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Message par Allan Cadmun le Jeu 5 Aoû - 18:49

Une porte presque anonyme, d'un noir sobre, mat et sans fioriture.
On aurait presque pu croire à un renfoncement du mur, sans le boîtier austère du lecteur magnétique et les deux lettres d'argent gravées sur la porte : A.C.

Une fois le seuil franchi, s'offrait à la vue un effrayant bazar. Non pas que le haut prêtre manquât d'ordre ou d'organisation, mais cette pièce prenait sous bien des aspects des allures de cavernes d'Ali-Baba. Des étagères s'alignaient le long des murs, débordant de papiers ou d'ouvrages, que leur existence même désignait comme d'un autre temps. Autant de trésors, autant de technologies oubliées qui terminaient leurs jours remisés dans des vieux tiroirs, quand bien même ils avaient été un jour le fleuron d'un savoir et d'une époque.

Quelques toiles étranges habillaient les murs, volutes torturées cernant des personnages anxieux aux visages fermés, tableaux abstraits en noir sur un blanc passé, comme retraçant d'occultes idéogrammes en un alphabet insensé. Seules trois signatures revenaient, mais elles ne témoignaient pas moins d'un temps où l'art avait persisté rempart contre la folie et la peur.

Les murs étaient d'un gris sombre de ce qu'on en aperçevait entre les trop nombreux meubles, au pied desquels des câbles serpentent, sans qu'on sache si le système qu'ils composaient fonctionnait encore, ou s'il ne s'agissait une fois de plus que de vestiges. Malgré cet apparent désordre, en comparaison des intérieurs clairs et aseptisés de Nosco, tout semblait se trouver à sa place, des livres sur les étagères, aux dossiers qui jonchaient le bureau. C'est à celui-ci qu'Allan s'installait le plus souvent, allumant une petite lampe dont la teinte lumineuse n'a jamais prétendu au blanc parfait, se perdant dans une sorte de lueur jaune-orange incertaine filtrant d'une ampoule ternie comme on en faisait sûrement plus guère.

La pièce était néanmoins vaste, assez pour accueillir d'épais fauteuils noirs autour d'une table basse, de toute évidence les plus récentes acquisition de ce marché aux puces concentré. Allongé sur les coussins épars, c'était le plus souvent là qu'Allan s'endormait, lorsqu'il ne parvenait pas à se convaincre de la nécessité de regagner ses appartements. Ainsi s'éveillait-il sous les rayons placides du soleil de Nosco, qui s'immisçaient par l'unique fenêtre du bureau, donnant sur l'intérieur du Sanctuaire comme une lucarne sur un rêve éveillé, tant l'architecture atypique des lieux se prêtait à l'égarement.

Pour l'heure, Allan Cadmun était confortablement installé dans un des fauteuils, pianotant sur son ordinateur. A ce qu'il en lisait, la récente attaque de créatures dont Ysmaël avait réchappé semblait liée de toute évidence à la pénurie d'ondes alpha rapportée peu auparavant... D'apprendre que l'oublié s'en était sorti sain et sauf et qu'il le prenait sous son aile apaiserait peut-être les angoisses d'Artèmia. Allan l'espérait sincèrement, dans ce domaine, au vu des tristes circonstances de sa propre arrivée, il en fallait bien peu pour culpabiliser la prêtresse.

Une soirée sereine, à tous égards, de telle sorte qu'une fois de plus, Allan Cadmun n'avait pas verrouillée sa porte. Cette dernière se refermait toujours automatiquement, et, en l'absence de poignée, aucun des frères ne s'était jamais risqué à la défoncer de toute force pour entrer, préférant l'usage moins cavalier d'un courrier électronique ou, pour les plus hardis, de quelques coups frappés...
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Message par Judikhael Wienfield le Lun 9 Aoû - 11:04

Comment avait-il osé ? Comment avait-il osé ? Osé quoi demandez-vous ? Tout simplement critiquer sa "relation", pourtant chaste et platonique depuis près de 90 ans" avec la prêtresse Atèmia. Aucun code, aucune loi ne lui interdisait ouvertement une telle relation. Certes la bienséance voyait d'un mauvaise oeil que le haut conseiller de la Guilde et la prêtresse de l'assemblée des sept de la Congrégation se rencontrent si souvent, se parlent si souvent... Comme si l'on craignait que l'un d'eux révèlent ses secrets d'Etat à l'autre. S'ils étaient mariés ou vivaient ensemble, encore, passons, ce doute serait permis. Mais dans une telle situation où ils se contentaient.. de se voir... osaient à peine se toucher, de peur de choquer la bienséance, ou pire encore de définitivement laisser cours à leurs sentiments tourbillonnants... Non vraiment, on ne pouvait décemment leur reprocher quoique ce soit. N'est-ce pas ?

Alors comment avait-il osé ? Et ce, alors qu'il était absent, capturé par les rebelles et qu'il était donc incapable de se défendre ensuite ? Comment avait-il osé ? Dire que Judikhael voyait rouge était un doux euphémisme. la colère enflait en lui, si bien, que, n'y tenant plus, il partit à grands pas. Direction le Sanctuaire. Tous sur son passage s'écartaient avant même qu'il n'ait eu à dire un mot, ni même à faire un geste. La fureur s'inscrivait pleinement sur son visage, rendant ses traits plus durs encore, ses yeux d'un bleu sombre fusillant tous ceux qui se trouvaient sur son passage plus surement que toutes les mitraillettes du monde. Contre qui en avait-il ainsi ? Tous se posaient la question. Question fort judicieuse, surtout lorsqu'on le vit entrer dans le sanctuaire de sa foulée furieuse, bousculant quiconque, miliciens de la Congrégation ou pas, tentaient de lui barrer le passage. L'incident diplomatique était à redouter si sa cible était un Congrégationniste. Et quel congrégationniste !

