plus de subir une humiliation de plus, les priver de leur intimité. C’était plus rassurant pour les soins de ne pas se sentir observer par milles yeux. Pouvoir garder le peu de dignité que l’on conservait encore. Aussi maigre soit elle, elle restait importante, voir même primordiale pour pouvoir se remettre de l’épreuve subie.

Bonjour Tristan.

Voilà les deux premiers mots qu’il avait prononcés, comme une conversation banale, comme si l’informaticien pouvait lui répondre et lui renvoyer le salut. Sauf que voilà, ce serait une discussion à sens unique et il parlerait tout seul, sans pourtant être fou puisqu’il avait quelqu’un pour l’écouter. Si ce n’était la conscience de Tristan c’était tout du moins son cerveau qui continuait de fonctionner. Les personnes dans le coma avaient besoin d’une présence, de geste et de voix pour s’accrocher à la réalité, il semblait que cela aidait, pour la plupart en tout cas. Alors cela ne coutait rien d’essayer. Kim était là assit, il avait sortit sa barre à manger, mais il la triturait dans ses mains, fixant le papier sans oser relever les yeux vers Darek. Son ami était dans un tel état… Bon d’accord depuis que lui-même était passé entre les mains de Welka il n’était pas aussi en forme que d’habitude, mais il n’avait subit que deux heures de tortures en tout et pour tout, tandis que Tristan avait dû endurer un mois entier sans aucun contact avec la Guilde. Il triturait le papier, sa faim totalement coupée. Pour combler le silence il y avait le bruit des machines, répétitives et angoissante. La voix de van Berghen n’était pas aussi assurée que d’habitude, il cherchait visiblement ses mots, tout en restant sincère avec son ami.

Tu sais, depuis qu’on s’est vu… Il y a eu tellement de choses… je ne sais pas par quoi commencer… J’aimerais tout te raconter… Mais cela prendrait sans doute la nuit. Tu vas me dire que tu as le temps mais… je dois reprendre le boulot dans quelques minutes. Je reviens ce soir. Tu me promets de rester sage et de ne pas faire de bêtises, hein ? Chanceux que tu es, je crois qu’on t’a attribué la plus jolie infirmière du Sapientia pour s’occuper de toi, et tu as le médecin que tu préfère pour veiller sur toi…

Il avait rangé la barre vitaminée, la glissant dans sa poche pour plus tard. Puis il avait glissé sa main sur celle assez froide de son ami qui gisait allongé sur le lit, respirant à l’aide d’une machine et aussi transparent qu’un fantôme, il avait bien pâle allure le grand Traktueur. Et pourtant les rebelles avaient pu faire leur maximum ils ne l’avaient pas brisé, pas totalement puisqu’il s’était accroché, jusqu’au bout pour tenir et recevoir des soins décents. Il tiendrait. Et Kim lui serrait la main, malgré l’absence de réaction de son ami. Il n’avait pas envie de le quitter, de le laisser dans une relative solitude, même s’il savait qu’on viendrait le voir régulièrement pour constater le moindre changement et le prévenir si cela arrivait. Non, il ne quitterait pas son bipper, encore moins maintenant qu’avant. Le moindre message pouvait être important. Ils le faisaient sursauter, regarder nerveusement et s’inquiéter inutilement. Serait ce le nom de Darek qui serait indiqué sur l’écran ? Non, encore une fois il s’était inquiété pour rien et son cœur pouvait reprendre un rythme de battements normal. Nouveau bippement de l’appareil, sauf que cette fois-ci il était dans la chambre de celui qui l’inquiétait le plus, donc cela ne le concernait pas. Il attrapa l’engin et lui jeta un coup d’œil distrait. Il grogne un scheisse entre ses dents, avant de se relever, toujours sans lâcher la main de l’albinos.

Tristan…

Sa voix s’étouffa. Il devait y aller, il reviendrait d’ici peu. Et pourtant il ne voulait pas partir. Pourquoi fallait-il que tous tombent dans des pièges si adroits ? Karlovy qui s’était faite détruire par la Brigade anti-terroriste et Tristan massacré par les rebelles. N’y avait-il aucun bon camp ? La congrégation de Joshi ? Vaste méprise à laquelle on ne pouvait pas tout confier. Ils étaient tous autant dépendant de la Guilde que cette dernière dépendant de leurs ondes. N’agissaient ils pas eux aussi dans l’ombre et à l’aide de puissantes manipulations ? Ou était le vrai du faux ? Qui croire et que faire ? Fermer les yeux un instant et sentir la pulsation sous ses yeux, sentir le sang qui coulait encore dans celle de Darek. Il était vivant. Ils étaient tous les deux vivants, pour le moment en tout cas. Il fallait simplement qu’il se réveille. Qu’il arrête de dépendre de toutes ces machines qui n’étaient définitivement pas son addiction habituelle, celle de son ordinateur. Il passa sa main dans les cheveux de l’informaticien, posant ses lèvres sur son front avant de lui murmurer.

C’est que tu abuses de moi, à encore jouer les belles au bois dormant… Si seulement tu pouvais bientôt ouvrir les yeux, je te promets un petit déjeuner. Tu te souviens ? Comme la dernière fois…

Puis il lui lâcha la main, s’éloignant comme à regret. Il devait vraiment y aller, ne plus regarder en arrière et se concentrer sur son travail, il faudrait qu’il en ait le courage et la force. Ne pas penser à Tristan lorsqu’il s’occupait de quelqu’un d’autre. Intérieurement il se frappait. Toujours séparer la vie professionnelle et la vie personnelle. Sauf que voilà, en ce moment sa vie privée était vraiment compliqué, au point qu’elle avait finit par empiéter un peu sur celle de son métier. Il fallait qu’il arrête et qu’il se reprenne, qu’il arrête de penser à ses soucis et qu’il se concentrer sur ceux des autres, sur les symptômes de chaque patient qui franchirait la porte du Sapientia. Il ajouta sur la pas de la porte, avant de partir presque en courant pour rattraper le retard qu’il avait prit.

Je reviens ce soir. Promis.


oOo


Il était déjà tard, puisque le soleil s’était couché, et sans doute la plupart des nosciens étaient déjà retournés chez eux dans leurs appartements de l’Aedes, à la congrégation ou au Capitole. Et pourtant il y avait encore certains de ces noctambules de la semaine qui erraient, non pas à la recherche de l’oubli du weekend, mais de la productivité horaire de travail. Lorsque tout le monde se reposait, certains continuaient de travailler, pour le bien de tous, que ce soit au Sapientia ou à la surveillance vidéo, ainsi qu’à la Brigade. Nosco ne s’arrêtait jamais totalement… On en avait simplement l’impression si l’on n’observait pas suffisamment.

Kim avait fini sa journée, bien plus tard que ce qu’il avait espéré en premier lieu, toutefois il jugeait maintenant qu’on avait plus besoin de lui, qu’il pouvait donc s’enfuir et repartir. Pas chez lui cette fois-ci, mais presque. Sur le chemin pour rejoindre la chambre de Darek, il plongea la main dans sa poche, s’apercevant qu’elle contenait toujours la barre achetée à midi, il soupira en constatant qu’il l’avait totalement oubliée. Maugréant et pestant intérieurement contre lui-même, il l’ouvrit et croqua rapidement dans celle-ci, l’avalant en trois fois. Bien au moins il avait mangé, et Tristan aussi, il en était sûr puisqu’il était relié à ce qui lui permettait de reprendre un peu de poids. Jetant le papier avant d’entrer dans la chambre, il prit une grande inspiration pour se donner du courage. Par Joshi, qu’il était blanc, oui toujours aussi fantomatique et ça ne s’arrangerait pas aussi vite qu’il l’aurait voulu… Oh bien sur de pauvres créatures au bord de la mort, plus vivantes que mortes mais s’accrochant à ce qui leur restait de vie, il en avait connu et pas qu’un peu. Fantômes errant sur la terre bien décidés à prendre un jour leur vengeance sur le sort. Pourtant là c’était Tristan Darek. Le sien, et il se devait d’aller mieux. S’approchant du lit, il garda en tête qu’il était plus le médecin que l’ami de Darek en vérifiant ses constantes, étudiant minutieusement chaque retranscription, chaque heure et chaque minute. Rien d’inquiétant, aucun changement. Il n’y avait rien de plus à faire pour le moment, que d’ajuster tout doucement les dosages, surveiller l’état de l’informaticien au plus près et attendre… attendre jusqu’à ce qu’il se décide à ouvrir un œil enfin.
Reprenant la place qu’il avait quittée, il se rassit sur le fauteuil, constatant avec regrets qu’il semblait tout aussi froid que précédemment. Personne ne s’était donc déplacé pour visiter Traktueur ? La Brigade informatique considérait elle qu’elle avait trop de travail pour utiliser son temps dans quelque chose d’aussi futile ? N’y avait-il donc personne d’assez proche du grand albinos pour lui prêter assez de considération ? Avaient-ils tous oubliés trop occupés par diverses choses ? Personne n’était passé… tant pis il était là maintenant. Il lui attrapa la main comme plus tôt et reprit la parole.

Bonsoir. Je suis revenu, désolé d’avoir été si long… J’aurais aimé pouvoir être là avant. Il est déjà presque neuf heures tu sais.

Il se tut une nouvelle fois, cherchant ses mots, tant il avait à raconter. Il avait Tristan à côté de lui, et il ne le lâcherait plus. Et puis le fauteuil était assez confortable… Il lui avoua à mi-voix.

Ô Tristan, si tu savais le nombre de choses dont je dois te parler… Je ne sais même pas par quoi commencer… Par le commencement me diras-tu… Mais prend garde à toi, si je commence à te raconter ce sera long, cependant tu as tout ton temps n’est ce pas ? Si seulement tu pouvais t’accrocher à ma voix pour revenir dans notre monde à nous…

Il constata que rien n’avait bougé dans la pièce, sauf les rideaux qui avaient certainement été tirés par les infirmières, décidant sans doute qu’il était l’heure de cacher le soleil couchant. La pièce était des plus simples, sans aucun objet personnel appartenant au patient. En effet ses vêtements avaient été jetés vu l’état dans lequel il se trouvait, alors si ses placards avaient finalement retrouvés quelques habits, c’est qu’ils provenaient de l’appartement du géant. Malheureusement il n’y avait rien d’autre, tous les objets électroniques de l’informaticien étaient hors d’usage, et il n’aurait pas pu en profiter de toute façon. Kim n’avait pas la possibilité de lui ramener quoi que ce soit d’autre, n’ayant pas accès à l’appartement et sachant pertinemment qu’il n’y aurait rien eu d’important à rapporter. De toute façon, il aurait fallu connaître l’organisation du rangement du grand dadais pour pouvoir y percevoir quoi que ce soit. Par quoi débuter alors ?

On a une épidémie de grippe à Nosco… C’est dingue le nombre de personnes contaminées, je ne me souviens pas qu’une maladie ait été aussi rapide depuis de nombreuses années. A coup sur elle va nous poser plus de problèmes que l’on ne pense, mais pour l’instant nous ne voyons que le haut de l’iceberg… Toutefois je dois t’avouer ne pas trop avoir envie de parler travail alors…

Posant la tête contre le dossier du fauteuil il examina un instant le plafond blanc, aussi blanc que Darek et que le reste du Sapientia. Parce que oui, ici régnait la propreté et l’hygiène en maitres absolus et incontestables, alors tout était d’un ton permettant de refléter la lumière, de donner un peu d’espoir et d’éclairer les consciences. Il laissa ses pensées divaguer pour choisir un nouveau sujet. Ecartant les sujets qui concernaient d’un peu trop près le Sapientia.

Oh Tristan, il fallait que je te dise… je crois que…

Il fit un sourire, suivit d’un rire discret avant de se corriger immédiatement.

Non, je sais que… je suis amoureux. De Karlovy Kinsky.

Avouer cela à Darek, celui qui se préoccupait d’avoir une relation sérieuse, suivit et monogamique comme de sa dernière chaussette… Et je n’ose pas vous conter l’état de ladite chaussette à la sorte de l’enlèvement et de la détention des rebelles… C’est trop affreux pour être raconté. Et pourtant, sachant que Traktueur n’en aurait pas grande considération, il avait besoin de lui dire… Malgré tout ce qui s’était passé et… qu’il lui dirait sans doute aussi, sans forcement ajouter les détails.

J’ai eu un charmant tête-à-tête avec ton ancienne filleule aussi, Nékorovy Welka.

Charmant c’était le mot, quand on entendait le ton de voix qui se voulait totalement ironique. Ô Combien de révélations et de trahisons il avait découvert grâce à elle, cependant pour une échange équivalent, il avait dû payer pour ces découvertes et cela avait été en blessures. Tristan lui avait dû écoper pour chaque révélation non dite. Chaque mot retenu et chaque silence. Et il y en avait beaucoup. Tournant la main de Tristan dans la sienne, il appliqua ses pouces de manière circulaire pour faire un doux massage, sans que cela ne puisse venir déranger aucun des fils qui s’accrochaient à l’albinos pour le garder en vie. Elles accompagnaient sa respiration, sa digestion, ses douleurs à diminuer… Il était lié à la machine, bien plus physiquement qu’il n’aurait voulu et plus profondément qu’avec son ordinateur.

