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Message par Askha Pukllay le Mar 30 Aoû - 16:37

Une brûlure dans le conduit nasal. Askha entrouvre un œil avant d'éternuer violemment vers le sol qu'elle vient d'entrevoir. La petite tête blonde se redresse soudainement avec une expression d'animal pourchassé.

« Hi! »

Petit cri et sursaut apeurés inutiles. Ce qui venait de caresser son sternum n'était qu'un cube doré, avec sur chaque face un nombre de points noirs différent. Le pauvre était retenu prisonnier, attaché à son cou.
La nouvelle venue avait un peu de mal à rassembler ses esprits. À genoux et penchée vers l'avant, ses bras tremblants lui faisaient office de béquilles plutôt incompétentes tandis qu'elle tentait de retrouver un rythme respiratoire moins saccadé. La peur lui compressait les entrailles. Elle la ressentait sans même en envisager une raison.

Elle posa alors les yeux sur le reste de son corps. Elle était pieds nus. Un long manteau noir élégamment cintré masquera totalement, lorsqu'elle sera redressée, une robe de soie argentée.
Non, bien que longue, il s'agissait plutôt d'une nuisette... Une minute... Qu'est-ce qu'elle faisait ici dans cette tenue? Et puis, d'ailleurs, où était-elle?

Askha se dressa vivement sur ses jambes. Face à elle se trouvait un rempart à l'aspect miteux. Elle se demandait d'ailleurs comment une construction aussi haute, dont elle ne distinguait pas même le sommet, pouvait encore tenir debout. En effet, il s'était éboulé par endroits, laissant çà et là des trous béants par lesquels, malgré ses efforts, elle ne distinguait absolument rien. La nuit noire, rien d'autre.
Son cœur s'arrêta brusquement, pour ensuite battre aussi vite qu'il le pouvait. Il lui semblait à l'instant avoir entendu un ricanement rauque s'échapper de cette fenêtre donnant sur le néant.
Non, non... elle avait dû rêver...

Avec des pas amples et d'une lenteur extrême, elle marchait tout de même à reculons... Elle n'avait plus qu'une envie : mettre le plus de distance possible entre ce sinistre endroit et elle...

Elle pivota et vit alors de majestueux bâtiments aux tons crèmes sur lesquels la lumière du crépuscule offrait un joli tableau. Quelque chose ne venait-il pas d'effleurer son œil droit? Pas sa paupière, mais bel et bien son œil. Un insecte?

Finalement, elle n'osa pas non plus avancer dans cette direction. Et si elle se trouvait dans une propriété privée? Et si elle n'avait absolument rien à fait là?

Cette fois, elle parvint à étouffer son cri, mais pas son sursaut : quelqu'un s'avançait à sa rencontre.
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Re: Et après?

Message par Ambre Belham le Mer 31 Aoû - 23:34

1054 mots


Et allez, voilà que ça recommençait… Ambre ne savait pas ce qu’elle avait fait au bon Joshi pour devoir subir l’épidémie sans tomber malade à son tour, mais la façon dont le Haut Conseil abusait d’elle sous prétexte qu’elle n’avait rien de mieux à faire commençait à lui sortir par les trous de nez ! En fait, elle fulminait purement et simplement, et si elle avait réellement été un dragon, nul doute qu’elle aurait craché des dizaines de flammèches, à défaut de ne pas incendier purement et simplement cette foutue ville… Le souci, en ce qui concernait cette dernière hypothèse, étant qu’il ne resterait dès lors plus que des rebelles, qu’elle aurait d’ailleurs chassé depuis longtemps. Le désir de vivre seule et recluse éternellement étant pour le moment loin d’elle, et comme elle n’était de toutes façons pas un dragon, elle se contentait d’agresser d’un regard noir toutes les personnes qui avaient le malheur de la croiser. Quelle idée, aussi, de se retrouver sain et sauf quand une épidémie sévissait.

