Soins pour un médecin

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Soins pour un médecin

Message par Kim van Berghen le Mar 10 Mai - 20:37


Il était finalement arrivé bien plus tard au Sapientia, que toutes les prévisions qu’il avait pu faire. Kim n’avait même pas prit le temps de repasser chez lui, ou de se prendre une douche, ce dont il manquait pourtant cruellement. Néanmoins il considérait que ça aurait été une perte des précieuses minutes qu’il avait déjà laissé s’égrainer sans pouvoir les retenir. Maintenant il allait devoir courir après elle pour rattraper son retard, et il détestait ça. Etre pressé alors qu’il avait déjà les idées complètements chamboulées, et qu’il s’était levé relativement tôt. Il remerciait le ciel d’avoir au Sapientia un casier où il avait laissé quelques affaires, de quoi se changer en cas de problème ainsi que des douches. On ne savait jamais ce qui pouvait se passer, ou exploser que ce soit dans les laboratoires ou dans les étages supérieurs. A quoi bon repasser chez lui dans ces conditions ? Non, surtout qu’il aurait été plus que tenté de se morfondre sur les évènements et de se glisser sous les couettes pour un repos mérité, pourtant il ne le méritait pas encore… Il y avait toute une journée de travail qui l’attendait. Ah oui, la grippe, l’épidémie ne faisait que se propager de jours en jours et cela ne risquait pas d’aller en s’améliorant…

Heureusement il n’y avait pas grand monde dans le hall, surement grâce à Joshi dans sa grande miséricorde. Au point d’information, celui que l’on aurait pu facilement confondre avec celui de l’Intendo, une jeune femme attendait, prête à renseigner les gens un sourire posé sur les lèvres pour sembler plus accueillante et désarmer l’agressivité possible des patients. Pourtant l’expression de joie fondit comme neige au soleil lorsqu’elle aperçu le médecin, non pas qu’ils aient un quelconque différent… mais elle avait immédiatement prit un visage inquiet et avait questionné d’une voix légèrement plus aigue que d’habitude : « que se passe-t-il ? Ca va ? ». Van Berghen en avait profité pour afficher un petit sourire rassurant et affirmer d’un ton qui semblait sincère.

Oui, oui tout va bien… J’ai juste… Enfin… Arsène Applegate est déjà arrivé ?

La jeune Océane hocha la tête en continuant de le dévisager comme s’il sortait des sous-sols désaffectés, ce qui devait certainement y ressembler. Et encore il avait été heureux et chanceux de pouvoir se passer de l’eau sur le visage pour nettoyer rapidement les quelques blessures qu’il avait reçu. Cherchant une explication crédible Kim se passa la main droite dans ses cheveux encore humides.

Je… ce fut une longue matinée… Mais je vais bien. J’ai juste besoin d’Arsène. Tu pourrais lui demander de me rejoindre en salle de consultation A101 ?

Il confirma d’un mouvement de tête que c’était bien celle juste à côté des douches, espérant que le nouvel arrivé pourrait trouver son chemin sans problème. Puis il remercia la vive et agréable jeune femme et lui souhaita une bonne journée en lui demandant de faire disparaître cet air alarmé de son joli minois, car après tout il n’était pas en sucre et la douche l’aiderait à aller mieux et ne le ferait en aucun cas disparaître… La blague sembla fonctionner, car elle sourit à son tour, reprenant son air charmant. Bon aucun doute qu’elle avertirait ses collègues et papoterait toute la journée sur son cas, mais il ne pouvait pas l’empêcher, ni donner une vraie explication. Il s’en alla donc d’un pas rapide vers les sous-sols de bâtiment qui accueillait les douches et leur eau chaude…

[Ellipse temporelle]

Une fois fini, cheveux plus ou moins sec, car ce n’était pas facile avec seulement une main, il prit le temps d’enfiler de nouveaux sous-vêtements et un pantalon qu’il avait attrapé en passant devant son casier. Quand à son haut il avait renfilé l’ancien, pas la peine de salir le nouveau avant de s’être fait soigné… D’ailleurs voilà son docteur qui arrivait. Kim l’interpella pour qu’il ne prenne pas un mauvais chemin.

Bonjour Arsène. La forme ?

Il s’approcha du jeune homme et lui posa une main sur l’épaule.

