Le loup et la brebis

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Le loup et la brebis

Message par Lou Jiwi Kemshir le Sam 14 Mai - 17:26

Tapi dans l'ombre formée par le coin d'une ruelle, le loup attendait tranquillement sa proie, doté d'une patience d'acier et d'un calme à en faire mourir d'ennui tout autre être que lui. Attendre, aussi immobile qu'une statue pendant des heures entières, sans presque ciller, observer juste les alentours en sachant parfaitement chaque geste qu'il faudrait faire et comment parer à l'imprévu était quelque chose auquel il s'était habitué depuis si longtemps qu'il avait presque l'impression d'être né comme ça. Mais rester plongé dans cette engourdissante léthargie ne l'empêcherait jamais de changer brusquement de rythme lorsqu'il faudrait être rapide et invisible.
Soudain des bruits de pas se firent entendre, c'était sa cible qui arrivait accompagnée de ses charmants gardes, comme prévu. Confiant mais pas trop, concentré sans se fermer au reste du monde, il attendait que tous arrivent à sa hauteur, c'était là le moment délicat où il ne faudrait ni se tromper de cible, ni s'entraver dans la foule compacte des hommes, perdre ainsi du temps précieux et risquer de se faire attraper. Aujourd'hui, le sang ne devait pas couler, on devait à peine s'apercevoir de sa présence, comme si rien ne s'était jamais passé.

Il avait minutieusement choisi l'endroit où il s'était caché, un endroit où il pouvait étudier leurs positions alors qu'ils ne pouvaient pas le voir, il faisait trop sombre ici pour que dans l'obscurité on distingue une autre forme de noir. Aussi lorsqu'ils furent en face de lui, il leur sauta dessus et évita chacun des gardes sans que même un bout de tissu ne les touche. Facile. En un éclair il se trouvait à côté de sa cible, avait pioché dans ses poches ce qu'il cherchait et alors qu'on s'apercevait tout juste de l'intrus, il courait déjà devant eux avec une idée parfaitement précise de l'endroit où l'on perdrait sa trace, la trace d'une ombre.

Eh ! C'est l'un d'eux ! Attrapez-le ! Hurla quelqu'un.

Les gardes n'avaient pas perdu de temps et étaient déjà sur ses talons mais il était habillée de manière à ce qu'on ne le reconnaisse pas et surtout à se fondre dans son environnement, aussi lui suffit-il de tourner brusquement dans quelques rues tortueuses et de s'évanouir dans les ombres qui l'entouraient jusqu'à ce que l'on ne distingue plus rien d'autre dans les ruelles vide que le vent qui balayait quelques feuilles.

Il était à ses yeux bien difficile de faire échouer un plan que l'on avait travaillé sous tous les angles, où les nombreuses variantes avaient longuement été réfléchies. Ne l'avaient-ils jamais compris ? Tant de préparations, tant de précautions venant d'un être qu'on avait depuis toujours entraîné pour ça, n'avaient-ils jamais eu l'idée de détruire le mal par le même mal ? Cela aurait sans doute rendue sa vie moins ennuyeuse, là où il faisait échouer, là où il tuait, volait, les conséquences n'avaient jamais eu rien de trop difficile, il en regrettait presque son enfance. Et pourtant, poussé par son perfectionnisme, il ne laissait jamais de place au hasard, tout devait être minutieusement calculé, préparé et il réussissait toujours.
Pas de crise existentielle pour cet être sans nom ni visage, il vivait derrière sa muraille de métal et personne n'avait jamais su qui il était vraiment derrière tant de masques. Que se cachait-il derrière ce visage froid et impassible, derrière ces yeux brillants d'intelligence et de sournoiserie mais qui ne dévoilaient jamais rien de ses pensées ? On ne s'interrogeait pas sur lui, dans la vie de tous les jours il n'existait pas, dans la vie de ces hommes, il passait trop brièvement pour qu'on ait aperçu plus qu'une ombre mouvante.
Un démon, un fantôme parfois disait-on, mais pas un homme.

Dans sa tête c'était pour lui tout naturel de ne pas se faire remarquer, de laisser les gens l'oublier, d'autant plus que son physique n'avait rien de particulier si on oubliait ses quelques mèches blanches. Le simple chapeau qu'il portait presque toujours suffisait à les effacer. Petit sans l'être de manière trop frappante pour un homme, les cheveux un peu longs mais pas trop, les yeux sombres piqués de méchancetés mais qui pouvaient se faire oublier s'il faisait l'impasse sur ses émotions, il avait tout de l'homme banal.
Et pourtant on le connaissait bien le haut conseiller Kemshir, il avait fait du détail tout un art, un art de se faire remarquer dans ses attitudes, ses expressions, ses mouvements, sa façon même d'être. Il aurait été derrière quelqu'un que celui-ci aurait sans doute senti des frissons dans son dos, lui indiquant avec autant de certitude que ses yeux que l'être abject était bel et bien là.
Mais on ne savait presque rien de lui, son passé, sa vie de Nosco n'était tracée que de quelques événements qu'on avait retenu, rien d'autre. Ses amis, une relation amoureuse ? Ses sentiments, un acte un peu plus particulier autre que sa méchanceté ? Rien ne venait en tête chez ceux que l'on questionnait, même les anciens. Il fallait être une petite fouine, quelqu'un de vraiment curieux pour remarquer que derrière le charisme et l'aplomb de cet homme il n'y avait rien d'autre que du vent et des mensonges. Et si l'on cherchait à croiser les versions alors tout se démentait, trompait l'attention, comme si chacun s'était amusé à raconter sa propre version, lui-même se prenait parfois à ce petit jeu qui consistait à raconter tout le contraire de ce qu'il avait dit quelques temps auparavant. Pouvait-on toujours être sûr qu'il n'était pas là à tel ou tel endroit, qu'une fois ses anciens instincts retrouvés, il n'était pas ce même fantôme qui pouvait passer à côté de vous sans qu'on ne s'en aperçoive même ?
Son nom, son rôle était connu mais tout cela n'était-il pas que du vide, du mensonge ? Le nom avait souvent changé, il était faux, et il ne s'en servait même pas tout que ça, comme s'il était dénué d'intérêt. Sa situation n'était-elle pas là pour cacher d'autres choses, plus sombres ou plus intimes ?

Déchiré entre la nature de son passé et celle de son présent qui l'avait tout d'abord véritablement transformé, il avait mis un point d'honneur à n'être pas l'homme d'avant mais les instincts étaient revenus, il s'était fait plus discret, il avait à nouveau fusionné avec ses compagnes les ombres. De ce duel qui lui avait volé des décennies, il ne tira qu'un mélange des deux, s'amusant de chacun de ses rôles, complotant sans cesse pour être l'homme libre qu'il était si bien qu'une fois les préjugés passés, il n'y avait plus rien, peut-être même pas de quoi se former une véritable opinion. Qui pouvait dire qu'il ne serait pas un peu plus gentil aujourd'hui, lassé par cette méchanceté publique ?

Il souriait au milieu de son grand salon vide, se remémorant vaguement cet être qu'il était et contre lequel il s'était longtemps battu. La frénésie avait laissé place au calme. Il aimait Nosco pour le temps qu'il pouvait s'accorder, il s'était mis au rythme de cette vie d'immortalité, ne crachant pas sur plusieurs heures de méditations et de réflexions sur toutes ces choses. Parfois on lui criait qu'il était trop lent, on s'énervait, on le pressait et lui souriait, murmurait un simple « patience... » laissant avec un malin plaisir l'autre sur sa faim.
Aujourd'hui même, après une bonne journée de travail, il avait décidé de prendre son temps et s'était contenté de s'occuper tranquillement de sa serre personnelle où, si elle avait été rendue publique, on aurait pu voir des fleurs inconnues, des plantes vertes qui se portaient en parfaite santé, une serre où tout semblait pousser et être organisé de façon autant utile qu'esthétique, le fruit de bien des décennies de travail.
Le jeune homme s'était installé à l'une des rares tables de son salon pour se livrer à un art qu'il aimait beaucoup et qu'il pratiquait depuis des années, le bonsaï. Ses ustensiles en main, il coupait avec précision les petites branches qui ne lui plaisaient pas et sans jamais pouvoir voir le résultat final de son travail, il continuait, confiant, sachant précisément ce qu'il voulait faire et comment il fallait qu'il le fasse.

Il aurait sans doute continué une bonne partie de la soirée si on n'était pas venu le déranger ou plutôt si son téléphone n'avait pas sonné. C'était l'homme qui gardait l'accès au Capitole, le type de personne qui ne l'appelait pas souvent étant donné qu'on ne venait pas beaucoup le voir et que leur relation n'avait absolument rien d'amical et au contraire tout ce qu'il y avait de plus formel.

« Votre Excellence Kemshir, il y a mademoiselle Kathleen Velstiam, la seconde de la brigade anti-terrorisme qui souhaiterait vous voir. Euh... elle n'a pas précisé la raison de sa visite... »
« Eh bien faites-la monter. »
répliqua-t-il avant de raccrocher, ne laissant pas à l'autre le loisir de répondre, de toute façon à part lui confirmer – ce qui était parfaitement inutile – il n'avait rien de plus à lui dire et il n'allait pas l'inviter à prendre le thé.

Le haut conseiller reprit alors son activité du moment en attendant que la toute jeune seconde arrive jusqu'à son appartement et, à moins qu'elle ne se perde, ça ne devrait pas être très long. Ce fut le bruit de la sonnette qui le tira à nouveau de sa concentration et il lança un « vous pouvez entrer. » assez fort pour qu'on l'entende depuis l'autre côté de la porte. Elle n'était pas verrouillée, jamais, d'abord parce que gardé comme était le Capitole il n'avait pas grand-chose à craindre mais aussi parce qu'il était toujours sur ses gardes et même lorsqu'il dormait il ne le faisait que d'un œil, la moindre chose anormale pouvait le mettre en alerte et l'obscurité dans laquelle on pouvait se cacher n'avait pas autant de secrets pour lui. C'était aussi plutôt pratique lors des rares visites qu'on lui faisait, il n'allait tout de même pas se lever et accueillir les gens à bras grands ouverts, pas que sa réputation d'homme méchant et sans cœur lui tienne vraiment à cœur, mais surtout parce qu'il ne voyait rien de bien important dans ces conventions. Il en fallait toujours pour que la société perdure mais rien ne l'avait empêché de faire le minimum.
Bien sûr, on prenait souvent cela pour de l'irrespect, du mépris, lui se gardait bien de dire que conserver un égo toujours trop gros ne menait jamais à rien d'autre qu'à la destruction et au chaos de sa propre personne. Pourtant, on pouvait toujours noter qu'une fois chez lui, il n'avait que faire de toutes ces distinctions qu'il se devait de porter en tant que haut conseiller et second de la brigade scientifique de la guilde. Bien loin était l'uniforme de haut conseiller et il avait rangé cape et chapeau dans le placard de son entrée. Vêtu d'un simple pantalon large et d'une chemise un peu ample, il pouvait se mouvoir aisément sans non plus flotter dans ses habits. Sa tenue le rendait peut-être moins distant des autres, après tout, de loin, il aurait pu être n'importe qui et mieux encore, il n'avait l'air ni de mauvaise humeur ni sur le point de livrer à tout va ses méchancetés habituelles, bien qu'il se soit assez calmé de ce côté-là depuis ses dernières promotions. L'homme, une fois dans son antre était-il complètement différent de ce que l'on connaissait de lui ? Les mauvaises langues étaient sans doute persuadées que chez lui, en ultime maître, il en profitait pour assouvir son pouvoir et sa domination sur les autres mais l'on pourrait aussi affirmer facilement que pas un seul d'entre eux n'avait dû vérifier ce qu'ils avançaient avec tant de conviction. Pauvres hommes dont l'unique passe temps était de médire sans aller plus loin.
Il n'eut pas besoin de lever la tête pour savoir qu'on avait ouvert la porte et qu'on était rentré, quel intérêt à tourner la tête quand ses oreilles lui donnaient avec précision la même information ? Les gens avaient tendance à s'appuyer sans cesse sur ce sens qui semblait donner le plus d'informations, comme si tous les autres moyens de percevoir n'étaient qu'un complément, qu'un gadget inutile dont on se passerait bien. C'était qu'ils n'avaient jamais appris à les développer ni à leur donner le crédit qu'ils méritaient. Le scientifique pouvait ainsi se concentrer sur son activité première, quitte à négliger en apparence son hôte de la soirée.

