Ménage et retrouvailles

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Ménage et retrouvailles

Message par Tristan Darek le Mar 3 Mai - 16:01

Depuis qu'il avait été enlevé, on s'était chargé de fouiller le bordel incompréhensible qui formait l'appartement de Tristan et lorsqu'on avait récupéré tout ce qui était utile ou nécessaire à la protection de la guilde et notamment de la brigade informatique, on l'avait scellé, laissant en plan les milliers de travaux commencés, jamais inachevés. Les caméras étaient restées en route mais personne n'avait réellement essayé d'entrer ou de voler quoi que ce soit, aussi ne l'avait-on jamais réouvert, attendant simplement le retour du si précieux commandor ou la simple annonce de sa mort. Peut-être que s'il disparaissait depuis trop longtemps on le céderait à quelqu'un d'autre, après tout on ne pouvait pas garder indéfiniment l'appartement vide, certains méritaient bien de monter au troisième étage. Et puis il y avait eu l'annonce de son retour suivie presque aussitôt de celle de son coma. Personne ne pouvait dire combien de temps il resterait dans cet état, si même il se réveillerait un jour mais l'on ne pouvait tout de même pas décider de rendre l'appartement à un autre alors qu'il pouvait ouvrir les yeux d'un instant à l'autre.
En quelques jours, les médecins se déclarèrent confiants quant à sa survie, il était sorti de sa phase critique et il n'y avait plus qu'à attendre qu'il se répare doucement et qu'il se réveille. Il ne suffit que d'une semaine pour cela, le commandor ayant visiblement choisi de se remettre mais de ne pas prendre trop longtemps de congé maladie.

Contre son gré mais pour son bien, on le força à prendre plusieurs jours et même plusieurs semaines avant d'envisager de reprendre doucement son travail, peut-être pas tout de suite son rôle de commandor, le temps qu'il se remette et qu'il retrouve ses marques. C'était sans compter son caractère de chien. Rendu fou à la simple idée qu'il était allongé dans une chambre d'hôpital, on décida bien vite qu'il valait mieux le rapatrier chez lui et qu'un médecin s'assure simplement que tout aille bien. Ce fut Kim van Berghen, son médecin de presque toujours qui se désigna sans que Darek ait son mot à dire là-dessus. Mais après tout, il n'était pas suffisamment en forme pour protester et il savait bien qu'on ne le laisserait pas faire quoi qu'il arrive.
On avait appelé une femme de ménage pour remettre un peu d'ordre dans l'appartement qu'il occupait jadis mais face au chaos incompréhensible et au temps qui la pressait, elle ne put faire guère plus qu'un peu de poussière, au moins ne passerait-il pas son temps à éternuer.

Une urgence avait mobilisé Kim mais une infirmière et quelques brigadiers furent chargés d'escorter le commandor jusqu'à son domicile et d'assurer sa sécurité, personne n'avait envie qu'on l'enlève une nouvelle fois ou que quelqu'un soit piqué de l'envie de le tuer. En dehors des rebelles, Darek n'avait pas vraiment d'ennemis qui lui en voulaient personnellement mais quand on occupait l'une des plus hautes fonctions, on avait toujours des ennemis de çi de là.
Canne en main pour l'aider à marcher, sa main faiblement accrochée au bras de l'infirmière qui le soutenait, la petite troupe s'avançait tranquillement, à une heure où il y avait moins de monde, sans avoir prévenu qui que ce soit. Les badauds qui passaient par-là s'arrêtèrent pour le regarder passer mais il n'y fit guère attention. Le trajet ne fut pas long mais il l'était assez pour lui qui avait perdu tout entraînement physique et il fut soulagé de pouvoir se laisser tomber sur le canapé encombré de pièces diverses et variées que seul un spécialiste aurait pu aisément reconnaître et nommer.

Laissez-moi seul, murmura-t-il, j'ai besoin de me reposer et d'être tranquille.

Son regard bleuté plongé dans celui qui était responsable de la troupe ne laissait pas voir d'autre alternative, il semblait parfaitement décidé sur la question et pas prêt à plier.

Il y a les caméras et puis... vous pouvez toujours rester devant ma porte si cela vous rassure.
Appelez-nous au moindre problème, finit par déclarer l'homme d'une voix rude.

Darek regarda les hommes s'en aller, l'infirmière lui posa simplement quelques questions et lui dit que Kim devrait arriver d'ici quelques heures tout au plus et qu'il s'occuperait de lui. Il fut content lorsque la porte se referma et qu'il fut seul, il n'aimait pas ces guerriers, ces hommes brutaux qui marchaient plus avec leurs muscles qu'avec leur cerveau. Ils étaient totalement opposés à lui et la plupart de ceux qu'il avait confronté ne l'avaient jamais compris, même chez les rebelles. Le jeune homme avait toujours cette vieille rancœur contre eux, ce souvenir amer qu'ils se croyaient toujours plus fort que lui, simplement parce qu'il était batti comme une asperge, qu'il avait une force de mouche et que sa santé était plus fragile que celle d'un nouveau né.
Son regard parcourut la pièce lumineuse, remplie d'une foule de choses qui lui évoquaient de nombreux souvenirs. Il sourit légèrement, heureux de retrouver son monde alors qu'il reprenait tout juste son souffle mais son cœur se serra quand il se rappela que les rebelles avaient utilisé cette bombe EMP et que tout était foutu, qu'il n'y avait plus qu'à tout réparer ou qu'à tout jeter. Il passa sa main dans sa longue chevelure qui avait trouvé le moyen de pousser un peu plus, malgré le mauvais traitement qu'on lui avait fait puis attrapa un élastique qui errait sur la table basse et refit le vague chignon qu'il portait presque tout le temps d'ordinaire. Retour aux choses normales, voilà qui lui faisait un bien fou, qui lui permettait d'oublier un peu tout ce chaos. On lui avait dit qu'il avait sombré dans le coma depuis une semaine mais pour lui ce temps-là ne s'était pas écoulé et il avait l'impression qu'on venait tout juste de le libérer, qu'il sortait à peine de l'Enfer et son esprit était encore nébuleux.

