Le retour de Traktueur Ier

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Le retour de Traktueur Ier

Message par Tristan Darek le Mer 4 Mai - 3:39

Lentement, le léger bruit des pas sur le sol rythmait le silence de mort qui accompagnait sa traversée du désert. Il n'y avait ni vent ni ciel bleu, la pluie n'avait pas eu envie de se mêler à la fête et un simple air grisâtre remplissait le faux plafond. Le soleil ne brillait pas, la lune n'avait pas osé montrer la pointe de son croissant, aujourd'hui semblait être le jour d'une fin sans rien de particulier à remarquer et le monde s'écroulerait dans un souffle, sans attendre que l'on se batte pour lui, sans réclamer quelque chose de plus exceptionnel. Le temps semblait vouloir s'arrêter, sans laisser le temps d'un adieu, d'un dernier regard qui serait là pour embraser ce monde et en tracer le tout dernier portrait.
Le visage levé sur ce ciel sans vie, il le contemplait sans qu'aucune trace de la moindre émotion déguise son visage blafard. Deux perles bleues se dressaient face à ce monde sans couleurs, où seul le gris pouvait espérer avoir sa place. Étrange tableau que celui-ci. Ses longs cheveux, fins et lisses, descendaient jusqu'à son torse, épousant simplement les formes de son corps sans qu'il n'y ait rien pour les retenir. Leur pureté miroitait avec la pâleur de son teint et contrastait avec le rouge flamboyant de son uniforme. Que les rares passants qui pouvaient s'arrêter près de lui le sachent, le vieux commandor de la section informatique n'était pas mort et comptait bien retrouver sa fonction d'antan et face à l'air déterminé qu'il affichait, on n'était pas prêt de l'arrêter en si bon chemin.
Comme restes de sa torture, on ne pouvait plus que remarquer la canne dont il s'aidait pour marcher et les cicatrices qui se faisaient un chemin sur son visage et dans son cou, lui donnant un charme nouveau. Le reste était dissimulé sous l'uniforme et ses habits de toujours, c'était presque comme si rien n'avait jamais changé et qu'en ce frais matin, il se rendait un peu en retard à son travail. Une chose pourtant avait changée dans son expression, on n'y lisait plus la maladie qui rongeait son âme mais un air déterminé qui l'avait recouvert d'un voile opaque, cette volonté forte, quasi obsessionnelle qui avait depuis toujours rythmé son travail mais que ses ordinateurs pouvaient se vanter d'avoir vu plus souvent que n'importe quel homme.

L'homme s'était un peu égaré à l'extérieur pour respirer l'air frais et pur que l'on ne trouvait pas dans les endroits confinés tels que les souterrains ou son appartement. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas mis le nez dehors qu'il en éprouvait presque du plaisir. Pas assez néanmoins pour qu'il ne s'attarde davantage et ne reprenne son lent chemin jusqu'au RAR puis aux bureaux de sa propre brigade.
Comme d'ordinaire, on ne lui adressa pas la parole, on le regarda simplement avec curiosité, se demandant s'il allait réellement reprendre le travail ou s'il était mystérieusement convoqué par ses collègues ou le haut conseil et l'impératrice elle-même. Les journaux n'avaient pourtant pas parlé de cela, ne devrait-il pas être en train de se reposer et de récupérer après l'enfer qu'il avait vécu ? C'était visiblement trop lui demander que d'attendre encore et encore, le désir de reprendre le travail semblait se manifester ici sans qu'on ne puisse rien y faire ni rien avoir y redire.
Entre le RAR et les ascenseurs, le trajet ne fut pas long et il ne suffit que de quelques minutes pour qu'il se trouve dans le couloir qu'il avait pendant si longtemps parcouru. Arrivé devant la porte, il s'arrêta un moment pour caresser la paroi dure et lisse, instant de fragile émotion, il avait si longtemps brûlé à l'idée de ces retrouvailles qu'un sourire même se dessina sur son visage, trop fugace pour qu'un discret observateur le remarque.

Et puis, inspirant un bon coup, il poussa fermement la porte. A cette heure, on ne pouvait être qu'en retard et mieux valait ouvrir la porte avec délicatesse plutôt qu'avec violence. Aussi le geste attira l'attention et de nombreux visages se braquèrent sur la porte et la silhouette qui passait calmement son seuil. Le visage fermé, le regard froid se darda sur ces dizaines de paires d'yeux alors qu'il s'avançait lentement, au rythme des martèlements de la fine canne sur laquelle s'appuyait douloureusement son corps à chacun de ses pas.
Nul doute que ce fut la surprise qui se peignit sur chaque visage qui observait et ceux qui n'avaient pas daigné se tirer de leur rêverie ou qui étaient trop concentrés par leur travail finirent par se tourner aussi vers le nouvel arrivant alors qu'une voix brisa le silence qui n'était d'ordinaire ponctué que par le ronronnement des machines et le murmure des brigadiers.

Darek ? Qu'est-ce que tu fais là ?: Tu es censé te re-po-ser, lança froidement la voix du commandor par interim, visiblement mécontent de le voir ici, si tôt.

Darek. C'était bien Darek ? Leur Darek, celui que l'on nommait presque affectueusement Tratktutu quand ses oreilles étaient trop loin pour l'entendre ? Parmi tous les brigadiers, certains affichèrent un grand sourire ou un air soulagé de le revoir, d'autres avaient l'air moins contents de cette irruption soudaine. Avec l'étonnement d'une arrivée si soudaine, bien peu affichaient le masque sévère de l'indifférence.
Nelsen s'était levé pour rejoindre celui qui s'avançait vers lui difficilement.

Me reposer ? Cela fait des heures que je moisis dans mon appartement avec des gorilles à mes trousses. Je crois que j'ai pris assez de vacances et si je continue c'est d'ennui que je vais mourir, répliqua-t-il d'une voix rauque dénuée d'émotion, tranchant parfaitement dans sa neutralité.