En parlant de filleul, j’en ai eu trois pendant ton absence… Tu vois, tu as raté pleins de choses… L’un d’eux t’intéresserait très certainement. Tu retiendras son nom, hein ? Smith, Aaron Smith.

Le James Bond de l’informatique, tandis qu’Ester Wieg s’était spécialisé dans les armes et le combat. Il en fallait pour tous les gouts après tout.

Ce petit se débrouille bien en informatique, j’ai demandé à…

Il hésita une nouvelle fois, ne voulait évoquer de manière défavorable le protégé de Darek, tout en ayant du ressentiment pour lui. Il fallait surmonter cette colère qui avait semblé naitre. Lewis était certainement en train de réconforter Kinsky, et c’était au moins une bonne chose, car van Berghen n’en aurait pas vraiment le temps. Mieux valait donc qu’elle soit dans des bras protecteurs.

Shane Lewis, de s’en occuper pour son apprentissage. Et ces deux là s’entendent assez bien.

Sa dernière phrase raisonnait étrangement à ses oreilles, comme si elle parlait d’un autre qu’Aaron pour son duo avec Shane. Non, il se devait de passer au dessus de cela. Penser à autre chose.

Et il s’est installé avec Silvio Anthelmios en colocation… Tu savais que c’était le nouveau commandor de la section anti-terroriste, n’est ce pas ? Ah, quand je dis « il », c’est Lewis bien sur…
Etrange duo, mais ils semblent aussi s’apprécier grandement.


Tandis qu’il continuait encore sur un sujet un peu plus banal, la jolie infirmière dont il avait parlé à Darek entra dans la pièce, fut apparemment surpris de le voir encore attardé au chevet de Tristan vu l’heure. Il lui expliqua donc rapidement qu’il était là en temps qu’ami, et non pas soignant, et qu’il lui laisserait s’occuper du grand gaillard. Reposant la main et s’éloignant assez pour laisser la place à l’infirmière, il s’appuya contre un mur, l’observant faire chaque geste dont elle avait l’habitude. Précision et douceur pour ne pas heurter ces patients si fragiles. Elle finit par reprendre la parole, souhaitant certainement discuter tout en travaillant puisqu’elle en avait la possibilité, et ils parlèrent un moment, jusqu’à ce qu’elle annonce les résultats de ses minutes de recherches et qu’il hoche la tête en acquiesçant. Oui, aucune amélioration. Demain peut être y aurait il un mieux ? Elle quitta la pièce, après qu’il lui ait annoncé qu’elle n’avait pas besoin de repasser pour les trois prochaines heures, il s’occuperait de Darek. Si elle fut surprise, elle ne le montra pas et le remercia avant de quitter la pièce, le laissant reprendre sa place à côté de Tristan.

Sincèrement, tu rates quelque chose… Si j’étais toi princesse, je me réveillerais, parce que tu aurais au moins la chance de profiter de la vue d’une si jolie jeune femme... Elle est certainement mieux qu’un charmant prince. Et puis je ne te ferais pas concurrence, mon cœur est déjà prit.

Des arguments pour que Darek se réveille, cependant il fallait avouer qu’ils étaient réalistes… Peut être cela aurait il un effet ? Sait-on jamais ?!

D’ailleurs, en parlant de cela, je dois écrire à Lovy… Je n’aurais pas…

La force, le temps ou le courage ?

Je ne pourrais certainement pas aller la voir pour le moment, mais tu sais je m’inquiète pour elle… Il ajouta aussi en murmurant. … et à cause de toi aussi. Puis d’une voix normale. Je vais lui envoyer un mail, en priant pour que Lewis ne le lise pas, où ne… enfin. Tu m’aides à la rédaction d’accord ? J’ai besoin d’inspiration.

Il avait sortit son mini ordinateur portable, se demandant si le bruit des touches enfoncées pourraient rappeler quelques souvenirs à Traktueur, lui redonner envie de s’éveiller pour pouvoir nouveau caresser son clavier de milles façons et ainsi inscrire nombres de mots sur son écran. Il s’était connecté à l’adresse mail qu’il avait crée en inversant les lettres du mot « anonyme ». Puis, il commença sa rédaction, d’abord lentement, cherchant ses mots, et puis bien plus vite, comme si l’histoire lui venait toute seule et qu’il ne faisait que la retranscrire. Pourtant la légende était inventée de toute pièce, comme toutes les autres certes, mais imaginée par lui-même. Kim se souvenait avoir lu tant d’histoires à ses enfants, les changeant parfois, transformant la fin pour faire plaisir à ses marmots. Une fois le mail écrit, il se relu traquant les fautes et les tournures de phrases maladroite. Il lu même un extrait à Tristan. Puis enfin il envoya en soupirant et en croisant les doigts.

Tu sais Tristan… la première fois qu’on s’est rencontré… Tu t’en souviens, dis ? C’était il y a si longtemps. Moi je m’en rappelle très bien. Je crois que tu es l’homme qui m’a la plus impressionné à Nosco. Si je dois considérer la personne qui m’a le plus interpellé, je placerais sans doute l’impératrice en numéro un et toi en second. Tu as un physique dont on se souvient aisément, et je dois dire que j’ai été troublé et subjugué. Mais je ne te l’avouerais jamais bien entendu…

Et si le cerveau de Tristan n’avait pas pu capter ces mots, alors sans doute ne les entendrait il plus jamais. Mais où était partie la conscience de l’informaticien ? Erraient-elles dans les méandres de ses pensées ? Réussirait-il à trouver un chemin pour s’en sortir ? En tout cas il avait la présence de Kim pour l’aider. Présence tactile et vocale. Mais cela serait il suffisant ? En tout cas c’était tout ce qu’il pouvait lui apporter pour le moment. Il ne pouvait deviner dans quels souvenirs étaient perdu son ami, ni comment il pourrait l’en sortir. Parler pour couvrir le silence, rester pour l’empêcher de partir. Les heures avaient filés, et Kim ne constatait aucun changement pour Darek, et il commençait à avoir désespérément envie de dormir. De plus, la jolie infirmière repassait maintenant, elle s’occuperait du comateux. Il lui avait demandé si cela la dérangerait qu’il dorme ici, et elle avait répondu qu’il n’y avait aucun soucis. Il s’était donc installé plus confortablement sur le fauteuil et après avoir souhaité bonne nuit à Darek et à son infirmière, avait fermé les yeux dès qu’elle avait quitté la pièce. S’enformant au côté de Tristan, dans une position certes moins agréable que celle allongée de son ami. Etrangement l’infirmière revint l’heure suivante avec une couverture qu’elle déposa sur Kim pour qu’il dorme un peu mieux.

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Re: (endo)Morphine

Message par Shane M. Lewis le Dim 15 Mai - 20:55

    C’était un peu plus tôt déjà que Shane avait appris que Tristan serait rendu à la Guilde. Il ne l’avait pas vraiment appris de manière officielle, mais d’avantage officieuse. C’était Silvio qui l’en avait informé, en se disant que ça intéresserait sûrement mon brigadier. Silvio n’avait pas fait erreur. Une lumière s’était allumée dans les yeux de Lewis et il avait poussé un soupire de soulagement. N’avait-il pas douté de ce retour ? Le temps se faisait long et les jours avaient passé sans qu’il n’y ait la moindre information d’une possible libération de Tristan. Aussi, l’éventualité que le brillant informaticien ait été exécuté dans les geôles rebelles lui avait effleuré l’esprit sans qu’il accepte d’admettre que cette hypothèse puisse être vraie. Longuement, il avait tourné en rond comme un poisson, cherchant à mettre sa tête hors de l’eau. Que s’était-il passé pendant l’absence de Darek ? Une infinité de choses. En fait, Shane pouvait dire qu’il avait connu pendant l’absence de Darek au moins autant de péripéties de dans toute sa vie Noscoienne qui, composée de 10 années semblaient bien pâle face à ces derniers temps.

    Ca avait commencé le jour où il avait été nommé Traktueur. Qu’avait songé Shane de cette confiance que lui accordait Tristan dans ce qui semblait être ses dernières volontés de commandor ? Beaucoup de choses, sans qu’il ne puisse définir où était la vérité. Etait-ce seulement de la confiance ? Etait-ce un test ? Etait un jeu sadique ? Avait-il cherché à voir si Lewis se ridiculiserait dans un tel poste, avec de telles responsabilités ? L’incroyable s’était lu dans ses pensées à ce moment là, et lorsqu’il avait pris place devant l’ordinateur de Tristan, il avait directement débuté, prenant les choses en mains, non pas pour le plaisir de diriger, mais si on laissait une seule seconde de répit aux rebelles et aux pro-rebelles, qui sait dans quel état on aurait retrouvé Oméga. Ce n’aurait été qu’une maison délabrée qui aurait été pillée par des brigands. Et le système Guildien aurait viré à l’état de crise générale. Il avait pris ses repères peu à peu. Il n’avait jamais porté le masque de Traktueur et dans un premier temps, il avait cru qu’il ne lui serait jamais adapté. Il s’était senti à l’étroit. Mais les jours passaient et il avait appris à le porter. Ce n’était plus vraiment un fardeau.

    Shane n’était pas un débutant en informatique. Il avait beau ne pas être gradé, ça ne faisait pas de lui une quiche. Il manquait d’habitude à porter des responsabilités sur son dos et à pratiquer l’informatique à ce si haut niveau. Il avait cruellement douté de lui-même, mais il avait eu Mathys. Mathys qui ne semblait pas vraiment avoir apprécié la décision de Tristan bien que mon Brigadier n’ait pas approfondi la question. Il avait appris beaucoup grâce à Mathys, il avait pu évoluer à son rythme dans ce nouveau milieu, car avouons le, pour Shane, ça avait été la fosse aux serpents ! Combien de fois avait-il joué aux échecs avec le nouveau commandor, pour aiguiser ses capacités en réflexion, déduction et stratégie ? Beaucoup. Et même lorsque Mathys n’était pas là, Shane avait tenté de vaincre l’ordinateur. Ne l’avait-il pas battu ? Si. Les échecs, ce n’était que quelques centaines de combinaisons qui s’associaient. Si on oubliait ne serait-ce qu’une seule combinaison, c’était la chute face à l’ordinateur. Il fallait alors former de nouvelles combinaisons, tout un jeu et une stratégie à reconstruire pour parvenir à une victoire. Et peu à peu, Shane avait vu Oméga comme un échiquier qui était composé de bien plus que 64 cases, mais des centaines et des milliers. Et on avait toujours le même nombre de pions. On voyait les ennemis au loin, qui se mettent en formation, et à tour de rôle, il faut répondre et se préparer aussi. Et lorsque vient l’affrontement, il faut alors espérer avoir vu juste et avoir placé ses pions aux bons endroits et de manière efficace en fonction des capacités de chacun. Il était inutile de vouloir prendre un pion avec une tour dans un déplacement diagonal. Il avait fallu mettre là plutôt un fou, ou une reine.

    Les échecs. Avant, Shane n’y avait jamais joué. Il avait toujours cherché à se prélasser, alors son temps personnel se perdait souvent dans quelques heures de sommeil supplémentaires. Mais maintenant, Mathys avait changé sa vision d l’informatique. C’était devenu plus intéressant encore, ça avait été un vrai champ de bataille. Alors, dès qu’il eut pris Aaron en apprentissage, il l’avait immédiatement testé sur un échiquier, car si son apprenti n’était pas orienté dans la même direction que lui en informatique, il y avait fort à penser que Shane n’aurait jamais rien pu lui apprendre véritablement. On peut aimer l’informatique, mais si on se parle dans deux langues différentes, jamais on ne pourrait se comprendre. Aaron avait été une bonne compagnie à ses côtés, lui qui commençait sérieusement à dépérir. Silvio avait été promu Commandor de l’Anti-terroriste. Deux promotions dans un même couple, ça conduisait à être pris par le travail. L’un comme l’autre n’avait pu se voir véritablement. Shane en avait oublié de manger et de dormir. Alors, véritablement, Aaron avait été bien plus qu’une bonne compagnie. Lui et Kim s’étaient comportés en de véritables amis, un peu nounou certes, mais des amis tout de même. Ainsi Shane avait grandement pu apprécier ces deux hommes là. Kim, bien qu’il soit médecin (métier que Shane haïssait de tout son être parce qu’il les craignait) avait eu d’autre qualité que celle de sa dextérité à manier le scalpel. Il y avait eu également le blondinet, qui nouvellement arrivé nourrissait sa soif de connaissance en informatique. Un prodige pareil, Shane ne pouvait être que motivé de ces arguments.