Mais vous en venez sûrement à vous demander la raison d’une énième colère de notre douce Ambre qui, pourtant, avait été rassérénée il y a peu de temps par son combat contre Crescent. Et qui demande désire réponse, comme le dit ce proverbe que je viens d’inventer. Dès lors, observez le sac rebondi, empli de mets divers et sans aucune saveur. Observez donc sa démarche, ou plus précisément le sens de ses pas. Sortant des laboratoires du Sapientia, elle contourne les bâtiments, et se dirige vers l’enceinte. Mais pas n’importe où vers l’enceinte : vers cette silhouette vacillante particulièrement bien vêtue, qui reste béatement immobile. A une bouche en O près, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un poisson géant, au vu de la robe grise bien trop classieuse qu’arbore cette nouvelle créature. Une nouvelle Oubliée. Une de ces personnes qui ont le malheur d’avoir une Ambre furieuse en guise de marraine.

Les Noscoiens tous beaux tous neufs qui se réveillaient près de la barrière avaient parfois la chance de tomber sur quelqu’un comme Kim : quelqu’un de sympathique et de rassurant, qui vous met tout de suite à l’aise. D’autres fois, ils devaient supporter des gens plus secs, moins sociables, comme Tristan ou Ambre. Le point positif, avec Ambre, c’est qu’il lui arrivait d’être sympathique et rassurante. Malheureusement pour la blondinette qui venait de brutalement sursauter, ce n’était pas le cas aujourd’hui. Sans prendre la peine de tenter de sourire, Belham avança raidement vers sa filleule. Elle avait intérêt à comprendre vite, et à être plus intelligente qu’elle en avait l’air, parce que la brigadière ne se sentait guère patiente. Posant son sac au sol, cette dernière débita une tirade qu’elle ne connaissait que trop bien, ne parvenant pas à cacher son mécontentement à sa nouvelle filleule :

« Bienvenue jeune femme. Vous venez d’arriver dans un endroit où vous n’avez jamais mis les pieds : on l’appelle Nosco. Pour ma part, je suis Ambre Belham, brigadière d’élite en traque, et c’est moi qu’on a désigné pour être votre marraine. Vous vous trouvez actuellement à la lisière de l’enceinte : c’est cette chose que vous voyez, et qui change pour chacun de nous. En général, ce n’est pas très agréable, mais pour ma part, je suis plutôt chanceuse : je ne vois que des images qui bougent sans cesse, dans des tons ambrés monochromes. Vous êtes probablement perdue, et c’est normal : comme tous les Nouveaux Oubliés – ceux qui, comme vous, viennent de se réveiller près de l’enceinte – vous n’avez plus aucun souvenir. Nous sommes ici pour vous construire une nouvelle identité. Vous êtes ici pour vous construire cette identité. »

Enfin, elle s’arrêta, afin de laisser à sa filleule le temps de digérer toutes ces informations. Elle n’en avait pas fini avec elle, loin de là : les formalités administratives pour accueillir un nouvel oublié étaient incroyablement nombreuses, longues et fastidieuses. Et bien sûr, c’était elle qui devait se charger de ça. Un soupir mi-las, mi-furibond lui échappa, et c’est en touchant Grenat, le petit Robot qui était assis sur son épaule qu’elle trouva un apaisement. Elle se souvenait à peine de ses sentiments quand elle était arrivée en Nosco – c’était il y a si longtemps ! – mais le peu qui lui revenait lui rappelait qu’elle avait apprécié avoir un parrain tranquille. Décidée à s’adoucir un tant soit peu, elle reprit, cherchant vainement à cacher sa rancœur.

« La première chose à faire, pour vous fabriquer une nouvelle identité, c’est de vous trouver un nom. Un nom et un prénom, cela va sans dire. Mais avant, peut-être avez-vous faim ou soif ? Je vous ai ramené ces choses insipides que l’on mange en Nosco, mais comme vous ne vous souvenez de rien, cela ne vous gênera pas. Mangez et buvez donc, ensuite, nous nous mettrons en route. »

Elle regarda sa protégée se nourrir, dissimulant du mieux possibles son désir de disparaître et de la laisser seule dans son appartement. Mais elle connaissait le protocole, et elle savait que son après-midi robotique venait d’être réduit à néant. Prenant son mal en patience, elle ânonna, continua sa description des évènements à venir :