Car non la folle colère de Judikhael n'était pas dirigée contre n'importe quel prêtre ni n'importe quel membre de cette maudite Congrégation. Le Haut Conseiller semblait viser haut. Très haut. Comme l'on pouvait s'en rendre compte en suivant sa trajectoire, qui se dirigeait vers les étages, vers les parties privées, que personne en dehors de la Congrégation n'était autorisé à pénétrer sans autorisation. Bien des miliciens le menacèrent, tentant de le retenir, en vain, la force brute de Judikhael les repoussant aussitôt comme si le petit soldat n'était qu'un vulgaire moucheron. Il n'était revenu des souterrains et de son séjour de chez les rebelles que depuis peu. Il était encore las et assez affaibli. Pourtant à cet instant, personne n'aurait pu croire qu'il fut si atteint et encore en convalescence. Sa force et sa résistance semblaient décuplées par sa colère, sourde torrent qui se déversait alors sans borne sur les flancs de la montagne qu'il tentait de prendre d'assaut. Un torrent dévastateur, qui, s'il ne parviendrait sans doute pas à vraiment éroder la montagne, ferait moult ravages sur la végétation environnante...

Le haut conseiller vit bien quelques fusils et autres armes de poing le menacer, mais un prêtre de l'assemblée des sept fit abaisser les armes et ordonna de ne pas nuire au guildien. Dans la mesure où celui-ci ne blessait personne no plus... Il ordonna de le suivre, le surveiller... et d'appeler la prêtresse qu'il connaissait si bien, seule capable alors a priori de vraiment le calmer. Bonne initiative en effet, qui était seule gageure de réduire les dégâts. Il faut dire à la décharge du prêtre en question que cinq miliciens à terre en quelques secondes à peine n'était pas de bon augure... Toutefois, quand Judikhael arriva à hauteur de la porte du Haut Prêtre, cible de sa rage torrentielle, comme vous l'aurez compris, les miliciens ne purent s'empêcher de tenter de barre le passage. Ce qui se mua alors en combat rapide à mains nues, le haut conseiller balayant sans peine cet obstacle alors insignifiant. Pour mieux se heurter à une porte close. Une porte close qui commençait sérieusement à le faire enrager plus encore. Une porte qu'il finit donc pas défoncer tout simplement d'un coup d'épaule bien placé puis d'un coup de pied particulièrement virulent qui finit de faire basculer la porte sur ses gonds. Enfin sur son gond, l'autre ayant définitivement cédé sous l'assaut de ce bélier vivant..

Armes au poing, les miliciens étaient prêts à tirer, quand un ordre claqua provenant du bureau et qu'un geste les arrêta dans leur mouvement, les confinant alors au seuil de la petite pièce sombre.

- Comment osez-vous ? tonna Judikhael, entrant sans même se présenter dans le bureau du Haut prêtre. Comment... comment osez-vous ? S'époumona-t-il, hors de lui. Rien, vous m'entendez, rien, ne vous autorise à traiter cette relation d'une telle façon. Rien ne vous autorise à cracher dessus comme s'il s'agissait de la pire ignominie...

En d'autres temps, jamais le haut conseiller qu'il était n'aurait agi ainsi, sur un coup de rage. Jamais. Mais, la fatigue aidant, et la lassitude de ne jamais pouvoir étancher les sentiments qui l'étreignaient depuis si longtemps, eurent raison de lui et de ses derniers arguments.

De quoi parlait-il donc ? Si ses idées étaient claires, ses paroles l'étaient bien moins. Mais Allan était un homme intelligent. Certainement ferait-il le rapprochement. La question immanquable qui devait se poser par contre dans tous les esprits qui avaient vite compris la raison de cette soudaine violence colérique était de savoir comment. Comment, lui, haut conseiller, avait bien pu apprendre cette... anecdote. Ce petit mail qui n'avait circulé normalement que parmi les congrégationnistes... Disons que les rumeurs vont vite. Un guildien ayant entendu parler de ce mail qui avait fait du bruit dans la Congrégation, puis le répétant de guildien en guildien, jusqu'à ce qu'un brigadier, gêné, en fasse part à son tour à Judikhael en personne... Les rumeurs couraient vite en Nosco. Bien vite. Trop vite peut-être...

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Message par Allan Cadmun le Lun 9 Aoû - 20:06

Allan Cadmun avait beau être un modèle à suivre, lorsqu'il était question de sagesse, de patience et de maîtrise de soi, il ne put se retenir de hausser un sourcil agacé lorsque sa porte dévastée vint heurter son bureau, déclenchant un cataclysme dans les dossiers préalablement rangés. La chose aurait pu se solder simplement - un regard au ciel, un peu de ménage et de menuiserie - seulement, par l'ouverture béante pénétra une armoire à glace guildienne répondant au nom de Judikhaël Wienfield. Rien que pour ça, Allan était heureux de s'être débarrassé de tous les prénoms hideux qu'on ait tenté de lui attribuer, cela lui évitait de devoir faire des copier/coller lorsqu'il s'agissait d'inscrire son propre nom dans des communiqués officiels.

Or donc, le haut conseiller débarquait en braillant, ce qui obligea Allan à refermer son ordinateur de crainte que des postillons viennent troubler sa lecture. Il aurait aussi pu bondir et hurler à son tour, crier son indignation lui réciter les parades inutiles qu'il attendait sûrement de "Ceci est une propriété privée." à "Joséphine aura vent de votre comportement". Mais à quoi bon répéter ce qu'il savait tous deux ?

Allan Cadmun se leva donc simplement. Déclencher l'alerte dans la Congrégation frisait le ridicule. Le haut prêtre ne concevait pas qu'une telle arrivée ait pu passer inaperçue, et la foule édifiée qu'il devinait au pas de sa porte acheva de lui donner raison.

Il étudia le haut conseiller avec attention, comme s'il se demandait si ce dernier était ivre. A dire vrai, s'il avait envoyé un émissaire de son choix pour régler l'affaire, Allan aurait eu grand peine à saisir l'objet de ses reproches. Le haut prêtre, en son âme et conscience, se souciait comme d'une guigne de savoir avec qui Artèmia batifolait pour peu qu'elle se souvienne au moment opportun de tenir sa langue. Encore que, lui même en disait parfois si peu qu'Artèmia aurait pu transgresser le jeu des allégeances sans que cela ne change rien à rien. Mais Artèmia avait un peu de cette denrée rare et périssable qu'était sa confiance. Peut-être était-ce aussi pour cela qu'il lui en disait si peu, pour n'avoir jamais à craindre le fer d'une trahison.