Bonsoir, lança-t-il pourtant d'une voix neutre, encore assez poli pour accueillir de sa simple voix la jeune femme qu'il avait quelques fois rencontrée sans jamais s'y intéresser de trop, ayant la mauvaise manie d'attendre qu'on l'impressionne avant de commencer à estimer les autres, malgré toutes les paroles désobligeantes qu'il pouvait prononcer en attendant cet événement bien trop souvent imaginaire et hypothétique. Autrement dit qui n'arriverait jamais pour presque tous ceux qu'il rencontrait.
C'était alors normal pour lui qu'il lève toujours ce regard brillant de méchanceté sur presque tout le monde, surtout sur ceux qu'il ne connaissait pas. Pourquoi leur offrirait-il quelque chose sans savoir s'ils le méritaient ? Pourquoi attendrait-il avant de commencer à les tester ? On n'était pas dans le monde des bisounours et il n'y avait rien pour le contraindre à se comporter autrement. Ce soir ce n'était sans doute que par fatigue et désintérêt qu'il n'avait encore rien dit ni fait de véritablement désobligeant à moins que la demoiselle soit à cheval sur les politesses. Elle devait pourtant savoir que ce n'était pas chez lui qu'il fallait en demander autant, les courbettes et les regards appuyés n'étaient là que lorsqu'on méritait sa pleine attention.

D'un coup sec il coupa une nouvelle branche.

Eh bien, dites-moi ce qui me fait l'honneur de votre visite et vous amène jusque dans ma haute tour, ajouta-t-il, l'invitant par-là même à venir jusqu'à lui sans se soucier que ses mots ne devaient pas vraiment être clairs sur cette charmante intention. Je vous offre quelque chose à boire ? J'ai quelques espèces de thé qui ont un peu plus de goût que ce que l'on doit trouver dans les... distributeurs, lâcha-t-il sans se tourner pour autant dans sa direction ni se lever pour aller préparer ledit thé.

Il n'allait pas non plus la forcer à boire quelque chose. La prudence incitait à refuser ce qui pourrait bien être une mixture au goût immonde de sa part, simple fourberie, tandis que la politesse invitait à une discussion courtoise autour d'une boisson brûlante et éventuellement quelques petits gâteaux de sa composition.
Toujours concentré sur ce qu'il faisait, il ne voyait pas en quoi l'attention qu'il accordait à la jeune femme méritait qu'il tourne la tête. Et puis cela lui permettait de juger ses dires sans être influencé par son regard, action dont il finissait toujours par tirer plus de moqueries que d'admiration envers l'éventuelle beauté physique et la manière de s'habiller de ses interlocuteurs. On le disait ainsi indifférent autant aux femmes qu'aux hommes, on pouvait même facilement croire qu'un homme aussi aigri et désagréable n'avait jamais eu la moindre relation avec qui que ce soit, ce qui était heureusement faux et le faisait beaucoup sourire quand il l'entendait.
Il était pourtant un homme plutôt esthète.
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Lou Jiwi Kemshir
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Re: Le loup et la brebis

Message par Kath le Dim 5 Juin - 19:46


    La balle tournoya quelques secondes, ralentissant progressivement à mesure que le temps s'écoulait. Lorsqu'elle faisait mine de s'arrêter, la Seconde lui donnait des doigts une nouvelle impulsion. Assise à même le sol, contre son lit, c'était d'un oeil pensif qu'elle fixait l'objet si dangereux dans un chargeur travesti en toupie inoffensive. Kathleen hésitait à accepter l'invitation du Haut Conseiller. Et encore, invitation était un bien grand mot. Elle n'était même pas certaine qu'il l'ait véritablement invitée, peut-être se faisait-elle des illusions ou de mauvaises interprétations. Rien ne pouvait être sûr avec cet homme que personne ne semblait connaître réellement après cent passés. Si elle éprouvait de la méfiance à son égard, Kathleen n'avait néanmoins pas encore été victime d'un de ses vilains tours. Elle n'avait donc pas de raison apparente de refuser catégoriquement cette invitation, si on omettait l'exécrable réputation qui précédait le personnage. Cependant, allait-elle devenir l'objet d'une sombre machination ou bien l'homme était-il sincère ? La brigadière était remarquable dans sa capacité à dispenser et à croire en l'amour qui habitait les êtres, bien qu'elle soit chaque jour confrontée à la barbarie humaine et y participant, directement ou non. Si elle n'était pas dotée de ce bouclier d'affection, nul doute que la dépression la rongerait, qu'elle deviendrait amère et acariâtre, comme de nombreux anciens brigadiers. Au contraire, loin des souterrains, loin du sang et des armes, lorsqu'elle était proche des gens qu'elle appréciait, la sniper d'élite était une jeune femme joyeuse, sans histoires. Si elle ne portait pas son uniforme, il serait difficile de deviner le métier qu'elle exerçait et imaginer ces bras féminins porter de lourdes armes malgré que ceux-ci aient perdu leur fragilité initiale. Si elle était capable de passer outre la violence des hommes, elle pouvait remettre en question la réputation d'un homme, aussi mauvaise était-elle.
    Et puis... ce n'était pas tous les jours qu'elle avait l'occasion de visiter l'antre du grand méchant loup de Nosco. Sa curiosité était un moteur qui fonctionnait bien ces temps-ci. Kathleen était légitimement intriguée par le Haut Conseiller, un tel caractère suscitant inéluctablement des questions.

    La balle tournoya plusieurs fois encore avant que la brigadière l'arrête définitivement. Elle avait pris sa décision. Elle glissa le projectile dans la poche de son jean, se leva, s'observa rapidement dans un miroir et sortit de son appartement. Chose rare, elle avait troqué son uniforme pour un chemisier qu'elle avait déboutonné de manière informelle, portant en dessous un débardeur noir, tout ce qu'il y avait de plus simple. Pas de bijoux, ni à sa nuque ni à ses poignets, ses cheveux blonds contrastant suffisamment avec sa tenue sombre. Ceux-ci, laissés libres, étaient assez longs pour que Kathleen songe sérieusement à les raccourcir, ce qu'elle ne faisait pas par paresse ou manque de temps, voire les deux réunis. Une tenue assez décontractée sans être négligée, auquel s'ajoutait deux traits de crayons sous les yeux en guise de maquillage et un peu de rouge-à-lèvres. A noter que les manches de son chemisier lui couvraient les avant-bras car, si côté cicatrices la brigadière avait de la chance, les seules présentes sur son corps étant fines et visibles uniquement si le regard s'y attardait vraiment, elle récoltait néanmoins beaucoup d'ecchymoses. De même, le port de l'armure lui imprimait souvent de traces dans la peau et ses paumes n'avait plus la douceur qu'elles auraient pu avoir si elles n'avaient jamais manié des armes. Pas étonnant donc de voir la Seconde porter si rarement des robes alors qu'elle aurait tout intérêt à se mettre en valeur.

    En voyant le vigile surveillant l'entrée de l'immense bâtiment de marbre blanc, Kathleen étouffa un juron. C'est vrai que leurs déplacements n'étaient pas suffisamment épiés par les caméras, il fallait en plus rajouter deux ou trois imbéciles pour le Capitol. La Seconde avança à contre-coeur vers le vigile qui l'arrêta d'un signe. Elle éluda rapidement en disant qu'elle souhaitait voir le Haut Conseiller Kemshir si celui-ci était dans ses appartements. Ceci dit, elle reçut un hochement de tête approbateur et un regard curieux. La question qu'elle sentait se formuler dans le crâne de l'homme ne tarda pas à sortir, pendant que celui-ci tripotait le combiné : « Et le motif de votre visite ? »

    « Ca n'a aucune importance, » répondit-elle, laconique, laissant l'autre sur sa faim. Elle était sûrement bien partie pour que, dans quelques jours, on vienne lui demander avec des yeux avides pourquoi elle était allée voir le Haut Conseiller. Quelques mots prononcés dans le combiné et une drôle de tête - puisqu'apparemment on venait de lui raccrocher à la figure - plus tard, Kathleen eut l'autorisation de pénétrer dans le bâtiment. La dernière fois qu'elle y était venue remontait à cette fameuse mission où ils avaient surpris l'Impératrice en petite tenue. Elle se retint de rire à ce souvenir pittoresque. Suivant les indications qu'on lui avait données, elle rejoignit sans problème l'appartement du Haut Conseiller, à l'avant-dernier étage. Arrivée à la porte, Kathleen hésita soudain quelques secondes. Était-ce vraiment une bonne idée d'entrer si c'était pour subir une pluie de sarcasmes et de commentaires désagréables ? Maintenant qu'elle avait tout ce chemin, elle ne se voyait pas faire demi-tour ni repasser devant le vigile qui la fixerait avec de l'incompréhension scotchée au visage. Sa main toucha la petite balle qu'elle sentait à travers la poche de son jean. Bon. La brigadière enfonça la sonnette, déterminée. Une voix lui répondit et l'autorisa à rentrer. Avec prudence, elle poussa la porte. Kathleen s'était mise instinctivement sur ses gardes et, aussi silencieuse que si elle était dans un souterrain rempli de rebelles, elle rentra dans l'appartement et referma la porte derrière elle.

    L'appartement baignait dans le silence, excepté un bruit vif et régulier, sec comme le claquement d'un ciseau, ce qui n'avait rien de rassurant. L'appartement n'était ni petit ni exigu; il était au contraire remarquablement spacieux, lumineux, et incroyablement bien rangé. Il n'y avait pas non plus d'objets louches dans les étagères du scientifique, comme des bocaux rempli d'un liquide verdâtre ou flottait des choses incongrues dont il pourrait se servir pour ses expériences ou des outils étranges dont on ne souhaitait pas connaître l'utilité. Non, en réalité, c'était un appartement plutôt sympa. Avec des plantes vertes.

    Si Kathleen devrait donc s'y sentir normalement à l'aise, c'était l'effet inverse. Le Haut Conseiller, concentré dans son travail, ne faisait pas non plus beaucoup pour y remédier. Un sobre "bonsoir" en guise d'accueil, on pouvait faire mieux. Enfin... ce n'était pas comme si Kathleen attendait du Haut Conseiller un changement remarquable dans sa personne. Elle resta debout sans rien dire. Ce fut les paroles du Haut Conseiller qui brisèrent de nouveau le silence. Sa haute tour ? C'était un poil magistral. La brigadière eut un petit sourire.

    « Ce serait à vous de me répondre. C'est vous qui m'avez invitée... »

    La Seconde s'approcha doucement de la table de travail du jeune homme. Puisque la plus simple des politesses qui consistait à regarder son interlocuteur n'était pas respectée, la Seconde s'assit en face de l'homme sans qu'il ne l'ait invitée d'une quelconque manière à le faire. Elle le fixa longuement, jusqu'à ce qu'il daigne quitter deux secondes son travail et lever les yeux sur elle.

    « Je préfère regarder la personne à qui je parle. C'est toujours plus agréable. »

    Kathleen lui sourit tout naturellement et ajouta :

    « S'il n'y a pas de poison dans mon verre, je prendrai bien volontiers quelque chose, merci. »

    Maintenant qu'elle était dans l'antre de loup, elle ne pouvait plus faire marche-arrière. Elle espérait simplement en revenir indemne. La Seconde garda un silence poli, dû en partie à son malaise qui ne s'était pas dissipé. Elle avait beau être souriante (il fallait bien qu'un des deux se dévoue pour être avenant) elle n'en conservait pas moins la méfiance à l'égard du Haut Conseiller qui avait marqué son hésitation à venir. Action qu'elle souhaitait ne pas regretter amèrement bien que pour le moment il ne l'ait pas encore flagellée par ses paroles désobligeantes. Mais il fallait se méfier de l'eau qui dort, paraît-on.... et un souterrain paraissant vide pouvait soudain grouiller de créatures.
    La brebis tenait le loup à l'oeil.