« Réfléchissez bien à votre nom. Nous allons nous mettre en route vers la ville, où nous irons à l’Administration, dans l’Aedes. Je vous montrerai ! Là, vous donnerez le nom que vous avez choisi – ou que je peux choisir, si vous préférez ! – à un employé du secrétariat, qui vous emmènera à Joseph, un homme tout à fait charmant… il s’occupera de vous, et vous verrez : vous en profiterez longuement ! Une fois ces formalités accomplies, on ira vous chercher de quoi vous vêtir en Nosco, et tout un équipement de base. La dernière étape consistera à vous trouver un appartement. »

Pfiou. Cette fois, elle avait tout dit. Quoique non, elle n’avait pas parlé du Sapientia ! Mais ce détail pouvait attendre : avec sa chance, elle était probablement tombée sur un doctoraphobe… Un sourire froid naquit sur ses lèvres à cette idée, tandis qu’elle se mettait en route, vérifiant que sa filleule la suivait, pour demander :

« Tu as d’autres questions ? Vas-y, n’hésite pas… De toutes façons, je suis là maintenant...»
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Re: Et après?

Message par Askha Pukllay le Sam 3 Sep - 18:41

1007 mots


Pour ne pas arranger l'appréhension de la jeune femme, la silhouette féminine s'avançait d'un pas énergique et paraissait furieuse. Le caractère importun de sa présence en ces lieux se voyait donc confirmé aux yeux de la belle. La maîtresse des lieux, peut-être? L'anxiété de la nouvelle venue s'allégea quelque peu lorsque l'inconnue posa rageusement son fardeau sur le sol et qu'elle put avoir d'elle une vision plus précise.
Non seulement ce n'était après tout qu'une femme, mais elle semblait fraîchement sortie de l'adolescence. Une gamine donc, à ses yeux. Peut-être était-elle fille ou domestique des propriétaires, mais certainement pas assez importante pour que Madame se sente dans une position inférieure. Reprenant contenance, elle se sentait prête pour une éventuelle contre-attaque orale.
Ah, la voilà nous sort une petite tirade qui sent le par cœur...

Contre toute attente, ce discours fut pourtant déstabilisant. À vrai dire, la partie présentation était surtout frustrante : ainsi, cette petite insolente faisait déjà partie d'une élite et, qui plus est, dans un brigade? Ah, où était-elle donc tombée? Pire encore, elle disait être ici sa... marraine? Une jeune fille, sa tutrice? Quelle mauvaise blague! Elle avait beau ne rien savoir de cet endroit, elle n'appréciait pas vraiment cette posture. Cela ne l'empêchait pas de l'écouter attentivement, puisque, elle devait bien s'y résoudre, elle avait grandement besoin d'un minimum d'informations sur la situation avant de ne pouvoir faire quoi que ce soit, y compris prendre la parole.
Une oubliée, hein? Oubliée de qui? Se réveiller? Se réveiller de qu...
« vous n’avez plus aucun souvenir. »
Une effroyable sensation de vide la saisit. La question n'était même pas de savoir de qui était-elle oubliée : qui avait tenu compte, tenait actuellement compte d'elle? Aucun souvenir d'aucune relation ne traînant en elle. Aucun sentiment. Elle se sentait comme étrangère dans sa propre vie. Mais, de quelle vie? Se réveiller de quoi? Non : est-ce véritablement un réveil, si elle n'avait aucun « avant »? Elle avait ouvert les yeux il y a quelques minutes, étendue sur le sol. C'était tout.
Elle avait une vue approximative de son corps, mais ne savait même pas à quoi ressemblait son visage.
Elle fut saisie d'un imperceptible haut-le-cœur. Cette sensation était intenable. Qu'elle se remette à parler cette fille, et vite!