Mais aujourd'hui il était chez lui et il était temps de prendre un nouveau départ, de reprendre les choses en main. Mathys avait envoyé un brigadier dès son réveil, s'excusant de ne pouvoir venir lui-même. Celui-ci lui avait fait un rapport rapide sur ce qu'il s'était passé et il avait été soulagé de savoir que le système avait supporté les attaques de Virulino et des autres, que l'on avait pu se débrouiller sans lui. Il lui avait aussi dit que Mathys avait très bien joué son rôle de commandor, la seconde aussi et que Shane s'en était bien sorti avec le rôle si difficile et exigeant qu'il lui avait confié.
Il sortit de sa poche le nouveau portable qu'on lui avait acheté, un petit bijou de la toute dernière génération, comme d'habitude, lui qui se tenait toujours à la pointe de la technologie et qui changeait une bonne partie de son matériel presque tous les mois. Mais il n'y avait aucun nouveau message, aucun appel, comme s'il ne se passait rien alors qu'il savait bien qu'il se passait toujours quelque chose, qu'il y avait toujours un problème quelque part, un défaillance, un piratage... Mathys avait dû sûrement donner l'ordre qu'on ne le dérange pas, peut-être que personne ne connaissait son nouveau numéro.
Un accès de colère se déchaîna dans son esprit, tout ça, tout ce temps perdu pour rien, ce n'était qu'un superbe gâchis qui le rendrait fou. Il posa l'appareil sur un coin vide de la table basse et attrapa un bout de carte qu'il avait commencé à réparer et qui ne valait plus la peine de l'être maintenant, il le laissa tomber par terre, prit autre chose, fit de même, et ainsi de suite, posant avec précaution ce qui méritait d'être gardé et jetant le reste sur un tas qui devenait toujours plus grand.

La table basse et le canapé furent bientôt vidé, aussi se leva-t-il, attrapant sa canne pour marcher et s'avancer vers l'une des nombreuses tables qu'il y avait dans son salon, certaines n'étaient même qu'une simple planche soutenue par quelques pieds, comme quelque chose de transitoire mais qui était resté là depuis des années.
Il reprit le même procédé, s'asseyant par terre quand il n'avait plus la force de rester debout et attrapant à bout de bras les objets qu'il avait accumulés depuis des décennies et qui retraçaient le parcours de sa longue vie à Nosco. Certaines choses n'étaient pas à lui mais il ne pourrait désormais jamais les rendre, il y aurait eu trop à réparer et la plupart des choses ne valaient pas qu'on leur accorde autant de temps.

Finalement dans son tas d'affaires encore valables, il y avait quelques ordinateurs portables, des bouts de choses qui ne nécessitaient pas trop de réparations et qui pourraient être utilisées. On toqua à la porte et l'un des brigadiers qui avait préféré rester pour assurer sa sécurité entra, lui annonçant qu'on venait de lui apporter un paquet, que ça n'avait pas l'air d'être une bombe.
Le jeune homme se releva et plongea son regard bleu dans les yeux noirs de l'autre homme.

Pourquoi est-ce que je commanderais une bombe ? Donnez-moi ça, j'en ai besoin pour reprendre mon travail.
Mais... vous êtes en congé maladie, vous devez vous reposer ! Répliqua-t-il d'une voix ferme.
Oh assez, fichez-moi la paix, répondit simplement le commandor d'une voix rauque et fatiguée, je n'ai pas que ça à faire que d'attendre et qu'on m'autorise à remuer enfin le petit doigt, j'ai bien assez attendu, un mois et une semaine de repos, ça ne vous suffit pas ?

L'homme le regarda bizarrement. Evoquer sa torture comme du repos n'avait rien d'anodin et encore moins de reposant, sans doute entendait-il qu'il avait trop longtemps laissé en plan ses affaires. Il haussa les épaules et repartit, après tout il faisait bien ce qu'il voulait et si ne pas profiter de ses vacances et se remettre tout de suite à trimer comme un malade était ce qu'il voulait et en plus lui faisait du bien... Il paraissait qu'il n'avait jamais pris un seul jour de congé depuis des années, enfin si parfois, mais c'était pour travailler sur ses propres projets personnels alors ça ne comptait. Ce mec était vraiment fou.

Tristan se hâta d'ouvrir ce qu'il avait commandé, le posa à côté de son tas de trucs utiles, se traina en boitant d'un coin à l'autre de son salon pour récupérer le fer à souder et les outils dont il avait besoin puis revint à son tas et s'assit lourdement à côté de lui, non sans un gémissement de douleur.
Le jeune homme n'avait pas perdu la passion qu'il avait pour ce qu'il faisait et ses yeux éteints se mirent à briller dès qu'il recommença ses réparations, se mit à assembler le tout pour former quelque chose de cohérent. Ses gestes tout d'abord maladroits reprirent bien vite de leur rapidité et de leur dextérité, il n'avait rien oublié après tant d'années d'apprentissage et d'amélioration. Si les rebelles avaient essayé de détruire son esprit, il n'était possible de détruire son génie qu'en le tuant et pour l'instant il préférait se laisser guider par celui-ci plutôt que de revenir sur tout ce qu'il s'était passé et penser un peu trop à ce sujet-là.
Il ne lui fallut pas longtemps pour remonter un ordinateur à peu près correct et réinstaller un bon système d'exploitation dessus. Pas encore avide de découvrir ce qu'il s'était passé sur son système depuis sa disparition, il ne se connecta pas au réseau – peut-être aussi pour qu'on ne lui remonte pas les bretelles et le colle à un repos forcé – mais il se contenta d'ouvrir sa console.