"Je n'ai pas d'ordres à recevoir de vous, et si vous n'êtes pas capables de voir plus loin que le bout de votre nez, sortez." rétorqua le haut prêtre, impassible.

S'il ne comprenait pas qu'un regard aurait suffi à faire jaser, qui pouvait-il ? Il avait tué dans l'oeuf les reproches que son propre camp adressait à Artèmia, et ne se sentait nul devoir de l'expliquer à un personnage aussi grossier et impulsif que Judikhaël. Leurs caractères étaient par ailleurs tellement opposés que sa simple présence détonnait, comme une tache de mauvais goût dans son intérieur uniforme.

Et tandis qu'il disait ces mots d'une voix presque métallique, négligemment appuyé contre la table basse ses doigts se dirigeaient lentement vers une lame effilée qui trônait paisiblement sur la-dite table. Allan laissait peut-être sa porte ouverte, mais il n'était pas encore complètement inconscient. L'imprudence, dans le tableau qu'il brossait de lui-même tenait presque du vice.

"D'autant plus que votre action présente ne rendra pas le moindre service à Artèmia." nota Allan comme s'il se parlait à lui-même.

Bien évidemment les frères allaient jaser, et Judikhaël leur servait sur un plateau une raison de plus de trouver sa liaison avec Artèmia dangereuse.


Dernière édition par Allan Cadmun le Sam 21 Aoû - 17:22, édité 2 fois
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Message par Judikhael Wienfield le Sam 14 Aoû - 12:25

"Je n'ai pas d'ordres à recevoir de vous, et si vous n'êtes pas capables de voir plus loin que le bout de votre nez, sortez."

Phrase simple, concise et teintée d'un mépris qui faillit faire perdre le peu de contrôle qui restât encore au haut conseiller.

Oh que si, il voyait plus loin que le bout de son nez. Mais ce qu'il voyait c'était surtout qu'Allan était un magouilleur de première, un être doté d'une intelligence fourbe et rusée redoutable qui n'hésitait pas à se servir de tout et de n'importe quoi pour arriver à ses fins. Dont d'Artèmia. Dont possiblement de leur relation aussi. Il ne doutait pas un seul instant qu'Allan tentait d'user de cette relation d'une façon ou d'une autre et que de l'avoir mis en exergue ainsi, d'avoir pointé le doigt sur ce que tous disaient tout bas depuis tant d'années, avait une raison, un but pour Allan. Un but qui ne pouvait être que dans son intérêt à lui ou à la Congrégation. Mais pas dans l'intérêt d'Artèmia, et encore moins dans son intérêt à lui.

Peut-être se trompait-il. Fort possible même. Il avait toujours peiné à comprendre les intentions de l'autre. Il savait Allan agir toujours dans son intérêt, mais il ne s'était jamais penché non plus sur ce cas rarissime de froideur pour le comprendre davantage. Leur relation avait toujours été teintée, du moins de son côté, d'un respect distant et reconnaissant des valeurs de l'autre, sans plus. Un signe de tête, un bonjour un peu froid, rien d'autre... que quelques mots échangés au détour d'un couloir ou lors d'une réunion entre Haut Conseil et l'Assemblée des sept... Mais n'étant ni diplomate, ni politicien, il n'avait que peu de relation avec ce Haut Prêtre qui parfois l'irritait dans ses manières. Les deux hommes étaient bien trop différents, bien trop à l'opposé pour pleinement se comprendre.

Tout à sa colère, Judikhael ne manqua pas pour autant le geste, fourbe, que le haut prêtre tentait de faire dans son dos. Certainement pour s'emparer d'une arme quelconque. Non pas pour tuer Judikhael, sans doute pas, Allan était loin d'être fou au point de le tuer sans concession pour cette effraction dans son espace vital et privé. Mais plutôt très certainement pour se défendre. Voilà au moins un bon point : Allan se sentait tout de même un minima menacé. Et il avait de quoi. Judikhael n'irait certainement pas jusqu'à le tuer non plus, mais une ou deux frappes bien senties le démangeaient outrageusement.

"D'autant plus que votre action présente ne rendra pas le moindre service à Artèmia."


- Comme si la vôtre allait lui servir bien plus. Et n'essayez même pas de brandir cette arme, ajouta-t-il vivement en désignant d'un geste du menton la main qui se refermait presque sur la petite lame. Je ne suis peut-être pas un maître mot, comme vous, mais je suis un maître lame tout à fait capable de vous désarmer en un tour de main. Vous et vos prétendus miliciens.

Bon d'accord, si lesdits miliciens se prenaient à lui à dix contre un, il n'aurait pas beaucoup de chance, maitre lame ou pas. Mais il était assez fort de son expérience pour pouvoir assurer de faire assez de dégâts si on l'y obligeait...

- Je ne suis ni politicien, ni diplomate et ne manie pas aussi finement les mots que vous, mais ne croyez pas non plus que mon esprit est totalement dépourvu d'une once de réflexion. Pointer soudain ainsi cette relation, qui pourtant n'a cessé de faire murmurer pendant plus de 90 ans, avait sans doute un but. Un but qui m'importe peu au final. Mais je ne tolèrerais aucunement que justement vous vous permettiez de vous servir de cela pour vous servir vous. Car oui, au final, tout ceci n'est fait que pour vous servir, vous ou votre Congrégation. Ne serait-ce que pour ne pas perdre votre diplomate en Artèmia.

Se disant, sa colère sourde éclatant de nouveau tel un volcan n'ayant pas achevé son éruption, il renversa le contenu de toute une étagère qui était la plus proche de lui. Saccager, défouler sa colère sur quelque chose plutôt que sur quelqu'un. Mieux valait cela qu'un meurtre n'est-il pas ? Or le meurtre le démangeait bien trop à ce moment pour qu'il se permette en outre de retenir sa rage dévastatrice sur les meubles... Si ses yeux pouvaient parler, nul doute qu'Allan serait déjà mort depuis bien longtemps, mitrailler d'un feu nourri par la hargne. Judikhael n'était sans doute pas tout à fait dans son état normal pour se laisser aller ainsi, lui, qui, en 90 ans, n'avait jamais commis un impair diplomatique de cette ampleur... Et pourtant il avait eu l'habitude de faire jaser, il avait l'habitude des murmures quand il arrivait au sanctuaire pour voir Artèmia, il avait l'habitude des mrumures qui se taisaient sur son passage, leur passage à tous deux, quand ils étaient ensemble, et qui reprenaient de plus belle quand ils étaient passés... Oui, tout cela il en avait l'habitude et en avait fait son parti. Jusqu'à...