Le silence s'était fait et la plupart s'étaient arrêtés pour observer la petite scène qui se déroulait sous leurs yeux, attendant de savoir si Nelsen allait se laisser faire ou s'il allait réussir à renvoyer le vieux commandor chez lui. On pouvait prendre les paris mais vu le caractère de chien dont pouvait faire preuve Darek et surtout sa détermination hors du commun à faire ce qu'il voulait, il y avait peu à gager qu'il se laisse convaincre par quelques excuses qui ne devaient avoir d'ailleurs aucun sens à ses yeux.
Pour les plus fatigués et les moroses, cet événement venait à point pour les réveiller et surtout les tirer de leur travail et ils pouvaient être certains qu'on n'allait pas leur remonter les bretelles tant que le conflit n'aurait pas été résolu.

Ça va, je peux quand même me dégourdir les jambes. Tu sais depuis combien de temps je suis en cage ? Oh je n'ai pas compté les jours mais pour moi cela se rapproche fortement de l'éternité. Et puis quitte à rester assis quelque part, autant que ce soit parmi mes brigadiers et que ce qu'il reste de mon cerveau soit encore utile. Je suis sûr que personne ne rechignera à ce que ma productivité serve la guilde plutôt que l'un de mes projets personnels considéré comme parfaitement inutile.

Ceci dit, il continua à avancer sans se soucier des regards insistants qui se posaient sur lui, dédaignant la présence de l'autre commandor en face de lui. Il le dépassa même pour se rendre en boitant vers la place qui depuis qu'on l'avait gradé était la sienne, celle occupée actuellement par Shane Lewis, le nouveau Traktueur.

Et puis ne fais pas comme si on ne se connaissait pas depuis des décennies, tu dois quand même savoir que même à moitié mort je sais encore travailler, je ne vois pas pourquoi je ferais une exception tout simplement parce que mes très chers amis les rebelles m'ont offert un traitement de faveur. Je n'ai pas supporté leurs techniques aussi farfelues que perverses pour me poser sur mon canapé et regarder en rêvassant les feux de l'amour à la télé. Et si tu tiens réellement à ma santé mentale, le mieux c'est que je reprenne le travail, que je retrouve une vie normale, n'est-ce pas ?

Comme si ta vie avait quelque chose de normal, répliqua-t-il avec mauvaise humeur. On a besoin que tu sois performant, pas que tu nous traîne dans les pattes en gémissant, on a bien géré les choses jusqu'à maintenant alors tu pouvais t'épargner tous ces efforts et prendre au moins quelques jours de plus pour te reposer. Mais soit, tu as toujours été plus têtu qu'une mule de toute façon, maugréa le jeune homme en jetant un regard glacial à tous ceux qu'il prenait en flagrant délit d'observation et d'écoute indiscrète lors d'un règlement de compte entre deux hauts gradés.

Darek s'était retourné pour observer Nelsen, il avait fini par plonger son regard dans le sien, attendant visiblement quelque chose qui traînait assez pour que l'impatience naisse dans ses yeux clairs. Son compagnon leva les yeux au ciel, exaspéré.

Quoi ? Tu ne vas quand même pas me dire que tu es parano à ce point ? Évidemment qu'on est dans le monde réel, tu veux que je te pince pour que tu sois sûr ? Ajouta-t-il sans cacher le moins du monde l'ironie qui transparaissait dans sa voix.
Non.

Cette simple réponse faillit venir à bout des nerfs de Nelsen mais alors qu'il s'apprêtait à lui lancer quelque chose d'acerbe ou une remarque bien placée, il choisit finalement de fermer la bouche et de se calmer. Il était rare de le voir perdre si facilement son apparente tranquillité d'esprit mais après tout Darek le connaissait bien à force d'avoir passé tant de temps avec lui et il devait sans doute connaître la corde sensible qui hérissait le poil du stratège.
Il se rapprocha de lui, murmurant les quelques mots dont il avait besoin, inutile cependant d'en offrir à tous le triste spectacle.

J'ai tué un homme ce soir
J'ai tué dans le noir et le brouillard j'ai tué aveugle et sourd
Aux cris illusoires

J'ai tué un homme dans un couloir
Perdu dans les ténèbres de ma mémoire étranger d'un univers
De plastique


Il faut toujours que tu en reviennes à lui hein ? Mais l'on n'est plus au temps de nos jeux vidéos et de nos expériences sur la réalité virtuelle, on est bien dans la réalité ici, murmura-t-il si bas que seul le destinataire pouvait entendre. Peut-être que ceux qui étaient vraiment tous proches eurent aussi droit à un léger aperçu de leur dialogue.
Mon plus grand espoir, ma plus amère déception.

Et puis, brisant cet instant fragile, il leva son visage ferme et observa les brigadiers autour de lui qui le regardaient toujours et qui avaient l'air d'attendre quelque chose.

Eh bien, puisqu'il me semble qu'il vous faut un discours... J'ai bravé les rebelles sans en obtenir aucun mérite ni rien de plus. Je n'ai aucune information valable pour que la guilde progresse dans sa lutte contre l'opposition et je ne vous cache pas que je m'en fiche royalement. Je suis de retour maintenant. J'ai eu assez de temps pour réfléchir à un nouveau système, un nouveau concept et les choses vont rapidement changer, il faudra vous y habituer. Si vous êtes méritants, vous y trouverez une place sinon vous en garderez une similaire. Je ne compte pas me lancer dans une traque effrénée contre ceux qui m'ont fait du mal, je n'y vois pas d'intérêt et ce qui compte davantage pour moi c'est que le système fonctionne toujours, avec ou sans moi. Ce système vous en faites tous partie, que vous le vouliez ou non, si cela vous dérange, je vous somme de partir d'ici et de ne plus jamais traîner dans mes pattes. On dit bien que je n'aime personne mais si je devais avoir une seule famille ce serait vous tous. Il y a un mois, un ou plusieurs d'entre vous m'ont trahi et m'ont livré aux rebelles en leur délivrant des informations et en créant une faille temporaire dans la sécurité de l'Aedes. Si vous tenez à la vie, je vous conseille de rejoindre dès ce soir les rebelles car je trouverai qui a fait ça et nul doute que la brigade anti-terroriste sera ravie que je lui fasse part de cette précieuse information. Maintenant vous pouvez reprendre votre travail, je ferai le mien en tant que commandor de la section informatique.