Oh en un mois il ne s'était pas toujours laissé abattre, il avait eu quelques idées et maintenant qu'il retrouvait son monde, il en fourmillait, son cœur battait plus vite, ses sourcils étaient légèrement froncés sous la concentration et entre deux temps d'écriture, il tirait nerveusement sur les mèches de cheveux qui gênaient son visage.
Transi par les nouvelles recherches qu'il faisait, par quelques idées qu'il avait sur la manière de modifier son système, il ne voyait pas le temps passer, peut-être ne s'était-il déroulé quelques minutes à moins que ce ne soit plusieurs jours. Le temps n'avait pas son importance, tout ce qu'il voulait c'était continuer, retrouver ses anciennes aisances et construire encore et toujours quelque chose de nouveau, de meilleur.

Assis en tailleur sur le sol, l'ordinateur posé sur ses genoux dans son appartement à moitié rangé, à moitié sans dessus dessous, il travaillait sans se préoccuper de ce qu'il se passait autour de lui, si bien qu'il n'entendit pas que l'on avait frappé à la porte et que dans l'absence de réponse, quelqu'un l'avait ouverte et était rentré chez lui.
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Re: Ménage et retrouvailles

Message par Kim van Berghen le Lun 16 Mai - 20:26

Journée de travail terminée, enfin plus ou moins. Il avait regagné l’Aedes, troisième étage, comme tous les soirs. Sauf que ce n’était pas à la porte de son appartement qu’il s’arrêta mais à celle de Tristan Darek, voisin de pallier, ami et patient. Kim s’était arrêté pour échanger quelques mots avec ceux censés assurer la sécurité du commandor, ainsi que sa tranquillité. Ils savaient très bien que van Berghen était son médecin, et ils ne firent aucun problème pour le laisser entrer, lui annonçant simplement que déjà l’accro avait retrouvé l’objet de son attachement, se faisant livrer un ordinateur portable du dernier cri. Ce n’était pas une surprise, tout comme ne l’était pas le sac de vêtements et de quelques objets personnels que baladait le scientifique et médecin à la main. Il s’installait chez Tristan quelques jours, le temps d’être sur qu’il allait mieux. Il n’était pas question de l’envahir, de le forcer à quoi que ce soit, même d’être sur que tout irait bien. Il voulait s’éloigner de la présence étouffante du Sapientia et tous les médecins avaient compris cette décision, sachant les antécédents de l’informaticien. Néanmoins on ne pouvait pas le laisser totalement seul, comme le témoignait la petite troupe devant sa porte, barrage contre n’importe quel danger. Kim frappa à la porte, trois coups, aucune réponse, il insista encore une fois un peu plus fort, avant de laisser tomber et de pousser la porte qui était restée ouverte, entrant ainsi sur le territoire dévasté de l’informaticien.

La dernière fois qu’il était venu, c’était un vrai champ de bataille, il y en avait dans tous les coins, mais depuis que les rebelles étaient passés, avec leur bombe EMP… Tristan s’était apparemment décidé pour un peu de ménage. Chose exceptionnelle pour lui. Il y avait maintenant des tas un peu partout. Kim s’interrogea un instant sur la métaphore qui apparaissait sous ses yeux aussi clairement que si elle avait été peinte. Avant Darek avait eu son petit monde, en désordre pour la plupart mais de son propre avis un beau bordel organisé où il pouvait se retrouvé. Et puis les rebelles étaient venues, avait vues et torturés. Laissant un Tristan brisé et transformé. Et voilà qu’il faisait le ménage, dans son appartement mais sans doute aussi dans son cerveau. Faisant le tri de ce qui n’était pas récupérable, comme sa santé physique qui serait à tout jamais dégradée. Il jetait ce qui lui semblait inutile, et ne gardait que l’essentiel. Il ne serait plus jamais le même, et son univers devait donc être transformé. C’en était presque triste, mais il avait besoin de faire ce chemin psychologique, et s’il avait besoin d’aide Kim serait là pour l’épauler. Même si cela devait passer par des nuits blanches. L’informaticien cauchemarderait il ces heures sombres qu’il avait subit dans les souterrains ? Paniquerait-il au moindre bruit ? Ou à un geste qui pouvait sembler agressif ? Personne ne savait encore vraiment… Il faudrait y aller doucement et tout réapprendre.

Fermant la porte derrière lui, Kim se déchaussa et posa son sac pas très loin de l’entrée, gardant seulement avec lui ce qu’il avait acheté un peu plus tôt pour diner, sur que Darek n’aurait rien chez lui et n’y penserait pas. Il contempla un instant l’informaticien plongé dans son travail et se décida à lui laisser quelques minutes encore, entrant dans la cuisine il mit à chauffer le plat qui était destiné à chacun d’eux. Il s’appuya un instant sur le bar à l’américaine, avant de se décider à jeter un coup d’œil aux placards et au frigo. Vides, tous. Oui, il avait raison. Tristan avait pensé à son ordinateur mais même pas à ses besoins vitaux. Non, si l’on rectifiait : il avait pensé à son besoin principal et vital son ordinateur, mais pas au reste de ses besoins vitaux. Un bip finit par indiquer que le tout était prêt. Reprenant les deux plats, Kim attrapa deux fourchettes et un plat dans chaque main, tout en veillant à ne pas se bruler, il s’approcha du géant en tailleur sur le sol. Posant une des assiettes fumantes mais pas trop chaude à la droite de Tristan, il s’assit à sa gauche, adoptant la même position que son ami et gardant son assiette à la main.

Bon appétit.

Une manière d’indiquer que le repas était servit et que la bonne odeur qui parvenait sans aucun doute au nez de Darek n’était pas fictive et qu’il espérait qu’il apprécierait l’attention et surtout qu’il mangerait, ne serait qu’un minimum. Il avala une bouchée, savourant le plat sans saveur mais aux multiples apports en nutriments, tout en lançant un regard sur l’écran à côté de lui. Kim n’avait pu attendre son ami, car son ventre criait famine et qu’il avait besoin de se nourrir un minimum, surtout après une telle journée. Tristan lui semblait déjà parti dans son monde et il faudrait l’en faire sortir doucement, sans le brusquer. Trouver quelque chose qui pourrait le ramener sur terre, sans en faire une punition.

Tu m’expliques ?