Tu ne devineras jamais… Je t’ai trouvé un patient, pas trop grincheux, consentant pour que tu testes même en échouant, et pas trop peureux… Ca te tente ?

Bon, ce n’était pas vraiment une question. Certes si Arsène avait refusé il aurait demandé à quelqu’un d’autre, mais il fallait bien qu’un jour ou l’autre l’apprentissage commence et on ne pouvait pas juste travailler la théorie… Un peu de pratique n’avait jamais fait de mal à personne… enfin en médecine certainement que si mais… Autant commencer par des patients conscient des risques et pourtant consentant.

On a la salle A101. Sinon quoi de beau à raconter ?

L’avantage et le gros désavantage d’Arsène était qu’on ne pouvait déchiffrer ses pensées sur son visage, et vu que Kim ne lui laissait même pas le temps de placer un mot, le pauvre ne pouvait pas vraiment s’exprimer. Toutefois c’était presque volontaire, puisque le scientifique préférait être dans la salle, dans une confidentialité toute relative à cause des caméras, mais au moins pas à la portée de toute les oreilles, pour pouvoir parler un peu plus calmement avec son filleul. Une fois entrée et la porte fermée, il alla s’asseoir directement sur la table d’auscultation et attendit les instructions d’Arsène tout en indiquant.

Imagine que je suis un patient lambda qui pourrait venir au Sapientia, et moi je jouerais le rôle…

Au moins n’aurait il pas à simuler les blessures. En effet vu qu’il avait une blessure profonde d’au moins cinq centimètre dans l’épaule droite, une arcade sourcilière explosé et la lèvre inférieure blessée… Non, au moins Arsène pourrait avoir de la pratique… Encore fallait il qu’il se débrouille pour deviner là où il était blessé, même si vu les traces de sang ce n’était pas si compliqué à remarquer. Quand aux explications… Il attendait un regard interrogateur ou une question directe, qu’est ce que choisirait Arsène pour ne pas « brusquer » le patient et le mettre en confiance ? Comment réussirait-il à se montrer sympathique sans être trop compatissant ? Pourrait il se montrer professionnel et donc pas trop preneur à partie malgré ce qu’on lui dirait ou ce qu’il verrait ? Il se devait pourtant de marquer un trait, de dresser une barrière entre sa vie privée et le monde du travail.

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Re: Soins pour un médecin

Message par Arsène Applegate le Mer 15 Juin - 20:08

Les couloirs bourdonnaient quelquefois de rumeurs, relatives aux conflits intérieurs, aux menaces extérieures, et qu’Arsène ne comprenait pas toujours. Une intuition lui avait pourtant pressé le cœur ; ce devait être dans l’air, un parfum de danger, un écho que renvoyait l’éloignement de Karlovy – celle qu’il ne cesserait sans doute jamais de considérer comme une entité providentielle. L’ignorance et le mystère, de façon croissante, l’empêchaient d’éprouver un sentiment de sécurité ; ce n’était pas l’affaire d’un poids dans le dos qui pousse à regarder par-dessus son épaule, non, c’était autrement plus insidieux, l’impression qu’il avait plus de choix qu’il n’y paraissait, qu’il aurait pu se trouver ailleurs, qu’il…

Un sourire avec un peu d’ombre suspendit soudain le cours de ses réflexions alarmantes ; Kim l’attendait en salle de consultation A101. Ce n’était pas ainsi qu’ils se retrouvaient ordinairement ; s’agissait-il d’un nouveau cas, d’une poursuite particulière de l’apprentissage ? Il remercia Océane d’un hochement de tête et s’engagea dans le couloir qu’elle lui avait serviablement désigné, le pas tout de même ralenti par l’hésitation. L’établissement lui semblait toujours gigantesque et il ne s’était pas encore tout à fait accoutumé au vaste réseau de salles. Ainsi l’apostrophe de Kim fut salutaire, comme sa présence, comme sa personne lorsqu’Arsène doutait – un opium sans risque, une échappatoire qui laissait l’oppression loin derrière.
Cette fois pourtant, la toile blanche de leur quotidien commun fut violemment barrée d’un large trait noir. Un instant, le souffle d’Arsène fut coupé, et il ne répondit rien. Le ton badin de Kim ne suffit pas à le rassurer, ni même sa main, lui regardait fixement la tache sombre qui maculait son habit au niveau de l’épaule gauche. Puis son visage, sévèrement abimé à l’arcade sourcilière. Sa joue entaillée, sa lèvre fendue.
Avec quel animal avait-il donc traité ?