Jusqu'à aujourd'hui. Tout cela n'avait que trop duré. Il s'était tu et retenu depuis bien trop longtemps. Il ne pouvait plus resté dans les non dits et les demies vérités qui commençaient à bien trop l'étouffer. Ce mail avait été le murmure de trop, la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase et qui lui avait fait prendre conscience de l'ampleur de la prison qu'il s'était lui-même construite à ce sujet. Tout ceci ne pouvait plus durer. Du moins pour lui. Et qu'importe les risques, qu'importe les conséquences, quelque chose devait éclater et prendre un nouveau jour. Tout ceci devait prendre fin. Mais pas forcément de la façon qu'on pouvait croire...




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Message par Allan Cadmun le Sam 21 Aoû - 18:17

Allan Cadmun ne parlait pas pour ne rien dire. Bien malgré lui, il laissait généralement ses interlocuteurs le noyer de leurs incessantes palabres, et à ce jeu-là, Judikhael n'était rien de plus qu'un torrent de fureur qu'il était vain d'espérer endiguer. D'expérience, il lui était rapidement apparu que quelqu'un qui ne finissait pas par se taire de lui même face à un silence imposant et poli, n'y était pas moins en enclin en réponse à un "Monsieur, votre conversation, bien que sensée et subtile, m'horripile et m'emplit d'un mortel ennui." ou à un "MAIS FERMEZ-LA ***** ** *** *** ***** " et autres mots fleuris qui n'auraient pas manquer d'étonner entre les lèvres du haut prêtre.

Aussi Allan attendit. Attendit encore. Personne n'intervint de prime abord pour stopper le haut conseiller et il ne put s'empêcher de se demander, bien malgré lui, combien de frères espéraient que les choses s'enveniment suffisamment pour que la Congrégation exige réparation. Vaine interrogation, Allan aurait pu réclamer remboursement du nettoyage d'un tapis, pour peu qu'on lui assurât que la note parviendrait en main propre à l'impératrice. Hélas, la plupart des frères avec un minimum d'ancienneté se doutaient de quelque chose, et le haut prêtre avait quelques remords à susciter la terreur dans leur regard, lorsqu'il n'avait pas de nouveaux reproches à faire à l'impératrice, que leur éternelle rancœur.

Bien que de toute évidence, certains soient convaincus qu'Allan avait à redire des chastes amours d'Artèmia - à vrai dire, il eut pu s'agir de partie de jambes en l'air qu'il ne se serait pas davantage ému, tant que la prêtresse évitait de lui faire des confessions sur l'oreiller, il se moquait du reste - il n'en était rien, et Allan s'ennuyait déjà de cette interminable confrontation. Il avait d'autres chats à fouetter, une congrégation à gérer, des ondes alpha à distribuer, de vieilles légendes à méditer. Son quotidien en quelques sortes. Avait-il tant l'air d'une mégère avide de ragots et de quolibets pour qu'on vienne l'enquiquiner pour des histoires... de coeur ?

Allan n'avait que faire des prétendus conseils de Judikhael. Certes il le désarmerait, mais ça donnerait bien trois secondes de plus à la milice pour se souvenir qu'elle était censée réagir et s'interposer dans pareilles situations. De toute manière, on ne vivait pas un siècle et demi sans devenir un minimum buté.

Malgré toute l'amitié qu'il avait eu pour Mério, Allan n'avait que peu de sympathie pour ceux qui maniaient les mots au rang desquels Judikhael le rangeait. Entre le haut conseiller et un grand orateur, le haut prêtre ne faisait pas grande différence, les deux parlaient trop, indubitablement trop. Pour autant, il ne croyait pas l'amant d'Artèmia dépourvu de toute capacité de réflexion, il était trop méfiant pour croire Joséphine s'enticher de parfaits incapables. De toute évidence, il faisait juste partie de ces gens trop loyaux pour songer à penser par eux-mêmes.

Le haut conseiller n'avait pas pour autant entièrement tort à son sujet. Allan n'était pas vraiment quelqu'un de transparent, mais il aurait fallu avoir une poutre dans l'oeil pour ne pas s'apercevoir qu'il était plutôt... opportuniste.

Les choses auraient pu en rester là, Judikhael déversant sa colère, Allan bayant aux corneilles. Seulement, lorsque le haut conseiller prit la sotte résolution de dévaster gratuitement le bureau du haut prêtre, les yeux de ce dernier s'assombrirent sensiblement. Si beaucoup avaient déjà eu affaire à ses regards peu avenants, qui poussaient toujours à s'interroger à deux fois avant de pousser sa porte, il était peu commun d'y lire quoi que ce soit, et plus rare encore d'y déceler une franche malveillance.

Allan était furieux. A sa manière. Il n'y aurait de sa part ni éclats de voix ni gestes forcenés, ses doigts ne resserraient pas davantage leur étau sur le fin poignard. Juste cette cruauté inhumaine, froide et calculée bouillonnant dans les tréfonds de son âme et rien de cette fureur incontrôlable qui poussaient les êtres à se fier au hasard d'une saute d'humeur. Allan ne disait jamais rien qui ne soit pas mûrement réfléchi.

"Soit. Artèmia ne sera donc plus une des sept et vous pourrez batifoler à votre guise."


Le haut prêtre avait lâché ces mots sans le moindre sentiment, sans même ce demi-sourire qu'il avait parfois, riant de lui, de rien, de l'ironie du sort. Non pas qu'un meuble aurait valu la compagnie sereine d'Artèmia, ou qu'il possédât dans l'étagère sacrifié un ouvrage qui méritât pareille décision.

Seulement, Allan avait appris à vivre en solitaire, à ne se fier à personne pour régler ses affaires, à ne s'enticher de personne au point d'en mourir, et c'est ainsi qu'il avait vécu. Nosco l'avait changé, en pire puis en mieux, pour ne jamais parvenir à effacer définitivement les marques indélébiles de son ancienne vie.