Oui c’était sans doute la solution la plus simple. A condition bien sur que le commandor de la section informatique écoute celui qui était à ses côtés et qu’il prête attention à ses paroles. Une demande pour qu’il le fasse entrer dans son monde, qu’il lui explique son idée, Kim n’avait pas besoin d’explication pour comprendre ce que faisait Tristan, les détails techniques il les saisissait, ça lui importait peu, c’était plutôt le but visé qui lui semblait intéressant à discuter. Travaillant sur sa console il laissait ses doigts courir sur les touches du clavier pour y inscrire toujours plus de renseignements, laissant à peine les autres comprendre ce qu’il pouvait chercher, chaque ligne étant remplacé par la suivante, si rapidement… Kim observait de loin, comme un amateur qu’il était par rapport au niveau de Tristan, comprenant sans saisir vraiment. Mais pouvait on réellement saisir ce que faisait Tristan, lui qui était réellement un génie une fois un ordinateur dans les mains ? Non, il allait bien trop vite pour qu’on puisse ne serait-ce qu’espérer le suivre. A moins que celui-ci ne concède à ralentir le rythme, mais rien n’était moins sur à ce sujet…

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Re: Ménage et retrouvailles

Message par Tristan Darek le Jeu 16 Juin - 20:38

Il n'avait pas entendu la porte qui s'ouvrait, l'intrus qui se faufilait chez lui sans se soucier de se faire entendre ou non mais qu'importe, s'il avait été un agresseur, il n'aurait pas eu besoin d'être discret sachant que le génie une fois plongé dans son travail faisait abstraction totale du monde extérieur. A moins de lui crier dans les oreilles et de le faire sursauter, il ressemblait à l'un de ces dormeurs plongé si profondément dans son sommeil qu'il fallait plus qu'un petit bruit pour le tirer de sa léthargie. Il ne devait pas être difficile de pénétrer chez lui, on avait bien mis des gardes mais un combattant bien entraîné et capable de les surprendre au dernier moment ne devait pas avoir de peine à venir à bout d'eux. Il y avait bien les caméras mais à quoi pouvaient-elles servir si on l'enlevait une fois de plus, si on le tuait et que l'agresseur était masqué ? Les caméras, pour Tristan, elles n'avaient qu'un rôle d'intrusion dans la vie privée des gens, elles ne servaient qu'à faire peur à cette majorité de personnes qui rassemblait en fait les bons citoyens, elles n'étaient que l'outil pervers d'un voyeur, elles rendaient l'image négative d'un système qui aurait pu être meilleur. Il n'avait jamais donné son avis sur les surveillances imposées par la guilde et dont il devait gérer toute la partie technique, il savait qu'on ne l'écouterait pas, que ses mots seraient vains et s'il possédait le luxe de l'éternité, il ne considérait pas pour autant qu'il avait du temps à perdre face à quelque chose d'irrémédiablement vain. Parfois, quand ses nerfs lâchaient, il lui arrivait de laisser déferler toute la vague de ressentiment qu'il intériorisait tout le reste du temps mais ces moments étaient rares et lorsqu'il en avait la possibilité, il effaçait ses traces. Ne s'était-il pas excusé platement auprès de l'impératrice et de son conseil ?
Aujourd'hui, il avait refoulé toutes les pensées qui tournaient dans sa tête autres que celles concernant son domaine de prédilection, comme s'il avait réussi à créer un filtre dans son esprit. Et celui-ci, bien que fragile, semblait marcher plutôt bien puisqu'il faisait preuve d'une haute concentration dans le travail qu'il effectuait. Il en avait besoin à tout prix sous peine de ne pas réussir ce qu'il voulait créer, de faire de grosses erreurs qu'il devrait ensuite traquer pendant des heures pour que tout marche à la perfection, en espérant qu'il ne s'y arrache pas trop les cheveux. Le bip ne réveilla pas son esprit, penché sur son ordinateur, chaque seconde l'envoûtait un peu plus et il se laissait aller, heureux, à cette douce drogue, satisfaisant pour la première fois un manque qui l'avait rongé pendant si longtemps. Maintenant qu'il avait à nouveau le loisir de se plonger à corps perdu dans le monde qu'il avait construit pour lui, il lui paraissait insurmontable de s'en éloigner, comment pourrait-il subir cette épreuve une seconde fois ?

Des mots pourtant semblèrent vouloir ramener cet esprit perdu dans ce qu'on appelait la réalité, vaste monde dont il n'avait jamais compris les codes. Échec pourtant puisqu'ils ne suffirent qu'à le déstabiliser quelques secondes, le temps pour l'informaticien de lâcher quelques mots, taciturne.

― Pas faim.

Il n'avait même pas pensé à relever la tête, à la tourner dans sa direction, à vrai dire ce genre de phrases était plutôt une manière implicite de demander à l'autre de partir ou tout du moins de lui foutre la paix et c'était exactement ce dont il avait envie, pour une fois qu'il pouvait enfin se laisser aller, faire quelque chose qui lui plaisait, pourquoi fallait-il encore que quelqu'un vienne lui prendre la tête ? Il n'avait pas fait attention que c'était Kim mais à ce moment, que ce soit lui ou quelqu'un d'autre ne changeait rien de fondamental, tout ce qu'il voulait c'était continuer encore et encore, se noyer dans les plus basses profondeurs de son océan, celui qu'il n'avait cessé de construire pendant tant d'années.
Le fait qu'on lui impose sans cesse une présence malgré toutes les protestations qu'il avait pu lancer ne lui posait en fait pas tant de problèmes, solitaire dans l'âme, il n'avait pourtant jamais dédaigné la présence des autres et depuis quelques temps il était plus qu'habitué à ce petit désagrément et s'était fait inconsciemment une raison ; si bien qu'il n'usa pas de ses forces pour jeter dehors l'intrus de plus qui empiétait sur son espace vital, peut-être que le fait que ce soit Kim y était aussi pour quelque chose, il aurait gaspillé son énergie à combattre l'inépuisable entêtement de cet homme. Au moins n'avait-il pas encore eu droit à tout un sermont sur tel ou tel sujet où son collègue n'était pas satisfait de son manque d'intérêt, comme la nourriture par exemple. Nul doute qu'il allait arriver tôt ou tard mais tant qu'on ne lui arrachait pas son ordinateur des mains, il saurait très bien faire mine d'écouter, à moins que Kim n'ait toujours fait semblant de croire aux excuses plus ou moins recherchées qu'il sortait sans cesse pour qu'on lui fiche la paix.
Ce n'était pas tant la présence des autres qui le gênait, c'était le fait qu'on veuille l'intégrer de force dans une société où il n'avait rien à faire. Il avait sans doute un état d'esprit trop différent des autres pour qu'on le comprenne et malheureusement on ne semblait jamais véritablement résolu à lui foutre la paix. Seuls quelques énergumènes avaient compris comment se comporter avec lui, d'autres avaient été assez doués pour le manipuler et attirer son attention sur quelque chose qu'il aurait d'ordinaire balayé de la main. Mais c'était chose bien rare.