Le jeune homme parcourut un instant la salle du regard, s'assurant que chacun avait repris ce qu'il avait à faire et qu'il allait pouvoir à son tour reprendre son propre travail. Mais avant tout il devait s'occuper de quelques petites choses, donner ses toutes nouvelles directives.

Shane ? Appela-t-il de sa voix rauque qui trahissait sa faiblesse intérieure. Le jeune homme était près de lui, assis à son poste, celui que lui avait sans doute attribué Mathys. Il avait été sage de prendre cette décision. Non loin de lui se trouvaient les trois hommes dont il avait toujours la charge ainsi que tous ses membres d'élites qu'il aimait regrouper autour de lui pour plus de rapidité quand il devait annoncer quelque chose à haute voix. Le commandor n'aimait guère crier. Son dernier disciple s'était tourné vers lui et le regardait, attendant qu'il dise quelque chose mais Darek s'était arrêté dans son élan, l'observant avec insistance. Mon Dieu, tu as vu la tête que tu as ? Mathys ne s'est pas occupé de toi ? Je veux bien que tu fasses ton travail et que tu t'occupes du rôle de Traktueur mais ne pousse pas le zèle à me ressembler même dans l'apparence « zombie qui n'a pas dormi depuis des jours » ! Le commandor lança un regard qui se voulait réprobateur à Mathys mais quand il vit que celui-ci haussait les épaules du genre « je n'ai rien pu faire, ce mec est aussi obsédé et cinglé que toi » il se ravisa. Mathys m'a dit que tu t'es plutôt bien débrouillé et je vérifierai par moi même avant de faire un bilan avec lui. En attendant tu vas me faire le plaisir de sortir d'ici et de prendre du repos jusqu'à ce que tu sois en état de faire quelque chose en étant lucide et sans dormir à moitié. Prends plusieurs semaines s'il le faut mais je ne veux plus te voir pointer le nez ici ni même t'intéresser de trop près au travail de la brigade. J'ai besoin d'informaticiens compétents pas de mauvais imitateurs. De toute manière j'ai besoin de mon ordinateur, je n'ai pas eu le temps d'en faire un nouveau et après eh bien, tu pourras le prendre si tu le désire puisque tu l'utilise depuis longtemps. Tu te doutes que je vais reprendre mon rôle de Traktueur, je te contacterai pour t'expliquer la suite de ta mission et nous en reparlerons à ton retour.

Sans qu'il paraisse réellement souriant ou amical, ses mots avaient perdus de leur dureté et s'étaient faits plus doux. Il ne pouvait pas lui reprocher d'être aussi obsédé que lui par l'informatique mais il s'en voulait d'être responsable de l'état déplorable de son brigadier. Ah si seulement il avait pu être là pour s'assurer que tout allait bien... Il savait Mathys très compétent mais il n'était pas aussi attentionné que lui envers les brigadiers. On ne voyait presque jamais qu'il y faisait attention mais il veillait toujours discrètement, au moins concernant la santé de ses hommes.

Ah, et dites-moi qui est ce blond-là ? Tu es un nouvel arrivé ou tu as été transféré ? On t'a déjà formé ? Qui s'occupe de toi ici ? Demanda-t-il en choisissant de finalement s'adresser directement audit jeune homme dont le visage d'ange n'avait pas dû laisser indifférent. Pour cette raison il avait de fortes chances de croire qu'il s'agissait bien d'un nouvel arrivé mais depuis combien de temps ? Je suis Tristan Darek, le commandor que Mathys remplaçait, enchanté. Tu peux m'appeler Tristan.

Son regard s'attarda sur lui mais il ne s'occupa pas qu'il lui réponde immédiatement, habitué à ce que l'on ne suive pas son rythme affreusement rapide pour ceux qui ne le fréquentaient pas régulièrement et n'avaient eu le temps de s'adapter.

Je dois faire quelques vérifs et regarder de loin ce qui s'est passé en plus d'un mois. Cela vous laisse le temps de me faire vos rapports. Réunion de l'équipe de direction dans... disons une petite heure, ça devrait faire l'affaire.

Et si ce n'était pas le cas, tant pis pour ceux qui se feraient taper sur les doigts, Tristan n'était pas du genre à attendre ou à prendre de trop par la main ceux qui avaient déjà faits leur preuves. Le rythme allait de nouveau s'accélérer mais ce n'était pas comme s'ils avaient perdu l'habitude, n'est-ce pas ?
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Tristan Darek
~ Commandor ~
Section informatique


Camp : Guilde Impériale
Profession : Commandor de la brigade informatique
Âge réel : 107 ans
Âge d'apparence : Environ 27 ans

Compétences
Mémoire:
9750/10000  (9750/10000)
Compétence principale: Informatique
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Le retour de Traktueur Ier

Message par Aaron Smith le Sam 7 Mai - 8:09

1555 mots.

Aaron était tranquillement assis à son bureau. Enfin, son bureau. Plus exactement l'ancienne place de Shane. Installé sur son ordinateur (ou plutôt celui de Shane, cette fois encore), il fournissait le travail qu'on lui avait demandé. A savoir créer un forum avec des sections pouvant être sécurisées. Il n'était arrivé que depuis quelques mois, aussi n'était-il pas encore très utile aux brigadiers, et se contentait-il d'attendre et d'appréhender son ordinateur le mieux possible. Shane lui avait dit de faire de son mieux. Armé de ses codes, de ses doigts et de son esprit logique et retord en terme d'informatique, il tentait de créer une protection la plus complète possible, tout en sachant qu'elle serait détruite par son maître. Le simple fait de le retenir quelques minutes suffirait, de toutes façons, à rendre le blondinet heureux et fier de son travail, même si tout devait être recommencé plus tard.