A choisir entre compagnie et sécurité, celui qui n'avait jamais répondu au nom d'Allan Cadmun n'aurait jamais hésité. Mais pour celui-là, les amis n'avaient jamais été que des mythes, des traîtres ou des outils.

Allan ne cessait de fixer le haut conseiller avec une animosité évidente. Il n'avait jamais eu grande sympathie pour lui, mais lui céder Artèmia lui coûtait. Elle était un rayon de soleil sans lequel Nosco redeviendrait peu à peu, l'austère et obscure tour d'ivoire d'un prodige éthéré.

Tu sais... J'aurais aimé que ce soit toi qui sois à la place de l'impératrice... Je suis certaine que tu aurais fait merveille...


Mais dans ce Nosco-là, les choses avaient été autres. Une bifurcation, un carrefour, et des sens uniques, seulement.
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Message par Artèmîa Elisian le Jeu 26 Aoû - 0:44

La journée avait plutôt bien commencé, oui elle était consciente que cet état de fait était récurent chez elle et à dire vrais elle en était parfaitement heureuse, voir le bon coté des choses, voir la vie en rose, voilà bien quelque chose qu'elle maitrisait parfaitement et qui n'était pas donner à tous le monde n'en déplaise à certains qui semblaient penser que le bonheur se trouvait sous les sabots des brigadiers. Bon dans son cas le bonheur s'était accroché aux semelles d'un commandor mais ça ne changeait rien à la théorie, un grand nombre de personnes voyaient le verre à moitié vide et n'en démordait pas, et bien elle compenserait leur humeur grincheuse ! même si pour cela elle devait coloré tout le sanctuaire en rose, faire de couettes à Allan et jeter les fleurs des botanistes partout, mais en gardant un gros bouquet pour elle, un bouquet de ces fleurs bleus brillantes qui lui rappelait les yeux de son cher Khael, elle les mettrait sur son bureau près de l'ordinateur et pourrait lire en sentant leur parfums toute la journée... oui son plan était absolument parfait, elle n'aurait qu'à mettre un teinturier au parfum et ensemble ils feraient de ce monde grincheux un paradis de gaité. Mais en attendant la mise à exécution de son projet elle avait la ferme intention de se promener, ou plutôt de partir à la chasse au Judikhaël, animal très rare et très discret qui se tapissait dans les jungles des bureaux ou des bâtiments à l'affut du moindre rebelle passant innocemment par là, terrible prédateur à la force redoutable et à la stratégie toujours payante, mais dont elle savait les points faibles et qu'elle adoucissait dès qu'elle en avait l'occasion... toujours était il qu'en cette journée elle venait d'apprendre que Khael était enfin rentrée de sa 'balade' dans les souterrains et elle avait la ferme intention de lui rendre visite puisque personne n'avait daigné la prévenir plus tôt, elle trouverait bien à qui tirer les oreilles mais le bien être de son protecteur était sa préoccupation principale et elle avait repoussé tout le reste pour avoir du temps libre.

Elle allait quitter ses appartements lorsque la porte s'ouvrit à la volée, si Allan était du genre à n pas avoir de poignet sur sa porte elle au contraire avait une poignée et pas de clef ni de fermeture, choix personnel qu'elle ne regrettait jamais sauf en cet instant où elle bondit en arrière sous le coup de la surprise en poussant un cri, lâchant le paquet qu'elle tenait dans ses mains alors qu'un milicien apparu dans l'encadrement de la porte comme un pantin sortant d'une boite, les cheveux hirsutes, l'arme en bataille et hors d'haleine, se vautrant presque à ses pieds tant il semblait avoir couru. Elle battit en retraite à toute vitesse en se plaçant derrière son bureau et attendit que la chose haletante à forme humaine reprenne contenance et lui explique en quel honneur elle martyrisait sa porte, et la propriétaire de la porte par la même occasion, on n'avait pas idée de surgir comme ça sans prévenir alors que l'occupante des lieux s'en allait pratiquer son sport favori, et le seul qu'elle ai jamais pratiquée à Nosco d'ailleurs. Alors que l'homme se relevait un second, puis un troisième milicien surgirent à leurs tour en lui expliquant dans un charabia presque incompréhensible que quelque chose n'allait pas, elle parvint à saisir les mots « commandor », « Monseigneur » et « fou », elle n'en eu pas besoin de d'avantage pour saisir que quelque chose n'allait décidément pas et que Khael avait un rapport avec tous cela, et si Allan était également de la partie alors elle devait vraiment commencer à avoir peur... qu'est ce que son Khael pouvait bien avoir à faire avec son haut prêtre pour que des miliciens viennent ainsi demander son aide en le traitant de fou, Khael n'était pas un fou, il était froid et avait une certaine distance avec nombre de gens mais il n'était pas un fou... non ? À voir les pauvres miliciens pourtant elle avait des doutes, qu'est ce qu'il avait bien put faire pour les mettre dans cet état...

Elle se résolue à aller voir par elle même, au cas où quelque chose de vraiment grave était en train de se dérouler, à pas pressés, robe relevée et cheveux au vent, les miliciens sur les talons avec une mine t'outre tombe, elle traversa le sanctuaire à toute allure en croisant de plus en plus de membre de la force armée de la Congrégation, mais par tout ce qui était bon en ce monde que ce passait il ? Un attenta contre Allan ? Était ce seulement possible que son commandor soit tenter d'étrangler son presque père, ou alors une visite de l'impératrice ? Non non impossible... les scénarios tournoyaient dans son esprit comme des toupies et elle faillit pousser un nouveau cri en voyant l'état de la.... de la non porte puisque à l'endroit où aurait dû se trouver la plaque dissimulant l'antre de la bête, non, du haut prêtre, il n'y avait strictement rien en dehors d'un grand trou où se pressaient les miliciens et les prêtres. Elle se s'ouvrit un passage du mieux qu'elle put et vit enfin ce qui causait tant d'émois dans le sanctuaire, il était bien là, son commandor, et Allan lui faisait face, l'œil plus noir que jamais et les mots encore plus tranchants, elle semblait arriver pile au mauvais moment, la fin de la phrase du haut prêtre crissant dans son cerveau comme des rouages mal entretenus... elle ? Plus une des sept ? Batifolé ? Quand avait elle jamais batifolé ? Elle avait toujours suivit ce que voulait tous le monde, la discrétion de Khael, le silence d'Allan, l'indifférence amicale dans le bâtiment, quand avait elle fait quoi que ce soit qui lui vaille cela ? Jamais rien, elle n'avait jamais rien fait.... son cœur battait à tout rompre et des larmes lui montèrent aux yeux, elle avait très mal à la poitrine et tremblait comme une feuille. Elle s'avança et vint poser sa main frêle sur le bras de Khael, appliquant juste assez de force pour qu'il la remarque tandis que son autre main venait attraper la sienne, si grande en comparaison.