    Et enfin, il y avait eu le déménagement, et des retrouvailles tant attendues. Ca avait achevé de le guérir, lui qui avait perdu tant de poids et avait vu son visage devenir gris et terne. Dans un même temps, au Quartier Général, il était devenu capable de gérer le rôle de Traktueur. C’était épuisant certes, et il n’était d’ailleurs pas mécontent que Tristan reprenne bientôt sa place, mais il s’était amusé à être le protecteur d’Oméga. Tous les intrus avaient été renvoyés chez eux sans toucher le butin que Shane gardait précieusement. Il avait été le dragon du donjon et il s’était battu pour qu’on ne lui vole pas ce que Tristan lui avait mis entre les mains pendant son absence. Chaque jours, de nouveaux hackers tentaient leur chance et se heurtait à Shane et son équipe. A quatre, tuteuré par Mathys, ils avaient fait un travail formidable, un travail d’équipe qui avait fini par payer. Aujourd’hui, le roi revenait et son royaume était resté intact. Ils l’avaient protégé des griffes et des coups de ses envahisseurs. Des fois, Shane avait eu très peur. La situation avait frôlé la catastrophe. Mais quel chevalier ne craint pas ses ennemis ? A sous-estimer les autres, on finit par être étonné des prouesses qui sont réalisées devant des yeux impuissants. Alors Shane avait eu peur, et ça lui avait permis de s’en sortir. Néanmoins, la famille de la Brigade Informatique n’avait jamais été autant en deuil que pendant l’absence de Tristan. C’était comme s’ils étaient tous devenus orphelins, qu’on leur avait arraché un père ou une mère, et que les ainés, les plus grands, tâchaient de s’occuper des plus petits en attendant que le parent revienne. On essayait de rire, on se racontait des belles histoires pour que les nuits soient remplies de beaux rêves et d’espoir. On avait séché les larmes et on avait pris son courage pour faire vivre le logis abandonné. On avait travaillé comme des petites fourmis, où chaque main avait son utilité. On était en cellule de crise, mais ils avaient survécu.

    Et si Tristan ne serait pas revenu ? Alors les orphelins auraient fait leur deuil, vêtus de noir, les yeux baissés, tristement vers un écran qui leur aurait paru terne. Et une fois que la mort aurait fini de griser leurs visages, on aurait séché les larmes pour renaitre de ses cendres. Lentement, ils auraient avancé. Ca n’aurait plus été comme avant, ça n’aurait pas été mieux ou pire, ça aurait été nouveau, ça aurait était autre chose. Juste une nouvelle page. Mais il n’était pas certain de vouloir la voir cette nouvelle page. Personne dans la Brigade Informatique ne semblait vouloir la voir. On attendait tous avec impatience le retour du génie qui les avait guidé de nombreuses années. Aaron n’était pas arrivé au bon moment. On avait connu ici, des périodes plus douces et plus calmes. On avait longuement aimé écouter Tristan parler et apprendre en travaillant sous ses ordres. Alors Aaron était arrivé au moment où Tristan disparaissait et plongeait la Brigade Informatique dans la crise. C’était l’effervescence ici depuis de nombreux jours, parfois, Shane ne trouvait pas le temps à se consacrer à Aaron comme il le faudrait. Il aurait peut-être du. Et il tâchait de réparer son absence le plus souvent possible pour que son apprenti progresse vite. Il le valait bien, Aaron, c’était un petit prodige en informatique, et Shane s’en voudrait de ne pas modeler cette matière incroyable dont Aaron était possesseur. Smith était un apprenti véritablement intéressant comme on en rencontre peu dans une carrière. Il n’aurait pas voulu passer à côté de lui. Alors, même s’il ne pouvait pas s’occuper de lui en permanence, il veillait à ce qu’il puisse avoir du travail à faire et qu’il apprenne par lui-même, c’était peut-être la meilleure école, meilleur en tout cas que celle qui consiste à tout donner aux enfants et leur mâcher le travail. Aaron s’en sortait bien. Shane était là pour répondre à ses questions lorsqu’il le pouvait. Il lui expliquait des mécanismes informatiques, et puisqu’Aaron avait poussé un peu les recherches avant, il comprenait vite. Il était certainement le genre d’apprenti adorable dont tout informaticien pouvait rêver dans sa carrière.

    Il était assez tard, et il jugea avoir fait une assez grosse jouée. Aaron semblait être encore en train de s’acharné sur le travail qu’il lui avait donné. Il éteignit son propre ordinateur et regard avec un sourire le blond. Au bout de quelques secondes, Shane était juste derrière lui, dans son dos, et posa une main sur son épaule pour le sortir de sa concentration. Ce matin là, Shane avait appris que Tristan avait été rapatrié. Une photo de Tristan avait alors circulé sur le net. Peut-être qu’Aaron l’avait déjà vue. Shane l’avait vite fait disparaitre en tout cas. Pour la Guilde, c’était un moyen sûrement de montrer à quel point les rebelles étaient des monstres, et Shane le pensait, mais pour mon brigadier, c’était aussi une dénaturation de Tristan. Lui, grand génie, ne méritait pas d’être ainsi diffusé sur le net comme une bête de foire. Qu’importe les reproches qu’on lui ferait par la suite, il était hors de question que l’image de Darek soit salie par cette horreur. L’informaticien, en voyant cette photo, avait été saisi d’effroi. C’était probablement ce que recherchait la Guilde. Il ne doutait pas que d’autres photos seraient ainsi médiatisées, ça lui crevait le cœur. Mais que pouvait-il bien y faire ? Il serra un peu plus l’épaule d’Aaron en songeant encore à cela, puis finit par parler :

    « On a fait revenir le commandor de la section informatique, Tristan Darek. Il est, semble-t-il, dans un coma, au Sapienta. Je vais le voir. Si tu souhaites me suivre, tu le peux. »

    Il relâcha son épaule, et ses pas tapaient le sol sur un rythme régulier bien que las, et il s’en allait vers la surface. On avait mis Tristan dans une chambre assez sécurisée. Après ce qui venait de lui arriver, il aurait été mal venu qu’il ait à subir un nouvel attentat. Néanmoins, il fut bientôt devant la porte, un air grave sur le visage, un peu de fatigue aussi. Mais ça, ça finissait par être véritablement son lot quotidien. Il posa sa main gantée sur la poignée de la porte et poussa celle-ci. On entendait le bip régulier des machines qui prenaient des tas de mesures auxquelles Shane ne comprenait strictement rien. Et puis, le ronronnement de cette machine, celle qui aidait Tristan à respirer. Etrange comme un informaticien puisse être maintenu à la vie par une des machines dont il a probablement fait quelques prototypes, peut-être seulement une partie, ou peut-être rien du tout. C’était peut-être pour cela qu’il n’aimait pas être à l’hôpital. Il savait combien ces machines pouvaient être rivalisées par le cerveau humain et détruites. Ainsi, ça ne lui plaisait guère qu’on laisse sa vie entre les mains de ses engins là. C’était ici aussi, l’explication pour laquelle Shane n’avait jamais eu la moindre imagination, la moindre créativité pour se lancer dans quelques prototypes. Non pas qu’il en soit incapable, mais il trouvait ces machines tellement fragiles, détournable par un génie, que jamais une invention ne lui avait semblé assez parfaite pour survivre. Et heureusement d’ailleurs. N’avait-il pas vu de ces scénarios apocalyptique dans lesquels les machines se révoltent contre les hommes. Ces derniers avaient leur intelligence, mais qui de la machine ou de l’homme serait le plus fort ?

    Son regard se posa sur Kim, et immédiatement, il songea à Karlovy. La jeune femme lui avait dit aimer Kim, Shane était probablement des seuls à être au courant. Et si Kim avait appris, comme Silvio l’avait appris, ce qui s’était prétendument passée entre elle et lui ? Il se crispa, persuadé d’être fusillé du regard, alors il baissa les yeux, sur Tristan. Il n’avait pas dit un mot et n’en dirait probablement aucun. Il s’approcha du lit. La photo n’avait pas été un truquage. Tristan était bel et bien dans un sale état. Il oublia rapidement le regard pesant de Kim. Il se disait que c’était moins important que ce qu’il avait sous les yeux. Son cœur se serrait. Imaginez un père de famille qui ait eu un grave accident, et ses enfants, les informaticiens, qui viennent se recueillir et espère que tout se passera pour le mieux pour leur père. Et bien c’était exactement la même chose. Shane ne pouvait pas se vanter d’être véritablement proche de Tristan. Pendant dix ans, il avait été sous ses ordres, obéissant et apprenant un peu plus chaque jour. Mais Tristan n’avait été qu’un homme lointain, un homme dont on lui avait dit de ne pas se préoccuper de ses soucis. Et ce, depuis le premier jour. Il n’avait donc rien fait pour savoir ce qui tracassait cet homme là, derrière son visage pâle et ses yeux d’un bleu très clairs, Shane y avait lu un semblant de tourmente, mais il n’y avait jamais eu accès. Il n’avait pas cherché cela d’ailleurs. C’était Tristan qui l’avait fait sortir du lot des enfants qui fourmillaient là. Il avait décidé qu’il serait l’un des aînés qui serait chargé de veiller sur d’autres. Ce n’était, lui semble-t-il, que le seul rapprochement qu’il avait eu avec Tristan. Comment avait fait le commandor pour poser son regard sur lui ? L’avait-il observé ? L’avait-il testé sans que mon brigadier ne le sache ? En fait, les véritables tests n’avaient commencés qu’ensuite. Un jeu de cryptologie. Et enfin, Oméga. Il lui avait fallu montrer ses capacité enfouies tout au fond de lui, les faire émerger à la surface. Sa vie avait radicalement changé, vie professionnelle du moins, et il ne devait ça qu’à un seul homme. Il l’avait devant lui, allongé sur un matelas un peu spécial. Son corps avait été abîmé, mais Shane l’espérait, l’homme avait toujours son esprit, solide et fragile à la fois.

    Il le regardait avec une tristesse dans les yeux et de l’espoir qui brillait tout au fond. Il n’osait le toucher. Comme dit un peu plus tôt, il n’avait jamais été véritablement proche de Tristan, si ce n’est professionnellement. Sous le masque de Traktueur, il s’en était approché encore un peu plus de cet homme qu’il admirait. Mais il n’avait jamais eu de discussion avec Tristan, jamais rien qui ne soit sorti du cadre professionnel. Alors non, il ne se donnerait pas le droit de la toucher. Silencieux, il se tenait droit, les mains dans son dos, comme un soldat, son soldat. Il avait toujours été le soldat de Tristan. Kim était là. Il avait été le médecin de Tristan, il le serait encore. Alors le commandor allait s’en sortir et il finirait par se réveiller. La chose était certaine et Shane avait bon espoir. Cette lueur croissait dans ses yeux fatigués. Il n’avait pas relevé le nez pour regarder Kim et lui demander comment son commandor allait. C’était inutile, il savait ce qu’il aurait trouvé dans les yeux de Kim (concernant Karlovy principalement) et il voyait bien que Tristan était dans le coma. Et lorsque qu’on demandait à un docteur ce qu’il adviendrait d’un patient dans le coma, il répondait toujours : « je ne sais pas, cela peut durer un jour, un mois, un an ; gardez espoir ». Alors il n’avait pas posé cette question vide d’intérêt. Il avait de l’espoir et il ne pleurait pas. Tristan reviendrait, c’était une certitude et Shane y croyait dur comme fer. Il y croyait encore plus que lorsque Tristan était aux griffes des rebelles. Tout se passerait bien… Bien. Ses pas résonnaient sur le sol. C’était tellement silencieux ici que ça ne pouvait pas passer inaperçu. Il avança jusqu’au pied du lit du commandor, posa ses mains gantées sur la barre de métal du lit. Il serra les poings de rage sur celle-ci et baissa un peu la tête. Ses cheveux d’un gris métallique tombèrent devant ses yeux si clairs. Il les détestait les rebelles. Il les haïssait de toute son âme. Ils leur avaient ôté leur père, et pendant l’absence de ce dernier, avaient osé s’en prendre au logis pour détruire tout l’édifice Guildien. Et dans les entrailles de la terre, ils avaient détruit cet homme, là, devant lui. Il les haïssait.
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Re: (endo)Morphine

Message par Ambre Belham le Sam 21 Mai - 13:38

2145 mots

Ambre était d’une humeur sombre, si sombre qu’elle semblait entourée d’une aura noirâtre, emplie de pessimisme et de mauvaise humeur. Les épaules voûtées, la tête basse, ses grands yeux d’ambre cachés par ses cheveux, on ne voyait d’elle que cette attitude prostrée et une bouche distordue par le doute. Une position fœtale… Un psychiatre, un psychologue compétent ou même quelqu’un d’un petit peu observateur vous dirait qu’en général, cette capacité à se replier sur soi-même n’annonçait rien de positif concernant le personnage, non. Au contraire, c’était plutôt signe d’une volonté de se protéger, d’une espèce d’expression de faiblesse un peu flippante, ultime mémoire léguée par l’embryon, qui se dore les miches au chaud dans un liquide visqueux, chaud et confortable, bien à l’aise dans le ventre de sa mère. Mais comme elle n’avait jamais eu d’enfant et qu’en général, les souvenirs de l’état embryonnaire sont peu nombreux, ne serait-ce que par ce que le cerveau devient mûr fort tardivement, elle ne pouvait pas faire cette comparaison aussi aisément que moi.