Arsène, toujours silencieux, franchit lentement le pas de la porte, qu’il referma derrière lui. La musique de la voix de Kim, qui l’empêchait de toute façon de rétorquer quoi que ce fût, cherchait en vain, semblait-il, à anesthésier ses craintes ; trop tard, ses appréhensions ne lui paraissaient plus tout à fait infondées. Il vit son parrain s’installer, et ses paroles prirent sens de façon percutante : il faudrait le soigner. Laisser ici le cœur, l’affection, laisser là l’inquiétude, l’hésitation. Si son visage n’exprimait rien, son silence, lui, pleurait fort. Arsène se surprit à en vouloir un peu à son parrain. Il comprenait le but de la manœuvre, mais trouvait cruel qu’il lui infligeât ainsi ce schéma situationnel ; il aurait souhaité temporiser, repousser l’échéance rien qu’un peu, avant de se souvenir avec amertume que les circonstances étaient sérieuses. Kim, tu es blessé.
Il déglutit péniblement. Le long de sa gorge, sous son menton, l’anxiété roula, s’affaissa, remonta avec lourdeur. Imagine que. Était-ce donc si simple ? L’expérimentation le ravissait ; mais à tort, il s’était toujours attendu, pour commencer, à quelque chose qui l’engageât moins affectivement.
Il approcha, vit en l’évier, tout près, une échappatoire utile. Il se lava énergiquement les mains et les avant-bras, se sécha et enfila des gants médicaux. Ses mouvements avaient quelque chose d’incisif qui, chose rare, tenait plus de la nervosité que du professionnalisme.

Arsène fit face à son parrain et eut un soupir expressif, qui signifiait qu’il acceptait de se plier à l’exercice. Mais il sentit à l’intérieur de lui un manque, un néant, comme si la complexité et la nouveauté de la situation l’avaient laissé démuni. Les battements de son propre cœur attirèrent son attention sur l’insuffisance qui le prenait soudain. Et de telles lenteurs finirent par l’exaspérer. Il fit quelques pas vers son parrain, se refusa à le vouvoyer, quand il se l’imposait pourtant avec ses « patients » :

Bonjour, Kim. S’il n’était pas trop peureux, Arsène voulut retourner qu’il était, lui, presqu’étouffé par la crainte d’un faux pas. L’anxiété ne lui permit pas de nourrir la conversation, de faire illusion, et sans doute fut-ce mieux ainsi : il alla droit au but. Tu… Tu me sembles sévèrement amoché, et ce ne peut être l’œuvre d’un chat, n’est-ce pas ? Il va falloir retirer ton haut – je peux t’y aider. Me dire également où tu as mal – s’il y a quelque chose que je ne suis pas en mesure de voir – et… éventuellement… ce qu’il s’est passé.

Il eut un regard lourd de sens : la dernière question n’était pas celle d’un médecin, mais celle d’un homme inquiet, et il se fichait bien de commettre par là une erreur. L’expérience servirait probablement à fixer ses propres principes.
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Re: Soins pour un médecin