Parfait. Voilà à présent des paroles un temps soit peu plus concrètes. Faute de passé, voilà un futur. Un futur proche, bien palpable. Manger, et s'abreuver, tout d'abord. Et puis, il faudrait se trouver un nom et un prénom. C'était plutôt amusant. Construire totalement son identité, de A (son nom et prénom) jusqu'à Z (son futur) était probablement un petit rêve, conscient ou non, dormant bien au chaud dans un coin, dans l'esprit de beaucoup. Dans l'esprit de qui? De toute manière, qui connaissait-elle? Absolument personne!
Askha. Oui, elle se sentait véritablement multiple, en cet instant. Cet instant étant quasiment sa naissance, la voilà baptisée. Son prénom sera Askha.
Askha entama donc le premier repas qui constituerait ses souvenirs. Elle était en train de construire les premiers moments dont elle se souviendrait peut-être jamais. N'étant pas sure que ce soit le cas, cette perspective restait néanmoins terriblement excitante, cette idée était donc adoptée. Elle se sentait prise dans un rêve, où se jouait un jeu de rôle aux règles étranges qui n'en n'étaient pas moins réjouissantes.
Bien qu'impatiente de débuter ce semblant d'aventure, elle ne put s'empêcher d'engloutir la totalité des aliments que lui avait apporté la dénommée Ambre – si elle n'avait ressenti aucune faim avant son arrivée, le simple fait de manger lui avait ouvert l'appétit.
Notre nouvelle venue s'abreuvait également des paroles de cette narratrice, enregistrant précautionneusement dans cette mémoire dont la capacité lui paraissait infinie les détails de la marche qu'elle allait devoir suivre.

Ce n'est qu'une fois repue que la jeune femme remarqua la petite créature mécanique qui se laissait choyer sur l'épaule de marraine. D'ailleurs, submergée par son enthousiasme, elle en avait oublié ce qui l'avait tout à l'heure irritée : la jeunesse de cette fille qui osait faire preuve de mépris à son égard.
Ceci, elle était désormais satisfaite de cette attitude vis-à-vis d'elle, car elle y voyait la première manche de ce jeu : faire comprendre à Miss Belham à qui elle avait affaire. Si Askha voulait qu'on lui témoigne un minimum de respect dans ce monde, cette première tâche s'imposait de toute manière comme une évidence.

S'étant agenouillée pour pouvoir se nourrir plus confortablement, Madame s'appliqua à se remettre debout sans que la moindre vertèbre ne dévie de l'axe dans lequel elle devait s'aligner pour maintenir son dos impeccablement droit. Pour la première fois de cette minuscule vie, elle allait parler.
C'est une voix légèrement grave et profonde qui sorti de sa gorge.

« Je vois que tu es passée du vouvoiement au tutoiement, je vais donc faire de même. Quoi qu'il en soit je te remercie pour toutes ces explications. Mon nom est Askha, Askha... Pukllay. Ne me demande pas de quelle langue viennent ces termes, je n'en ai pas la moindre idée. Pourtant c'est comme si j'en ressentais la signification de façon évidente et que cette signification collait parfaitement à ce que je suis, en ce moment-même. Dis-moi, y a-t-il vraiment de nouveaux Oubliés qui acceptent que l'on choisisse leur propre nom à leur place? Ce doit être tellement frustrant... C'est comme si l'on choisissait votre identité et, par ce fait, votre destin! Ah! Aussi : Nosco, est-ce le nom de la ville où nous nous trouvons, de sa contrée, du pays peut-être?
Oh euh oui, pardon : tu sembles pressée, mettons nous en route et tu me répondras pendant le trajet.
Par contre, tu as beau sembler bien mécontente de te trouver ici, seulement tu viens de t'engager à m'aider et me renseigner, non? J'imagine que tu y es contrainte, mais si te montrais un peu plus agréable, je crois que le temps que tu seras bien obligée de passer en ma compagnie sera moi terrible, tout autant pour moi que pour toi, crois-moi. »
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Re: Et après?

Message par Ambre Belham le Lun 12 Sep - 21:16

1517 mots

Ashka s’était agenouillée et écoutait attentivement ce qu’Ambre avait à lui dire. Cette dernière, bien que de mauvais poil, appréciait particulièrement l’écoute qu’on lui accordait. En tant que brigadière d’élite, elle avait l’habitude de se faire entendre, même par des hommes, et l’obéissance à ses ordres lui semblait une évidence plus qu’une règle. Elle était la supérieure de bien des gens, et même sortie de son contexte de travail, elle jugeait normal qu’on se soumette à elle. Après tout, elle restait un personnage dangereux, dont la maîtrise des armes blanches n’était plus à refaire. Une maîtresse de la traque – la première femme à cette position, si l’on s’en référait aux archives – et la détentrice de nombreux robots de combat qu’elle avait elle-même mis au point. Tous ces infimes détails faisaient qu’on la respectait, malgré ses coups de sang et sa fréquente humeur de paillasson. Sa petite taille ne diminuait pas sa dangerosité, et tous ici le savaient : énerver Ambre Belham, c’était se mesurer à plus fort que soi ! Rares étaient ceux qui s’en étaient sortis sans séquelles, physiques ou morales, et plus rares encore ceux qui se risquaient à l’irriter. Ses supérieurs, voilà tout. Et les rebelles, bien sûr, qu’elle tuait aussi fréquemment que possible.