« Khael, je t'en prie.... calme toi, que ce passe t'il ? Je t'en prie parle moi, pourquoi toute cette violence ? »

Pour elle ? Se pouvait il qu'il sache pour le mail que lui avait envoyer Allan, ou était ce autre chose... peu importait elle souhaitait juste apaiser son protecteur, lui offrir un peu de calme pour qu'il raisonne correctement. Elle se tourna vers le haut prêtre, ses yeux doux questionnant et curieux malgré la tristesse.

« Allan ? »

Elle examina la pièce, profondément chagrinée, elle aimait bien cette pièce, elle était personnelle et emplit de trésors, mais en cet instant ce n'était plus qu'un champ de ruine sans charme, elle avait mal pour la pièce aussi, comme pour le regard si dur d'Allan qu'elle aurait bien essayer d'adoucir en temps normal et la fureur de Khael qu'elle ne comprenait pas. Elle noua ses bras autour de la taille du commandor, faisant fi de l'accord qu'ils avaient passés longtemps auparavant, enfouissant son visage dans la tunique de l'homme.

« Je t'en prie arrête... »
Artèmîa Elisian
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Message par Judikhael Wienfield le Sam 28 Aoû - 17:40

"Soit. Artèmia ne sera donc plus une des sept et vous pourrez batifoler à votre guise."

Pour Judikhael, ces mots n'étaient qu'odieux chantages. Et ce fut aussi le déclic dans son esprit. Toutes ces années durant, toutes ces décennies même, ils s'étaient retenus. Gestes contenus, paroles mesurées, effleurements de mains n'étaient que la plus intime caresse qu'ils s'étaient permis tout ce temps. Et tout ça pour quoi... Pour qu'on lui crache tout ceci au visage maintenant ? Pour qu'on se serve de cette relation, la tournant d'ailleurs presque en mascarade, pour assouvir les desseins malsains ou il ne savait quoi de ce haut prêtre de malheur ? Non, tous ces sacrifices, toute leur retenue, ne valaient pas ce crachat qu'il avait l'impression d'avoir reçu par ce mail, et maintenant par ces mots. Alors...

Alors à quoi bon se retenir ?

-Et soit. Je ne serai donc plus une des hauts conseillers s'il le faut aussi, répondit-il en un sourd murmure qui contrastait dangereusement avec les gestes dévastateurs qu'il avait eus et qu'il s'apprêtait à avoir encore, si...

Si son petit oiseau n'était pas intervenu. Douce pression d'une main sur son bras, doigts s'entremêlant aux siens, retenant celle-ci dans sa rage. Doux regard le fixant de son air le plus innocent, mais marqué par une inquiétude qui lui vrilla soudain les tripes. Voix aux accents apaisants qui aussitôt embaumèrent son coeur et calmèrent sa sourde colère.

« Khael, je t'en prie.... calme toi, que ce passe--t-il ? Je t'en prie parle moi, pourquoi toute cette violence ? »

Pourquoi toute cette violence en effet, se répéta-t-il intérieurement, la sondant de son regard de glace où perlait une lueur qui ne brûlait que pour elle. Pourquoi toute cette violence ? peut-être parce qu'il n'était que violence. De ce qu'il se rappelait de son passé d'avant Nosco, sa vie avait sans doute été violente. Et sa vie en Nosco l'était tout autant quelque part. Violence, et encore violence. une violence que d'ordinaire il contenait très bien en lui, et ne laissait éclater au grand jour que lors des combats contre des créatures, mais qui, en ce jour étrange, semblait vouloir éclater au grand jour.

Une violence qui semblait toutefois soudain se tarir au contact de la prêtresse. Sa prêtresse, songea-t-il, un discret sourire fleurissant soudain sur son visage encore crispé. Et alors qu'autrefois il ne se serait jamais laissé faire ainsi, il se sentit étrangement réchauffé par l'étreinte presque rassurante d'Artèmia.

- Ce qu'il se passe ? Il se passe que notre relation gêne ou fait encore jaser, répliqua-t-il d'un ton toutefois plus calme et plus doux que précédemment. Ou qu'on prétexte notre relation pour je ne sais quoi.

Ce qu'il détestait plus encore que le commérage ou les racontars. Et il en avait marre des regards amusés ou autres que ces brigadiers avaient tendance à lu jeter depuis ce maudit article paru dans l'édition officielle. Pourquoi faire paraître cela aussi ? Normalement le journal officiel était contrôlé et censuré. Pourquoi exposer sa vie ainsi ? Sans doute un autre de ces messages subliminaux auxquels il était insensibles. Mais pas indifférents. Cet article et ce mail signifiait pour lui : "soit tu t'écartes d'Artèmia à jamais et cesse cette relation, soit..." Le reste était plus nébuleux. Mais qu'importe l'inconnu vers lequel il allait alors. la première option était impossible pour lui et inenvisageable. Il prendrait la deuxième donc. Quelqu'elle soit.

Et comme pour mieux faire comprendre son choix, clairement et aux yeux de tous, Judikhael s'écarta brièvement de la jeune femme, pour lui prendre délicatement le visage d'une main, lui levant doucement le menton, avant de lui déposer un tendre baiser.

- Puisque notre relation gêne, autant qu'elle gêne jusqu'au bout, fit-il en un murmure, certainement encore assez audible pour le haut prêtre aussi.

Les lèvres du haut commandor étaient alors si proches de celles de la prêtresse que leur souffle se mêlait pour ne devenir qu'un. Et sans réfléchir outre mesure, Judikhael reprit son baiser, cette fois plus passionné, faisant complètement fi de ce qu'il y avait autour.