― Un nouveau système... Renforcer la sécurité... Qu'e'qu'chose de complètement novateur... Devraient s'y casser les dents, marmonna-t-il vaguement sans montrer l'intention d'en expliquer davantage.

Rares étaient les moments où on l'entendait parler si peu, surtout quand on lançait le sujet de l'informatique, en général il devenait aussi bavard que Kim et qu'on le suive ou non il devenait difficile de l'arrêter. La conversation était pourtant pour la majeure partie du temps appréciable puisqu'en bon professeur il tentait toujours de se mettre au niveau de son élève et était toujours à l'écoute des questions qu'on pourrait lui poser. Si l'on était patient et intéressé – mais qui ne pourrait pas l'être en écoutant ses discours passionnés ? – on finissait toujours par apprendre énormément de choses et l'on pouvait avoir envie d'approfondir le sujet, de suivre quelques formations histoire de bidouiller quelques trucs par soi-même et de passer la première porte qui menait au monde extraordinaire dont Darek faisait tant les louanges. Bien sûr, quand le sujet touchait quelque chose de secret et qu'on n'était pas habilité à l'entendre, il devenait un vrai mur et les rebelles avaient pu voir à quel point il était impossible de le plier à quoi que ce soit une fois qu'il s'était braqué. Il suffisait néanmoins de choisir un autre sujet sur son domaine de prédilection pour le relancer et effacer pour toujours la scène désagréable.
Le sujet ici semblait être l'un de ceux dont il ne parlerait jamais à un tiers mais il lui prenait souvent l'envie de faire l'analogie avec quelque chose d'autre et de relancer lui-même la conversation, la voix passionnée et les yeux brillants. Aujourd'hui, rien ne semblait vouloir l'y mener.

― C'est beaucoup de travail, ajouta-t-il en guise d'ultime précision.

Confirmant ses dires, son regard n'avait pas quitté l'écran et il continuait à pianoter pour ajouter des caractères sur le terminal noir sans se soucier davantage de son interlocuteur ni des éventuels autres observateurs. Il ne s'inquiétait pas des gestes que pouvait faire Kim, même s'il y jetait un œil, il ne comprendrait jamais rien à ce tas de charabia, d'autant plus qu'il lui avait pris l'envie de tout crypter ; quant aux caméras, il connaissait leur position exacte et pour livrer une bonne partie de son temps à la surveillance de Nosco, il aurait fallu être très novateur pour qu'il ne découvre pas une caméra cachée, surtout quand, comme aujourd'hui, il avait passé un bon moment à observer, muet, les quatre coins de sa prison dorée. Sa paranoïa chronique n'était pas là pour arranger les choses et depuis le temps, il avait acquis pas mal de techniques concernant le contre-espionnage, Nelsen lui avait aussi fourni quelques tuyaux bien utiles.
Le commandor se frotta un instant les yeux, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fixé un écran et il en avait visiblement légèrement perdu l'habitude, son regard très clair ne l'avait jamais beaucoup aidé dans cette affaire. Mais il n'avait pas mal à la tête et il se sentait encore assez en forme pour continuer jusqu'à ce que le sommeil l'emporte, un peu comme toujours finalement. Au fond de lui, il savait bien que c'était parce qu'il était terriblement accro à l'informatique et qu'une fois devant l'une de ces petites machines, aussi peu puissantes pouvaient-elles être, il ne sentait plus la fatigue, ni la faim, ni la soif, ni rien d'autre, il entrait dans un autre monde, un vaste univers d'algorithmes et de variables où tous ces besoins vitaux n'existaient pas.
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Re: Ménage et retrouvailles

Message par Kim van Berghen le Ven 12 Aoû - 0:32

A quoi bon insister avec le Commandor de la section d’Elite d’informatique lorsqu’il vous répondait sans même vous regarder ? Tristan était parfois déprimant lorsqu’il refusait totalement de manger, d’avaler la moindre chose, où même d’y jeter un regard. Il avait désespéré bien des âmes et sans doute même… si un jour par miracle il se mettait en couple, sa moitié aurait bien du mal à le faire grignoter, même en cuisinant à la main et en étant douée. Ne pas avoir faim, était malheureusement une « maladie » assez commune en Nosco. Après tout, comment avoir envie de ces mets fades et sans gouts comparé à tout ce qu’ils avaient mangés par le passé, et oublié ensuite. Les nouveaux oubliés étaient béni de ne pas se souvenir de ce bonheur gustatif qu’ils ne retrouveraient jamais. Ceux qui ignorent sont bénis. Ceux qui peuvent gouter un steak et se dire qu’il a un semblant de consistance et le manger en entier sans en être totalement dégouté. Certes les scientifiques travaillaient au problème, mais peut être qu’un jour ils baisseraient les bras totalement. Qui sait si un jour la cuisine ne seraient pas simplement remplacée par une dizaine de pilules à avaler avec un grand verre d’eau. Pas très rassasiant pour l’estomac mais suffisant pour le cerveau et le corps. Il suffirait d’ingurgiter avec tout ça un produit permettant de faire passer le message de la satiété au cerveau et le problème serait réglé. On ne mangerait plus. Ce serait de la place en plus dans les appartements et une pensée préoccupante en moins. On ne perdrait plus tout son temps avec cette activité bien inutile. Balayer cette contrainte d’un geste de la main et l’oublier définitivement.