Kath
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Re: Le loup et la brebis

Message par Lou Jiwi Kemshir le Mer 22 Juin - 22:02

A travers la voix un poil tremblante de la petite, il pouvait deviner qu'elle n'était pas tout à faire à l'aise, c'était pourtant négligeable comparé à d'autres personnes qui devenaient subitement frémissantes de peur dès qu'il s'approchait un peu d'eux ou leur adressait la parole. Il avait aussi l'avantage du lieu, il était chez lui et y régnait en maître, d'autant plus que les visites étaient rares et qu'il n'avait jamais eu l'habitude de recevoir. Seule son éducation lui permettait de savoir comment se tenir et d'en faire sa propre sauce, négligeant certaines choses et accordant une attention particulière à ce qu'il voulait bien. A croire son expérience, les autres avaient tendance à croire que la loi s'effaçait devant lui et qu'il ne subsistait plus que l'interprétation personnelle qu'il en faisait, sa soi-disante aura de terreur faisait le reste et l'on s'y pliait la plupart du temps sans se révolter. Pourtant, il n'attendait pas moins d'assurance pour une brigadière, elle qui pouvait affronter tous les jours des créatures n'aurait pas dû avoir peur d'un homme comme lui. La seule chose qui changeait c'était son statut d'humain et donc son intelligence, sa capacité à gagner un combat et à imposer son autorité par des manières plus sournoises que les armes.
Il n'avait jamais redouté un affrontement, son éducation y était pour beaucoup, toutes ces années passées dans la privation et le régime le plus strict avaient suffi à lui donner une assurance indéniable et la force de caractère qui le poussait à perpétuer l'exigence qu'on lui avait apprise et à l'imposer aux autres. On redoutait pourtant plus ses sarcasmes que son perfectionnisme.

La réponse de la jeune femme le fit sourire, lui, il l'avait invitée ? C'était sans doute vrai, parfois ses mots étaient si évasifs qu'on pouvait en faire bien des interprétations et il n'avait jusqu'à maintenant jamais fermé sa porte à qui que ce soit. Venir l'affronter en face à face, sur son propre terrain était sans doute une preuve indéniable de courage et cette force d'esprit avait toujours attiré sa curiosité. A moins qu'il n'ait traîné de force quelqu'un chez lui – ce qui n'était encore jamais arrivé – ses visiteurs pouvaient toujours se vanter de n'être pas le moins du monde couards et tremblants de peur face au concentré de crainte qu'il était.
Le haut conseiller aimait bien la réputation qu'il s'était faite, en dehors de ses obligations et de ses choix de jeux, il n'avait pas souvent affaire à des minables qu'il avait plus que tout envie d'écraser avec son talon comme on l'aurait fait avec un cafard malvenu. Parfois même il avait fait des rencontres intéressantes mais elles étaient si rares qu'il regrettait la plupart du temps sa vie de solitude et de cavale perpétuelle.
Il avait finalement dû délaisser son travail pour lever la tête et regarder droit dans les yeux la jeune femme qui s'était assise en face de lui, puisque telle était sa volonté.

― Bien sûr, j'avais laissé entendre cela dans notre dernière conversation mais il ne me semble pas vous avoir donné de motif précis. Dois-je donc en conclure que je dois votre présence à votre simple curiosité ?

Il se pencha vers le sol pour attraper une corbeille où il jeta scrupuleusement toutes les branches qu'il avait coupées et qui embarrassaient désormais la table. Puisqu'elle avait accepté son invitation, ils n'allaient tout de même pas prendre le thé sur une table pleine de déchets.

― J'aime découvrir les gens autrement que par mon regard, on y voit une toute autre richesse que la plupart des gens ne connaissent pas. Je l'ignorerais sans doute moi-même si je n'avais pas passé de nombreux mois aveugle.

Il lui adressa un sourire qui paraissait franc avant qu'il ne se lève et lui annonce qu'il allait préparer le thé. Il emporta ce qu'il y avait sur la table avec lui, posa son bonsaï sur une table basse et emmenant la petite corbeille jusqu'à la cuisine ouverte qui se trouvait non loin de la table où ils s'étaient tous deux assis. Tranquillement il alluma sa bouilloire tout en préparant les feuilles de thé qu'il allait mettre à infuser. Elles venaient de sa serre personnelle et grâce au temps qu'il avait consacré pour retrouver le goût de son ancienne vie, il y était partiellement arrivé, leur donnant une saveur qu'on ne trouvait pas même dans les serres de la cour intérieure. Pourtant il n'avait jamais désiré partager ses recherches avec le commun des Noscoiens, ceux qui venaient le voir pouvaient en profiter mais c'était tout.

― Vous savez, déclara-t-il tout en continuant sa préparation, assez fort pour que ses paroles soient entendues, si jamais je voulais votre mort, à votre place, je me méfierai plus d'un accident dans les souterrains que d'un pic à glace dans mon appartement. Croyez-le ou non, je n'ai jamais eu à tuer qui que ce soit à Nosco, il y a d'ailleurs des moyens plus efficaces sans être aussi radicaux pour se débarrasser de quelqu'un et je n'oserais pas abîmer une jolie jeune femme comme vous. Et si j'étais amené à caresser un jour votre peau, je préférerais qu'elle soit chaude.

Il laissa échapper un petit rire qui ne semblait avoir rien de méprisant. Avait-il ajouté cette dernière phrase par pure provocation ou pour exprimer un réel désir ? Ni son ton ni l'expression de son visage n'auraient pu le dire et la jeune femme allait bien être forcée de faire sa propre interprétation.

― Détendez-vous, il n'y a pas de caméras ici pour nous surveiller.

La bouilloire se mit à siffler et il l'arrêta aussitôt, versant l'eau brûlante dans une grande théière d'un geste parfaitement maîtrisé, sans aucun tremblement, comme s'il avait fait ça toute sa vie. On pouvait imaginer l'eau se colorer lentement au contact des feuilles de thé. Il la posa sur un plateau avec deux tasses et deux soucoupes ainsi qu'une petite assiette de gâteaux qu'il avait dû vraisemblablement cuisiner à moins qu'il n'y ait un traiteur dans le coin. Puis il apporta le plateau jusqu'à la table où il le posa délicatement, installant une tasse en face de Kathleen et une près du bord où il allait s'asseoir. Il servit la jeune femme en thé et refit la même chose pour lui-même avant de s'asseoir. Il avait apporté aussi un petit pot qui contenait quelques morceaux de sucres et en proposa à Kathleen sans se servir lui-même., se contentant de tourner sa petite cuillère dans la tasse. Il avait reporté son attention sur elle.

― Vous semblez avoir bien des préjugés, j'aimerais savoir ce que vous pensez réellement de moi. Est-ce que vous me méprisez, me détestez déjà ou avez-vous la sagesse d'attendre de me connaître un peu plus pour porter sur moi un jugement personnel qui ne s'abritera pas derrière les médisances de vos camarades ?

Il semblait amusé de la conversation, il avait d'ailleurs presque toujours ce petit air amusé qui donnait de la gaieté dans son expression et dans sa voix. Que la plupart des gens le détestent n'avait pas vraiment l'air de lui casser le moral et s'il ne s'en amusait pas non plus tous les jours, à force de l'observer on pouvait toujours déceler une étincelle de joie dans son regard quand la méchanceté n'y avait pas fait son empire, refroidissant cet éclat d'humanité pour le rendre encore plus redouté. Car ses regards parfois ne pardonnaient pas et s'avéraient plus meurtriers que les mots qu'il choisissait avec méticulosité.

― Je vous ferai visiter mes serres si vous en avez toujours l'envie, ajouta-t-il, et si vous ne craignez pas trop les insectes, bien sûr.

Loin de lui, bien sûr, l'idée de se réjouir du spectacle d'une demoiselle hurlant et devenant complètement hystérique à la vue de l'une de ses araignées qu'il élevait presque avec amour et dont il s'occupait avec autant de soin que ses plantes. Certaines de ces petites bêtes-là possédaient aussi un inestimable venin et à force de recherches il avait rapproché leurs propriétés des connaissances de sa vie d'avant Nosco.
Il porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée de l'infusion fumante, sans ciller, il n'avait pas l'air pas craindre une telle chaleur.
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Lou Jiwi Kemshir
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Re: Le loup et la brebis

Message par Kath le Sam 2 Juil - 20:30



    Il avait finalement daigné lever les yeux sur elle. Kathleen se détendit un peu, contente d'avoir un visage en face d'elle et non simplement une voix fantôme. Accordant de l'importance au regard qui, la plupart du temps, pouvait donner des informations sur les pensées ou les humeurs de son interlocuteur, Kathleen fixa le Haut Conseiller sans la moindre gêne, poussant le vice jusqu'à examiner attentivement son visage. Elle n'avait jusqu'à présent pas eu le temps de réellement l'observer, du moins pas en de si bonnes conditions et, si elle ne décela pas grand-chose dans ses yeux sombres, elle fut toutefois très surprise par une constatation : sa peau semblait n'avoir aucun défaut. Une telle perfection sidéra la brigadière.

    Néanmoins, elle se rendit compte que l'intensité avec laquelle elle le regardait n'était pas forcément des plus délicates. Détournant le regard par politesse, elle en profita pour répondre :

    « De la curiosité ? Sans doute. Je me demandais à quoi pouvaient ressembler les appartements d'un scientifique. Je n'ai pas pu voir ce qui se cache dans vos placards mais pour le moment vous semblez être des gens à peu près normaux. »

    Faisant bien sûr référence à sa réputation de savant fou, et plus largement aux différends existants depuis toujours entre militaires et hommes de sciences, la jeune femme parlait néanmoins sur un ton léger. Elle n'avait pas relâché sa vigilance vis-à-vis du Haut Conseiller mais ce n'était pas une raison pour se montrer désobligeante puisqu'il semblait lui-même de... meilleure humeur qu'à l'accoutumée ? Une parole dans la bouche de son interlocuteur lui fit cependant hausser un sourcil :

    « Vous avez été aveugle ? »

    C'était sorti trop vite mais sa curiosité avait été piquée au vif. Oxymore se mordit la lèvre, n'ayant pas le moins du monde oublié que c'était un Haut Conseiller à qui elle avait affaire mais elle n'avait pas pu retenir sa langue. Elle se rattrapa tant bien que mal :

    « Pardon, c'est indiscret, Votre Excellence. Vous avez le droit de ne pas me répondre. »

    Le titre honorifique sonnait bizarrement dans ses paroles, peut-être parce que c'était la première fois qu'elle le plaçait dans la conversation. Heureusement que le Haut Conseiller était déjà parti préparer le thé, autrement il aurait vu les mains de la brigadière qui s'étaient légèrement crispées dans ses genoux. Réagir de cette manière devant n'importe quel autre gradé ne lui aurait fait ni chaud ni froid mais devant Lou, c'était de l'embarras et avant-tout de la peur qu'elle ressentait. La peur qu'il exploite ses faiblesses ou la peur qu'elle allait se recevoir une remarque méprisante en pleine figure, sauf qu'elle ne savait pas encore quand et cette attente était assez inquiétante. Aussi bien il ne lui ferait rien mais... non, décidément, elle ne pouvait pas chasser sa méfiance, même avec toute sa bonne volonté.

    Et la phrase qu'il rajouta juste après ne fut pas pour la rasséréner, au contraire. Non mais, sérieusement... C'était quoi cette remarque ?! Il y avait de quoi vouloir prendre ses jambes à son coup en entendant ça ! Heureusement que Kathleen n'était pas couarde pour un sou parce que sinon, elle ne serait déjà plus là. S'il y avait du vrai dans le fond de cette pensée elle n'en accorda aucun crédit, la classant au même titre que les autres dans les fourberies dont le personnage était capable. A côté de ça, elle regrettait presque les commentaires vulgaires qui pouvaient sortir de la rude bouche des brigadiers. Le Haut Conseiller avait une vision bien personnelle des choses.