Sa formation était magique depuis le début. Déjà, il s'entendait parfaitement avec Shane, qui était son ami, auquel il apportait un peu de réconfort et qu'il obligeait à se reposer de temps à autres. En plus, chaque instant passé sur l'ordinateur le ravissait un peu plus, et tout apprentissage lui semblait le plus beau des présents. Il n'avait pas d'affinité particulière avec les autres brigadiers, mais n'avait pas d'ennemis non plus, et il s'entendait avec tout le monde. Une vie tranquille et agréable, en soi. Ses nuits, il les passait en galante compagnie ou sur son ordinateur ; ses jours, il les passait avec son maître, à apprendre et progresser. Régulièrement, il passait au Sapientia, pour ses yeux et pour voir Kim, son parrain. Et ce rythme lui convenait parfaitement, de sorte que son sourire ravi ne disparaissait que pour laisser place à une moue concentrée tout à fait charmante, qui lui valait des regards envieux de ses collègues, pleins de désir ou de jalousie.

« Je vais nous chercher un café Shane, je pique du nez. Enfin, je vais me chercher un café, et je te prends un soda. »

Il savait que son maître n'aimait pas l'arrière goût amer du breuvage brun (si on pouvait vraiment parler de goût...), alors que lui-même en raffolait, aussi avait-il pris l'habitude de ne jamais lui en prendre. Mais quand il faisait le voyage jusqu'au distributeur, deux ou trois fois dans la journée, il aimait à en revenir chargé pour de bon, histoire de ne pas avoir à répéter son geste. D'une démarche souple et enjoué, il se glissa entre les bureaux, sans hésiter un instant sur la route à prendre. Il salua quelques brigadiers, offrit un sourire chaleureux à Mathys, qui le laissa quitter son poste sans broncher, et arriva enfin à son but. Trois minutes, le temps de récupérer une petite bouteille de soda et de se faire couler un café, et il faisait le chemin inverse, pour retourner à sa place. Il remarqua aussitôt que quelque chose clochait.

Tout le monde regardait vers la porte, et le tableau des expressions faciales était ravissant. La plupart des brigadiers souriaient, mais dans leurs yeux brillaient une lueur de dégoût, un soupçon de frayeur et une once de pitié. Certains se révélaient pleins de haine – à l'égard du nouveau venu, ou bien des rebelles ? - et il y en avait même qui peinaient à cacher leur dépit. D'autres, comme Shane, semblaient ravis de revoir l'albinos, quoique peinés par son état, et il y en avait qui, rejoignant l'avis de Nelsen, ne cachaient par leur désapprobation. En tous cas, cette arrivée ne laissait personne indifférent, et il ne fallait pas être un génie pour deviner qui était la source de tous ces émois. Tristan Darek. De retour de chez les rebelles. Ni plus ni moins que le véritable Traktueur, celui dont Aaron avait tant entendu parler.

Dévoré par la curiosité, il lâcha les visages tournés vers le nouveau venu pour se concentrer sur le personnage en lui-même. Il se disputait avec son second, et avait toujours le dernier mot, persuasif. C'était intéressant, cette capacité à négocier son retour, alors que tous ici étaient conscients de l'inconscience de ce geste. Silencieusement, passant inaperçu dans l'émoi, il retourna à sa place, posa son café et le soda sur le bureau de son maître et observa la scène. Il doutait d'avoir une quelconque importance aux yeux de Tristan, mais lui en avait aux siens, aussi se plaisait-il à le détailler. Ses longs cheveux blancs tombaient sur son costume rouge, le costume de commandor. Ils donnaient un peu de vie à un visage boursouflé, plein de cicatrices et de traces de tortures. Aaron n'osait pas imaginer l'état de son corps mais, infiniment curieux, il désirait ardemment le voir aussi. Il le devinait maigre, noueux, bien que le manteau le dérobe à sa vue. Sa jambe devait probablement être raide, réduite à l'état de bâton douloureux. Etait-il devenu laid, déformé à cause de son passage chez les rebelles ? Un frisson d'horreur glissa dans le dos d'Aaron, qui imaginait avoir à subir le même traitement.

Aurait-il tenu, torturé, massacré à petits feux ? Aurait-il résisté et gardé tous les secrets de la Guilde pour lui ? Il n'en était pas sûr. Pire encore, il n'en savait rien, ne pouvait pas s'imaginer l'horreur de la situation. Comment Tristan avait-il lutté contre sa souffrance ? S'était-il réfugié dans une haine féroce contre les rebelles ? Non, il avait l'air plutôt tranquille et calme. Avait-il pleuré, laissé ses larmes couler pour évacuer ? Loin de là, il semblait tellement fier qu'il était impossible de l'imaginer pleurant. Alors... Sans doute s'était-il enfoncé dans une sombre indifférence, et avait-il attendu sa délivrance. Cela, Aaron pouvait l'imaginer sans difficulté. Il était tellement calme et assuré, dans sa discussion et dans son allure ! C'en était impressionnant ! Sans doute le fait de se trouver dans un environnement auquel il était habitué facilitait son aplomb. Mais, d'ores et déjà, la blondinet l'appréciait.

Et voilà qu'il venait vers Shane, une fois Mathys soumis à son bon vouloir. Sa voix était rauque, faible, mais cela ne diminuait ni son assurance, ni son mérite. Il passa un savon à l'ancien nouveau Traktueur, critiquant son état. Par Joshi, s'il l'avait vu quelques semaines plus tôt, avant qu'il ne prenne Aaron en apprentissage ! Les progrès étaient immenses et flagrants, et le Nouvel Oublié avait du mal à imaginer comment faire mieux... Autant qu'il doutait voir Lewis quitter son ordinateur. Ce dernier aurait même pu prendre la mouche, devant les directives de son supérieur tout juste arrivé, s'il n'y avait pas eu ce ton paternel et protecteur, qui filtrait malgré des paroles rudes. Décidément, ce Tristan lui plaisait : c'était visiblement quelqu'un de bien.

Et voilà qu'on s'intéressait à lui, maintenant. Il aimait bien être au centre de l'attention, aussi son sourire amical et ravi était l'expression d'un réel sentiment de bonheur. Il était franc et sympathique. Et ce genre de mimique lui allait fichtrement bien.En revanche, il ne put dissimuler un froncement de sourcil déçu quand il entendit qu'on ne lui parlait pas à lui, mais bien qu'on parlait de lui, comme s'il avait été absent. Tristan se rattrapa toutefois vite à ses yeux, et en vint à lui poser des questions directes, qui attendaient réponses. Il parlait avec fluidité et aisance, et mettait son interlocuteur à l'aise. Aaron répondit donc avec simplicité, sans trop chercher ses mots, mais en prenant toutefois garde à ne pas faire preuve d'impolitesse, ou paraître impoli, ce qui l'aurait gêné au plus haut point, alors qu'il souhaitait tant faire bonne impression :

“Enchanté Tristan. Je suis Aaron Smith, nouvel oublié depuis 6 semaines. Shane me forme.”