Message par Kim van Berghen le Jeu 16 Juin - 0:15

On pouvait sentir la gêne d’Arsène, il semblait retourné, voir presque bouleversé. Etait-ce à cause de sa demande qui semblait presque un ordre puisqu’il ne lui laissait pas vraiment le choix ? N’avait il pas comprit qu’un seul mot et Kim aurait été demandé à un de ses collègues, même s’il se refusait encore à penser à cette option ? A moins que ce soit tout ce sang ? Certains étaient vraiment mal à l’aise face à tant de blessures, et pourtant ce n’était vraiment rien face à ce qu’il verrait lorsqu’il devrait s’occuper de brigadier remontant des souterrains. Pourtant Applegate semblait surtout mal à l’aise, il n’arrivait pas à se détendre, comme si la pression qu’on lui imposait était un poids trop lourd pour ses épaules de nouvel oublié. Kim l’avait il plongé dans le bain trop tôt ? Et pourtant Arsène était doué, il avait de bon réflexes et la réflexion nécessaire pour prendre les bonnes décisions. Si son parrain avait confiance en lui, était-ce impossible que lui aussi finisse par prendre conscience qu’il pouvait s’en sortir seul aussi ? Le scientifique profita que son protégé se lave les mains pour l’observer. Personnellement il se détendait peu à peu, la douche ayant aidé. Il était au Sapientia, il ne craignait plus rien. Lovy, elle dormait surement encore, et elle avait été soignée du mieux possible. Si ses blessures étaient graves et conséquentes cela ne l’empêcherait pas de reprendre une activité plus ou moins similaire à celle qu’elle avait avant son emprisonnement. Son cerveau marchait tout aussi bien, malgré la secousse mentale qu’on lui avait imposée. Seul sa côte la ferait réellement souffrir et lui rappellerait de douloureux souvenirs pour encore quelques mois au moins.

Comment réussir à déchiffrer Arsène alors que celui-ci se bornait à un silence pesant ? Kim était loin de pouvoir lire ses pensées. Peut être n’était il pas non plus en état. Il fallait dire qu’il y avait un monde entre le jeune homme nouvel oublié et celui qui avait déjà retrouvé ses souvenirs et passé une vie entière à Nosco. Nul doute que le blessé avait passé trop de temps à soigner tous ceux qui croisaient son chemin pour avoir un quelconque recul sur ce qui posait problème à son benjamin. Il n’envisageait même plus que soigner quelqu’un avec qui on avait des liens affectifs puisse être plus difficile, même s’il l’expérimentait encore constamment. Qu’il était difficile de croiser un total inconnu à Nosco, certes il y avait constamment de nouveaux oubliés, mais rapidement on reconnaissait ces visages et on parvenait à les identifier.

L’homme ganté poussa un profond soupir qui semblait tenter d’exprimer tout son désespoir et ses craintes. Pourtant Kim ne le laisserait pas tomber. Et puis il n’était jamais seul, puisqu’un patient conscient lui dirait forcement ce qui n’allait, le guiderait et lui indiquerait, certainement de manière très claire d’ailleurs, s’il lui faisait mal, ou s’il prenait une décision en contradiction avec ce que le malade pensait. Non soigner était un jeu qui se jouait à deux et où il fallait parfois convaincre le patient du bien fondé d’un médicament ou d’un soin. Et pourtant Arsène ne semblait pas d’humeur à entretenir la conversation. Dommage Kim n’était pas dans le rôle de celui qui se devait donc de meubler les vides avec un flot de paroles continus, ce qui ne l’empêchait pourtant pas d’adresser un sourire encourageant à son filleul. Le jeune homme hésitait sur ses paroles, n’osant employer le tutoiement que pourtant van Berghen ne lui reprocherait en aucun cas. La question avait été posée des plus maladroitement, un peu bancale, qui forcerait la plupart des patients à se murer dans un silence peu engageant. Néanmoins il ne lui en fit pas la remarque à voix haute, Arsène était déjà assez frileux comme cela pour qu’il ne lui verse une douche froide à ses premières paroles. Toutefois il ne put retenir un sourire. Dans son innocence Arsène avait presque visé juste. Ce n’était pas un chat qui l’avait attaqué, certes non, ceux qui vivaient à Nosco étaient à plus de 99% des robots, pourtant c’était une panthère, puisque Welka se définissait ainsi. Au moins avait il trouvé que les marques correspondaient à un félin…

Cependant cela n’effaçait pas la question implicite qui avait été soulevée : « Comment s’était-il blessé ? ». Kim aurait pu éviter de répondre, éluder la réponse, pourtant il était aussi dans son intérêt de prévenir Arsène. La réponse ? Ah elle était simple, pourtant il ne pouvait pas se permettre de le dire ainsi à haute voix, sans métaphore ou sans blabla à côté. Alors plutôt que de mentir, il enroba la vérité, l’entoura d’une couche d’omission et prépara sa vision des choses, tout comme un patient l’aurait fait, se révélant « pudique » de déclamer toute la vérité sans passer par un quelconque détour. Parce qu’ils ne se sentaient pas le courage d’être tout à fait franche, parce que tout révéler était parfois honteux, ou tout simplement car ils voulaient se masquer derrière le voile du mensonge pour ne pas trop en révéler sur eux. Couvrant ainsi parfois des informations capitales qui auraient permis de les guérir plus rapidement. Oui, il fallait jouer le jeu et répondre simplement après un soupir…