    Se gardant toutefois de répliquer quoi que ce soit, elle se contenta de remercier le Haut Conseiller lorsqu'il lui servit le thé. De la même manière, elle ne répondit rien quand il lui assura qu'ils n'étaient pas filmés car la brigadière anti-terroriste n'en mettrait pas sa main au feu. Des caméras pouvaient habilement se cacher à l'insu de leur propriétaire et elle était bien placée pour le savoir.

    Le thé diffusait une odeur délicieuse. Kathleen attrapa un morceau de sucre qu'elle fit tomber dans son verre, touillant lentement avec sa cuillère pour le dissoudre. Lou avait apporté quelques gâteaux qui avaient l'air tout à fait appétissants mais, en réalité, son dernier commentaire lui avait coupé l'appétit. Elle fit mine de se concentrer sur son thé et, lorsque le sucre eut totalement disparu, elle posa l'ustensile sur la soucoupe, attendant que le liquide refroidisse avant de le boire.

    Le fait qu'il lui demande ce qu'elle pensait de lui l'étonna. Elle se demandait ce que cela pouvait lui faire. Elle répondit tout de même, avec franchise :

    « Vous connaître semble un bien grand mot... Mais non je ne vous déteste pas, sinon je ne serais pas ici. Cependant, je ne vous fais absolument pas confiance, à cause de votre comportement et votre réputation si mauvaise qui n'est sûrement pas sans fondements. »

    Au moins c'était dit. Elle n'avait pas de raisons de se cacher devant lui et encore moins de lui graisser la patte.

    « Oui je n'ai pas changé d'avis, répondit-elle à son invitation. Et ne vous en faites pas... je crois que les insectes les plus hideux ne sont rien comparés à que j'ai l'occasion de croiser dans mon métier. »

    Laissant échapper un petit rire, Kathleen reprit sa cuillère et la fit tourner pensivement dans sa tasse puis jeta un coup d'oeil au bonsaï. Il y avait une question qui manquait de franchir de ses lèvres mais elle hésitait à la poser, se demandant si c'était une bonne idée ou si cela ne mettrait pas dans de mauvaises dispositions son interlocuteur. Elle se lança tout de même à l'eau :

    « Les plantes sont votre véritable passion, mais j'ai cru comprendre que vous étiez aussi très doué avec les armes blanches... Vous n'avez jamais voulu mettre ce talent au service de la Brigade ? Je veux dire, en allant vous battre sur le terrain. »

    Forcément, on ne pourrait entendre cette question que de la bouche d'un militaire. Pourtant, c'était un intérêt sincère que portait Kathleen à cette réputation que le Haut Conseiller avait d'exceller dans les armes blanches. Pourquoi donc avoir choisi de devenir scientifique en ayant de telles prédispositions dans le combat ? C'était plutôt cette question-ci qui taraudait la brigadière qui, finalement, se saisit d'une pâtisserie.


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Re: Le loup et la brebis

Message par Lou Jiwi Kemshir le Lun 4 Juil - 19:49

Quand elle s’excusa de son indiscrétion, le haut conseiller aurait pu rire aux éclats, se moquer d’elle en quelques traits ou simplement lui lancer un de ses fameux sourires mais il n’en fit rien. Les mots sonnaient d’une manière ridicule, prononcés ainsi, adressés à lui, dans les circonstances de leur rencontre fortuite. Il ne devait peut-être pas sa visite qu’à sa simple curiosité mais elle en était le moteur principal, on pouvait supposer qu’elle voulait aussi lui demander quelque chose mais elle ne se serait alors pas comportée ainsi, s’adresser à lui pour obtenir une faveur c’était toujours en dernier recours, quand c’était vital et on avait alors tendance à s’écrouler à ses pieds. S’il avait dit oui un jour, il ne s’en souvenait plus et c’était forcément parce qu’il avait vu quelque chose derrière cette opportunité si gentiment servie sur un plateau d’argent.

— En effet, déclara-t-il en toute simplicité. Une réponse trop courte pour satisfaire la curiosité de la jeune femme qui ne ferait que croître davantage. En se nimbant ainsi de mystère, Kemshir avait toujours tenu les autres entre ses mains, s’il lui arrivait de dévoiler par hasard un fragment de son existence d’ici ou d’ailleurs, jamais personne n’avait réussi à rassembler assez d’éléments du puzzle pour en faire un tableau digne de ce nom, même incomplet.
Il existait bien des manières d’être aveugle, au sens figuré comme au sens propre, et cela laissait à Kathleen un vaste choix. Ce mystère, chez un homme moins redouté, aurait bien pu faire le bonheur des autres, libres enfin de pouvoir calquer la vie qu’ils voulaient sur quelqu’un qui leur accordait cette faveur. Je l’ai été pendant un an, je n’étais alors qu’un enfant, muet et inexpérimenté.

L’enfance était un sujet dont il avait sans doute parlé le moins, que ses interlocuteurs soient proches ou non de lui. L’enfance, c’était son tabou, en dehors de quelques allusions comme celles-ci, personne ne savait ce qu’il avait enduré dès le plus jeune âge, personne n’avait la moindre idée de ce qu’il avait été dans son passé de toute façon. C’était mieux comme ça. Il n’avait pas su assez tôt pour en parler vraiment et maintenant il n’avait pas besoin de suggérer à voix basse les horreurs qu’il avait commises pour impressionner et effrayer les autres. On avait déjà bien assez peur de lui, et le reste n’était pas assez stupide pour le mettre au défi.
Kemshir n’avait pas peur qu’en révélant son enfance on puisse tout analyser, tout comprendre de lui, les choses étaient bien plus complexes que cela. C’était sans doute une arme pour qu’on s’apitoie un jour sur son sort, c’en était une autre pour bien des choses. Mais il avait toujours vu des armes, des moyens dans ce que les autres appelaient sentiments, émotions, souvenirs.

Les réponses de la jeune femme lui montraient de la prudence, de l’honnêteté mêlée à cette curiosité qui la taraudait toujours. Cette envie de tout savoir sur les autres avait de quoi l’amuser. Comme les gens avaient un don inné pour vouloir fouiller là où ils n’auraient jamais dû ! Tout ce qu’on ignorait sur Kemshir n’était dû qu’à la discrétion de son caractère, il ne craignait pas qu’on mette le jour sur ses passés, ses méfaits, mais il savait que lorsque ce moment arriverait et qu’on ferait son procès on lirait l’horreur dans leur yeux, un sourire rieur dans les siens. On maudirait ce qui avaient osé chercher l’inavouable, ceux qui s’étaient laissés dévorer par leur curiosité au lieu d’avoir eu la sagesse de modérer leurs désirs.
Sans s’en douter, son interlocutrice avait capté toute son attention dès l’instant où elle avait franchi le seuil de son appartement. Il ne le cachait que par quelques apparences que l’on pouvait briser facilement : en regardant ailleurs, en faisant autre chose, en ramenant quelques fois la conversation vers lui, manière détournée de cerner la jeune femme par ses réactions et par les questions qu’elle finirait irrémédiablement par poser. Ce n’était pas lui qui avait inventé ce genre de stratégie et si elle se rendait compte qu’il s’intéressait plus à elle qu’elle n’aurait pu l’imaginer, il n’irait pas le démentir. Il y avait autant d’honnêteté froide en lui que d’odieux mensonges. Sans doute parce que la vérité était parfois une arme aussi digne des plus grandes craintes que la tromperie.

Kemshir posa lentement la tasse sur sa soucoupe, le tintement de la porcelaine, fugace, brisa le silence. Cet entretien lui rappelait ceux de son époque où l’ordre avait instauré sa suprématie sur la débauche, où l’étiquette décidait de chacun des gestes, de chacun des mots. On n’avait alors pas besoin de grand-chose pour se faire comprendre. L’aristocratie et la vie à la cour ressemblaient à une horloge bien réglée, à cet idéal perfectionniste et froid qu’il s’attachait à fixer sur ce monde qu’il ne voyait jamais assez rangé à son goût.

— Il faut bien quelqu’un pour jouer le rôle du méchant, lança-t-il en guise de réponse, follement amusé par ce qu’elle pouvait penser de lui. Mais je n’ai aucun mérite, il est bien plus facile d’être détesté qu’aimé de tous, donnez la plus petite excuse qui puisse motiver une haine farouche et le travail est fait. Voilà qui ne manquait pas de comique, lui, l’être ignoble, donnant sa recette à cette femme qui n’en demandait sûrement pas autant et qui d’après ce qu’on disait n’avait pas la moindre intention de suivre ses traces, bien au contraire. Vous avez bien raison de ne pas m’accorder votre confiance, le contraire me pousserait forcément à croire que vous n’êtes qu’une parfaite idiote, au regard de ce que vous m’avez dit précédemment. Ou une idiote tout court, même le plus naïf devait deviner en le voyant qu’il ne fallait pas lui faire confiance, non ? Comment cela, certains s’étaient faits avoir bien au-delà du supportable ? Encore une rumeur fausse, bien évidemment. Vous voilà donc rangée du côté de la sagesse. Eh bien, j’espère sincèrement que celle-ci ne vous perdra pas, ce serait fort dommage, une société a toujours besoin de gens comme vous.

Ironie, mépris, sincérité ? Il ne lui laisserait pas non plus deviner ses pensées cette fois-là bien que ses yeux se soient plongés dans les siens comme s’il voulait, lui, savoir comment elle allait réagir, ce qu’elle allait lui rétorquer. La provocation, elle devait si attendre, elle avait dû s’y préparer, c’était un trait auquel personne qui n’ait retenu son attention n’avait pu échapper. C’était sa manière personnelle de tester et de connaître les gens, qu’on échoue ou qu’on réussisse, on finissait forcément par y passer.
L’échange pour l’instant se faisait d’égal à égal, son interlocutrice ne s’était pas sentie assez menacée pour commencer à se mettre sur la défensive et il regardait cet équilibre avec amusement, sachant pertinemment qu’il pouvait le rompre d’une pichenette.
Il laissa pourtant ses attaques de côté, pour le moment, sans aucun doute.

— Les peurs, comme toutes les émotions, n’ont pas la rationalité qu’on aimerait leur donner. Vous, par exemple, semblez me craindre plus que toutes les créatures contre lesquelles on m’a dit que vous vous battiez avec bravoure. Je ne suis pourtant qu’un simple homme, avec ses propres faiblesses.

Elle devait le savoir, n’est-ce pas, qu’en tant qu’homme lui aussi pouvait un jour tomber, être brisé, balayé par la cruauté du destin ou de ses congénères – appelez ça comme vous voulez – lui aussi ne pouvait se vanter du mérite d’être au-dessus des autres, d’avoir quelque chose de plus. La chose qui changeait serait peut-être celle-ci : son propre malheur ne pouvait être dû qu’à une erreur de sa part et il ne pourrait blâmer personne d’autre que lui-même.
Il porta une nouvelle fois la tasse à ses lèvres, la reposa, son regard se perdant dans l’assiette de pâtisseries qu’il avait fait quelques heures plus tôt, à ses heures perdues. Il aurait aimé que le monde se taise, que les choses se rangent d’elles-mêmes et qu’il puisse simplement fermer les yeux, apprécier le monde, enfin. Mais il y avait toujours quelque chose à faire, il savait que ce qu’il désirait c’était la mort et que tant que celle-ci ne viendrait pas le chercher il ne serait pas temps. Il n’était pas de ces sbires qui se donnaient la mort au moindre désaccord, il n’avait pas goûté au pouvoir pour le contrôler, il avait simplement pris sa place, il faisait son rôle. Avec lui on pouvait bien déclarer sans mentir que la patience était éternelle.

— Je n’affirmerais pas si vite que je m’occupe plus des plantes que de mes armes, je n’oserais pas non plus dire que ces deux choses sont l’une ou l’autre ma plus grande passion. Je crois même trouver plus de plaisir à étudier le genre humain et y avoir toujours mis plus d’ardeur. Que serait le monde sans le regard d’un homme ? Un poison, un couteau sont inoffensifs quand il n’y a pas un homme pour s’en servir.

Son regard se releva jusqu’à trouver ses yeux, ils étaient d’un vert-gris qu’on ne voyait pas souvent, rien qui n’ait de quoi laisser un homme bouche bée mais il aimait bien cette couleur. Rien à voir avec la noirceur profonde qui mêlait iris et pupille dans les siens, bien sûr.