Bref. Dans l’incapacité de faire quoi que ce soit – Même pas une comparaison, c’est vous dire ! – elle passait un couteau sur ses bras, y enlevant doucement toutes les croûtes nées de sa dernière séance de grattage intensive, pas plus tard que deux heures avant. Ses yeux, que vous ne pouvez voir puisque cachés derrière sa chevelure fournie, suivaient le mouvement, ne s’arrêtant en aucun cas sur la douleur qui, théoriquement, devrait naître quand on découpe les croûtes de son bras, bras qu’on a pris soin de lacérer auparavant. Mais Ambre était plus une femme d’action que de réflexion, aussi décida-t-elle d’arrêter de tergiverser pendant des heures et se leva-t-elle enfin, bondissant sur ses pieds comme un félin en colère. En colère, me direz-vous. Mais pourquoi donc ?

Eh bien c’est très simple : elle en voulait à Tristan de ne pas avoir été plus fort, elle en voulait aux rebelles d’avoir massacré Tristan et elle s’en voulait de n’avoir rien pu faire pour le sauver. Ce n’était pas faute, pourtant, de l’avoir traqué de quelque manière que ce soit : avec des hommes, des robots, seule ou accompagnée… Mais sans succès : ces foutus bleus étaient restés introuvables, et ils avaient massacré cet homme de quelques nuits qui, à défaut d’être son ami ou quoi ou qu’est-ce, restait quand même un excipient à la douloureuse colère qui tordait fréquemment son estomac. Ce qui faisait qu’elle n’avait plus aucun moyen de se contrôler, que tripoter ses robots la ramenait au fait qu’il était probablement retenu à la vie par les diaboliques machines de Kim Van Berghen et qu’elle ferait bien d’aller le voir. Juste pour… Le voir, voilà.

Dire qu’elle s’inquiétait de sa santé aurait été un euphémisme : dans ces moments de sombre humeur, elle ne s’inquiétait pour rien ni personne, pensait rouages, combats et maudissait l’humanité. Mais quelque chose en elle, une petite voix, pleine d’une écœurante compassion, lui soufflait qu’elle devait aller voir Tristan Darek, s’assurer de son état, si elle voulait aller mieux. Au pire, ça nourrirait cette haine des rebelles qui brûlait déjà en son sein, comme l’un des plus ardents feux. Un sourire machiavélique lui échappa, tandis qu’elle refermait son laboratoire, après avoir rangé son couteau à la ceinture et lavé ses avant-bras – mieux valait qu’ils aient l’air à peu près pas trop défoncés, au cas où elle croisait ce traître de Van Berghen – et elle se mit enfin un marche, d’un pas traînant et silencieux qui faisait vaguement penser à une sorte de plané. Ou alors à la démarche d’un zombie.

Joshi merci, elle connaissait le Sapientia comme sa poche, à force d’y travailler sur des robots – la recherche en exosquelettes était à son comble, d’ailleurs, et elle se voyait obligé de supporter cette face de rat de Kim ! C’est pourquoi elle ne tarda pas à émerger des sous-sols, triste apparition dans un monde de grippe et de masques blancs, et ne s’attarda pas plus que ça dans le hall, agacée qu’elle était par les hurlements qui s’en échappaient. Et que je tousse, et que je geins, et que je tombe, et que je discute avec ma voisine, et que je crie comme un goret qu’on égorge à cause d’une petite piqûre… Décidément, Ambre n’aurait voulu être médecin pour rien au monde… Elle aurait eu trop peur de craquer et d’achever tous ses patients d’un coup, pour que le silence revienne. Les robots, eux, ne parlaient que si tu leur en donnais l’ordre.

Fuyant donc le vacarme de la salle d’attente bondée – pauvres, pauuuuvres médecins ! – elle monta les marches au petit trot, faisant montre d’un maintien et d’une endurance dignes de son statut de brigadière d’élite, et reprit un pas lent et prostré pour rejoindre la chambre de Darek. Personne ne l’arrêta, à croire qu’ils étaient tellement débordés qu’ils ne pouvaient surveiller la vie d’un tel patient. Si elle avait été rebelle, elle aurait pu, en quelques secondes, débrancher le grand dadais albinos et le regarder crever sous ses yeux, un sourire satisfait d’avoir rempli sa mission aux lèvres. Mais elle n’était pas rebelle, et elle ne prendrait aucun plaisir à tuer l’informaticien. A part, peut-être, en le crevant au lit… Elle n’y était, pour le moment, jamais parvenue. Et ce qu’elle voyait sous ses yeux ne lui donnait pas du tout envie de l’agresser sexuellement.

Il faut dire qu’elle l’avait connu plus séduisant. Allongé, il respirait, d’un air tranquille, apaisé… Mais des fils partaient de son corps, ici et partout, s’accrochant à des machines diverses et variées, dont elle ne comprenait pas l’usage, mais qu’elle avait envie de démonter pour en savoir un peu plus. Un BIP régulier retentissait, et s’il la dérangea au début, elle s’y fit bien vite, relayant cette information au rang du cadet de ses soucis. Mais ce n’étaient pas toutes ces choses qui aidaient Tristan à survivre qui la dérangeaient, non. C’était son corps. Il n’avait jamais été réputé pour être très gros, mais son petit passage chez les rebelles l’avait rendu maigre, si maigre que même Ambre sentit un effluve de pitié l’envahir, lui tirant une grimace compatissante, bien que furtive. Il était hors de question qu’on la voit montrer de la pitié envers quelqu’un, ce n’était pas son genre. Elle était forte.

« Salut Tristan. »

Elle aurait pu opter pour un surnom débile, genre « mon p’tit chou à la crème », ou « grand dadais ». Elle aurait pu, oui… Si elle avait été du genre à donner des surnoms, si Tristan avait aimé avoir un surnom et si elle avait pris un sérieux coup sur la tête dernièrement. Comme aucune de ces hypothèses n’était validée, elle préférait se contenter d’un soft prénom. D’un pas lent, elle s’approcha du corps de l’informaticien, sérieusement amaigri, et dont les multiples contusions laisseraient probablement de multiples cicatrices. Elle n’aimait vraiment, vraiment pas le voir ainsi. Pour un peu, il aurait été à sa merci, au lieu de dominer. Et… Non. Ça serait dégrader l’image qu’elle avait de Darek.

Doucement, elle s’assit sur le lit, faisant preuve d’une douceur qu’on ne lui connaissait pas. On aurait peut-être même pu appeler ça de la tendresse, s’il n’y avait pas eu cet air froid sur son visage, et la façon dont elle dévisageait l’informaticien, avec une rudesse propre aux brigadiers. Elle se tenait comme face à une machine, l’examinant sous tous les détails pour voir ce qui avait changé, ce qui n’allait pas, les rouages rouillés qu’il allait falloir remplacer si on ne voulait pas voir sa création finir en épave. Et ces imperfections étaient nombreuses, sur le corps de Tristan, comme elle put le voir en soulevant légèrement sa tunique d’hôpital. Elle soupira, un air furieux, plein de haine se peignant sur son visage, tandis qu’elle pensait aux rebelles.

« Ils t’ont bien amoché ces salauds ! »

Elle se redressa, bondissante, et gratta furieusement son avant-bras droit, déjà dans un état lamentable. Elle n’avait aucun autre moyen de contenir sa haine… A moins, peut-être, de tuer un rebelle ou deux. Le problème étant que tous les rebelles emprisonnés avaient été livrés à leurs confrères en échange de Darek, qu’on ne lui aurait de toutes façons pas donné la possibilité d’en buter un pour son bon plaisir et qu’au final, la meilleure solution aurait sans doute été qu’elle attrape le meurtrier de Jade et lui fasse subir les pires tortures possibles et imaginables… Oh oui… Elle cessa de se gratter, caressa doucement la lame de son couteau, les yeux clos, imaginant tout ce qu’elle pourrait lui faire, à ce connard. Et puis, calmée, elle revint vers Tristan, ignorant son bras ensanglanté, qui faisait figure de blessure de pacotilles face aux grandes balafres sillonnant le corps de son amant de quelques soirs.

« Qu’ont-ils bien pu te faire pour te mettre dans cet état, hein ? »

Elle sourit, lui donna une bourrade sur l’épaule, un peu brutale, se fit la réflexion que ce n’était peut-être pas la chose à faire, balaya les alentours d’un œil vif, vérifiant que personne ne l’avait vu, épousseta la blouse du malade et reprit une attitude plus sérieuse. Elle n’était pas d’humeur à rire longtemps, de toutes façons. En fait, elle se demandait même ce qu’elle faisait là, à avoir l’air gentille et sociable alors qu’en réalité, elle serait bien mieux avec ses robots… Mais Tristan travaillait souvent avec elle, sur les robots, et ils avaient une relation un peu spéciale… C’était normal de s’inquiéter, non ? Persuadée ainsi que ce n’était pas une preuve de faiblesse, elle se pencha vers lui, et mordit délicatement sa lèvre. Elle avait le goût ferreux du sang. Ambre détestait ça.

« Eh bien, tu n’es même plus capable d’être doué pour embrasser une donzelle qui s’offre à toi… Tu as changé Tristan, vraiment ! »

De l’humour… Elle tentait de faire de l’humour, mais ça ne lui réussissait pas. Elle-même se rendait compte que c’était mauvais, que ça sonnait faux, que l’espèce de rire qu’elle tentait d’amener ne donnait lieu qu’à un silence gênant de la part de ses auditeurs (dans le coma, certes, mais quand même !), et qu’elle n’y gagnait rien. Son regard froid balaya le corps une nouvelle fois, et elle se gratta distraitement l’avant-bras, incapable de fuir cette vue morbide. Elle n’aurait peut-être pas du venir, après tout. Elle n’avait rien à faire auprès d’un mort, ou au moins d’un presque mort. Elle n’avait rien à faire auprès de Tristan. Ce n’était qu’une ignominie de plus de la part des rebelles, et une fois encore, elle se fit le serment de venger tous ces gens qui étaient morts par leur faute, pour leurs idéaux idiots et infondés. Ils refusaient les caméras, et ce refus leur donnait le droit de tuer des gens… Etait-ce la vie ? Etait-ce ça la réalité ? Et tous ces traîtres, cachés sous les traits d’un citoyen lambda, méritaient-ils mieux que Darek ? Ce dernier avait-il mérité ça, d’ailleurs ? Non. Il ne faisait que son travail, traquer ses adversaires sur le net. Alors, on l’avait enlevé.

Mais voilà qu’elle ne pensait plus à l’albinos même, mais plutôt à ceux qu’elle devrait être en train de traquer, à l’heure qu’il était. Etait-ce rendre service au grand dadais que de rester à son chevet ainsi ? Non ! Il aurait détesté ça, de toutes façons. Comme elle détestait être un animal, servile, soumise à la pitié. Alors, elle se leva brusquement, se dirigea vers la porte, prête à sortir… Mais la politesse était une de ses grandes vertus, même quand elle se sentait de si mauvaise humeur, et elle se retourna donc sèchement, s’approcha de Tristan, passa une main rugueuse, à cause de l’eczéma, dans ses cheveux avant d’annoncer, froidement :

« Bonne nuit Tristan. Je ne reviendrai pas, alors… Essaie de ne pas mourir. »

Ça aurait presque pu être une preuve de gentillesse, de la part de la Ambre froide. Elle avait toujours aimé le détachement et la force de caractère de Tristan, qui l’attirait comme la lumière attire le papillon, et elle détestait, que dis-je, haïssait, voir cette force appauvrie par des idiots utopiques comme les rebelles. Elle fronça les sourcils, tourna les talons pour de bon et s’en fut cette fois. Elle n’avait plus envie de travailler à ses robots, se sentait trop fébrile pour ça, même si sa démarche sombre n’en laissait rien paraître. Aussi descendit-elle souplement, se glissa à travers les idiots du hall, qui attendaient toujours, ignora royalement Kim qu’elle avait aperçu du coin de l’œil, et s’en fut dans son appartement retrouver son épée. C’était le moment parfait pour s’entraîner un peu. Pour prévoir le jour où, de sa lame, elle tuerait l’un de ces crétins bleus. Pour Jade. Et pour Tristan, s’il venait à mourir, idiot qu’il avait été de se faire prendre.
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Re: (endo)Morphine

Message par Tristan Darek le Dim 29 Mai - 16:58

Il n'y avait qu'un étage mais les marches étaient hautes, ses jambes étaient lourdes, ses yeux regardaient le sol. Il ne voulait pas regarder, il ne voulait plus parler. A quoi bon les mots, à quoi bon les gestes ? Une marche après l'autre, sa main sur la rampe, il montait pour mieux tomber dans l'enfer qu'il avait construit. Là-haut, il n'y avait pas de lumière, il n'y avait rien qu'il puisse désirer, rien à prendre, tout à perdre. La détonation d'une flingue et une balle qui traversait sa tête.
Trop tard, c'était trop tard.
Il avait fini par fermer les yeux, il s'était arrêté dans sa marche. A quoi bon ? Il avait été trahi, blessé. Il s'était vengé. Du sang avait coulé. C'était une journée brumeuse, le mois de mars, il avait plus et la ville semblait plus sombre que d'habitude. Mais il n'y avait personne, où étaient-ils donc tous passés ? Le battement de son cœur était régulier. Il était coincé dans l'impasse, dos au mur et rien ne pouvait le sauver. Son regard était vide, perdu dans le vague, ses mains tremblaient, sa tête restée toujours baissée, incapable de se relever. Efface, efface tout ça, tu as bien déjà réussi à le faire.