- Epouse-moi Artèmia, demanda-t-il quand ils se séparèrent à nouveau. Si ton coeur bat comme le mien quand je te vois, épouse-moi. Je sais que tu risques ton siège à l'assemblée des sept, tout comme je risque le mien au haut conseil, mais je ne peux plus faire semblant. Je ne peux plus... je ne peux... Qu'importe ce que les grands de Nosco décideront pour nous et épouse-moi.

Il savait en son for intérieur qu'il resterait fidèle à la Guilde, tout comme Artèmia resterait fidèle à la Congrégation. Qu'il perde son siège au haut conseil, cela ne l'empêcherait pas d'être efficace pour défendre nosco en tant que commandor. Si tant est qu'il reste commandor. Et si jamais l'Impératrice considérait ce geste comme une haute trahison au point de vouloir le faire exécuter... Ma foi, il en doutait fort en fait. Il avait fait bien pire qui aurait pu être pris comme une trahison et n'était toujours pas exécuté. Et même si ses compétences ne le mettaient pas à l'abri de quelques représailles, il se savait toujours utile à la Guilde pour que Joséphine décide de le laisser en vie. Si possible avec son honneur. Elle connaissait son code après tout, et savait sa fidélité... sa loyauté...

Mais peut-être en demandait-il trop alors à Artèmia...

- Pardonne-moi, reprit-il soudain plus calmement. Je ne devrais pas te demander un tel choix, un tel... Je n'aurais pas dû.

Non, il n'aurait pas dû. Et pourtant il l'avait fait. Impardonnable qu'il était. Qu'elle le rejette et le tout serait clos. Qu'elle l'accepte et tout serait mis au clair. Quitte ou double en somme. Bien peu fidèle à ses méthodes habituelles en matière de stratégie. Mais il n'était fin stratège qu'en matière de guerre et de combat. Pas en matière de sentiments. Et encore moins en matière de politique...



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Message par Allan Cadmun le Lun 30 Aoû - 19:15

Allan ne pérorait pas. Il n'y avait ni bravache, ni provocation dans ses mots. Plus qu'une menace, ses rares mots recelait le tranchant d'une lame, teintée de l'écarlate du sang après que le coup eut porté. Il n'avait que faire qu'Artèmîa l'ait entendu ou non, il aurait parlé de même si elle avait été présente. Ce n'était pas contre elle, il l'appréciait pour ce qu'elle était, reconnaissait ses talents. Seulement, l'objet de son adoration était prié de se tenir hors de ses appartements à lui, et de ne pas saccager ses affaires. Au haut conseiller - ou fallait-il dire à l'ex-haut conseiller ? - il n'avait opposé qu'un silence poli, ce qu'il faisait au sein de la Guilde, Allan s'en fichait éperdument.

Déjà la prêtresse n'était plus ce qu'elle était, comme si d'un mot, Allan avait pu la priver de son essence. Par la voix si paisible qu'elle employât à l'encontre de Judikhaël, Allan craignit de la voir basculer d'un instant à l'autre, vaciller et s'étendre comme une flamme trop vive sous les assauts du vent.

Lorsqu'Artèmîa l'interpella, Allan se tourna vers elle, sans un mot. Digne et solennel, il avait plus que jamais l'allure d'un vestige d'un autre temps, au milieu des décombres de sa propre demeure. Ce n'était pas contre elle qu'allait sa fureur, aussi n'offrait-il à sa vue qu'une immense mélancolie, celle qu'il n'éprouvait jadis que lorsqu'il était assuré d'être seul et qui avait enflé à travers les ans pour le gagner à chaque instant, telle l'ombre de ses jours anciens.

Devant la scène qui suivit, Allan manqua de peu de lever les yeux au ciel. Gardez-vous de croire Allan chaste et pur ou son titre de prêtre, de haut prêtre même, assorti d'un quelconque vœu que ce soit visant à restreindre les champs d'investigation de son tableau de chasse personnel. Seulement, seulement, Allan Cadmun n'habitait pas un love hotel, et plus la soirée allait, plus son bureau prenait des allures de maison close à deux sous.

Non, il n'allait pas sortir un mouchoir et s'essuyer les yeux, vaincus par l'émotion. Il avait vécu assez hors de Nosco pour savoir par quelles pulsions vibrait le monde, et si la plupart des étreintes auxquelles il avait assisté n'avait pas autant de tendresse, de maturité et de désir refoulé, ce n'était pas suffisant pour susciter en lui le moindre émerveillement.

La suite avec le parfum fade d'un mauvais série B, voire Z, et si Allan avait mis du temps à saisir le sens de cette expression, il en goûtait toute la guimauve. Il se tint coi, car Allan n'appréciait pas assez le son de sa propre voix pour gâcher l'élan émotionnel pathétique de la scène en rappelant au haut conseiller qu'Artèmîa ne risquait plus rien du tout, vu qu'il l'avait radié des sept, deux minutes auparavant.

"Veuillez sortir de mon bureau."
soupira Allan Cadmun.

C'était peut-être romantique mais plutôt indélicat que de pousser Artèmîa à répondre de ses sentiments au milieu d'une pièce dévastée sous l'oeil stupéfié d'une poignée de miliciens qui ignoraient tout de la conduite à suivre en pareille situation. Certains auraient volontiers remis d'aplomb quelques meubles si Allan Cadmun n'avait pas été dans la pièce. D'autres auraient sûrement raccompagné Judikhael Wienfield, maintenant qu'il semblait contrôlable, si Artèmîa Elisian n'avait pas été cramponnée à son bras. Et tous ne voyaient pas trop comment congédier les deux tourtereaux qui se bouffaient des yeux.

Et une aigreur inhabituelle envenimait les pensées du haut prêtre, qui n'était ni le fruit de ses paroles dures mais réfléchies, ni le contrecoup de la destruction de son bureau, mais la certitude que de leur union, si elle avait lieu, il ne sortirait rien de bon. Non pas qu'il ait eu raison de douter des intentions de l'un ou de l'autre, seulement, des souvenirs le hantaient, des débuts de Nosco.