— Je ne réponds pas à votre question, n’est-ce pas. Ce regard qu’ils échangeaient avait dû être convaincant. A vrai dire, j’ai longtemps pris en haine les armes, de cette haine qui cache souvent tout autant d’adoration. Vous avez bien savoir un jour ou l’autre que j’ai longtemps refusé d’entrer dans la brigade et que lorsque je l’ai fait ce n’était sûrement pas pour faire partie des branches combattantes. Eh bien il y a de nombreuses explications, vous vous en doutez. Mais je ne veux pas vous ennuyer, je ne vous en donnerai donc qu’une seule : je me suis longtemps battu dans d’autres conditions, ce qu’on a pu me proposer ici ne brillait pas du même éclat.

Un éclair dans ses yeux.
Comment lui dire en quelques mots l’homme qu’il était, les raisons qui l’avaient poussé à faire des choix sur lesquels il ne voulait pas revenir ? Il avait évolué aussi, son passage dans une autre partie de sa vie n’était pas un fait qu’il pouvait ignorer.
Il s’était tu. Si elle voulait en savoir plus elle n’avait qu’à poser des questions plus précises, il n’allait pas faire tout le boulot à sa place non plus, sa générosité avait été assez grande.

Son regard avait quitté ses yeux pour glisser le long de sa peau, de ses longs cheveux lisses et dorés comme les blés. Elle avait pris son temps pour l’observer sous tous les angles, c’était son tour maintenant.


Dernière édition par Lou Jiwi Kemshir le Lun 11 Juil - 23:49, édité 1 fois
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Re: Le loup et la brebis

Message par Kath le Lun 11 Juil - 23:10


    Visuellement, les pâtisseries de son hôte ravissaient les yeux et l'odeur appétissante qui s'en dégageait ne laissait pas le nez en reste. Quand elle en prit une bouchée, il sembla à Kathleen qu'elle n'avait jamais rien goûté d'aussi bon depuis son arrivée à Nosco. Habituée aux plats fades qu'on pouvait servir et au goût artificiel des barres énergétiques, les saveurs de la pâtisserie étaient véritablement un bonheur pour ses papilles. Si elle n'avait pas la preuve entre les mains, Kathleen n'aurait jamais soupçonnée que le Haut Conseiller sache si bien cuisiner. Néanmoins, bien que la gourmandise aurait voulu qu'elle en reprenne un morceau, la brigadière posa le gâteau à côté de sa tasse sur l'assiette prévue à cet effet avant de s'essuyer les mains puis les croiser sur ses cuisses. Le thé, au vu de son parfum, promettait d'être aussi délicieux mais pour le moment, toute l'attention de Kathleen était portée sur son interlocuteur. Ce dernier répondait à la question sur sa cécité mais ne lui donnait que des bribes d'informations dont elle serait bien incapable de tirer une réponse satisfaisante. La Seconde ne poussa pas son investigation plus loin et préféra laisser le silence prendre part à la conversation. Elle en profita finalement, à l'instar du Haut Conseiller, pour boire le liquide, maintenant tiède, que contenait sa tasse et elle ne fut pas déçue de son goût. Elle ferma les yeux un instant pour en profiter, sachant qu'elle n'aurait pas beaucoup l'occasion d'en boire de nouveau de sitôt, puis les rouvrit lorsque Kemshir reprit la parole.

    Sa première pensée fut que cet homme ne serait décidément jamais clair dans ses intentions. Apparemment, cela semblait l'amuser mais il était bien le seul à apprécier son petit jeu car la brigadière n'avait pas envie de rentrer dedans. Kathleen répondit, un peu froidement peut-être :

    « Ce n'est pas difficile d'être aimé quand on sait ce que signifient la gentillesse, l'affection, la sympathie... »

    Dans tout Nosco, Kathleen ne devait sûrement pas être la seule à se demander si Kemshir avait déjà aimé quelqu'un de quelque degré que ce soit. La Seconde ne voulait pas perdre son temps à lui parler de ses sentiments fleur bleue qui faisaient néanmoins d'un homme ce qu'il était. Ceci dit, elle espérait pour lui qu'il les ait éprouvés au moins une fois dans sa vie.

    « La sagesse est subjective. Dans ce cas-ci, la simple méfiance n'est peut-être pas le plus sage : vous fuir et vous éviter comme la peste serait sans doute une sagesse plus efficace. Elle esquissa un sourire mauvais. Quant à la société, je ne demande qu'à lui rendre service dans la mesure de mes moyens. »

    Soutenant son regard sans sourciller, Kathleen ne se demanda même plus dans quel registre était le ton du Haut Conseiller. Elle rangeait à présent toutes ses paroles dans un seul sac, celui de l'ironie et du mépris. S'il y avait un semblant de vérité dans ce qu'il pouvait bien lui dire, cela aurait de toutes façons sonné comme de l'hypocrisie aux oreilles de la brigadière, pas comme une sincérité pure. Il reprit une nouvelle fois la parole et elle l'écouta prudemment.

    « Au contraire, les peurs sont plus rationnelles que vous le pensez. Cependant, il en existe plusieurs et avec des intensités différentes selon les individus. Lorsqu'une créature débarque sur votre chemin, n'importe qui a envie de fuir parce qu'elle représente vos plus horribles cauchemars. C'est une créature sans pitié qui n'hésitera pas à vous mettre en pièces dans le seul but de vous dévorer. Mais, elle est irrémédiablement stupide et se battra comme un ours enragé non comme un soldat expérimenté. A l'inverse, on peut craindre un homme parce que justement il possède les mêmes armes que vous et, contrairement à une créature, peut vous mentir, vous leurrer ou vous surprendre de manière à vous planter un poignard dans le dos. C'est peut-être pire d'avoir en face de soi un ennemi rusé avec de mauvaises intentions qu'un adversaire dangereux mais stupide. »

    Stoppant un instant, le temps de boire un peu de thé, la Seconde reprit peu après :

    « On dit aussi que la compréhension engendre la compassion envers ses ennemis, l'ignorance engendrerait plutôt la haine ou la peur. On craint une créature car on ne sait pas d'où elle vient et pourquoi elle s'acharne à nous anéantir comme on craint un homme parce qu'on ne comprend pas ses intentions et que, si celles-ci sont mauvaises, quelle manière va-t-il choisir pour s'en prendre à nous. »

    Elle leva ses yeux vers Lou.

    « Or vous, je ne vous comprends pas du tout, ni vos intentions, ni vos motivations. Je ne mentirai pas en disant que de toutes façons, vous ne cherchez pas à ce que les gens vous comprennent, vous avez plutôt tendance à vouloir les embrouiller. Tout ce que je sais c'est que je n'attends rien de vous et que je n'ai rien à vous prouver, » lança-t-elle franchement.

    Il n'y avait pas de colère dans sa voix, loin de là, la brigadière étant assez calme pour ne pas y céder facilement. Ce que voulait dire Kathleen, c'était qu'elle se moquait pas mal de ce qu'il pouvait deviner ou juger d'elle et de son comportement, ce n'était pas son avis qui comptait le plus à ses yeux. En outre, elle ne lui devait absolument rien et c'était sans doute pour cela qu'elle avait eu le 'courage' de venir. Si elle avait eu un service à lui demander, elle aurait été plus vulnérable qu'elle ne l'était déjà. Hiérarchiquement, à cause de son poste de Haut Conseiller, il était son supérieur mais il ne travaillait même pas dans sa branche. Il lui expliqua d'ailleurs son choix de ne pas avoir fait une carrière militaire. Ou presque. La réponse était comme toutes les autres, évasive. Oxymore eut un mince sourire lorsqu'il rajouta lui-même qu'il ne répondait pas à la question, comme s'il venait de lire dans ses pensées. Ce qu'il rajouta, à défaut de faits précis, l'intrigua. « Je me suis longtemps battu dans d'autres conditions, ce qu'on a pu me proposer ici ne brillait pas du même éclat. » Il aurait été stupide de croire qu'un noscoien aussi ancien n'ait pas recouvré une bonne partie de sa mémoire. Mais elle n'aurait pas songé que ses choix eussent été motivés par son passé. Pensée purement noscoienne, Kathleen avait tendance à prendre uniquement en compte la vie à Nosco et omettait l'existence que chacun avait pu avoir, avant. Maintenant qu'elle y réfléchissait, c'était sûrement idiot mais elle-même n'ayant que des bribes de mémoire erratiques, il n'y avait pas de quoi faire changer son mode de vie en un tour de main. Et, la recherche de son passé étant prohibée par le régime, personne n'était assez téméraire pour raconter ou suggérer son ancienne existence.

    Sauf Kemshir, visiblement. Cette fois, elle sentait sa méfiance grandir. Si elle lui posait d'autres questions, serait-il enclin à lui répondre ? Alors que c'était la première fois qu'ils se parlaient vraiment ? En vérité, cela lui paraissait invraisemblable mais elle ne le saurait pas : elle ne voulait pas continuer sur cela maintenant, peut-être plus tard, si d'ici là ils se croisaient une nouvelle fois... Le passé noscoien était un tabou trop grand, beaucoup plus que les créatures. Kathleen ne voulait pas s'aventurer sur cette voie tant qu'elle n'était pas non plus certaine qu'il n'y avait effectivement aucune caméra dans les parages.

    « C'est vrai qu'on ne peut pas forcément retrouver les choses comme on aimerait les revoir, » déclara-t-elle seulement, pensive.

    En disant cela, des souvenirs mêlant la splendeur d'un champ de blé dans le soleil couchant et la beauté vertigineuse de l'océan s'étendant jusqu'à l'horizon se glissèrent dans ses pensées. La nature de Nosco n'était que bien pâle en comparaison, un artifice sans vie. Si le Haut Conseiller était nostalgique, Kathleen pouvait peut-être essayer de le comprendre bien que chacun avait sa raison qui différait totalement de l'autre. Ce qui les rapprochaient en outre avec amusement était le paradoxe qui semblait s'être joué dans leur vie : la petite paysanne qu'elle voyait dans ses souvenirs passait maintenant ses journées à se battre et le combattant expérimenté qu'était Kemshir avait refusé de reprendre les armes pour se tourner vers la tranquillité de la science. Que le changement ait été inconscient ou au contraire parfaitement choisi, le résultat semblait néanmoins aboutir au même. On pouvait se demander combien de vies avaient été ainsi basculées...


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Re: Le loup et la brebis

Message par Lou Jiwi Kemshir le Sam 16 Juil - 13:17

Sa peau n'avait pas la pâleur de la sienne, elle était un peu plus rosée mais elle paraissait tout aussi lisse et douce. Une simple caresse aurait pu confirmer cette impression mais cette pensée lui rappela le cri d'une autre femme alors qu'il faisait de même. C'était un autre temps, dans d'autres circonstances. Sa chevelure d'or tombait docilement jusqu'au creux de son dos, épousant les formes de son corps quelque peu masquées par des vêtements trop amples, elle semblait soyeuse. Il lui était aussi arrivé de glisser quelques fois ses doigts dans les longs cheveux d'une femme mais sa pâle couleur n'avait rien de commun là-bas. Le plus fascinant c'était ses yeux, ils n'avaient rien d'exceptionnel dans leur expression, ils étaient même plutôt froids et en sa présence on ne pouvait s'attendre à y voir briller beaucoup d'étincelles mais il en aimait bien la couleur, ce vert sombre avec des nuances de gris était bien loin d'un banal marron. Mais il était bien facile de trouver quelque chose d'attirant chez une belle femme quand on prenait la peine de l'observer.

La réplique de la jeune femme le détourna de son observation et l'amusa fortement. Ainsi, comme tous les autres, elle avait la naïveté de croire que son cœur ne pouvait être que de pierre et qu'il était incapable de connaître « la gentillesse, l'affection, la sympathie » ? Si son rire avait eu un jour la faculté de se déclencher facilement, il aurait été aux éclats.