― Louis ? Qu'est-ce que tu fais ? Lança une voix familière, tout droit sortie des ténèbres, de là-haut.

Cette voix, il n'aurait pas dû l'écouter, il aurait dû se retourner et ne jamais le rejoindre, terminer pour toujours cette comédie. Si seulement il avait su. Petite poupée, vulgaire jouet. La vraie balle c'était ses mots, ses faiblesses, sa lâcheté. Mais aujourd'hui il ne le savait pas encore, il ne l'avait même pas pressenti et il avait foncé tête baissée, confiant.

― Ne m'appelle plus jamais Louis. Louis est un monstre et je ne serai jamais cet homme.

Pourquoi avait-il l'air si censé quand il parlait ? Pourquoi est-ce qu'il avait toujours raison et que ses regards appuyés étaient plus convaincants que toutes les belles paroles au monde ? Comment alors sentir le piège, voir le manipulateur derrière le masque de bienveillance ?
Il ne s'était jamais excusé, peut-être parce que tous deux savaient qu'il y avait une part de vérité dans ses reproches. Peut-être qu'en se rendant il avait voulu se repentir et ça, il ne l'avait pas vu.

Il y avait des barreaux, partout, comme s'il était dans une cage, avec des voix autour de lui, des voix qu'il connaissait, des mots, des Tristan, des nouvelles, au lin une salle blanche, des gens qui rentraient, repartaient en accéléré. Il y avait la douleur qui traversait tout son corps, sa tête qu'on martelait comme une enclume, s peau qu'on brûlait, l'intérieur de son corps traversé par une douleur fulgurante. Il avait envie de hurler, de pleurer tant il avait mal mais il n'y arrivait pas, il se rendit compte alors qu'il ne pouvait pas du tout bouger, qu'il était prisonnier dans un corps raide que les bip-bip et les aiguilles qui traversaient sa peau maintenaient vaguement en vie. Et puis, alors qu'il se débattait en vain, il se trouva soudainement en l'air, sans qu'il comprenne pourquoi. Il n'eut pas le temps de regarder que déjà il faisait noir et il tombait, tombait de plus en plus vite. Il pouvait enfin hurler, sentir l'air au contact de son corps, les battements de son cœur qui ne cessaient de s'accélérer.

L'équipe d'urgence surgit dans la pièce, alertée par les machines qui surveillaient inlassablement le corps inconscient de Tristan. Son pouls s'était brusquement accéléré avant d'être devenu complètement chaotique et l'on craignait qu'il ne fasse un arrêt cardiaque, il fallait absolument le stabiliser.

― Tristan ! Tristan ! Bordel, réveille-toi ! Me lâche pas !

La voix était à la fois très proche et lointaine sans qu'il ne comprenne comment cela pouvait être possible. Il ouvrit difficilement les yeux en poussant un gémissement de douleur. Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Il ne voyait plus que des tâches floues, des couleurs partout qui lui brûlaient les yeux, un visage dont il ne parvenait pas à distinguer les traits. Il avait mal aux poignets, trop serrés par quelque chose, envie de vomir, le tournis, et la tête en morceaux, comme s'il s'était assommé contre quelque chose.

― T'es fou Tristan ! T'as pas le droit ! Me refais plus jamais ça...

La voix était inquiète, énervée, douce aussi, un mélange de plein de choses. C'était une voix qu'il connaissait bien, qu'il n'avait pas entendue pour de vrai depuis si longtemps... Il sentait que soudain on venait de le serrer fort et cette étreinte était chaude, agréable, il passa difficilement ses bras autour de lui pour le sentir mieux contre lui. Le contact avec quelque chose de rassurant, il ne voulait pas que cette sensation parte.

― Pardon... Je... J'étais mal, j'ai cru que t'étais parti, murmura-t-il d'une voix un peu rauque.
― Mais non, t'es con, je serai toujours là, tu le sais bien !

― Menteur ! Menteuuur ! Hurla-t-il soudain, se dégageant de cette étreinte en le repoussant violemment, de toutes ses forces. T'es parti, tu t'es cassé et tu m'as laissé tout seul !
―Tu as vu ce que tu as fait ? Tu m'as torturé pendant si longtemps... Tu n'as pas changé hein, t'es toujours le connard de ton passé... Tu m'as déçu... T'avais bien honte de moi finalement, malgré tout ce que tu me disais, murmura-t-il, la voix brisée par l'émotion.
― Vas-t-en.
― Tristan...
― Vas-t-en je t'ai dit ! Tu ne t'es pas assez vengé, hein ? Je ne t'ai même pas infligé le millième de... Comment t'as pu ? Comment t'as pu alors que moi-même j'ose même pas me regarder en face ?
― Tristan...
― Quoi, Tristan ?
― Regarde-moi...

Il releva la tête, laissa leurs yeux pour la première fois se rencontrer, il l'observa longuement, les mots restant au fond de sa gorge, l'empêchant pendant de longues minutes de parler. Il n'avait pas changé du tout, son visage, son corps, ses vêtements, son attitude, il les connaissait par cœur.

― T'es mort, hein ?
― Oui...
― Pardonne-moi... Tout ça c'était ma faute...

Il avait baissé les yeux une fraction de secondes mais quand il les releva, il n'était déjà plus là et ça lui fit mal au cœur, si mal. Au moins il l'avait revu. Il se sentait toujours coupable, terriblement coupable, en colère aussi, autant contre lui-même que contre cet homme qui s'était dit être son ami. Et maintenant, il avait perdu sa seule chance d'avoir une véritable discussion avec lui, peut-être que ce n'était pas plus mal, après tout ce n'était qu'un délire né au cœur d'un esprit malade, ça ne pouvait être la vérité, les mots qu'il aurait dû dire.

Il ferma les yeux pour se retrouver dans le noir et oublier tout ce qui blessait son cœur, tout ce qui le brisait, il avait l'impression de se noyer et qu'il ne s'en sortirait pas, sombrant toujours plus au fond de l'océan, malgré qu'il se débatte et qu'il regarde le soleil à travers l'eau disparaître peu à peu.

Il marchait, un peu au hasard, laissant son instinct le guider pour prendre un chemin ou un autre, refusant de s'avouer qu'à force d'errer de-ci de-là, il s'était perdu. Quand soudain quelque chose, ou plutôt quelqu'un, le heurta violemment, si fort qu'il le fit vaciller et que seule une main qui s'était refermée fermement sur son épaule l'empêcha de tomber.
― Quelle brute celui-là ! S'exclama le propriétaire de la main alors qu'il le dévisageait, encore un peu sonné. Et puis il ne va pas s'arrêter pour s'excuser ! Son regard lâcha la brute qui s'éloignait de plus en plus pour le regarder, il lui offrit un sourire éclatant, plein de joie de vivre, illuminant tout son visage, même si son regard était inquiet. Ça va ? Oh, je ne me suis pas présenté, je suis Julien Joyce, enchanté de te rencontrer ! Il éclata de rire et maintenant qu'il avait repris ses esprits, il le fit sourire.
― Et moi Tristan... Da...rek... enfin je crois que c'est mon nom... Je suis arrivé il y a quelques jours mais je viens tout juste de sortir du coma et... Il se tut, soudain très mal à l'aise de devoir se dévoiler ainsi devant un parfait inconnu.
― Oh alors tu ne connais pas du tout Nosco ? Je peux te faire visiter si tu en as envie !

Le jeune oublié acquiesça et ils s'embarquèrent pour une cavalcade mouvementée de plusieurs heures, ponctuée de leurs éclats de rire. En une journée, il lui avait fait connaître pas mal des coins de la ville, les endroits particuliers, les caches secrètes qu'ils connaissaient alors qu'ils se liaient peu à peu l'un à l'autre, découvrant tout ce qui les réunissait, comme s'ils se connaissaient depuis toujours et qu'ils venaient tout juste de se retrouver, après un long voyage.

― Et là, attentioooon... Je te présente la meilleure vue de la ville ! Tu peux ouvrir les yeux.

Julien l'avait guidé jusqu'au toit de l'Aedes, tant pis si c'était interdit, c'était un super coin où l'on avait omis de mettre des caméras, parfait pour être tranquille. Son ami fixait le paysage d'un air émerveillé.

― Alors, quand est-ce que tu m'apprends l'informatique ?
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Re: (endo)Morphine

Message par Kim van Berghen le Jeu 7 Juil - 3:01

Ce qu’il y a de plus triste dans les hospitalisations, c’est d’être exclu de la société, enfermé entre quatre murs d’un blanc impeccable, cloitré pour son propre bien, avec interdiction de sortie. Sans doute est ce, ce qui fait peur à beaucoup de gens. L’hôpital comme symbole, celui de l’isolement dans une détresse physique ou psychique, et surtout cette peur constante de mourir. Le Sapientia n’exclu pas à la règle, c’est un lieu considéré comme dangereux et empli de mystères. Sans doute est ce lié au fait que la plupart des habitants de Nosco ignorent que les brigadiers meurent « au front », dans les souterrains et non pas forcement dans le lieu de soin qui est bien plus sûr. On craint surtout ce que l’on ignore, et bien des secrets sont gardés un peu partout en Nosco, et le Sapientia ne fait pas exception à la règle. Dossiers médicaux, recherches maintenues secrètes pour que les rebelles ne puissent pas les dérober…

Et pourtant l’endroit peut se révéler aussi accueillant que l’Aedes, après tout les patients hospitalisés ont le droit le plus souvent d’avoir leurs affaires personnelles et leurs ordinateurs, et vu qu’ils n’ont dans leur « domicile temporaire » qu’une chambre et une salle d’eau, ils sont protégés du regard inquisiteur des caméras et peuvent ainsi se rétablir sans craindre d’être filmés dans une position déplaisante de faiblesse. La plupart des nosciens avaient beau avoir le sentiment d’être isolés de chez eux lorsqu’ils ne pouvaient dormir à l’Aedes, pour certains du personnel médical, surtout ceux qui se devaient de faire des veilles, des surveillances constantes et donc de travailler même la nuit, voir de dormir directement au Sapientia… les locaux devenaient comme une deuxième demeure. Il fallait s’y faire et apprécier les lieux, malgré les malades qui se plaignaient et ceux… qui ronflaient assez fort pour que cela s’entende même dans le couloir avec la porte fermée.

Non, le pire était sans doute ceux qui n’avaient pas de visites. Ils étaient peu nombreux, mais cela pouvait toujours arriver. Il suffisait d’être un nouvel oublié malade dès son arrivé et d’avoir un parrain ou une marraine très occupé(e), et on se retrouvait alors perdu dans un monde inconnu et sans aucune aide extérieur. Dans ce cas, les premières semaines pouvaient ressembler à un véritable calvaire. Le personnel médical n’ayant pas spécialement le temps de répondre à toutes les questions et n’étant pas fait pour cela, et le nouvel oublié ne connaissant personne d’autre se sentait alors abandonné. Qui avait-il de plus triste qu’une table de chevet vide ? Aucune fleur, pas un seul paquet de chocolat ou de bonbons aux couleurs vives. Pas un seul mot. Une chambre désespérément vide et silencieuse. Ce n’est pas pour les émissions qui passent à la télévision… ni les musiques que l’on peut trouver sur le réseau alpha. Le temps doit sembler si long lorsque l’on n’a rien à faire, aucun travail sur lequel s’employer et avancer. Est-ce pour cela que l’impératrice oblige tout à chacun à avoir un job ? Ne pas penser à ses souvenirs perdus et son passé, ne pas avoir le temps de vouloir partir. Réfléchir à un objectif précis, celui pour lequel on a été assigné, et ne pas s’en détourner. Ne pas rester dans le vide. Sortir de son appartement de l’Aedes et ne pas s’oublier dans le blanc des murs du Sapientia. Mettre un peu de couleurs dans sa vie.

Le grand problème du coma est semblable au trouble de la mémoire que l’on nomme amnésie. La question reste toujours : quand va-t-il enfin y avoir un changement positif important ? Quand va-t-il se réveiller ? Ou bien quand va-t-il retrouver la mémoire ? Malheureusement la réponse des médecins reste toujours exactement et invariablement la même : aucune idée, c’est une question de temps. Autrement dit, c’est impossible à prédire. Qu’il est alors difficile de se sentir impuissant, près à recourir à des grigris de vieille femme, à des incantations ou des sortilèges liés à la superstition juste dans l’espoir que cela réduise la durée de convalescence. On espère tous une guérison miraculeuse, mais comment prédire si l’un des « trucs » à vraiment marché par rapport aux autres ? Peut être est ce simplement apaisant de se dire que l’on aura tout tenté et que l’on ne peut rien se reprocher. L’homme est ainsi fait, toujours à chercher à apaiser sa conscience, à tenter le maximum, sachant pourtant bien qu’il se heurtera à un échec cuisant. L’être humain ne peut pas rivaliser avec la nature et les forces qui la contrôlent et pourtant il chercher à en saisir les mécanismes dans l’espoir de trouver comment l’influencer.