Lorsque sa filleule se redressa, sa marraine se contenta de la suivre du regard, un regard lourd de haine et de mécontentement. Il était inutile d’essayer d’ignorer ces yeux, chargés du malheur d’une femme qui n’était pas à la place qu’elle souhaitait, et témoin de son grand âge… Même si elle paraissait tout juste 18 ans, grande enfant au visage rigoureusement lisse, elle trainait sa carcasse depuis une soixantaine d’années en Nosco, avait vécu la séparation, la mort et l’amour, tous ces moments qui vous laissent des séquelles, bonnes ou mauvaises, et vous changent à jamais. On trouvait dans ce passé l’origine de son comportement scandaleux, assurée à l’outrance et trop souvent désagréable… Mais quand on avait son passé, on pouvait bien se permettre d’aller mal, et de le montrer aux autres de la façon la plus évidente possible. Du moins, c’était là une pensée qu’elle avait faite commune, pour justifier ses accès d’hystérie et l’humeur morose qu’elle affichait à ce moment même. Sans se cacher, elle se gratta l’avant-bras, rouvrant sans frémir une croûte qui venait juste de cicatriser, laissant quelques gouttes d’un sang vermeille y couler, sans y accorder la moindre attention. L’état de ses bras était signe de son mal-être, et de ses crises mélodramatiques. En ce moment, il semblait évident qu’elle allait mal.

Ambre n’était pas habituée à tutoyer… Cette fois-ci, c’était la monotonie de sa vie actuelle et sa lassitude quant à l’injustice de ce monde qui l’avaient amenée à se parjurer, utilisant un tutoiement abusif. Le fait que sa filleule le reprenne l’irrita aussitôt, ce simple « te » résonnant dans son esprit comme la première injure qu’on lui faisait. Aussitôt, elle sut qu’elle n’aimerait pas cette blondinette prétentieuse qui, à peine arrivée, se permettait déjà de tutoyer ses aînés comme si c’était normal. Pourtant, elle ne dit rien tout de suite, bouillonnant à moitié à l’intérieur d’elle-même, peu désireuse de se faire remonter les bretelles par la Guilde pour son mauvais accueil. Elle devait se contrôler. A moins qu’une bonne démonstration de son mécontentement stoppe ses supérieurs, qui comprendraient enfin que la présence d’un grand nombre de rebelles dans leurs locaux n’était pas synonyme de sa mise à la retraite ? Il y avait peu de chances… Malgré ça, les derniers mots de la Nouvelle Oubliée étaient si insolents, si effrontés que le sang de la brigadière, peu réputée pour son calme, ne fit qu’un tour. D’un geste, elle attrapa le bras de son adversaire, le tordit dans son dos et la laissa tomber sur le sol sans ménagement, mais en veillant malgré tout à ce qu’elle ne se blesse pas. Sans lui laisser le temps de récupérer du choc, elle posa son genou sur son thorax, consciente qu’elle pouvait d’une seule poussée déboîter l’épaule de sa petite protégée, et l’immobilisa. Elle était soumise. Les yeux ambrés de la brigadière se vrillèrent dans ceux, plus clairs, d’Ashka :

« Ecoutez-moi bien Ashka. Vous entrez dans un monde où vous ne connaissez pas les règles, et je suis là pour vous les apprendre, bien malgré moi vous l’aurez compris. Je ne suis pas n’importe qui, dans cette société, et s’il y a une chose que je déteste, c’est l’insolence, aussi bien cachée soit elle. J’en ai trouvé, dans vos paroles et dans vos yeux. Sachez qu’un brigadier d’élite, c’est quelqu’un de dangereux, qui maîtrise parfaitement son corps, et au moins une arme de prédilection. Je suis d’autant plus dangereuse que je maîtrise mes robots. Ici, je reçois peu d’ordres, et j’en donne beaucoup : tant que vous serez sous ma garde, vous me vouvoierez, et me respecterez, si vous ne voulez pas que je vous fasse commettre accidentellement l’un des plus gros impairs, un de ceux qui condamnerait à mort. »