― Pensez-vous vraiment que je sois dénué de toute sympathie à l'égard des autres ? Je vous l'ai dit, je suis un homme, et ce n'est pas en masquant et en contrôlant mes émotions que je les réduis à néant. Et si je ne montre pas assez de signes d'affection à votre goût, c'est peut-être parce que personne n'a jamais été à la hauteur de mes propres sentiments. Il la regardait droit dans les yeux, avec ce sourire qui pouvait changer le sens de chacune de ses phrases. Quand ses paroles semblaient sincères, il avait l'air de ne pas les penser ou bien c'était ses idées qui l'amusaient à moins que toute discussion avec les autres ne soit toujours pour lui qu'une simple plaisanterie. Du premier jour où il avait mis les pieds ici, il avait sans doute plus parlé que pendant toute son autre vie. On ne renie pas comme ça ce que l'on nous a appris depuis toujours, ajouta-t-il comme dernière justification à son comportement.

Le haut conseiller n'en était plus au stade de se rassurer en contrôlant tout ce qu'il laissait voir dès qu'un autre l'apercevait, c'était devenu sa manière de vivre et même en privé, lorsqu'il se retrouvait seul avec lui-même, il ne devenait pas un autre homme. Il se plaisait cependant à laisser croire aux autres qu'il n'avait pas beaucoup changé par rapport à son passé et c'était d'autant plus effrayant et curieux pour ceux qui avaient déjà commencé à retrouver quelques-uns de leurs souvenirs et qui pouvaient constater qu'ils n'étaient plus tout à fait la même personne. Si l'on avait su, on aurait pu dire qu'il était moins impitoyable et qu'il laissait toujours une chance aux autres de s'en tirer, quand autrefois il vivait avec les ombres, il n'hésitait pas désormais à se montrer. Qui pouvait dire si sa réputation était pire ici ou là-bas, qui pouvait préférer redouter seul en sachant son souffle tout proche ou craindre ce qu'il allait vous faire en le voyant arriver de bien loin ?

Kemshir commençait à se lasser de ce débat sans fin dans lequel son interlocutrice prenait de plus en plus part, lui dévoilant sans doute une partie de ses pensées et de sa sensibilité. Si elle avait peur de lui, elle faisait tout pour ne pas le montrer et s'évertuait à garder avec lui une certaine franchise. Au moins avait-elle le courage de lui poser des questions sur les sujets qui l'intriguaient le plus et de lui donner son opinion.
Il aurait pu lui répondre que la meilleure des sagesses était de rester à ses côtés, de l'avoir toujours à l’œil pour pouvoir anticiper au mieux ce qu'il allait faire, sans doute ignorait-elle ses talents de traqueur et ce qui était arrivé à tous ceux qui l'avaient fui quand il s'était décidé à les poursuivre.

― On se bat d'autant plus facilement avec quelqu'un qui a les mêmes armes que soi, il suffit simplement de se connaître et d'avoir confiance en soi. Bien sûr, quand on sait que chaque arme est à double tranchant, cela facilite les choses.

Retourner une arme contre celui qui l'a utilisée le premier était un petit jeu qui l'amusait beaucoup mais c'était aussi un méthode très efficace quand on savait bien le faire. Contre quelqu'un d'expérimenté, ce n'était qu'un coup parmi tant d'autres et s'il ne suffisait pas à écraser son adversaire, c'était une situation qui pouvait être plus qu'humiliante. L'humiliation était un puissant moteur, tout comme la peur. Il voyait dans chaque chose et dans chaque personne des armes, il ne faisait que s'en servir.

― Vous avez raison, vous n'avez rien à me prouver, d'autant plus que je n'attends rien de vous, c'est à vous-même que vous cherchez à prouver quelque chose quand vous êtes là, devant moi. Quant à mes intentions, la plus noble serait sans doute de pousser les gens à s'affronter eux-mêmes, à s'élever, alors que seuls ils ne prendraient pas la peine d'être autre chose que médiocres, la plus basse de me rappeler que vous et moi ne vivons pas dans le même monde et de le faire payer aux autres plutôt qu'à moi. Je peux passer pour le gentil ou pour le méchant, on peut m'admirer ou me haïr, je sais ce que je fais mais c'est à vous d'y donner un sens, je ne vais pas penser à votre place. Si je vous embrouille, il ne tient qu'à vous de mettre un peu d'ordre et dans le pire des cas, vous n'avez qu'à m'imposer ce que vous avez envie de penser de moi, je finirai bien par y ressembler.

Son ton s'était fait plus sec, ses yeux n'avaient pas quitté les siens et restèrent ainsi encore un moment avant qu'il ne détourne le regard, alors qu'il songeait à son passé militaire. Les armes avaient été toute sa vie, il avait vu une ère s'écrouler et une autre la remplacer, il s'était adapté comme il l'avait toujours fait avant d'arriver ici et il avait continué son chemin sans jamais se retourner.
Au fond de lui, il avait toujours su qu'un métier d'armes ici ne lui aurait pas plu et qu'il y avait quelque chose de mal, maintenant il savait pourquoi et il ne regrettait pas d'avoir fait ce choix. Bien qu'il ait quitté une période de troubles pour en retrouver une autre, les choses ne pouvaient être les mêmes.

― On ne doit pas vivre dans le regret, il faut toujours avancer. Venez, je vais vous montrer mes serres.

Sans attendre davantage il se leva et traversa la pièce tandis que la jeune femme le suivait. Le salon était carré mais pas aussi grand que l'on aurait pu le croire au premier abord, c'était parce qu'il n'y avait pas mis beaucoup de meubles. Lorsqu'on rentrait de l'extérieur, on pouvait voir la cuisine ouverte sur la droite, non loin d'elle, pas tout à fait au centre, il y avait la table où ils s'étaient assis pour prendre le thé. Sur le mur en face de l'entrée, il y avait deux portes résolument fermées, l'une menait à sa chambre, l'autre à sa salle de bain. Et à gauche se trouvait la porte qui menait à ses mystérieuses serres. Il fit glisser la porte sur le côté pour l'ouvrir et une forte lumière les inonda. Dans le salon, les rideaux masquaient en partie les fenêtres tandis qu'ici, il avait tout fait pour avoir le plus de luminosité possible. Les plantes semblaient avoir d'abord été rangées en fonction de la lumière dont elles avaient besoin puis dans un ordre qui n'appartenait qu'au haut conseiller.
La pièce était assez grande mais elle ne pouvait concurrencer les vastes serres de la cour intérieur, il y avait pourtant cultivé de tout et l'on y trouvait un potager qui devait pouvoir nourrir deux ou trois personnes ainsi que de nombreuses fleurs et des plantes de toutes sortes. Le plus surprenant était sans doute les arbres, fruitiers ou non, qu'il avait réussi à faire pousser ici, ils avaient à peine la taille d'un jeune arbre qu'on aurait planté mais on devinait leur âge à l'épaisseur de leur tronc. Kemshir, confirmant son art du bonsaï, devait passer une bonne partie de son temps à les empêcher de pousser trop haut et de prendre trop de place, il en avait même profité pour leur donner une jolie forme. Tout ici semblait à la fois sauvage et maîtrisé. On entendait même le bruissement de l'eau qui venait d'une petite fontaine qu'il avait dû lui-même construire.
On pouvait aisément reconnaître certaines espèces très connues que les scientifiques avaient autrefois reproduites grâce à leur souvenirs mais une bonne partie de ce qui poussait ici semblait avoir été modifié et ne devait exister nulle part ailleurs. Tout avait l'air de se porter bien, preuve qu'il devait passer tout son temps libre à s'occuper de sa serre, il devait le faire seul puisque personne ne s'était jamais vanté d'avoir touché à une seule de ses pousses, à moins qu'il ne prenne en otage quelques uns de ses subalternes et qu'il les tienne au silence.
Au fond de la pièce se trouvait un petit atelier, légèrement séparé du reste par une banque assez large où l'on pouvait entreposer pas mal de choses. Dans les quelques meubles présents devaient se cacher tous ses outils de jardinage mais l'ordre et le rangement ici étaient tels qu'on ne pouvait que se dire qu'il était vraiment maniaque.

Il entraîna la jeune femme le long des allées et lui fournit quelques explications sans se montrer très loquace sur le sujet. Comme toujours, si elle voulait en savoir plus elle n'allait devoir compter que sur elle-même et lui poser des questions.
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Lou Jiwi Kemshir
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Re: Le loup et la brebis

Message par Kath le Ven 29 Juil - 15:42



    C'était à se demander dans quel genre de monde horrible Kemshir avait vécu pour qu'il devienne ainsi. Leur conversation semblait se baser autant sur les mots que sur les regards et celui de Kathleen était avant tout curieux, comme s'il cherchait à chaque parole que prononçait le Haut Conseiller, le véritable ton, la véritable pensée qu'il y avait derrière. Bien que la déception était toujours au rendez-vous, ne trouvant jamais rien dans les yeux de son interlocuteur qui puisse aider son jugement, la brigadière s'acharnait néanmoins, espérant sans doute qu'à un moment ou à un autre une barrière se froisserait. Elle n'avait pour elle que sa patience et sa persévérance.

    Lorsqu'il répondit à sa remarque et justifia sa froideur, Kathleen aurait eu matière à le contredire mais elle se convainquit que ce n'était pas la peine. Rien que de se sentir obligé de contrôler ses sentiments à chaque instant lui paraissait saugrenu. Une unique question traversa cependant les lèvres de la jeune femme :

    « Vous avez donc déjà aimé quelqu'un ? »

    C'était sûrement un peu abrupt posé ainsi mais ça, ce n'était pas comme si sa franchise était une nouveauté. Cette fois, elle le scruta très attentivement. Peut-être était-elle allée trop loin, elle n'en savait rien, elle n'aurait su dire où se situaient les limites d'ailleurs. On pouvait même se demander ce que cela pouvait lui faire de connaître la réponse. Aussi bien c'était juste une question de plus qui satisferait la curiosité de la brigadière mais peut-être ne faisait-elle que s'assurer que son interlocuteur avait véritablement quelque chose qui battait dans la poitrine.

    Pour le reste, elle n'ouvrit plus la bouche et se contenta d'écouter sagement les réponses du Haut Conseiller. Elle avait l'impression de faire face à son contraire puisque leur manière de penser semblait s'opposer en tous points. Quand la voix de Kemshir se fit plus sèche, la jeune femme eu peur de l'avoir vexé ou, en tous les cas, d'avoir parlé de travers. Il s'était déjà levé mais il n'avait pas encore ouvert la porte de sa serre personnelle que Kathleen lui avait attrapé la main. Elle l'avait lâchée presque aussitôt, ne gardant qu'un contact léger, sa paume posée sur le dos de sa main sans la tenir comme si la jeune femme touchait un objet particulièrement fragile... ou dangereux.

    « Attendez un instant. »

    Elle s'était positionnée face à lui, sa deuxième main se posant sur autre son avant-bras. S'il voulait, il pouvait se reculer ou tout simplement retirer ses bras, la brigadière ne le forçait pas à accepter le contact. Ses sourcils étaient froncés et on avait l'impression que la bouche de la jeune femme allait s'ouvrir d'un instant à l'autre pour contredire ce que le Haut Conseiller avait dit précédemment, qu'il était d'une complète mauvaise foi lorsqu'il rétorquait qu'elle s'embrouillait toute seule alors que c'était lui qui ne savait pas parler clairement, lui qui s'amusait à manipuler les autres, à se comporter comme le vilain de l'histoire et à se complaire dans ce rôle alors qu'elle aurait pu lui trouver une dizaine d'arguments pour lui prouver combien c'était stupide. Non, évidemment, elle serait incapable de comprendre pourquoi ça l'amusait d'être ainsi ; ils n'avaient absolument pas le même point de vue, en plus, si les trois-quarts de sa mémoire n'avait pas été effacée et que la notion concrète du mot planète ne lui échappait pas (pas d'espace ni de galaxie sur Nosco, tout était artificiel) elle pourrait presque rajouter qu'ils n'était sûrement pas nés sur la même Terre.