Et à son tour, son interlocuteur se présentait... Démarche idiote s’il en est. Dans un sourire amusé, le Nouvel Oublié répondit simplement, mais avec franchise :

“Je sais.”

Il aurait été idiot de ne point comprendre... Mais voilà que, déjà, le malheureux torturé – qui n’avait pas l’air si mal en point ! – repartait comme une tornade pour ordonner un rapport sur tout ce qui s’était passé pendant son absence... Aaron se trouvait encore face à un bourreau du travail addict de son ordinateur, ou il ne s’y connaissait pas ! Souriant, il se tourna vers Shane, but une gorgée de son café, et lui offrit un sourire amusé, dont la signification profonde n’échappait à personne un tant soit peu observateur : “Alors, heureux ?”. Pas besoin de parler, pour dire ça. Mais le blondinet était sincèrement convaincu que voir son maître abandonner le douloureux rôle de Traktueur ne pourrait lui faire que du bien. Son sourire se transforma toutefois bien vite en une grimace douloureuse : il était toujours malade et, dopé aux médicaments, il avait la capacité de venir travailler sur l’ordinateur. Il n’avait pas dit à son maître dans quel état il était, et souhaitait le lui cacher le plus longtemps possible... Nul doute qu’il se serait fait morigéner de son comportement addict mettant en danger sa santé. Toutefois, il arrivait à tenir debout sans trop tanguer, et la fièvre avait assez baissée pour faire passer ses délires hallucinogènes. Tout allait bien, donc. Il soupira, et reprit une gorgée de café, en posant son regard sur le comandor de retour. Qu’allait-il bien pouvoir faire ? Pouvait-il lui parler de la rumeur qui circulait sur Lewis, dans les bureaux des informaticiens ?
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Aaron Smith
~ Brigadier Informatique ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Information
Âge réel : Tout beau tout neuf !
Âge d'apparence : La vingtaine, peut-être un soupçon plus.

Compétences
Mémoire:
500/10000  (500/10000)
Compétence principale: Informatique
Niveau de Compétence: Compagnon

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Re: Le retour de Traktueur Ier

Message par Shane M. Lewis le Sam 7 Mai - 23:47

    Il n’était pas possible d’être dans un tel état. Shane avait lu au Journal Officiel un peu comme tout le monde qu’une grippe sévissait en Nosco. Ca avait certes eu le dont de l’intriguer. Il avait d’ailleurs vu sur Alpha une grande partie de la population qu’inquiéter de la situation. Il avait un peu entendu tout et n’importe quoi. En fait surtout du n’importe quoi. Bref, passons. S’il avait pensé pouvoir passer entre les mailles du filet, il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Il s’était senti fiévreux au réveil. Il avait premièrement pensé que c’était les bras de Silvio qui l’avaient rendu si brûlant, mais à 10A.M. les effets persistaient encore et toujours. Cela faisait une petite semaine que son homme était malade. Parfaite quiche en médecine, Shane ne savait véritablement pas quoi faire, si ce n’est veiller sur lui, lui mettre un linge humide sur le front, lui apporter ses petits cachets et se blottir tout contre lui pour lui apporter du réconfort. Silvio avait toutefois été très courageux. Malgré sa maladie, il avait tout de même été braver les rebelles pour aller chercher Tristan. Enfin, il semblait logique qu’à force de câliner et d’embrasser Silvio, il finisse par attraper son mal également. Ce qui était chose faite à présent. Il se sentait fébrile et un rien l’irritait. Ce qui promettait une ravissante journée en perspective.

    Une semaine après l’apparition de ses premiers symptômes Shane était encore fidèle au poste. Il était véritablement têtu comme une mule lorsqu’il le voulait. Et en l’absence de Tristan, il était hors de question qu’il laisse le réseau Guildien à portée de main des rebelles. Ce n’était qu’une grippe que diable ! Mathys allait finir par se tirer une balle dans la tête. Shane avait tout d’abord refusé de se mettre en arrêt de travail alors que sa maigreur et son manque de sommeil avaient fait de lui un fantôme avant que Kim et Aaron ne le prenne en charge. Et maintenant qu’il reprenait des forces, il y avait cette grippe et Shane gardait cette même obstination à vouloir aller travailler. D’ailleurs, Shane n’entamait pas cette grippe dans les meilleures conditions physiologiques qu’il soit. Il était encore légèrement amaigri et son teint avait retrouvé une couleur grise avec cette foutue maladie qui allait plomber tout Nosco.

    Il pointait son nez encore aujourd’hui et prenait avec lui ses trois hommes (ceux que Tristan avait mis sous sa direction depuis quelques temps déjà et Aaron qui était un cas un peu spécial. Il était en premier lieu un apprenti. De ce fait Shane ne pouvait pas lui demander d’accomplir le même travail qu’aux trois autres. En second lieu, il était SON apprenti, et c’était en ce petit mot qui change tout que résidait sa plus grande fierté. Il n’avait pas un instant regretter avoir accepté de prendre sous son aile ce petit blond là. Il était tout bonnement formidable et avait un véritable talent qui, après quelques années de formation se révélerait être un petit trésor. Là où d’autres seraient encore en train de s’extasier du lien qu’il y avait entre la souris physique et le petit curseur en forme de flèche qui apparaissait sur l’écran, Aaron était sur alpha en train de fabriquer un forum de toutes pièces. Lewis jetait parfois quelques coups d’œil rapide sur le jeune homme pour voir comment il se débrouiller. Il ne lui donnait pas vraiment de conseil. Si Smith avait besoin de quelque chose, il le demandait. Shane s’était résolument décidé à ne plus être un papa poule trop protecteur et étouffant. Bébé oiseau Ronron allait devoir voler de ses propres ailes et Shane espérait que son apprenti avait relevé la différence du niveau de difficulté que mon brigadier lui imposait depuis quelques jours déjà. Un mot d’ordre : débrouille-toi ! Et Aaron se débrouillait à merveille.