Et pourtant qu’il était reposant d’avoir parfois une pause repas, pour discuter, prendre le temps de penser à autre chose qu’à la rentabilité d’un travail ou à ce qu’il faudrait faire dans les heures à venir. Juste penser à ce qui allait être mangé. Surtout que ceux de la synthèse alimentaire se débrouillaient bien pour créer des mets originaux, ou bien au contraire tenter de reproduire à l’identique ceux qui n’existaient pas à Nosco. Toujours donner plus de gout, les rendre plus parfait. Plus colorés, plus épais, plus odorant, plus facile à conserver longtemps. On ne comptait plus les organismes génétiquement modifiés, et les avancés des scientifiques avaient été remarquables toutes ces années. Tout semblait meilleur, même si c’était encore loin d’être suffisant. On s’améliorait doucement mais surement. La voie de la réussite, du progrès. Le tout mené par l’Impératrice Joséphine qui discourait souvent sur un idéal de vie à atteindre. Elle était celle qui décidait de tout ici, et même si on pouvait lui reprocher bien des tords, au moins n’abandonnerait elle jamais ses sujets, elle tenait sans doute trop au pouvoir. Car si elle jouissait d’un confort acceptable, elle n’avait cependant pas une liberté totale, ni une vie parfaite. N’était ce pas lassant et ennuyant d’être ainsi le maitre d’un royaume que l’on visite si peu à cause du danger et des tâches administratives ? Elle devait s’ennuyer autant que Raiponce dans sa haute tour. Mangeait-elle mieux que les autres habitants ? Oui sans aucun doute. Cependant cela avait toujours été le privilège des grands de ces mondes de profiter de ce qu’il y avait de meilleur grâce à leur fortune. Et l’impératrice avait crédit illimité. Florins fictifs et intouchables qui ne se comptaient que sur un écran d’ordinateur. Au moins étaient-ils en sécurité, sauf en cas de beug informatique.

Pourtant l’argent était loin de « manquer » à Nosco, dans le sens où personne ne se plaignait de ce système pratique et commode. Il suffisait de faire un clin d’œil à une caméra et les achats étaient débités, plus besoin de pièces ou de billets, ou autres inventions pour dépenser plus. Seul le papier était vraiment manquant, pour ce qui était de la monnaie, on avait bien assez de portraits de l’impératrice un peu partout pour ne pas se sentir triste de n’avoir son effigie reproduite par millier sur des ronds métalliques estampillés à diverses valeurs. La technologie avait prit le pas sur les anciennes méthodes, pour un agréable aménagement de la vie des gens. On se sentait aidé et facilité dans la plupart de ses démarches. D’ailleurs personne ne reprocherait à la Guilde l’institution, bien que complexe, longue et parfois ennuyante avec ses questions, de la prise ne charge des nouveaux arrivés. On gérant tout d’une main de maitre dans la cité. Jusqu’au temps qui était contrôlé informatiquement. Tout était administré par une base lié au hasard pour reproduire un monde normal, et pourtant si la base de calcul se trompait, on pouvait changer. Pluie, beau temps ou neige à volonté.

Même les métiers avaient été façonnés de façon à ce qu’un Haut Conseiller gère tous les supérieurs de chacun, sauf peut être quelques marchands indépendants. Cependant toute l’économie était sous la main mise de la Guilde. Le Sapientia et tous ceux qui y travaillaient en dépendaient ou étaient sous contrôle des brigadiers de la Brigade Impériale, elle-même directement sous ordres du Haut Conseil. Ainsi la vie s’articulait autour des décisions d’une personne et de ceux qui étaient là pour lui suggérer des solutions. Même la congrégation et son semblant d’indépendance était en fait totalement dépendant de la Guilde et des nosciens lambda. Ils n’avaient pas de quoi produire leur nourriture, se soigner convenablement ou survivre en parfaite autonomie. Quand aux rebelles, la fin de la ville de Nosco aurait aussi signifié leur perte, car ils ne pouvaient survivre sans ce conflit, à moins de reprendre le pouvoir sans causer de perte civiles. Malheureusement la plupart des nosciens étaient assez embrigadés pour prendre les armes faces aux membres de la confrérie et les attaquer, par solidarité envers les brigadiers qui tenteraient de les protéger ou par ferveur envers l’impératrice. Quoi qu’on en dise chaque camp était assez lié à l’autorité qu’il respectait plus ou moins, et quelque soit les conflits mineurs, les habitants de Nosco n’étaient pas près pour qu’on leur change leurs habitudes.

Kim écouta la réponse claire mais hésitante de l’informaticien. Il parlait comme si cela était une perturbation de son travail, une gêne à éliminer rapidement pour enfin pouvoir être au maximum de ses capacités. D’après les précisions apportées, Darek n’allait certainement plus lâcher son ordinateur avant un long moment, à moins d’un besoin physique urgent. Qu’est ce qui motivait ce besoin massif et irrépressible de continuer son travail ? Peut être le manque de ses doigts sur un clavier, où bien la volonté de revenir au top et d’empêcher la moindre incartade des rebelles. Y avait-il de la vengeance dans l’esprit de Darek ? Ou simplement la volonté de survivre ? Il était sortit avec finalement assez de rapidité de son coma : une semaine. Une semaine c’était assez long pour s’inquiéter et si court aussi... Il était encore si faible, obligé d’utiliser une canne pour se déplacer. N’ayant pas reprit son poids normal, il faudrait qu’il continue à s’alimenter un peu plus s’il ne voulait pas être sujet à divers problèmes. Sauf qu’il ne voulait pas manger, et le forcer aurait eu l’effet inverse à celui voulu. Ah, il était bien plus facile de s’occuper d’enfants. De leur montrer que ce qu’on leur proposait dans l’assiette n’était pas si mauvais, de les inciter gentiment à gouter au moins une cuillère, ou bien de les amuser en imitant l’avion ou le train. Et hop ils avalaient et trouvaient le moment du repas amusant. Mais que faire avec un grand gaillard comme Darek ? Certes il était facilement maitrisable physiquement mais mentalement c’était une autre histoire.