    Il s'écoula un long moment ainsi, où la jeune femme fixa le Haut Conseiller sans qu'aucun son n'échappe de ses lèvres. A son expression renfrognée on pouvait croire qu'elle était en colère et qu'elle choisissait entre sortir tout ce qui lui restait sur le coeur ou se taire mais en réalité, une fois n'était pas coutume, il était bien difficile de savoir ce que Kathleen pensait réellement puisqu'elle-même ne le savait pas. Elle qui pouvait se vanter d'être quelqu'un de placide d'ordinaire avait l'impression d'avoir les nerfs à vif en sa compagnie et une furieuse envie de le secouer pour le faire sortir de son monde la démangeait. Mais lui ouvrir les yeux pour lui montrer quel autre monde ? Le sien ? De quel droit pouvait-elle penser que sa vision des choses était meilleure et si, au contraire, elle n'était pas pire que la sienne ? Peut-être n'avait-il pas complètement tort, comme elle en était convaincu, de se comporter ainsi. Cependant, elle aurait souhaité pouvoir lui prêter un peu de sa gentillesse, puisqu'il semblait qu'elle en avait beaucoup trop, pour que quelque chose d'autre ressorte de lui mis à part sa sournoiserie et sa méchanceté. Mais elle n'avait de droit sur personne, encore moins sur lui, et n'en aurait jamais. Elle ne pouvait pas non plus le forcer à changer et en venant ici Kathleen n'avait jamais eu ce but en tête, cependant, elle s'était aperçue qu'au fil de la conversation, plus elle apprenait des choses sur son interlocuteur plus elle sentait l'envie de le remettre sur... Le droit chemin ? (cette idée faillie lui arracher un rictus) croître inconsciemment en elle alors que cela n'avait aucun intérêt. Etait-cela la chose qu'elle voulait justement se prouver à elle-même comme il l'avait si bien remarqué ? Qu'elle était capable de comprendre et de changer une personne en un tour de main et que ce n'était pas réellement le courage qui l'amenait ici ? Elle se trouvait aberrante. Non vraiment. Kemshir n'avait ni besoin de son aide ni de son avis et évidemment, elle partait du principe qu'il fallait le lui donner alors que cela ne se solderait forcément que par un débat stérile.

    Soudain, comme si la jeune femme venait de prendre une décision importante - ou qu'elle se rendait compte qu'elle allait finir par indisposer le Haut Conseiller - ses épaules s'affaissèrent et ses traits se radoucirent un peu. Elle continuait à le fixer dans les yeux mais plus avec cette envie de lui extorquer tous ses secrets. Au contraire, elle le contemplait d'un oeil beaucoup plus sérieux, de cet air si personnel qui lui collait tout le temps aux basques, il n'était donc pas évident de savoir si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Sa main était toujours contre la sienne et quelque part, c'était rassurant de savoir qu'elle était chaude et non glacée comme sa pâleur pourrait le faire croire. La Seconde ramena enfin ses bras contre elle et s'écarta de Kemshir, sans toutefois baisser le regard.

    « Si jamais je devais vous imposer ma manière de voir les choses et si vous deviez être comme je préférerais que vous soyez, alors cela ne ferait que gâcher ce que vous êtes. »

    Puis elle cessa de lui barrer le passage avec une drôle de moue sur le visage, celle qu'on affichait souvent quand on avait le sentiment d'avoir sorti une connerie monumentale. Néanmoins, la Seconde ne rajouta rien d'autre et c'est en silence qu'elle accompagna le Haut Conseiller jusque dans ses serres personnelles. En d'autres circonstances elle aurait ouvert de grands yeux en découvrant l'endroit et serait restée admirablement scotchée par tant de beauté. Mais là... Kathleen était étonnamment froide malgré la surprise, n'ayant sûrement pas terminé de ruminer ses pensées.

    « C'est magnifique, » déclara-t-elle néanmoins, avec moins de joie qu'on aurait pu lui connaître.

    Elle écoutait à peine ce que pouvait bien lui raconter Kemshir, et au fur et à mesure qu'ils avançaient dans l'allée, elle fut bientôt trop occupée à dévorer des yeux toutes les plantes qui se trouvaient dans la Serre pour comprendre ce qu'il disait. Elle faisait bien attention à n'en toucher aucune, ayant trop peur d'abîmer une seule feuille, un seul pétale avec sa maladresse. Des questions, elle en avait des milliers en passant par le nom qu'il avait donné à chacune de ses plantes à la manière dont il s'en occupait mais pour l'instant elle mémorisait tout ce qu'elle pouvait, elle les poserait plus tard. Elle n'osait pas non plus se pencher sur les fleurs pour mieux les sentir mais qu'importe, leur parfum délicieux lui parvenait déjà.

    « Merci de me montrer cet endroit. »

    Savait-il combien il lui faisait plaisir en l'ayant amenée ici ? Kathleen avait toujours énormément apprécié les fleurs et il y avait de quoi la ravir. Cependant, elle avait l'impression de ne pas mériter d'être là, c'est pourquoi son humeur et sa voix étaient plus ternes qu'elles ne le devraient. Peut-être était-elle trop sévère avec elle-même.

Kath
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Re: Le loup et la brebis

Message par Lou Jiwi Kemshir le Lun 15 Aoû - 17:05

Un silence s'était vaguement installé entre eux mais il n'était pas désagréable, démuni de la lourdeur de l'affrontement qui pesait parfois entre deux regards, deux ennemis dont la lutte première était ce simple défi. Tandis que Kathleen se laissait aller au charme de l'endroit qu'il avait patiemment composé et presque jamais partagé avec le commun des mortels, se complaisant dans sa mystérieuse solitude, ses pensées l'avaient emporté ailleurs. Mais ce n'était pas aussi loin que l'on aurait pu le croire, il se rappelait simplement ce moment où elle l'avait retenu avant d'entamer la visite de ses serres. Il n'avait presque pas réagi, se contentant de soutenir son regard sans l'accabler de cette étincelle méchante ou de sa sournoiserie habituelle, il était resté parfaitement indifférent à cette scène pourtant peu commune où elle avait créé ce contact physique entre eux. Il aurait pu prendre ses mains et le rendre partagé comme l'aurait fait à peu près n'importe quel imbécile d'homme avec une jolie fille mais il n'était pas de ces personnes qui laissaient trop souvent libre court à leurs pulsions. Pour établir un lien, encore aurait-il fallu qu'ils partagent quelque chose en commun.
Non, Kemshir n'avait rien offert à la jeune femme et n'avait profité de la situation qu'à sa manière, aussi mystérieuse qu'incompréhensible. Il s'était tu, comme s'il n'avait pas entendu chacune de ses remarques, à moins qu'il n'ait préféré les ignorer et laisser la brigadière dans la frustration. Ses rares questions – qu'on aurait pu qualifier d'indiscrètes – lui avaient permis de comprendre assez rapidement qu'elle était curieuse. Il ne prenait pourtant pas de plaisir particulier à l'impatienter, contrairement à ce que l'on pouvait croire, sa méchanceté insatiable ne le rendait pas plus heureux que les autres, il y avait bien sûr toujours cet éclat de gaieté dans sa voix qui trompait ceux qui l'écoutaient, mais s'il l'était, c'était simplement parce qu'il l'avait décidé. Et puis, il y avait ces jours où il sentait un poids s'affaisser sur ses épaules, où il savait que rien ni personne ne serait capable de le satisfaire, parfois même, il avait l'impression d'être si vieux, qu'il était invraisemblable qu'il soit encore ici, en vie. La jeune femme, aujourd'hui, lui apportait cette vivacité de caractère si propre à la jeunesse, il voyait en elle une période qu'il avait presque oubliée où il n'hésitait pas à prendre des risques, rien que pour se sentir encore vivant et ne pas se laisser abuser par le vent sur son visage qui aurait pu être tout aussi bien le voile de la mort.
Il ignorait ce qui l'avait poussée à un geste si irréfléchi, à se dresser face à lui et à le regarder avec une telle force, il n'avait pas cherché à y figer un sens, ses pensées n'appartenaient qu'à elle et il ne pouvait pas avoir la prétention de les deviner rien qu'en fixant longuement l'éclat de ses yeux.

― L'amour est l'une des rares cages dans lesquelles les hommes aiment s'enfermer, lança-t-il soudain, alors que le sujet semblait tout à l'heure avoir été abandonné peu après que Kathleen l'aborde avec plus de sérieux. Mais pour l'homme que j'ai été, il ne m'était pas possible d'y laisser voir la moindre faille, ma survie a toujours dépendu de ma capacité à surmonter mes faiblesses. Nous étions nombreux là-bas, et pour satisfaire les plus grandes exigences de notre métier, nous devions prouver que nous étions capables de rompre même les liens les plus forts. Je l'ai fait pour moi-même et je ne le regrette pas.

Ses mots sonnèrent comme le glas mais dans sa voix il n'y avait ni tristesse, ni émotion, seulement la plus froide des indifférences. Il savait que cette épreuve avait été le coup fatal, que sans celle-ci il aurait pu être un autre homme, mais ils se ressemblaient trop, s'il avait hésité, ce serait lui qu'on aurait brûlé et pas elle. Il avait fallu des décennies entières pour qu'il ne conçoive plus de rage envers le genre humain et ses individus, la sagesse avait été alors une compagne des plus apaisantes pour son cœur plein de colère et son âme pendant trop longtemps détruite.
Ce jour-là était comme le pilier central de ce qu'il était aujourd'hui, il en avait parfois fait un événement si important que tout le reste semblait terne, dénué du moindre sens, et quand il y réfléchissait bien, cette construction lui apparaissait des plus ridicules. Que ce coup ait tout changé ou non, il était bien inutile à ses yeux d'en parler pendant des heures.

― Si vous cherchez un monstre, eh bien, mon passé vous en donnera plus que vous n'en voudriez. Je ne serai jamais conforme aux valeurs que prônent la plupart des sociétés, et pourtant, l'ironie fait que ce sont elles qui créent des hommes comme moi, lança-t-il sans cacher son ton moqueur.

La guilde était loin de faire exception à la règle, avec cette guerre intestine contre les rebelles, on n'avait guère rechigné à recruter des hommes capables d'éliminer à peu près n'importe qui. Le résultat n'était pas d'une grande efficacité, les plus influents se cachaient habilement dans leur bunker et aussitôt morts ils se feraient bien vite remplacer ; les partisans, quant à eux, étaient bien loin d'être tous connus, trop nombreux à cause des restrictions les plus sévères de l'impératrice. Il s'était bien gardé de donner son avis sur le sujet, n'ayant pas la moindre envie de prendre part à cette guerre ridicule qui relevait plus de la querelle politique que du désir frappant de liberté. Bien sûr tous les partisans se battaient pour ça mais ce n'était que des idéalistes, ils n'arriveraient jamais à rien d'autre qu'à mourir pour des chimères, à moins de finir vieux et désabusés.
Kathleen, elle, avait pris part au conflit et devait s'être montrée assez acharnée et fidèle pour arriver assez rapidement au poste de seconde. Elle avait dû tuer bien des rebelles et à la regarder de près, elle ne semblait pas torturée à cette idée.

― Dans une certaine mesure, ce que vous faites n'est pas si loin de ce que j'ai fait autrefois. Mais dites-moi, que feriez-vous si vous vous retrouviez en face de la personne que vous aimez le plus et qui est devenue votre pire ennemi ?

Elle ne le regardait pas, trop occupée par la végétation luxuriante de sa serre, mais cela ne l'empêcha pas de poser ses yeux sur sa chevelure dorée et de dévoiler un sourire narquois. Peut-être que cette question n'était que le prélude d'une discussion où le haut conseiller acculerait peu à peu la brigadière dans ses derniers retranchements, juste pour la tester, juste pour savoir jusqu'où elle irait. A moins qu'il n'ait une autre idée en tête.
Il se rapprocha lentement d'elle jusqu'à ce qu'ils se touchent presque, se pencha légèrement et d'un coup sec coupa la tige de l'une des fleurs que la jeune femme semblait observer plus que les autres. C'était une rose sur laquelle il avait passé un temps infini et le travail portait aujourd'hui ses fruits, révélant une fleur d'une grande beauté, dont la perfection arrivait presque à la hauteur des exigences de son créateur. Elle semblait au moins avoir touché la première âme étrangère qui la voyait. D'un geste aguerri, il avait coupé les quelques épines qui avaient poussées avec indolence le long de la tige, dernier reste d'une défense ancestrale qui n'aurait blessé l'homme que par mégarde. Et Kemshir ne se serait pas permis de laisser s'abîmer les si jolies mains de son invitée.