Si Tristan Darek s’était marié un jour à Nosco… cela aurait été avec son ordinateur, ou au moins quelqu’un de la brigade informatique. Il n’aurait certainement pas supporté le contraire, ou alors cela n’aurait pas marché longtemps. Si Tristan avait des amis… sans doute ceux là avaient ils jugés plus utiles de remplir à l’aide d’une pelleté de mails les différentes boites de réception du commandor, car aucun ne semblait avoir prit la décision de se déplacer. Il faudrait beaucoup de courage à Traktueur lorsqu’il devrait reprendre contact avec le monde virtuel, bien qu’il ait sans doute l’habitude de jeter à la corbeille une masse énorme de mail sans jamais les lire… Il suffisait certainement que le titre du message comporte le mot « Sapientia » ou « visite médicale ». A moins que ceux là soient directement redirigés vers la poubelle. Qu’est ce qu’on pouvait écrire à quelqu’un qui était encore dans le coma ? Pouvait-on lui souhaiter bon rétablissement, sachant qu’il ne pourrait le lire qu’une fois plus ou moins rétablit déjà ? Lui déclamer être soulagé qu’il ait échappé aux rebelles ne pouvait que raviver de mauvais souvenirs, c’était donc une très mauvaise idée.

Kim cependant ne s’occupait pas de ce problème, ou n’y réfléchissait pas, puisqu’il écrivait à Lovy, comme tous les soirs depuis qu’elle avait été libérée. Ce qui ne l’empêchait absolument pas de parler à Darek dans le même temps, malgré l’absence de réponse dans ce monologue. Qu’il le veuille ou non, Tristan avait donc le droit à la lecture du mail, aux explications compliquées qui y étaient liés, un mélange de bavardages inutiles et de choses plus raisonnables. Le scientifique en venait à regrette que Traktueur ne soit pas plus loquace, cela aurait été tellement plus facile pour le comprendre s’il ne mesurait pas chacune de ses paroles, surtout lorsqu’il se savait écouté par un « médecin ». L’informaticien gardait ses secrets et ses mystères, et il était toujours compliqué de le décrypter. Il était si facile de le vexer, et pourtant il pouvait aussi pardonner et effacer les reproches, tout comme l’on remet un ordinateur à zéro, enlevant tous les beugs ou les problèmes pour repartir sur de bonnes bases.

Le comble de la situation était sans doute que Darek n’avait jamais été plus examiné et sous surveillance que depuis qu’il était dans le coma. On surveillait au milligramme près ce qu’il mangeait, et surtout il était passé quotidiennement sous une batterie de test à faire pâlir l’iatrophobe qu’il était, et autant dire que la note était salée en coûts. Mais au moins cela permettait il aussi à Arsène Applegate de se former et d’apprendre en observant la façon d’analyser différentes données pour connaître l’état de santé d’un malade. Cependant l’assistant n’avait jamais été consigné au soins de Tristan, d’abord car ce dernier était vraiment dans un état physique déplorable et aussi car on ne souhaitait pas casser le moral du jeune homme ou qu’il commence à poser trop de questions sur les rebelles et cette guerre. Chaque jour, il avait le droit, ou plutôt l’obligation de se soumettre à un examen clinique et neurologique, plusieurs fois par jour, qui consistait surtout à évaluer l’évolution des atteintes nerveuses grâce au score de Glasgow, ainsi qu’un bilan biologique comprenant ionogramme sanguin, hémogramme, vérification des fonctions rénales, ainsi que des radios. Environs toutes les heures des infirmières se relayaient pour vérifier les constantes vitales, telles que le pouls, la tension artérielle, la fréquence respiratoire, ainsi que la température, avec une recherche régulière de complications (examen cutané, des yeux, de la bouche, des sites de perfusion, de l'état veineux…), surveillance des entrées et des sorties, état nutritionnel, aspiration fréquente des sécrétions bronchiques, surveillance des points d'appui, soins des yeux, soins de bouche, mais aussi kinésithérapie passive au lit afin de prévenir les rétractions tendineuses, et encore prévention des thromboses veineuses par héparinothérapie. Et le tout était consigné dans des notes électroniques qui constituaient une partie du dossier de Tristan Darek.

On saurait tout sur tout de son état de santé, d’abord parce qu’on en avait besoin pour le soigner, et peut être aussi pour rattraper le fait qu’il ait raté, de manière totalement délibérée et volontaire, nombre d’examens de santé. Il fallait donc se mettre à jour et combler les lacunes, surtout pendant que le patient en avait le plus besoin et surtout ne pouvait pas protester contre cette « intrusion dans sa vie privée ». Traktueur était bichonné, mais aussi passé en revue sous toutes les coutures. Et le résultat n’était pas étonnant : il était physiquement dans un état déplorable, cependant ce serait soignable et il pourrait aller mieux, surtout s’il prenait le traitement adapté, ce qui était le cas tant qu’il restait dans ce stade comateux.

Voilà plus d’un siècle qu’il était à Nosco, pourtant il devait toujours surprendre, au moins les nouveaux… La première fois que Kim l’avait croisé, il avait d’abord repéré la taille élevée de l’homme qui dépassait la très grande majorité des nosciens, et puis ensuite ce qui l’avait frappé c’était que Tristan était certes albinos, mais aussi et certainement l’un des hommes les plus impressionnant de Nosco. Il était l’une de ces figures que l’on n’oublie pas et qu’un seul regard vous fait mémoriser. Et pourtant lorsqu’il ne parle pas d’informatique ou est devant son ordinateur, Darek n’a de troublant que sa grandeur physique, il perd de se charisme qui le fait être un si bon commandor dans sa section. Pourtant il y a ce quelque chose qui le fait être si reconnaissable, il a beau être aussi asocial qu’il le veut, il reste une figure, quelqu’un que l’on reconnaît forcement dans la rue. Personne n’ignore qui est Tristan, et s’il n’était pas Traktueur, il en serait pourtant de même. Sans doute est ce le fait de rencontrer cette grande montagne, ou plutôt ce pic enneigé qui flotte dans les nuages sans prêter vraiment attention à ceux qui l’entourent. A moins que ce soit son regard parfois déconcertant ? Ses gestes qui semblent parfois montrer qu’il est dans un autre monde, son monde à lui, celui des codages. Dans ce cas là, oui on peut dire qu’il a marqué Kim dès la première fois qu’il l’a croisé par hasard.

Finalement il avait eu de la visite, Lewis était passé et à ce moment là Kim était sortit assez rapidement, pour ne rien dire de désagréable et parce qu’il savait aussi que Shane préfèrerait probablement être seul à seul avec son chef. Shane s’était déplacé, et pourtant il n’appréciait pas plus que cela le Sapientia. De même, Ambre avait fait un tour rapide, avant de partir sans se faire repérer. Pourtant ils ne se comptaient pas par plusieurs dizaines, ceux qui avaient voulu venir. Que craignaient-ils ? Le visage froid et au repos du comateux, le silence de la pièce uniquement troublé par le son des machines, ou encore de voir les marques infligées par les rebelles au commandor ? Heureusement, ceux qui étaient venu n’étaient que des amis, pas des curieux qui auraient été poussé que par la volonté de voir de leurs propres yeux Traktueur réduit à rien. Peut être les photos diffusées dans le Journal Officiel avaient-elles suffit à dégouter les plus pessimistes.

Quelques jours seulement s’étaient écoulés depuis le début du coma de Darek, et jusque là, tous les soirs Kim avait dormi dans sa chambre, comme si cela pouvait changer quelque chose. Car cela le rassurait et qu’il espérait que a moindre parole puisse avoir un effet sur l’informaticien albinos. Alors quand il avait vu avec déplaisir qu’il se devait d’être de garde pour une soirée, il s’était sentit prit en étau entre ce qu’il aurait voulu faire et ce à quoi il devait obéir. Alors il avait envoyé un mail à Ester, parce qu’elle avait déjà dormi au Sapientia, lorsqu’elle s’était sentie mal, une petite grippe passagère. Elle connaissait les lieux et n’en avait pas peur, et puis sa formation n’était pas encore trop prenante pour le moment. Peut être accepterait elle de faire la garde malade pour une soirée et ainsi de le remplacer au chevet de Darek. Elle ne le connaissait pas, ou simplement de nom, mais tout le monde avait entendu parler un minimum de Traktueur et on ne pouvait qu’admirer ses efforts et son travail sur le réseau alpha…

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Re: (endo)Morphine

Message par Ester Wieg le Lun 18 Juil - 16:29

Il était tard. C’était une de ces nuits sans sommeil, où on sent que, même avec des paupières de plomb, les rêves n’envahiront pas notre esprit et que notre corps ne s’abandonnera pas à l’épaisse couette du lit.
Ainsi, alors que la brunette n’arrivait plus à concentrer son regard sur la respiration régulière de son oisillon qui roupillait paisiblement à ses côtés, elle passa ses jambes hors des couvertures et posa ses pieds sur la moquette de la chambre. Elle avança jusqu’à son ordinateur et l’alluma. Elle cliqua sur une icône en forme d’enveloppe.
En consultant ses mails, elle vit que son parrain lui en avait envoyé un. Quelques clics plus tard, l’écran afficha le message. Il lui demandait d’aller rendre visite à un de ses amis, actuellement dans le coma au Sapientia.
Laissant sa tête basculer et fermant les yeux pour se concentrer sur sa respiration, Ester décida d’aller rendre une petite visite à cet homme, plongé apparemment dans un sommeil dont la profondeur n’avait pas encore été clairement déterminée.
La jeune brigadière à l’allure de dépressive se rhabilla, enfila chaussures et chaussettes avant de revenir à son ordinateur. Elle tapa l’adresse d’un moteur de recherche et fit glisser son curseur pour lire les résultats affichés.
« Le coma, terme qui signifie « sommeil profond » en grec ancien, est une abolition de la conscience et de la vigilance non réversible par les stimulations. Il témoigne d'un dysfonctionnement cérébral sévère (d'origine traumatique, toxique ou médicale). Il constitue une urgence diagnostique et thérapeutique. »
Elle éteignit l’écran et sortit de son appartement, un sac vide sur l’épaule.

Arrivée au Sapientia, seuls les néons éclairaient d’une lumière blafarde les couloirs trop blancs et trop lisses qui guidaient la jeune fille jusqu’à sa destination.
La porte coulissa sans un bruit. Seul un petit spot diffusait une faible lumière laiteuse. Il était d’usage d’amener quelques fleurs pour décorer un peu la chambre pâle d’hôpital, mais la castreuse de blondinets était venue les mains vides, comme si elle faisait sa promenade nocturne.
Elle reporta son attention sur la masse allongée dans le lit en métal, se soulevant lentement au rythme de sa respiration. Ses cheveux blancs se confondait presque à la couverture qui recouvrait un corps qui avait souffert d’une séquestration difficile.
Des fils et tuyaux s’emmêlaient ça et là, reliant le jeune homme à des moniteurs émettant différents types de bip. Un zigzag lumineux dansait sur l’un d’eux : montant, descendant et continuant inlassablement sa course d’un côté à l’autre de l’écran.
Elle resta un long moment à observer l’endive allongée sur le lit d’hôpital, sans penser à rien. Juste regarder et écouter vaguement les multiples petits sons qui emplissaient la salle, comme un concert de bips, d’inspiration, et de bruits parasites.
La harpie du numéro 112 se demanda si le silence existait réellement et si elle pourrait l’écouter un jour. Puis elle se rendit compte que rester planter comme une cruche au milieu de la chambre n’était pas une activité particulièrement passionnante.
Elle tira une chaise à elle et s’assit silencieusement. Elle plaça ses mains sagement sur ses cuisses. Son parrain lui avait demandé de rendre visite à cet homme… Lui parler, juste être là, dans cette pièce.
Bonjour, commença-t-elle, intimidée. Le B.A-BA des relations sociales était encore un art inconnu pour la serial-killeuse à la serviette.

Je suppose qu’il est d’usage de se présenter… Je suis la filleule du médecin super sexy sur lequel tout le monde bave, vous voyez ? Non pas que je lui bave dessus ! Non... Ca c'est le rôle de ce freluquet de blond. Il m’a demandé de venir vous voir... Le médecin, pas le blond… Vous savez, parler, ce genre de choses. C'est fou comme c'était clair.

Le silence seul lui répondit.

Vous savez, il a l’air de tenir à vous.

La cage thoracique du malade se souleva avant de s’affaisser.

Je ne sais pas trop quoi vous raconter… Hum… J’ai mal à la tête.