La précision qu’il avait apporté en dernier lieu indiquait qu’il aurait préféré qu’on ne le dérange pas, pouvoir être au maximum sur sa machine et oublier le reste. Oublier de manger. La solution pour le faire quitter son nouveau jouet, sans forcement l’énerver, était sans doute de le déconcentrer lentement, sans que ce soit violent ou un choc. Hors de question de lui arracher des mains ou de l’éteindre. Kim n’avait pas trente-six mille possibilités, alors il utilisa la plus commune et celle qu’il maitrisait le mieux, même s’il savait que c’était la moins efficace avec Tristan : parler. Darek l’ignorerait mais il ne pourrait pas totalement occulter le bruit et ensuite… Tout n’était qu’une question de patience. Si l’informaticien s’exprimait en morse, avec le bruit constant et quasiment ininterrompu de ses doigts qui appuyaient sur les touches du clavier déclenchant de petits « tic » répétitif, Kim préféra la parole et les mots.

Dis, pendant ton… rangement, ou tri. Tu as pensé à Sawah ? Il va falloir que tu t’en occupes à nouveau, pour remettre en état ce qui doit être continué ou refait. Je sais que tu ne profiteras pas du temps qu’on t’a accordé gracieusement pour te refaire une santé. Cependant tu pourrais au moins penser à tes projets personnels avant de plonger tête baissé dans ceux du travail.
Tu as de la chance d’avoir Mathys Nelsen comme second, il a l’air d’avoir bien géré.


Il se retint de dire qu’il était aussi venu le voir dans sa chambre. A quoi servirait-il de l’informer ? Tristan savait que Nelsen ne l’avait pas lâché ou tenter de lui prendre sa place, c’était sans doute suffisant. La confiance était déjà là entre le commandor et son second. Alors mieux valait ne pas préciser qu’il l’avait vu dans un état de faiblesse.
Sawah avait beau être une création de l’albinos, s’il était décidé à s’occuper d’autre chose, ses pensées seraient trop concentrées pour dévier réellement. Avait-il au moins écouté un morceau de ce dont on lui parlait ? Si oui c’était peut être le moment de placer la seule phrase de morale de la soirée, avant qu’il ne grogne et n’écoute plus rien. Autant en profiter et tenter ensuite de lui faire oublier les regrettables paroles.

D’accord, bon je ne te le répèterais qu’une fois, puisque je sais qu’après tu n’écouteras plus : tu as besoin de manger pour être en forme.

Et puis soudain une idée germa dans son esprit, peut être un moyen d’au moins donner une simple raison à Darek de ne pas oublier de se nourrir un minimum.

Et puis pour draguer ce sera mieux.

Darek et son écran. Il le fixait sans doute plus souvent que les jolies femmes qu’il pouvait avoir sous les yeux, même dans sa propre brigade. Au moins les promotions s’accordaient elles au mérite et non pas à la taille du décolleté plongeant.

Tu as besoin d’être en forme, au moins pour pouvoir mettre dans ton lit celles à qui tu as manqué. Tu ne crois pas ?

A milieu des piles rangées par Darek, il y avait désormais deux plats qui ne seraient certainement jamais fini. Si Darek n’avait pas faim, et que Kim parlait les deux repas n’avaient aucune chance. Quand au scientifique il avait quoi… cinquante pour cent, donc une chance sur deux de réussir. Pour augmenter les probabilités, il n’y avait qu’une seule solution, celle d’accompagner les paroles de gestes. Posant une main sur l’épaule de l’informaticien, il espérait que cela le sortirait de sa transe sans trop le brusquer. Qui savait comment quelqu’un pouvait réagir après avoir subit les tortures rebelles ? Judikhael s’était gavé de médicaments jusqu’à avoir des réactions étranges et qui le dépassaient certainement. Pourtant l’informaticien avait déjà assez de traitements et de problèmes, et ne suivaient déjà pas les indications pour qu’on puisse lui ajouter de nouvelles doses d’un médicament qui ne règlerait que partiellement son problème. Et parler était loin d’être le fort de Darek, encore moins montrer ses sentiments ou ses faiblesses. L’informaticien se rendait il compte qu’il avait vraiment manqué à beaucoup de monde ? Non, surement pas et le lui dire aurait semblé si irréel pour lui.

Dis, tu aurais besoin d’autre chose que de ton ordinateur ? Je peux t’avoir des pièces pour Sawah si tu veux…

Il faudrait aussi lui refournir ses placards avec quelques plats à réchauffer et de quoi manger, mais Tristan n’aurait jamais l’idée d’en demander. Tout comme il aurait surement besoin d’aide pour enlever tous les objets inutilisables à cause de la bombe électromagnétique des rebelles. Tant qu’ils seraient là, ils représenteraient aussi un mauvais souvenir : celui du jour de son enlèvement et du début de son calvaire.