Lorsqu'il était trop courant de se retrouver planquer dans des abris étriqués pour échapper aux créatures. Des heures de cohabitation forcée à attendre que tourne le vent, que les monstres s'en aillent. Des heures où les noscoiens parlaient trop, pour chasser la peur, pour expier la colère, pour casser la gueule à ce putain de silence, comme disait Tomy.

Pour ça qu'il parlait trop, à ce qu'il disait.
"Y a pas de place pour les contes de fées à Nosco. Le prince charmant a peu d'autre choix qu'engrosser la mauvaise fée ou la première catin venue [...] s'il trouvait sa belle dame, comment qu'il ferait pour qu'ils vivent longtemps avec toute leur marmaille ? [...] Mieux fait de rester un crapaud. Trop con pour faire autre chose que gober des mouches, trop fier pour pas sentir qu'il pue le marais moisi. [...] Cherche pas. Y a pas d'histoire où les héros ils vivent heureux éternellement. Pour ça qu'on patauge tous dans notre merde."


Allan aurait aimé qu'il soit encore de ce monde. Il lui aurait dit qu'y avait bien des princesses endormies mais trop peu de preux chevaliers. L'autre aurait chiqué son tabac - ou ce qui s'en rapprochait le plus en Nosco - , craché, rétorqué qu'y aurait toujours bien de trop de dragons dans les entrailles de la ville pour les laisser pioncer. Pas que des mauvaises idées, en soi, mais elles avaient fait leur temps.

Allan l'espérait.
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Message par Artèmîa Elisian le Sam 11 Sep - 2:09

Elle restait comme pétrifiée, foudroyée sur place comme si on lui annonçait la fin du monde, elle se sentait incapable du moindre geste, de la moindre parole alors que Khael se tournait vers elle en se détachant de son étreinte pour relever son visage de ses grandes mains, des mains qu'elle avait si souvent tenu lors de leurs promenades, des mains qu'elle n'aurait jamais pensé voir un jour là où elles se trouvaient à l'heure actuelle mais elle n'eut pas le temps de réfléchir plus amplement là dessus, voyant les lèvres du commandor se rapprochaient des siennes comme au ralentit, le monde autour d'eux se brouillant étrangement alors qu'ils établissaient le contact, la chaleur de sa peau sur la sienne relâcha la tension qu'elle avait sentit monter en elle en entrant dans la pièce... elle en oubliait tout ce qui se passait, à la fois émerveillée par le contact, et pas le geste, et terrifiée... qu'avait donc Khael, que c'était il passé pour qu'il agisse ainsi, que faisait il de toutes les limites qu'ils s'étaient posés au fil des ans, il l'embrassait ! Douce Freya devant Allan en plus ! Avait il perdu la tête ? Non... quelque chose lui disait que la raison d'une telle conduite était totalement différente et bien plus grave qu'un coup de folie de son protecteur et les mots qu'il prononça ensuite la renforcèrent dans son intuition, il avait entendu parler du mail, et il allait sans dire que les journaux n'y étaient pas aller de mains mortes mais il y avait dans le ton de sa voix une urgence et une volonté qui la surprirent. Et plus encore la passion avec laquelle il l'embrassa de nouveau et qu'elle lui rendit de toute son âme, elle en aurait presque pleuré lorsqu'il s'éloigna de nouveau pour lui parler mais ses mots balayèrent tout ce qu'elle pouvait ressentir, tout ce qu'elle pensait et craignait, il avait une telle expression, une telle façon de s'adresser à elle en cet instant qu'elle avait envie de se jeter à son cou pour l'étreindre de toutes ses forces, de lui dire combien elle l'aimait et combien elle était heureuse, les mots se télescopaient dans sa gorge et elle se battait pour répondre, pour lui dire, pour répondre à une demande qu'elle n'aurait pas espéré dans ses rêves les plus fous mais alors qu'elle s'apprêtait à enfin prendre la parole il poursuivit, lui brisant le cœur et faisant monter des larmes à ses yeux déjà brumeux... elle caressa sa joue rugueuse d'une main en souriant, admirant le visage qu'elle avait toujours associé à la paix et à la sécurité, cherchant la force de répondre enfin, de chasser ses doutes et de lui rendre sa force, il avait l'air si fragile avec ce calme étrange qu'il arborait après la tempête, comme une maison secouée par le vent qui s'apprête à tomber sans qu'elle soit capable de l'arrêter, elle avait peur qu'il ne tombe aussi, par le poids du mépris d'Allan, de la haine des miliciens, de son propre silence, il était en terre étrangère et inhospitalière... « Il n'y a rien à pardonner, Khael... je... je suis... j'accepte, je suis... heureuse... de pouvoir enfin assumer notre relation au grand jour... alors.... s'il te plait... ne pense pas que tu a mal fait. » Elle observa la pièce avec gène avant de reprendre «  Mais Khael...tu, tu sais, tu n'était pas obligé de t'en prendre à la pièce... ni à Allan, il n'a rien fait de mal tu sais, enfin... il n'a pas la forme mais le fond est là et c'est le plus important » Elle songea un instant au ménage qui devrait être fait pour mettre tout en ordre et se secoua pour rester au moment présent et elle déposa un baisé sur le front du commandor en se hissant sur la pointe des pieds avant de sourire et de lui prendre la main. Elle se tourna vers les miliciens encore dans l'encadrement de la porte « Tout va bien je vais m'occuper de raccompagner Judikhael jusqu'à l'entrée du sanctuaire, je suis sincèrement désolé pour cet incident, je viendrais vous aider à tout remettre en ordre plus tard... pardon » Elle s'inclina légèrement devant eux et porta ensuite son attention sur Allan, toujours planter sur place, dans l'attitude de celui dont on vient de violer l'intimité et qui exige réparation bien qu'elle le connaisse mieux que cela, c'était les mots de khael qui hérissait. « Allan, tu sais... même si tu n'approuve pas... tu ne devrait pas le prendre ainsi, tout le monde ne peut pas prétendre voir les secrets de scènes et puis.... souvient toi, quand tout est sombre... il suffit d'allumer la lumière » elle le serra dans ses bras un instant en souriant avant d'attraper la main de Khael et de le conduire hors de la pièce en entourant son bras, collée contre lui et heureuse comme jamais.
Artèmîa Elisian
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