Elle avait prononcé sa dernière phrase avec un certain détachement, comme si elle pensait tout haut. Et puis au fur et à mesure, elle se plongea dans un dialogue de sourds. Instaurant un faux échange avec le corps ancré dans le silence du malade. Cette tirade se prolongea dans le temps, pendant une période que la brigadière ne put déterminer. Afin de ne pas se sentir trop piplette, elle plaçait des « Et vous ? » ou « Vous en pensez quoi ? » ou encore des « Sérieusement… Vous auriez fait quoi ? », simples locutions interrogatives visant à faire croire qu’elle s’intéressait à l’opinion de son « interlocuteur ». Puis elle continuait son récit, laissant à peine le temps à la tête d’oignon maladif de répondre – ce dont l’oignon en question (comme tout légume qui se respectait, d’ailleurs) était tout à fait incapable de faire.

Et si on faisait un concours de blagues ? Je commence ! C’est l’histoire d’un mec, c’est qu’une tête…

Un éclat de rire solitaire brisa les bips répétitifs émanant des machines. La jeune fille au nom d’espèce chimique estimait qu'elle avait un sens de l'humour absolument génial, la preuve : elle riait à ses blagues. Seulement, son public actuel ne s’y montra pas aussi sensible, un des nombreux défauts des oignons et autres endives comateux : ils n’étaient pas réputés pour leur sens de l’humour hors norme. Ainsi, un long silence (qu’on aurait pu apparenter à un bide.) suivit la chute de la galéjade pourtant très cocasse. Enfin, les plaisanteries Guntheriennes n’étant pas encore tout à fait reconnues par les hautes instances de l’humour – trop modernes pour le jury dirons-nous – cela n’avait rien d’étonnant.
Le silence s’installa. Aucune parole ne vint perturber les machines qui entonnaient quelques symphonies de bip bip entre vie et mort. La fernandophile caressa les draps trop propres du malade… Elle remonta vers sa tête et entortilla une mèche de cheveux blancs dans ses doigts... Soudain, elle sentit le sommeil la gagner. Elle laissa tomber la poignée de chevelure qu’elle avait dans la main et lâcha un soupir. Alité pour une durée indéterminée, sans possibilité d'ouvrir les paupières, sans autre compagnie que sa solitude. La jeune fille se mit à penser, elle se sentait comme une intruse dans cette chambre où devait défiler mille et un proche du geek maigrichon. Ils devaient en avoir des choses à lui dire, des prières à lui faire entendre, des supplications pour qu'il ouvre enfin ses deux yeux. Et elle, elle venait, comme si elle était un palliatif, le voir alors qu'elle ne le connaissait pas. Ses pensées s'envolèrent vers son parrain à la barbe de trois jours, lui aussi devait espérer voir un jour le malade se lever de son lit. A cette idée, à force d'imaginer toutes ses personnes inconnues d'elle souhaiter le rétablissement de l'informaticien, la brunette ne put lâcher qu'un :

Dépêchez-vous de vous réveiller …

Puis, l'insomniaque quitta la pièce sans plus de cérémonie. L’esprit vide, le cerveau ramolli, les sons des machines résonnant encore à ses oreilles. Arrivée devant son appartement, elle en poussa la porte, puis s’écroula sur son lit.
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Re: (endo)Morphine

Message par Tristan Darek le Ven 22 Juil - 2:37

Il était enfermé dans l'enfer de sa tête et ça faisait mal. La plus dure des tortures restait celle qu'on s'était créée soi-même, quand le passé était devenu plus lourd que son propre poids, que la force que l'on pouvait avoir, quand les souvenirs heureux se transformaient en regrets, en remords et que tout ça avait un goût d'amertume, tout ça parce que les choses avaient mal tourné. Il ne restait plus que des cendres, les larmes et les cris n'avaient plus assez de force pour faire passer l'enfer, depuis qu'il avait perdu pied pour la première fois il n'y arrivait plus. Il était tombé à terre, il avait hurlé et puis, comme si le ciel avait voulu lui-même l'écraser, il s'était allongé sur le sol dur et froid et il était resté immobile.
Il avait hurlé quand sa vie d'antan s'était détruite d'elle-même, il avait hurlé quand il avait compris le monstre qu'il était, il avait hurlé le soir de sa mort, il avait hurlé bien d'autres fois. Et aujourd'hui, que restait-il ? Il savait qu'il pourrait faire un pas puis un de plus, encore et encore mais il savait aussi que ses pas ne le mèneraient nulle part. Le pire c'était sans doute que malgré tout ce qui avait pu se passer, malgré les horreurs, la souffrance, la tempête, malgré tout cela, il restait incapable de comprendre le mal qui le rongeait ni de savoir d'où il venait. Parfois il n'en était même plus conscient, comme si ça faisait complètement partie de lui et qu'il l'avait accepté.

Il ferma les yeux.
Là-bas le train filait à toute vitesse, il entendait tous les bruits qu'il faisait sans pouvoir les identifier tous, son regard avait du mal à suivre l'énorme machine. Il aurait aimé en toucher le métal froid. Cette énorme chose qui transportait des tonnes de marchandises c'était son unique moyen d'évasion. Il aurait pu monter dans l'un d'eux, quitter les quartiers lugubres de son Paris pour découvrir le reste de son pays, du monde entier peut-être, savoir à quoi ressemblaient les hautes montages qui inspiraient tant, pouvoir enfin voir de ses propres yeux la mer, cette si vaste étendue d'eau. Mais il n'avait jamais fait ce choix.
Il avait tourné le dos et était retourné à ses affaires sans savoir encore que celles-ci auraient raison de lui. Le monde n'était pas alors une force inéluctable et il se voyait en haut d'un piédestal, sans jamais imaginer qu'il pourrait un jour en tomber. Lui qui avait toujours eu autant de chance ne pouvait pas croire qu'un jour elle lui tournerait le dos, on ne lui avait jamais appris la prudence.

Discrètement la porte s'ouvrit tandis qu'un homme s'avançait dans la pièce dépourvue de visiteurs. Il tira une chaise et s'assit dessus, contemplant un moment l'objet de sa visite.

― On avait beaucoup de travail, déclara-t-il simplement, à voix basse, de toute façon si tu pouvais le faire, je suis sûr que tu me renverrais là-bas. Mais non, je ne perds pas mon temps et puis, si c'est le cas, il s'agit de mon temps libre. Je ne suis pas comme toi, je ne passe pas ma vie au boulot. C'est que je ne cherche pas à oublier, tu sais, tu es une espèce bien rare parmi toute une ville qui ne sait plus. Oh il aurait pu ajouter que la plupart recherchaient leurs souvenirs, qu'ils le savaient bien tous les deux mais il avait un carrière et une ambition qui dépassait bien largement l'échelon auquel son supérieur s'était arrêté. Il voulait construire un monde et lui en diriger un autre. Un mot anti-impérialiste n'était pas le meilleur des choix puisqu'il n'avait pas décidé de faire carrière chez ses ennemis. Un cercle trop étroit sans doute pour qu'il s'en contente. Tu peux cesser de t'inquiéter, on a bien pris les choses en main depuis que tu n'es plus là, bien sûr sans ton talent ce n'est pas pareil et ils ne sont pas nombreux ceux qui veulent faire plus que ce qu'on leur demande mais ma foi, ça avance quand même. Tu peux dormir encore un peu, repose-toi, on a donné une sale leçon aux rebelles et aux petits malins, ils savent maintenant que même sans toi on n'est pas prêt de lâcher un morceau, on n'a fait de concession que dans l'évolution de notre système et de tous ces petits détails auxquels tu as toujours accordé tant d'importance. Reste encore un peu ici, inconscient, on a tous hâte de te revoir et on se doute bien que tu vas nous revenir avec de quoi révolutionner notre monde mais c'est aussi bien que tu sois en forme, toi tu en as cruellement besoin. Je t'ai fait pas mal de rapports, comme ça tu pourras être au courant de presque tout et pour le reste, je te connais, tu vas y passer tes nuits, entre deux projets qui te tiennent à cœur. Tu ne seras pas déçu à ton retour, tout le monde a mis les bouchées doubles. Ton petit aussi s'est bien débrouillé, je reste toujours persuadé que tu es allé trop vite avec lui mais tu ne t'es pas trompé. Tu ne te trompe jamais là-dessus. J'ai fait ce qu'il fallait de mon côté, tu sais, il est presque aussi fou que toi quand il s'agit de travailler, j'ai dû l'arrêter sinon il allait se tuer, un peu comme toi quand on s'est connu. Tu n'étais pas aussi en sale état qu'ici mais presque, tu te souviens ? Enfin voilà.

Il se tut et resta encore un long moment auprès de lui sans le regarder trop, bien des curieux avaient dû le dévisager, ce n'était pas la peine d'en rajouter plus, Tristan était souvent trop ailleurs pour se rendre compte de l'attention qu'on pouvait lui porter mais quand c'était le cas, il savait qu'il n'aimait pas ça.

― On n'a toujours pas eu le temps de finir notre partie finalement. Nouveau silence. Je vais y aller maintenant, soigne-toi, tu nous as prouvé ta bravoure depuis plus longtemps que tu ne le crois, ce n'est pas la peine d'en demander plus à ton corps.

Il se leva et marcha lentement dans le sens inverse. « Au revoir, Tristan. ». Puis il referma la porte.

Le soleil venait de se lever, la musique s'était arrêtée depuis un petit moment déjà, seul régnait le vacarme des employés qui rangeaient et le brouhaha de tout ce beau monde qui discutait inlassablement, encore tout excité. Bientôt presque tout le monde irait se coucher et le calme plat dominerait les salles du grand bâtiment tandis que ceux qui travaillaient de jour feraient le ménage pour que tout soit à nouveau en parfait état le soir venu. Il aimait ce moment de transition, quand il savait qu'après la folie d'une nuit tout s'achevait, l'air devenait à nouveau respirable. Parfois il restait là à écouter le silence ou bien il allait se promener dans les rues encore désertes si tôt le matin, profitant de ce court instant où la ville n'était presque qu'à lui. Et puis il allait régler quelques affaires ou se reposait un peu. La vie était belle, sans aucun orage qui se profilait au loin, les choses étaient prévisibles et il excellait dans ce qu'il faisait. Enfin il était riche.
Il ne se rappelait jamais quand il était enfant, le bonheur des jeux et de l'innocence s'était effacé dans sa tête au profit du plaisir intense et immédiat. Il avait presque tout à portée de main, tant de choses qu'il pouvait toucher du bout des doigts et saisir fermement pour se l'attribuer.

Parfois il ouvrait une fenêtre pour contempler la vue qu'elle lui offrait, respirant l'air frais de l'extérieur. On frappa à la porte. C'était surprenant, il n'attendait personne en particulier et quand c'était le cas, on ne prenait pas souvent la peine de le faire et on entrait directement, il se fichait bien des bonnes manières lui, il n'avait pas de rang à tenir ni d'honneur à garder et encore moins de famille pour lui faire des reproches. Il aimait cette vie de liberté, savoir qu'il pouvait s'adonner à tous les plaisirs du monde tout en contemplant les grands et en les jaugeant de son air méprisant. Peu d'entre eux l'aimaient, ils avaient sans doute honte la plupart du temps, peur aussi face à quelqu'un qui connaissait certains de leurs secrets si peu avouables, lui qui avait des employés à l'ouïe fine et qui pouvaient lui rapporter tout ce qui se disait chez lui. Il disposait de ce pouvoir malsain mais si puissant, d'un claquement de doigt il pouvait causer bien du tord à son nouvel ennemi ou faire de lui ce qu'il désirait pour qu'il garde sa place, si chère à ses pauvres yeux.
Il quitta la ville des yeux, il ne l'aimait pas tellement, mais avait-il d'autre choix que d'y vivre ? Cet endroit était trop petit pour qu'on s'y échappe, qu'on l'oublie un instant. La liberté était là-bas, on pouvait tendre le bras mais elle était si loin. Il poussa un soupir, ferma la fenêtre et se dirigea vers la porte pour ouvrir et se retrouver nez à nez avec son ami de presque toujours.

― Surprise ! Lança-t-il d'une voix joyeuse, un grand sourire aux lèvres, aussi heureux qu'il l'était à chacune de leurs retrouvailles. Quelques heures seulement avaient passé.

Alors qu'il s'apprêtait à l'accueillir avec joie et à lui parler de sa journée, certes pas très palpitante mais qui avait toujours de quoi l'intéresser, il ouvrit les yeux. Et là tout revint, comme si on avait balancé à tout hasard dans sa tête des tonnes d'images, de sons, d'odeurs, de souvenirs, de pensées. Il avait mal partout et le moindre mouvement le lançait terriblement. Sa vision avait du mal à lui donner une image nette, la lumière si vive lui brûlait les yeux, il ne voyait que des taches de couleur de part et d'autre. La seule chose dont il était sûr c'était qu'il se trouvait au Sapienta, cet endroit dont il avait horreur, mais il ne paniqua pas, il savait qu'il n'aurait pas la force de s'en aller, tout ce qu'il voulait c'était aller mieux et son instinct pour une fois lui dictait de rester là, au moins quelques heures. Après peut-être...
Doucement, il trouva la force de tourner la tête et distingua une silhouette sans être capable de l'identifier. Il y avait peut-être quelqu'un d'autre, il ne savait pas, il n'arrivait pas à réfléchir, tout était chaos.