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Re: Ménage et retrouvailles

Message par Tristan Darek le Lun 29 Aoû - 0:16

Ses projets n'avanceraient jamais aussi vite qu'il ne pourrait l'espérer, même avec tout l'entraînement du monde, il lui était nécessaire d'y passer un nombre incalculable d'heures. Cela n'aurait pas gêné l'informaticien s'il n'avait pas été conscient qu'il y avait une infinité de choses à faire, à inventer, et que son temps pour réaliser tous ces projets était malheureusement compté. Évidemment, il n'arriverait jamais à bout de ce travail titanesque mais le mieux, dans sa tête, c'était encore d'en faire le maximum et donc d'y consacrer le plus de temps possible. Il s'agissait un peu de la deuxième raison que le poussait plus à passer sa vie devant son ordinateur que dans les bras d'une femme, elle pouvait bien avoir tous les attraits du monde, elle n'avait rien qui lui permette de satisfaire ce désir de connaissance et de création – il n'était pas peintre, lui, diable. Il n'aurait pas su expliquer pourquoi il avait choisi de mettre presque toute son énergie dans le réseau de la guilde plutôt que dans ses projets personnels, c'était sans doute une question de moyens, à moins que ce ne soit quelque chose de plus profond encore, quelque chose qu'un psychologue aurait sûrement pu aisément trouver et lui expliquer avec des mots compliqués, mais il ne comprenait rien à tout ce charabia, ça n'avait aucun sens pour lui et ça ne ferait jamais partie de son monde.
Quand Kim prononça Sawah, une partie de son attention se connecta immédiatement à ce qu'il lui racontait, comme s'il s'agissait d'un mot de passe, d'un moyen de le raccrocher aux autres, aussi efficace qu'un câble peut relier deux ordinateurs. Sawah, ce n'était pas l'une de ses plus belles créations, il n'y avait rien de génial là-dedans, ce n'était qu'un simple robot auquel il avait voulu ajouter tout ce qu'il trouvait pratique et intéressant, un robot qui serait parfaitement adapté à ses goûts et à ses habitudes. Sawah, ce n'était que la pâle imitation d'un animal qu'il avait autrefois côtoyé, il n'avait peut-être rien d'intéressant pour les autres, ce serait bien sûr l'une de ses plus mauvaises inventions pour ceux qui s'attribueront la tâche de classer son travail sur une échelle allant du génie au pathétique navrant, peut-être qu'ils ne prendraient ça que pour une stupide distraction qu'il avait bricolée quand il manquait d'inspiration, peut-être qu'on finirait par croire que ce n'était qu'une création de jeunesse, mais peu importait à ses yeux, il y avait mis du cœur, et c'était parfois tout ce qui comptait. Aussi, il éprouva quelque plaisir à entendre parler de ce robot-là.

Oui, il faudrait me le rendre, répondit-il d'une voix rendue rauque par son long mutisme. Mais tu sais, mon travail à la brigade c'est le plus gros projet personnel que j'ai.

C'était donc normal qu'il y passe beaucoup plus de temps que pour tout le reste, même additionnée, n'est-ce pas ? Il le pensait en tout cas, c'était vrai pour lui et cette réponse avait tout pour lui convenir, il n'avait pas à y réfléchir davantage, si ça n'allait pas aux autres, ce n'était pas son problème.

Comme d'habitude, il cessa à l'instant de porter plus d'attention, en-dehors le strict minimum, à Kim pour retourner avec plus d'ardeur à son travail, mais aujourd'hui il n'y arrivait plus aussi facilement qu'avant, il sentait bien qu'il avait perdu l'habitude et que les éternels sermons de son interlocuteur ne glissaient plus sur lui, comme avant, sans le faire sourciller. Il perdait régulièrement le fil, il lui fallait alors relire, se plonger avec plus d'énergie encore dans ce qu'il faisait pour poursuivre son écriture de quelques lignes avant de tout recommencer à nouveau. Darek était assez indifférent à ce que l'on pouvait penser de lui, de ses manières, il n'avait jusqu'à maintenant empêché personne de lui dire ses quatre vérités et cela ne l'avait jamais beaucoup ébranlé. S'il changeait, en plusieurs décennies on n'en avait pas noté grand-chose, comme si en remontant cinquante ans plus tôt on allait retrouver exactement le même Tristan.
En fait, ce qui le dérangeait, c'était surtout qu'on s'inquiète tellement pour lui que ce genre de discours avait lieu avec presque tout le monde, et il avait à chaque fois l'impression d'avancer comme un escargot. Pour lui qui réfléchissait si vite, c'était tout bonnement insupportable.
Calmement, il s'arrêta d'écrire et tourna la tête pour le fixer.

Kim, putain, tu vas me faire chier encore longtemps ? Je vais bien, tu entends, je vais bien, je vais même très bien ! Il faudra que je le répète combien de fois pour que ça vous rentre à tous dans la tête?Dis-le-moi, bon sang, ce qu'il faut que je fasse pour que je puisse me remettre à mon travail, quoi ! Tu crois que j'ai envie d'écouter à longueur de journée tes jérémiades sur je ne...

Manger. La pensée avait traversé son esprit comme une évidence. Aussi loin que remontait sa mémoire, c'était bien avec ça qu'il le tannait le plus. Il avait la désagréable impression de revenir des années et des années plus tôt, alors que son attitude n'avait rien de banal ni de rituel dans son cerveau qui rechignait et peinait à s'y habituer. Son regard se reporta sur l'assiette qui, à première vue, avait l'air d'être tout sauf appétissante – normal me direz-vous pour un anorexique. Il poussa un long soupir, faisant voleter un moment les mèches qui traînaient toujours sur son visage avant qu'elles ne reprennent leur place fétiche, et prit l'assiette dans une main, une fourchette dans l'autre pour engouffrer avec une vitesse stupéfiante une bonne moitié du contenu, qu'il avala aussitôt que possible, sans se soucier de choquer quiconque ou de ne pas respecter des conseils dont il ne se rappelait même pas.

Bon, ça va, t'es content là ? Rétorqua-t-il d'un ton dénué de toute animosité, comme si le fait de prononcer une telle phrase n'était qu'une banalité qu'il voulait expédier aussi rapidement que son dîner. Ou il faut que je fasse encore autre chose ?

Dans son regard devait briller quelque chose qui le suppliait de dire non, c'était en tout cas ce qu'il pensait très fort, sans trouver nécessaire de le dire à haute voix. Il l'observait avec insistance, comme pour le dévisager, ses yeux pâles plongés dans les siens, chocolat.


[Cadeau, hein, parce qu'au début j'étais parti pour le replonger dans son travail et te mettre à l'épreuve *bonté suprême* :')]
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