― Cette rose à l'air de vous plaire, permettez-moi de vous l'offrir, dit-il en lui glissant la fine et robuste tige dans la main. Le sourire qui étirait ses lèvres conservait toujours une part d'ambiguïté mais il ne l'était pas assez pour lui donner un visage cruel. Cela fait plusieurs mois que je travaille dessus, maintenant il ne lui reste plus qu'à s'épanouir. Je pourrais lui donner votre nom.

Il avait pour habitude de ne nommer ses créations que lorsqu'il y avait ajouté la toute dernière touche et bien qu'il ait l'âme d'un scientifique, il préférait largement un joli nom à un assemblage de chiffres et de lettres. Ses créations en auraient perdu toute singularité, et c'était bien ce qu'il s'acharnait à conserver.
Restait encore à prouver que ce présent était dû à une générosité spontanée, tout juste née de cette confrontation.


[J'ai peur que les dialogues ne soient trop ambigus, si Kath ne comprend pas même à la toute fin, dis-le-moi que je sois un peu plus directe. Et je te laisse le loisir de décrire ma rose :') ]
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Re: Le loup et la brebis

Message par Kath le Sam 27 Aoû - 23:22


    S'il existait un paradis quelque part, nul doute qu'il devrait s'y trouver un endroit comme celui-ci. Kathleen, impressionnée, n'avait d'yeux que pour la végétation qui les entourait, songeant qu'il devait être difficile pour Lou de concilier un poste de Haut Conseiller tout en consacrant une partie – très sûrement non négligeable – de son temps à ses recherches, ses expériences et aux soins de ses plantes. Pourtant, il ne semblait pas particulièrement fatigué. La brigadière était admirative, d'autant plus que si on lui avait dit que le méchant Kemshir possédait une serre aussi belle et qu'elle ne l'eut pas vu par elle-même, elle n'y aurait jamais cru. Qui y aurait cru, d'ailleurs, puisque tout cela était loin de la parfaite image du sale type que sa réputation lui attribuait. Plutôt perplexe, Kathleen continuait sérieusement à remettre en question ce qui avait pu lui être raconté sans toutefois blanchir complètement le Haut Conseiller. En effet, elle n'avait pas oublié son altercation avec Judikhael, qui n'avait été qu'une démonstration de méchanceté gratuite. La sniper était prête à réviser quelques points sur son jugement mais pas non plus à changer entièrement l'idée qu'elle s'était faite du personnage qui était, ceci dit, sensiblement différente de celle qu'elle avait eu en tête avant d'entrer dans l'appartement et ma foi plus positive.

    D'après tout ce que Lou avait pu lui dire, la jeune femme se rendait néanmoins compte à quel point il semblait donner de l'importance à son passé. Un passé sévère, dur, dont l'écho qui lui en faisait lui faisait penser qu'elle n'aurait jamais voulu le vivre. Le ton avec lequel il répondit à la question qu'elle avait posée il y a quelques minutes plus tôt lui arracha un frisson désagréable et lui fit comprendre que la « rupture de ce lien » était allée beaucoup plus loin qu'une simple séparation amoureuse comme on en voyait tant. La charmante demoiselle qu'il avait aimé était donc ou morte ou morte dans d'atroces souffrances. En tous les cas c'était de sa main et, franchement, ça avait de quoi vous donner l'envie de fuir à toute vitesse. Si Kathleen ne l'avait pas déjà fait, c'était qu'elle n'était pas convaincue de la véracité de ces propos. En effet, elle avait plutôt l'impression que c'était une perfidie de Lou, qu'il lui laissait entendre le pire en espérant l'intimider, ce qui était une tactique vaine quand il s'agissait de la Seconde de Commandor. Le fait qu'il rajoute une couche supplémentaire, cette fois-ci avec une voix moqueuse, ne fit que renforcer l'impression qu'il se fichait d'elle.

    « Parfait alors... si jamais je manque de monstres dans les souterrains, je viendrai m'occuper de vous ! » répliqua-t-elle, ironique.

    Les bras croisés, elle retourna à la contemplation d'une rose particulièrement belle qui avait de suite attiré son attention *. Comme le nom de la fleur, elle était d'une teinte de rose plutôt doux, amenant l'oeil à regarder sans qu'il ne soit agressé. Toutefois, la teinte n'était pas unie mais se dégradait en partant du pétale jusqu'à la base. Le contour des pétales était foncé, apparaissant presque bordeaux par endroit. A l'inverse, plus on se rapprochait de la base, plus le rose s'éclaircissait, devenant si pâle qu'il en était blanc. Ainsi, lorsqu'on observait la fleur dans son ensemble, il s'en dégageait une parfaite harmonie, les couleurs semblant se fondre tout naturellement les unes dans les autres comme si la main humaine n'était jamais intervenue ou avec tant de délicatesse qu'on ne pouvait le deviner. L'odeur, quant à elle, était véritablement entêtante. Malheureusement, la voix de son créateur la fit détacher son regard du végétal. Fronçant les sourcils en entendant la question qui lui était posée, la brigadière répondit soigneusement :

    « Je suppose que c'est le genre de questions auxquelles on ne peut répondre tant que l'on n'a pas été confronté à pareille situation. »

    Ce qui était la pure vérité. Kathleen aurait beau imaginer ce qu'elle ferait, qui sait si, dans la réalité, tout ne se déroulerait pas autrement. Serait-elle capable de tuer un ennemi qui était aussi l'être le plus cher ou bien n'oserait-elle lever la main sur lui ? Se laisserait-elle tuer sans faire un geste ? Préférerait-elle le suicide plutôt que d'être forcée de faire un de ces choix morbides ?

    Tandis qu'elle essayait d'apporter des réponses à ces questions, elle se figea subitement en sentant la présence du Haut Conseiller, tout près d'elle. Elle le vit couper l'une des fleurs et la lui remettre. Si ce geste n'avait pas déjà suffit à la mettre mal à l'aise, la proposition qu'il lui fit acheva de colorer ses joues d'un rose à en rendre jaloux celui qu'arboraient les pétales de la fleur.

    « Je... Merci mais vous êtes certain que ?... Embarrassée, elle n'arrivait pas à terminer sa phrase, et ce n'était pas le sourire équivoque qu'il lui lançait qui allait arranger les choses. Elle se reprit néanmoins un petit peu et lâcha, d'une voix plus sûre : C'est un joli cadeau que vous me faites... mais vous savez, j'ai peur qu'avec moi, cette fleur se fane tout de suite. »

    Ou une manière détournée de dire qu'elle ne se voyait pas mériter un tel présent, encore moins qu'on appelle cette fleur par son nom, elle tendit donc la main vers lui, l'air confuse, dans l'espoir qu'il la reprenne et lui dise que c'était une plaisanterie. Sauf qu'apparemment, Kemshir ne blaguait pas. C'est étrange, mais l'idée de fuir à toutes jambes qui tout à l'heure la révoltait lui semblait d'un coup plus attrayante.

    Mais une chose vibrante interrompit ce moment d'une rare gêne pour la brigadière. Ses joues étaient encore légèrement rosées lorsqu'elle attrapa brusquement le portable logé dans la poche de son jean, mais son visage avait retrouvé en un clin d'oeil une expression des plus sérieuses. Elle lut en quelques secondes le message qui lui avait été envoyé et qui, en résumé, disait qu'on avait besoin d'elle car on avait détecté des mouvements suspects dans les souterrains... le genre de situation que rencontrait un jour chaque brigadier anti-terroriste et qui signifiait que vous étiez partie pour passer le reste de la soirée à surveiller et à vérifier si c'était oui ou non les rebelles qui préparaient une petite farce.

    « Désolé je crois que je ne vais pas pouvoir pas rester... Rebelles, » précisa-t-elle comme si ce mot à lui seul était une excuse suffisante.

    Ce n'était certes pas très courtois d'avoir laissé son portable allumé mais Kathleen n'avait jamais pris l'habitude de l'éteindre pour la simple et bonne raison qu'il pouvait y avoir une urgence à tout moment, ce que Kemshir devait pouvoir comprendre. Et puis honnêtement... elle ne pensait pas qu'elle serait restée aussi longtemps en sa compagnie. Elle rangea son portable et pu constater que la rose était toujours dans son autre main. La ramenant finalement contre elle et se mordillant la lèvre, elle ajouta :

    « Merci pour la soirée, c'était vraiment très bien. »

    Enfin ça s'est passé mieux que je le croyais, pensa Kathleen qui souria au Haut Conseiller puis s'écarta de quelques pas, tourna son regard vers la porte et... se retourna vivement en claquant des doigts.

    « J'ai failli oublier ! S'exclama-t-elle avec une étincelle dans les yeux, oubliant subitement sa gêne de tout à l'heure. Je vous dois quelque chose, qui permettra de vérifier une autre chose. Permettez ? »

    Et sur ce discours d'une rare clarté et parfaitement explicite, Oxymore fit rapidement demi-tour et déposa un baiser sur les pâle lèvres de Lou tout en caressant sa joue avec l'index. Cela ne dura à peine qu'une seconde. Kathleen s'éloigna promptement et à une distance suffisante pour prévoir un coup (mieux vaut prévenir que guérir, hein !) leva son index jusqu'à ses yeux et l'examina comme si elle venait de faire une découverte fascinante.

    « Hmm... Joue chaude. Je ne l'aurais pas cru. Puis, ses lèvres s'étirant en un sourire satisfait : Non je n'ai pas oublié le sous-entendu de mauvais goût que vous avez lancé au début. Ajoutez au sourire un regard de défi. Je n'apprécie pas spécialement qu'on me traite de cadavre. Prenez donc ça comme revanche personnelle. »

    De mémoire, elle ne se souvenait pas s'être éclipsée aussi vite d'un endroit. Elle lança un « Bonne soirée ! » le complétant par un autre « Merci pour la rose ! » à la volée, et sortit de l'appartement sans même laisser le temps au Haut Conseiller de la raccompagner. Vérifiant qu'elle n'avait pas abîmé la rose en marchant si vite, elle la cacha finalement sous sa chemise, croisa les bras pour ne pas que cela se remarque et essaya d'adopter un air passablement irrité lorsqu'elle passa devant le garde qui surveillait l'entrée du Capitol, comme si elle venait de passer la soirée entière à se disputer avec le terrible Kemshir. Personne n'avait besoin de savoir que ça ne c'était pas si mal déroulé que ça. Visiblement, Oxymore ne devait pas être si mauvaise actrice car le militaire ne parut pas étonnée de la voir ainsi. Elle le salua sans se retourner et regretta de ne pas avoir pris une veste car un vent frais s'était levé. Avant d'aller dans les SSU, un petit détour chez elle s'imposait, rien que pour y déposer le fragile présent qu'elle tenait dans la main et pour se changer. En effet, débarquer en jean-chemise-débardeur dans les bureaux de la Brigade, bref en touriste, cela le faisait moyen pour une Seconde de Commandor. Kathleen jeta un coup d'oeil en arrière, comme si elle craignait que le grand méchant Lou la poursuive, mais non, cela ne semblait pas être le cas. A croire que les loups qui dévorent les brebis et les agneaux ça n'existent que dans les contes pour enfants, pas sur Nescio.

    [HRP : voilà ma dernière réponse avec une Kathleen qui se barre comme une malpropre 8D - mais Lou lui en veut pas, hein ? <3 - j'espère que ça te plaira ! :') ]

Kath
~ Second de Commandor ~
Section anti-terroriste


Camp : Guilde Impériale
Profession : Second de Commandor de la Brigade Anti-terroriste
Âge réel : 32 ans
Âge d'apparence : 27 ans

Compétences
Mémoire:
1500/10000  (1500/10000)
Compétence principale: Armes à feu
Niveau de Compétence: Maître

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Re: Le loup et la brebis

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