    Shane regardait encore l’écran de Traktueur, un rôle qu’il avait subitement endossé sans en connaitre si Eve ni Adam. Il fallait croire que ça devait être inné que de devenir Traktueur pour quelqu’un qui avait toujours travaillé dans les ordinateurs : dix ans à Nosco dans ce même corps de métier. A cela on pouvait ajouter, mais dans l’ombre et le silence du secret uniquement, que Shane avait été officier de la Police Départementale de New York et qu’il semblait déjà être autrefois un prodige du clavier. Il avait été donc facile pour Lewis de manier la souris avec dextérité. C’était comme s’il retrouvait de vielles habitudes. C’était comme savoir faire du vélo, ça ne s’oubliait pas. Shane avait retrouvé ses marques rapidement devant un ordinateur, comme s’il ne s’était jamais arrêté. Il se voyait (d’une autre manière, certes) un peu en Aaron, surtout à ses débuts, lorsqu’il avait retouché la première foi à un outil informatique. Ca avait juste été magique. Et puis, Aaron n’était pas seulement doué pour utiliser la base informatique, il était aussi doué en cryptologie et en décryptologie. Shane l’y avait mis déjà de nombreuses fois au défis et Aaron brillait de milles feux. Alors non, Shane ne regrettait absolument pas le jour où il avait dit oui à Kim (je parle de l’accord de former Aaron bien évidement). Il se donnait sans compter dans l’apprentissage d’Aaron, car il savait que cela valait le coup. Aaron s’était entrainé avec l’échiquier que Shane lui avait offert ? Peut-être qu’il aurait l’occasion de le combattre à nouveau sur cette tablette virtuelle. Le champ de bataille promettait d’être saignant… Enfin lorsqu’il aurait recouvré une meilleure santé. Parce que pour le moment, il n’avait véritablement pas toutes ses capacités mentales pour ce genre de choses.

    Cela faisait deux semaines que Tristan avait été sorti hors des griffes des rebelles. La nouvelle avait réjouit Shane, qui avait appris quelques jours à l’avance qu’une libération en bonne et due forme se profilait tout doucement. Aucun piège n’avait été prévu, tout se déroulerait comme prévu. Pas besoin de faire couler du sang à nouveau, tant avait déjà été versé. Si Shane l’avait su par avance, c’est parce que l’homme en responsabilité de l’échange côté Guilde n’était autre que Silvio Anthelmios, qui plus que de partager son appartement partageait aussi sa couche (et sa douche dixit Kim) (et des sentiments dixit Silvio en pleurant). Et sur l’oreiller, les sujets n’avaient jamais vraiment manqué avant le sommeil réparateur. Mais l’inquiétude l’avait gagné lorsqu’il avait vu l’état dans lequel on avait ramené Tristan. Il avait été rendre visite à son commandor au Sapienta. L’homme aux cheveux blancs étaient alors dans le coma, et les seules cicatrices présentent à son visage lui avait fait comprendre quel genre de tortures celui-ci avait bien pu subir. Est-ce que Tristan se relèverait un jour ? Son pauvre petit cœur sensible avait été tourmenté de doutes et il craignait parfois de pire. Aussi ne s’était-il pas attendu à voir Tristan revenir de sitôt.

    Mon brigadier leva ses yeux clairs, par-dessus ses lunettes rectangulaires qu’il portait lorsqu’il était devant un écran. La foule avait soudain parlé plus fort et était parvenue à le sortir de ses pensées plus ou moins lointaines. Et là, il le vit, Tristan. Debout, vivant, de toutes évidences avec toutes ses capacités mentales. Bien amoché certes, mais avec le temps, les cicatrices disparaîtraient peut-être, ou tout du moins, elles s’atténueraient. Il n’y avait aucun besoin de se faire de soucis là-dessus. Il entendit Mathys Nelsen commencer à protester contre le retour imprévu de Tristan, retour qui, s’il comprenait bien les propos du commandor par intérim, se passait un peu trop tôt à son goût. Un petit sourire était néanmoins apparut sur les lèvres de Shane, illuminant son visage de zombi. Il était là : Tristan Darek. Il était là et il se portait assez bien. Shane avait déjà vu le commandor dans un pire état pour tout dire, surtout lorsqu’il ne marchait plus qu’à la caféine…

    Le discours vint et Shane n’avait pas bougé de sa place. Ses doigts étaient toujours sur le clavier, figés (avec un peu de chance, il était resté sur la touche K). Il restait néanmoins bloqué sur deux informations : l’une touchante, l’autre haïssable. Sa famille, c’était eux. Et Shane en était troublé. Il n’avait jamais songé que Tristan avait une telle vision de sa brigade. C’était presque émouvant. Et non, Shane ne versait pas sa petite larmichette ! Il sentit une sorte de courroux : un traître qui avait osé balancer. C’était horrible. C’était abominable. Et cela expliquait certaines choses. Notamment que Virulino ait disparu sans laisser de traces. Jusque là, Shane n’avait jamais pensé que quelqu’un au sein de cette brigade informatique ait pu commettre un tel acte. Alors les mots de Tristan lui glacèrent le sang. Shane était en colère, néanmoins, ce n’était pas encore visible sur le visage de mon brigadier, son sourire ne dépérissait pas : il était véritablement heureux de revoir Tristan sur pied. Enfin il boitait un peu, mai ça pouvait avoir son charme… Ou pas. Enfin, Tristan avait toujours su faire de ses lacunes une force, car il était obstiné.