Je crois que j’ai un peu trop pensée à Lovy ce matin…

A qu’elle était jolie la métaphore ! Arsène comprendrait il la référence ? Kim ne se souvenait plus s’il avait été là lorsqu’on avait discuté la veille du fait que quelqu’un devait se dévouer à aller dans les cellules de la brigade pour soigner les prisonniers qui y étaient gardés, soit dit en passant Karlovy Kinsky et Zoltan Nagy. Voilà Kim venait de lui expliquer brièvement pourquoi il était dans cet état. Passons l’épisode Nékovory Welka, et épargnons à Arsène les sordides détails pour lui révéler cependant.

Tu sais que Karlovy a été emprisonnée ? On risque de venir t’interroger, même si brièvement.

Il lui saisit les deux épaules, évitant de grimacer malgré la douleur, et le fixant dans les yeux, lançant une demande qui ressemblait plus à un ordre.

Dis leur tout ce que tu sais, d’accord ? De toute façon… je doute que tu saches quoi que ce soit de compromettant par rapport à elle…

Puis il se rendit compte qu’il l’avait sans doute brusqué plus qu’il ne l’aurait voulu. Relâchant son emprise autour des bras d’Arsène il attrapa les deux bords de la table d’auscultation, détournant le regard d’une manière presque gênée.

Je te prie de m’excuser.

Les patients n’étaient pas non plus tous agréables à fréquenté, surtout lorsqu’ils étaient blessés, dans des états physiques ou psychique compliqués. Combien de fois Darek n’avait il pas fait des crises de panique à cause de son iatrophobie ? Il était aussi parfois bien difficile de tenter de maitriser un brigadier à l’épaisse musculature et qui avait l’habitude de combattre, lorsque celui-ci avait décidé de faire exactement le contraire de ce qui était nécessaire à sa bonne santé. Il fallait avoir l’habitude des remarques, parfois prononcées sous le coup de la colère ou d’un violent mal de crâne, sans qu’elles aient été forcément été volontaires. Tandis qu’il se calmait, il osa relever les yeux vers un Arsène qu’il espérait toujours décidé à continuer. Il continua d’une voix plus douce.

Elle a dit qu’elle serait ravit de plus te voir lorsqu’elle sortirait. Ca te dirait une visite de sa partie des laboratoires ? C’est très intéressant et cela pourrait t’être très utile. L’alimentation est l’un des facteurs de bonne santé ou de maladies…

Il en avait presque oublié la seconde question plus professionnelle qu’on lui avait adressé. Retirer son haut. Nul doute que ce serait utile pour examiner la plaie qui le faisait le plus souffrir et qui était celle qu’il craignait le plus, car il n’était pas capable de se soigner lui-même à cet endroit. Autant les blessures sur son visage ne l’inquiétaient pas plus que cela, elles se refermeraient et il pourrait s’en charger, autant pour son épaule c’était une autre histoire. Ce qui ne l’empêcha cependant pas de refuser l’offre, plus par fierté que parce qu’il se sentait capable d’échapper à la douleur qui le lançait sérieusement.

Merci mais ça ira.

C’était de toute façon la réponse qu’apportaient le plus souvent les patients, un refus d’aide, même si pour la plupart ils venaient tout autant en quémander. La volonté sans doute de garder un minimum de dignité, de se montrer encore fort, tout en sachant qu’on était en état de faiblesse. Attitude contradictoire avec la réalité, déni de ce qu’ils avaient réellement. Plutôt que d’abaisser leurs défenses pour permettre au médecin de mieux comprendre et de les aider au maximum de ses possibilités, ils préféraient le repousser et observer chacun de ses gestes comme étant quelque chose de suspect. Finalement après quelques grognements de douleurs ravalés entre ses dents serrés, il avait réussit à faire glisser son haut, utilisant surtout sa main droite, et à le poser à côté de lui pour annoncer franchement.