D’un geste souple, presque félin, elle se redressa, se détournant de sa proie en sachant parfaitement que, même de dos, elle aurait l’ascendant sur elle. Il y avait peu de risques qu’un éventuel combat tourne mal pour la brigadière, d’autant qu’il était fréquent que les Nouveaux Oubliés soient un peu gauche avec leur corps, dont ils ne se souvenaient pas toujours parfaitement du fonctionnement tout de suite. D’une pichenette, elle épousseta une poussière, sur son pantalon, et se mit en marche sans plus tarder. Ashka la suivrait, elle en était sûre. Pour s’en assurer, toutefois, elle répondit enfin :

« J’apprécie votre nom : il vous convient bien. J’ai connu de nouveaux oubliés qui réclamaient de l’aide pour leur nom : en général, on leur donne une liste, et ils choisissent dedans : ainsi, leurs goûts sont malgré tout respectés. Nosco, c’est le nom de la ville où nous nous trouvons. Il n’y a pas de contrée ou de pays : juste cette ville, et en-dessous, d’immenses sous-terrains. Certains sont utilisables pour des non brigadiers comme vous, d’autres sont réservés aux brigadiers : on y trouve des créatures dangereuses, et des ennemis de la Guilde qui se terrent, des hors la loi. L’un comme l’autre sont dangereux, et il faut savoir utiliser une arme pour y descendre. »

Un petit cours d’histoire s’imposait visiblement, histoire qu’Ashka ne se sente pas trop perdue. Tandis qu’elles rentraient dans l’Aedes, et montaient au premier étage, réservé à l’administration, Ambre expliqua patiemment, d’une voix étonnamment peu empreinte d’agressivité.

« Nosco est une ville où des conflits ont lieu, malgré son apparence tranquille et sécurisée. Elle est gouvernée par une impératrice : Joséphine de Nosco. Cette impératrice est la dirigeante de la Guilde, le gigantesque organisme dans lequel tu viens d’entrer, et où il te faudra trouver ta place, sous la forme d’un métier. On discerne différents métiers : les métiers scientifiques, qui touchent à la médecine, à la cybernétique ou à l’informatique. Certains informaticiens luttent contre les hors la loi dont je viens de te parler : on les appelle les rebelles. Les rebelles sont des moins que rien qui ont décidé de saccager l’ordre de Nosco. Couards comme ils sont, ils se réfugient dans les sous-terrains, même s’ils y sont à la merci des créatures, des êtres ignobles, plus forts que n’importe quel homme, plus vils que n’importe quel démon. Il y a peu de temps, les créatures ont envahi Nosco, tuant des dizaines de personnes, et faisant de nombreux blessés. D’ailleurs, tu apprendras que le temps n’est pas vraiment une loi en vigueur : ici, on ne vieillit pas. Je n’en ai pas l’air, mais j’ai 57 ans… Et tu trouveras des personnes apparemment vieilles, qui sont en fait tout juste oubliés. Enfin bref, pour en revenir à la Guilde, tu peux aussi opter pour un métier que je dirai quelconque : vendeuse, barman ou esthéticienne… A toi de trouver ta place ! Il existe une dernière possibilité : devenir brigadier. Si ça t’intéresse, je te parlerai plus en détail de la hiérarchie, au sein de la brigade. Pour le moment, on arrive : je te présente Joseph. »

Devant eux, un bureau, avec un grand bonhomme au sourire amical. Le fameux Joseph. C’était lui qui prendrait la déposition de la nouvelle arrivée. Tranquillement, Ambre s’approcha, et le salua.

[ Voilà, désolée pour le temps de réponse… J’espère que ça te conviendra. Tu as deux possibilités maintenant : soit tu te contentes de réagir, et je joue Joseph qui te pose des questions, soit tu joues ton entretien avec Joseph dans ton prochain post. Comme tu veux ! ]
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