    Lorsque Tristan arriva vers lui en lui adressant la parole, son sourire s’étira, mais ce fut bien vite fini lorsque Tristan se figea et dévisagea Shane. Mon brigadier se demanda ce qu’il pouvait bien avoir sur la figue pour qu’on le regarde de la sorte. La réponse ne tarda évidement pas à venir. En effet, plus qu’une simple fièvre et un état fébrile, il avait la migraine et le tournis (ce qui ne se voyait pas vraiment de l’extérieur) ainsi qu’un visage pâle qui ne pouvait dissimuler parfaitement une maladie. Et puis vint le moment où Shane se fit congédier. Il cligna des yeux perplexe. Riposter ne serait pas forcément une très bonne idée. Même une mauvaise idée. Il baissa les yeux sur son écran et ses doigts tapèrent sur le clavier pour fermer les différentes fenêtres qu’il avait ouvertes. Il en laissa néanmoins une ouverte, un document qui aurait pu paraître banal s’il ne s’agissait pas des documents que Tristan lui avait demandé de lui apporter lors de son premier défi. Défi qu’il avait d’ailleurs abandonné lorsque Tristan l’avait invité à ouvrir les portes d’Oméga. Mais il avait repris le projet par la suite. La conclusion était sans appel, il s’agissait du document que Tristan demandait et que Shane avait trouvé tous justes deux jours après le départ du commandor.

    Il se leva alors, pris ses quelques affaires personnelles qui trainaient là. Ce n’était ni photo ni autre babiole inutile, Shane n’était pas très matérialiste. Il s’agissait simplement de son téléphone et de son ordinateur portable, sans plus. Prendre du congé… Mais comment allait-il bien pouvoir tenir enfermé dans son appartement sans travailler ? Il appréhendait déjà la chose pour tout dire et attendait déjà le soir où Silvio rentrerait et où il pourrait se jeter dans ses bras. Shane savait qu’il n’était pas viré à proprement parlé, Tristan était inquiet pour sa santé et prenait les mesures nécessaires. Aaron ne tarda pas à se présenter à Tristan. A vrai dire, Shane n’avait pas encore placé la moindre parole pour le moment, ce ne fut qu’à cet instant qu’il rajouta :

    « Aaron fait des progrès considérables depuis son arrivée, des progrès bien plus évolués que pour un oublié lambda… Du moins, en matière d’informatique. Aaron, je pense que tu vas pouvoir rentrer chez toi, à moins que tu ne souhaites poursuivre ton travail ici. Je te reste contactable. Bonne journée Commandor. »

    Termina-t-il à l’adresse de Tristan, avant de tourner les talons et de rentrer chez lui. C’était sommes toutes les seules paroles qui franchirent ses lèvres. Il n’était en fait absolument pas disposé à de plus longs discours. Il était heureux d’avoir retrouvé son commandor et il n’y avait eut qu’à lire sur son visage toute la joie que lui inspirait son retour. Il était las à présent, et du repos serait le bienvenu. Sans nul doute qu’il avait passé le mois le plus prodigieux et le plus épuisant de toute sa carrière jusqu’à ce jour et il espérait à avoir à faire à d’aussi belles expériences dans un avenir plus ou moins proche.

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Shane M. Lewis
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Re: Le retour de Traktueur Ier

Message par Tristan Darek le Dim 29 Mai - 0:29

Une fois la surprise de son retour passée, les gens s'étaient replongés dans leur propre boulot, sans doute parce qu'ils n'avaient pas vraiment envie de se faire sermonner, surtout quand ils voyaient à quel point aujourd'hui Darek n'avait pas envie de s'attarder à régler ce genre de petites broutilles. C'était plutôt compréhensible, on se doutait bien qu'il n'avait qu'une seule envie : retrouver son boulot, chose la plus importante pour lui qui depuis des décennies ne semblait vivre pour rien d'autre. Avec cette torture, les souvenirs devaient être horriblement frappants, sans doute espérait-il les noyer dans sa concentration, éloigner ainsi le spectre malfaisant des rebelles.
Le commandor fut heureux que Lewis accepte sa mise à pied sans broncher, il ne se préoccupait pas qu'il lui en veuille, il serait au repos assez longtemps pour comprendre qu'il ne voulait que son bien et non se passer d'un élément qui commençait à prendre de l'importance pour son système. Ce mois passé dans sa geôle lui avait au moins donné un peu de temps pour réfléchir à diverses choses et ces derniers jours il avait préparé son retour, profitant du travail de Kim pour lui fausser joyeusement compagnie. A ce soir il serait content de retrouver l'appartement froid, sombre et surtout désert ! Qu'il s'y attende, ce soir il ne serait pas là pour chauffer le lit, il avait dormi bien assez longtemps et l'on avait besoin de lui autant qu'il avait besoin de son travail. S'il réfléchissait un peu, il comprendrait que c'était son meilleur remède et il le laisserait tranquille. Il l'espérait sincèrement, qu'on lui mette encore des bâtons dans les roues et il deviendrait fou, il n'en pouvait plus de toutes ces images, de tous ces cris, ces douleurs, ces souvenirs, en un mois il avait pu ajouter une bonne dose de malheur à sa misérable existence et fêter le retour en force de tous ses vieux démons, si bien qu'il se demandait encore ce qu'il pouvait bien faire là, debout sur ses deux jambes, à croire que son désir de survie était plus fort que tout. Maudit enfer.

Alors qu'il s'asseyait en face de son ordinateur, bénissant presque ce moment, il porta son attention sur ce nouvel arrivé. Six semaines, le monde était cruel, il avait dû arriver à peine quelques temps après qu'il soit enlevé, peut-être même était-il apparu à cet instant précis.

― Aaron... Ah c'est toi le jeune apprenti dont Kim m'a tant parlé...On se connaît déjà un peu alors... dit-il comme s'il pensait à voix haute. Reste ici et continue ton travail, Shane n'est plus là mais on ne va pas suspendre ta formation pour autant.

Son visage ne le regardait plus, il s'était tourné vers l'écran et ses mains s'étaient placées machinalement sur le clavier, ses doigts étaient même en train de taper des mots à une allure rapide, peut-être pas autant que dans ses meilleurs jours mais il n'avait pas l'air d'avoir trop perdu la main. Il semblait pourtant autant concentré sur son travail que présent dans ce qu'il disait au nouvel oublié.

― Non... Fais-moi d'abord un rapport détaillé de tout ce que tu as fait depuis le début de ta formation puis finis ce que Shane t'as demandé de faire. Je vais reprendre ta formation et il est parfaitement inutile que je te réapprenne ce que tu sais déjà, enfin... à vrai dire je ne sais pas ce que vaut Shane de ce côté-là.