J’ai simplement mal à l’épaule gauche, l’arcade et c’est tout. Je dois avouer que ça fait un petit moment que je n’ai pas eu un check up complet, non plus… Mais peut être sauterons nous cette étape pour aujourd’hui ?

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Re: Soins pour un médecin

Message par Arsène Applegate le Ven 5 Aoû - 2:56

Arsène, à présent, songeait paradoxalement qu’il n’aurait pour rien au monde cédé sa place. A défaut de se sentir le courage nécessaire pour soigner son parrain, il lui voulait du bien, aussi lui sembla-t-il, très naïvement, et sans doute assez égoïstement, que nul autre n’aurait pu partager avec lui ce sentiment de dévotion. Comme si sa bienveillance pouvait le préserver de l’erreur, du moins de l’inapplication, quand le recul ou l’indifférence d’un autre aurait peut-être motivé l’inattention ou le manque de méticulosité. Mais si la contemplation de son parrain – qui paraissait sur le point de redoubler d’efforts pour le détendre – lui avait inspiré de telles pensées, il se rendit compte, avec une grande confusion, qu’elles étaient exactement contraires à celles qu’il avait eues en franchissant le seuil de la pièce. Ce devait être la panique. Ce devait être la panique, qui lui chamboulait le cœur et le livrait à des réflexions contradictoires. Il inspira profondément et ne se concentra plus que sur les paroles de Kim, en espérant qu’elles lui remettraient les idées en place.

Ce ne fut absolument pas le cas. D’abord parce que l’inquiétude qu’il avait nourrie vis-à-vis de Karlovy le reprit de façon plus percutante ; ensuite parce que la manière qu’eut son parrain de l’agripper ne contribua qu’à le crisper davantage, outre qu’elle lui laissa deviner l’ampleur d’enjeux qu’il n’avait alors qu’à peine soupçonnés. Dès le premier jour, les événements lui avaient fait entrevoir une situation de clandestinité, qui par ailleurs était à l’origine de sa propre condition : il estimait encore aujourd’hui se trouver sous la tutelle de deux individus, or cela n’était pas conforme aux usages. Il ne savait toujours pas ce qu’exactement l’on reprochait à sa marraine, cependant, soit qu’il fût trop bon ou simplement victime de son ignorance – les deux peut-être, il avait été à mille lieues d’imaginer que cela pût en arriver à de telles extrémités.

Lorsque Kim le lâcha, Arsène eut un vertige intérieur, une lourde oscillation derrière les yeux, l’impression de ne plus pouvoir tenir debout maintenant qu’une force étrangère ne l’y aidait plus. En-dehors pourtant il n’en parut rien, puisqu’il demeura parfaitement ferme sur ses deux jambes ; alors il dut bien admettre, une fois encore, que l’angoisse continuait de répandre ses illusions. Du reste, il ne lui vint pas à l’idée de craindre pour lui-même, et bien que cela fût selon lui inutile, il s’empressa de pardonner à Kim son agitation, puis le réprimanda gentiment parce qu’il semblait s’être fait mal en se redressant, avant d’ajouter d’une voix sans aplomb – où le trouble, assurément, indiquait plus sa parfaite sincérité qu’un talent incommensurable pour la comédie :

Non, bien sûr, je n’ai jamais rien eu à dire à son sujet qui lui puisse être préjudiciable, et je doute très sincèrement que ce soit un jour le cas. Il eut un second soupir, et s’approcha enfin de Kim. Mais j'accueillerai tout interrogatoire comme il se doit.

Tout interrogatoire civilisé, avait-il omis de préciser. Il ne fit aucun autre commentaire et tira près de lui le plateau à outils.
La sympathie qu’il éprouvait pour Karlovy le poussait naturellement à vouloir de ses nouvelles, aussi fut-il heureux d’en recevoir. Il dut tenir son sourire en bride pour n’avoir pas l’air d’un imbécile.

J’en serais également ravi. La visite de ses locaux me paraît un excellent programme.

Il n’osa pas en demander davantage, et se consacra enfin aux soins. Le plateau qu’il avait sous la main trônait sur un genre de placard métallique porté par des roulettes, qui contenait le nécessaire à désinfecter et à recoudre. Arsène connaissait maintenant ces manœuvres et la plupart des cas de figure qu’elles pouvaient impliquer, cependant la plaie de Kim, qu’il prit le temps d’examiner une fois que celui-ci se fut dévêtu – avec une fierté mal placée dont il ne lui tint pas rigueur, ne laissait pas de l’inquiéter.