― Joyce, souffla-t-il d'une voix très faible. Où est-il ? Joyce, dites-le-moi, où est-ce qu'il est ? Il semblait complètement paniqué à l'idée de ne pas savoir où il pouvait être, de ne pas le voir. Il avait été là, en face de lui, quelques secondes plus tôt, il en était sûr et là, il semblait avoir disparu.

Il fallait qu'il le retrouve.
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Re: (endo)Morphine

Message par Kim van Berghen le Lun 8 Aoû - 13:45

Les jours passaient sans amélioration notable. Finalement le patient avait eu un certain nombre de visites des différents amis ou collègues de travail, et en tout cas ce n’était pas pire que ce que l’on avait imaginé. Quand aux autres qui avaient hésités à venir, les images diffusées dans les journaux avaient dû les dissuader, ainsi que le fait que Tristan n’aurait aucun souvenir de leur visite. Personne n’avait posé de présent, après tout, tout le monde ignorait quand il se réveillerait et les cadeaux périssables seraient peut être perdus à ce moment là. Perdu, tout comme la conscience du malade qui flottait entre deux limbes. Qui savait ce qu’il captait ou pas.

Et les jours défilaient lentement, voyant une amélioration lente et difficile de l’état de Darek. On ne pouvait pas le nourrir d’un coup alors qu’il avait été sous alimenté si longtemps, son organisme n’aurait pas supporté, alors on y allait progressivement. Pour les blessures physique, les médecins avaient fait pour le mieux, pour le reste c’était à Tristan de luter. Les cicatrices remplaceraient bientôt les croutes formées. Quand aux conséquences psychologiques il faudrait voir lorsque Tristan rouvrirait les yeux et reprendrait conscience. En espérant qu’il ne panique pas trop se sachant dans le lieu tant redouté. Peut être au moins serait-il content de se savoir hors de porté des rebelles. Peut être… ou pas.

Une semaine s’était finalement écoulée, le coma de Darek semblait presque commencer à être accepté comme une évidence et une habitude à prendre. Il n’y avait eu pour tout signe positif que la reprise de la respiration par les poumons de Darek. On avait donc pu le délivrer du ventilateur mécanique et il avait pu insuffler l’air par lui-même. On avait pourtant conservé un apport d’oxygène lui permettant de ne pas forcer. Rien d’autre ne s’était produit jusque là… Pourtant alors que la journée touchait à sa fin, au moment où la plupart se décidaient à prendre un repas et à finir leur journée, un petit miracle se produisit. Alors que Kim s’était réinstallé dans la chaise qu’il s’était approprié au fil du temps, Tristan se réveilla et parla. Ses premiers mots étaient confus et bas, cependant c’était logique et prévisible. Sans doute se trouvait-il encore loin de la réalité et ses souvenirs devaient se mêler au présent. Kim se rapprocha rapidement pour tenter de l’aider à comprendre et à se calmer, il ne fallait surtout pas qu’il tente de s’enfuir du Sapientia. Il essaya de répondre à la question, tout en essayant d’examiner Darek et de savoir s’il allait « bien ».

Bonsoir Tristan. Joyce n’est pas présent ici. Calme-toi et tu comprendras mieux. Tu es en sécurité ici, je te promets.

Il n’était pas possible de lui dire que Julien Joyce était mort depuis longtemps. Autant le renvoyer dans le coma immédiatement. Entre temps Kim en avait appris un peu plus sur l’informaticien, celui qu’on surnommait Xxcel. En fait il n’avait pas apprit grand-chose, mais à force de questions qu’on lui posait ou qu’il posait, il avait simplement fait le lien entre les deux personnes et la constance qu’avait Tristan à répéter son nom. Il savait simplement que les deux informaticiens s’étaient connus, au moins assez pour que le commandor de la section informatique prononce le nom de son prédécesseur. Le reste avait été soigneusement caché par Darek et sa meilleure amie la paranoïa. Evidemment en tant qu’informaticien il lui était bien plus facile de dissimuler certaines choses.
Attrapant un verre propre il servit l’eau de la carafe, qu’il avait apportée pour pouvoir boire dans la soirée. Il fallait tenter de rassurer l’éveiller et de l’aider à se sentir mieux. Et il devait avoir la gorge plutôt sèche. D’ailleurs la sonde à nourriture passant directement dans le sang permettait de nourrir l’organisme mais pas forcement de donner un état de satiété physique et mental. Il ne manquait de rien et pourtant il se pouvait qu’il ait un peu faim… Peut être ? Après des années…

Bois, c’est de l’eau, ça t’aidera. Pas trop vite par contre.

Il avait vraiment une voix faible, et un liquide frais l’aiderait pour reprendre de la contenance. Cependant il ne fallait pas qu’il s’étouffe en avalant tout d’un coup parce qu’il avait soif. Lui laissant le temps de s’exprimer et veillant à ne pas lui sauter dessus, Kim se contenta de vérifier sur les moniteurs les indicateurs de Tristan, au moins n’avait il pas besoin de le soumettre à des « tests » supplémentaire pour obtenir des informations telles que le rythme cardiaque, la pression artérielle, le pouls… Un coup d’œil aux informations et un autre sur le patient. Il lui donna le verre, espérant que Darek prendrait compte des fils qui étaient reliés à ses bras et ne ferait pas de mouvements trop brusques qui risquaient de le blesser. A moins qu’il ne se décide tout simplement à repousser violement l’eau qu’on lui présentait ?

S’aidant du bouton permettant de redresser le lit et ainsi de changer facilement de position, Kim aida Tristan à se tenir un peu plus droit et non plus totalement allongé. Lui demander s’il allait bien c’était comme le forcer à répondre par une phrase négative, il était donc inutile de poser la question puisque ce qui en découlerait était évidant. Il fallait donc simplement laisser à l’informaticien le temps de récupérer et de prendre conscience de ce qui l’entourait et du temps qu’il avait passé dans le coma. D’ailleurs il ignorait surement ce dernier détail. Croirait il qu’il s’était simplement endormi et réveillé de lendemain de sa libération ? Mieux valait le laisser parler plutôt que de l’abreuver de questions ou de réponses qu’il n’espérait pas. Il ne tarderait pas à réclamer ce qu’il voulait vraiment si son esprit s’éclaircissait. Par contre s’il persistait sur la voie, et par sa voix appelant Julien… Sans doute serait-il plus difficile de lui faire comprendre. Il y avait aussi un risque de Darek ait perdu certains de ses souvenirs ou de ses réflexes, mais le coma avait été si court… Néanmoins ils ignoraient son état avant que les brigadiers le récupèrent. On avait peut être altéré sa mémoire en tentant de lui extraire des informations importantes.

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Re: (endo)Morphine

Message par Tristan Darek le Mer 24 Aoû - 19:17

Si la douleur ne s'estompa pas complètement, on pouvait au moins dire qu'elle avait diminué pour passer au second plan, peut-être l'habitude y jouait-elle un rôle, il avait mal depuis si longtemps. Il avait l'impression d'avoir dormi pendant beaucoup trop de temps sans en garder le moindre souvenir, en cherchant dans sa mémoire la dernière chose qu'il avait vécu, il ne put voir que la visage d'une femme, cette brigadière dont il avait perdu le nom. Une image qui aurait pu être rassurante s'il n'avait pas accumulé autant de méfiance au fil des ans.
Son regard perdu essaya de se fixer sur quelque chose et ce fut au visage de Kim qu'il se raccrocha, il ne lui parut plus si familier, comme tout ce qui se trouvait dans ce monde, sans doute. La surface, la vraie lumière, on l'en avait privé depuis tellement de temps. Il ne savait pas combien exactement, tout comme le temps qui s'était écoulé après qu'il ait fermé les yeux et sombré dans les ténèbres. Il écouta la voix calme sans chercher toujours à comprendre ce qu'il lui disait, il aurait aimé qu'il lui parle encore même si ça se serait forcément soldé par une bonne migraine.

― C'est toi, trouva-t-il la force de murmurer. Tu lui ressemble tellement, il y avait la même inquiétude dans ses yeux et il n'aurait jamais été capable de me foutre la paix. Enfin... presque...

Il se tut, ne trouvant rien de plus à dire, ni la force d'évoquer davantage de ces souvenirs qui sonnaient toujours plein de cette douloureuse amertume. A quoi bon parler maintenant de ce qu'il avait si longtemps caché, comme par honte ? Le passé ne changerait jamais mais il n'y avait jamais vu une raison valable pour se tourner vers l'avenir, se contentant d'ordinaire d'un monotone présent. Aujourd'hui, on avait réduit à néant son quotidien, il n'était même pas sûr de savoir retrouver ses habitudes dans cette vie qui perdait chaque jour un peu plus de sa saveur et de ses couleurs.
Sa main tenta de se refermer sur le verre mais il était tellement vidé de ses forces qu'il ne réussit pas à le maintenir fermement et au premier tremblement, il le laissa échapper. Il roula jusqu'au bord du lit et se brisa sur le sol. Le bruit un peu trop aigu réveilla une douleur dans ses oreilles. Il ferma les yeux, vide, las, tourna son visage abîmé vers le plafond.

― Je crois que je suis bon pour la casse cette fois. Est-ce que je vais vraiment m'en sortir ? J'ai mal partout, je suis perdu...

L'obscurité lui faisait plus de bien que la lumière, elle épargnait ses yeux et lorsqu'il se sentirait trop fatigué, il n'aurait plus rien d'autre à faire que se laisser emporter dans le monde des rêves. Il n'en avait pas tellement envie, ce n'était jamais un moment très agréable pour lui, l'insomniaque, dont les quelques rares heures de repos étaient condamnées par les cauchemars qui l'assaillaient trop souvent.

― J'ai l'impression d'être tellement vieux que je ne sais même plus pourquoi je me bats encore. Tu le sais toi, pourquoi, après avoir vécu tant de choses, alors que la vie me dégoûte tellement, je résiste toujours ? Je n'ai pas peur de la mort, pourtant il me semble que je ne me résoudrai jamais à mettre fin à tout ça.

Il ne l'appréciait pas cette douleur, qu'elle vienne de son âme ravagée ou de son corps, il espérait de tout cœur qu'elle disparaisse, il aurait fait n'importe quoi pour qu'elle le quitte et ne revienne jamais mais il ne voyait de solution nulle part. Et comme toujours quand il ne savait pas quoi faire, il ne faisait rien, attendant que le temps ou les autres décident pour lui, le médiocre passif. Peut-être qu'il avait seulement accepté l'idée qu'il ne connaîtrait jamais le repos.
Qu'est-ce que tout ça avait bien pu changer à sa vie ? En y réfléchissant bien, il ne se sentait pas différent, il n'aurait su dire s'il était un autre homme maintenant ou si sa vie aurait suivi le même parcours, quoi qu'il arrive. C'était le grand mystère du temps.

Kim ne répondrait pas à ses questions et s'il n'avait pas la réponse au fond de lui, il n'y aurait jamais personne pour lui permettre de comprendre un peu les choses. Ce monde dans lequel vivait presque tout le monde avait toujours eu le don de l'épuiser, lui qui n'en avait pas les clés perdait la plupart de son énergie à essayer de saisir ce qui était important, en vain. Il aurait aimé retrouver le sien, celui qu'il avait construit depuis si longtemps maintenant et dans lequel il pensait se sentir bien, mais il avait l'impression de l'avoir oublié, de ne plus savoir comment le rejoindre ni ce qu'il fallait faire pour y rester, partir loin du chaos, de la douleur, et surtout des hommes.
Les bips des machines se faisaient de plus en plus agressifs pour ses oreilles trop sensibles, comme si elles lui répétaient sans cesse qu'il était bien en vie et tout autant raccroché à ce monde contre lequel il avait tant lutté, comme si la guerre qu'il avait un jour déclenchée sonnait le glas de la défaite et qu'il lui faudrait désormais vivre sous l'occupation. Il avait du mal à respirer, l'air lui-même semblait vouloir l'opprimer, parfois. Le Sapienta, la cellule des rebelles, ce n'était que des cages, seule la dorure des barreaux et l'entretien faisaient une piètre différence qui suffisait à tromper bien des gens. Plus vite il partirait d'ici, mieux il se porterait.
Il soupira, allongé ici, il était faible, soumis aux aléas du temps et au bon-vouloir d'autrui, il n'avait aucun moyen de contrôler les choses, aucune certitude qu'il goûterait un jour à la douce saveur de la liberté.

― Kim... réponds-moi sincèrement, combien de temps est-ce que je suis resté, ici et là-bas ?

Le temps semblait avoir duré une éternité mais cette éternité ne rassemblait peut-être que quelques années, quelques mois ou seulement quelques jours. Mais est-ce que c'était vraiment important de le savoir au final ? Le temps était une notion qu'il n'avait jamais connue très précise dans sa tête.
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Tristan Darek
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