C'était comme une libération de pouvoir enfin reprendre ce qu'il faisait depuis si longtemps, de se retrouver dans une journée normale où il pouvait se dire que tout allait bien, que rien de grave n'allait arriver et surtout que lui, il pouvait oublier le temps de quelques heures tout ce qu'il s'était passé. Espoir vain ? C'était sans doute vrai, il lui fallait vérifier ce qui était arrivé pendant son absence et cela le ramenait forcément à des souvenirs qui le rendaient plutôt amer.
Pourquoi fallait-il donc que ce soit là, toujours là ? Pour une fois il pouvait se déclarer totalement innocent, qu'avait-il fait d'autre mis à part un travail qu'il pensait juste et faire partie des gens dont on voulait la tête ? On avait vengé les rebelles pris par sa faute mais savaient-ils quel était le nombre exact ? Connaissaient-ils le poids qu'il portait déjà ? S'il y avait quelqu'un qui ne se souciait pas de l'ampleur du mal qui le rongeait, c'était bien les rebelles et il leur en voulait pour ça, il leur en voulait de n'avoir jamais cherché à le comprendre, peut-être pas tous, mais la plupart n'avaient preuve que d'une rage démesurée envers lui. Comme l'humanité pouvait être monstrueuse parfois...

― Oh et puis apporte-moi un café, ajouta-t-il après un long silence, cette fois un peu plus perdu dans ce qu'il faisait puisque visiblement l'ordinateur avait bien plus d'attrait pour le geek qu'était Tristan que le beau jeune homme qu'il avait non loin de lui.

― Règle n° 1 : fort et sans sucre, murmura le brigadier à côté d'Aaron, apparemment rempli de bonnes intentions, assez bas pour que le commandor ne l'entende pas, sauf si tu as envie qu'il te le crache à la figure. Si si je te jure il l'a fait une fois. Bon ok en général il se contente de le jeter sur l'étourdi.

C'était plutôt bien qu'il y ait ce nouvel oublié maintenant, il fallait dire que les nouveaux à la brigade informatique ça n'arrivait pas si souvent – bien qu'ils étaient plus nombreux qu'il y a quelques décennies – et que la perspective d'une formation ne pouvait que le réjouir. Il avait toujours aimé transmettre son savoir, peut-être n'était-il pas le meilleur des professeurs mais il avait au moins sa passion pour emballer les autres et leur donner envie de continuer et puis il les poussait toujours vers le haut, pour qu'ils ne soient pas seulement de bons éléments mais qu'ils aient aussi l'ambition et la motivation qu'on cherchait tant pour remplir les hauts postes de la guilde.
Si Kim ne lui avait pas menti, le blondinet était même plutôt prometteur bien qu'un nouvel haussement d'épaules de Mathys quand il l'avait interrogé du regard ne l'avait pas vraiment conforté dans ce pronostic. Mais le commandor savait bien ce qu'il se tramait ici, malgré que son équipe se soit donnée à cent pour cent dans le travail et qu'ils aient accumulé plus d'heures que d'ordinaire, ils avaient tous été débordés et des sujets de moindre importance comme Aaron Smith n'avaient pas attiré plus que ça leur attention. C'était donc l'excuse parfaite qu'il lui fallait pour qu'on ne le force pas au repos : on avait trop besoin de lui et il allait assez bien pour le faire aussi bien que d'ordinaire. Au pire il harcèlerait Kim pour que celui-ci dise que travailler l'aiderait à remonter la pente, dans un rapport ou quelque chose comme ça. Il était prêt à n'importe quoi pour qu'on ne l'arrache pas à son ordinateur et quand il était possédé par une telle détermination, il était bien difficile de le détourner de son chemin.

On le savait assez ici pour que personne n'ait songé à insister plus que ne l'avait fait Mathys, même quand on avait un argument de poids tel que la grippe qui trainait ces derniers temps et décimait les rangs de Nosco, même dans leur propre brigade. Le commandor avait certes un santé fragile mais c'était loin d'être le genre de choses dont il se préoccupait. Inconscient était un mot bien faible pour décrire son comportement.

Le commandor s'était tu depuis quelques temps et si on lui avait parlé ou que l'on était passé à côté de lui, il n'avait rien entendu, comme s'il était entré en transe avec son ordinateur et que rien ne pouvait l'arracher à ce monde qu'il avait en partie contribué à créer. Il avait commencé à s'informer rapidement sur le travail qui avait été fait et les attaques récentes mais il avait rapidement laissé tomber pour se consacrer à ce qu'il aimait le plus : créer un tout nouveau système, très complexe, très difficile à comprendre mais qui serait bien mieux que les autres. C'était con finalement que Shane soit si mal en point et qu'il y ait cette épidémie pour supprimer quelques-uns de ses meilleurs éléments. Cette foutue épidémie dont Kim n'avait cessé de lui parler, préférant rabâcher encore et encore pour être sûr qu'il ait écouté au moins une fois la totalité des informations les plus importantes. Tant pis, il nota dans sa tête qu'il fallait envoyer un mail à Shane pour lui préciser qu'il n'était pas exempt du rapport demandé à tout le monde et s'il allait un peu mieux il lui ferait part de leur progression et il lui permettrait peut-être même de travailler un peu chez lui. Tristan avait des projets pour lui et il était sans doute temps de commencer à entrer dans le vif du sujet, il avait réussi brillamment à tous ses tests jusqu'à maintenant et il ne pouvait s'empêcher d'être fier du jeune homme. S'il continuait comme ça il irait loin.
Mais bien vite il oublia son apprenti, plongé dans son écran noir rempli de caractères blancs, le projet d'un nouveau système qu'il avait commencé à élaborer chez les rebelles, l'ironie du sort faisant qu'ils ne l'avaient pas dénué de créativité, il aurait même pu avouer qu'ils avaient parfois réussi à l'inspirer.
avatar
Tristan Darek
~ Commandor ~
Section informatique


Camp : Guilde Impériale
Profession : Commandor de la brigade informatique
Âge réel : 107 ans
Âge d'apparence : Environ 27 ans

Compétences
Mémoire:
9750/10000  (9750/10000)
Compétence principale: Informatique
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Le retour de Traktueur Ier

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