Je crois que c’est préférable, oui, répondit-il tout d’abord au sujet du check-up. D’autant plus que je vais devoir procéder à une anesthésie locale : la plaie est affreuse. Mais avant de poursuivre, il cilla rapidement et s’éclaircit la gorge. Je pense être disqualifié d’office pour ce que je viens de dire, n’est-ce pas ? J’oubliais que tu étais un patient lambda.

Il commença par désinfecter les plaies au visage, à l’aide de compresses imbibées d’antiseptique, puis nettoya partiellement celle qui assombrissait l’épaule gauche.

Au niveau de l’arcade, l’hémorragie semble av… a cessé depuis un moment, remarqua-t-il en masquant du mieux qu’il put son défaut d’assurance, je vais donc m’occuper en premier lieu de ton épaule. Ensuite seulement je ferai ce qu’il faut de sutures.

Arsène essayait de garder son calme. Il savait que son visage, pour l’heure, ne pouvait pas le trahir, mais il craignait l’insuffisance de ses mains. Leur soudaine fermeté l’étonna pourtant, lorsqu’il prépara l’anesthésie, et qu’il fit de nouveau face à Kim pour en venir à l’injection.

Tu es prêt ? … Tout ira bien.

… dit-il sans doute plus pour lui-même que pour Kim.

[Voilà ! ♥ Vraiment désolée du délai encore une fois. Je me voyais mal tout faire dans ce message-ci, donc la totalité des soins sera pour le prochain – je pense que c’est mieux, tu me diras ce qu’il en est. ^^’]
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Re: Soins pour un médecin

Message par Kim van Berghen le Sam 6 Aoû - 21:03

Arsène restait d’une politesse exemplaire. De même il tentait de conserver son calme et un semblant d’objectivité et d’impartialité, qui lui serait forcement utile pour le futur. Et même si on ne le sentait pas tout à fait à l’aise, on voyait qu’il puisait dans ses ressources pour montrer le meilleur de lui lors de ce test grandeur nature. L’avantage de l’apprentissage à Nosco était sans doute que lors de ces cinq années de formation chacun étudiait la théorie et la pratique en même temps et auprès de différents tuteurs ou d’un unique responsable, mais toujours en ayant un retour du vécu. Chacun des nouveaux oubliés était plongé directement dans le bain, et le métier qu’il exercerait, il n’y avait pas la place pour créer des salles de cours à Nosco, tout se faisait sur le terrain. Alors bien sur cela pouvait se révéler tragique pour les quelques brigadiers sans expérience qui se devaient d’aller dans les souterrains et qui paniquaient à la première rencontre des créatures qui viendraient à jamais hanter leurs jours mais aussi leurs cauchemars. Quand à la théorie, elle pouvait souvent se résumer à des lectures données sur le réseau alpha, car ici aucun livre où gribouiller et prendre des notes. Tout se faisait numériquement, et écologiquement on l’espérait.

Le patient était finalement parti dans ses pensées après avoir évoqué Lovy. Il hocha sensiblement la tête en réponse aux paroles de son filleul. Non, de toute façon personne n’irait interroger Arsène, il n’y avait aucune raison. Et elle sortirait bientôt… c’était obligé. En attendant… mieux vaudrait sans doute éviter Lewis, pour ne pas sombrer dans la colère. Malheureusement tant de choses ne tournaient pas rond, rien ne semblait prendre la bonne direction. Tristan captif, Lovy emprisonnée avec Zoltan… Ce problème inquiétant de grippe. Il s’accrochait pourtant à la voix d’Arsène pour sortir de ses pensées. Approuvant une nouvelle fois, et puis ce check-up pourrait ce faire avec Anna s’ils manquaient de temps, car la jeune femme était d’une efficacité redoutable. Et puis de toute façon ce n’était pas le moment de tomber malade, il ne pouvait pas se le permettre.
Affreuse ? Il grimaça un instant, plus par désappointement de l’annonce qu’on venait de lui faire que de l’erreur d’Arsène qui après tout apprenait. Ils n’étaient pas en cours et il n’y avait pas de notes, les fautes étaient là pour être corrigés par une explication verbale et des conseils et non pas par une punition en nombre de points.

L’apprentissage n’est jamais dénué d’impairs, et heureusement sinon on ne pourrait pas apprendre de ceux là, hors c’est ainsi qu’on progresse. Surtout lorsque l’on remarque ses propres maladresses.

Le jeune homme expliquait à voix haute sa démarche et sa réflexion, ce qui permettait à Kim en tant que « professeur » de suivre et de contredire en cas de bêtise, et en tant que patient de ne pas avoir à interroger avec inquiétude sur la procédure. Parfois les patients devenaient des enfants lorsqu’ils se retrouvaient devant une situation inconnue et à devoir confier leur vie, ou en tout cas leur corps à quelqu’un d’autre. Et qu’est ce que vous allez faire ? Quelle est la procédure ? Vous vous y connaissez, n’est ce pas ? D’ailleurs, en tentant de se retenir de rire Kim interrogea du plus innocemment possible.

Et ça va faire mal ?

Question basique à laquelle aucun médecin ne pouvait échapper. En revanche ce n’était sans doute pas la meilleure question pour détendre Arsène. Peut être aurait il fallu le rassurer un peu plutôt que de le laisser totalement dans le doute. Pour une première fois, il s’en sortait haut la main, alors mieux valait ne pas lui ajouter de pression supplémentaire, il aurait tout le temps d’apprendre petit à petit et d’être totalement sérieux dans d’autres cas. Il rajouta donc pour compenser la question d’avant.

Tu te débrouilles très bien pour le moment.

Venait maintenant le moment de l’anesthésie locale, autant dire parfois un calvaire pour les quelques patients qui avaient peur d’une aiguille, qu’ils tentent de le cacher ou pas. Etonnamment que l’aiguille soit longue ou pas, courte ou l’inverse, la peur semblait rester la même. Sans doute la terreur de l’objet en lui-même faisait il augmenter la taille du « matériel de torture » dans l’œil du craintif. Pourtant le produit à injecter n’était là que pour réduire la possibilité de souffrance. Alors il n’y avait aucune raison de paniquer. Pour toute réponse Kim hocha une fois de plus la tête, préférant rester silencieux afin de ne pas trop déconcentrer son filleul. Bien sur qu’il était prêt, la question était plutôt dans l’autre sens : Arsène se sentait il prêt ?

D’un autre côté, s’il qualifiait déjà la blessure à l’épaule gauche d’ «affreuse », le pauvre garçon n’était pas sortis… car lorsqu’il découvrirait un brigadier remontant des souterrains et ayant croisé sur sa route une créature, ce serait sans doute bien pire. Après tout on ne comptait plus le nombre de personnes aux membres amputés puis remplacés par des exosquelettes, ni même les cicatrices parfois impressionnantes qui ornaient corps et visages des gardiens de la sécurité de la ville. Intérieurement Kim notait d’essayer de lui éviter ce choc surement trop violent avant d’avoir au moins pu lui en toucher quelques mots oralement. Mieux valait le prévenir, même si le tabou l’interdisait. Arsène serait de toute façon un jour ou l’autre confronté aux conséquences de ces créatures et pour pouvoir les soigner au mieux il devrait en connaître la cause. Sinon il risquait d’être bien surpris des remarques des brigadiers délirants ou terrifiés.
Et même avec une explication, ce serait sans doute difficile à admettre. D’ailleurs certains nosciens se refusaient parfois à admettre la réalité, malgré le fait d’avoir croisé des créatures lors des rares attaques « terrestre » qui avaient lieux. Après tout il était parfois compliqué d’admettre une vérité si dérangeante surtout lorsque le régime faisait tout pour la cacher. Alors on pouvait bien se chercher des excuses, prétendre à des hallucinations ou à de la fatigue. Pourtant il était bien difficile de ne pas voir, ou de ne pas se souvenir des visages défigurés de ces êtres mi-humains, mi-monstres.

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Kim van Berghen
~ Chercheur ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Scientifique et médecin de la Guilde
Âge réel : 65 ans
Âge d'apparence : 30 ans environs

Compétences
Mémoire:
10000/10000  (10000/10000)
Compétence principale: Biologie
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Soins pour un médecin

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