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Message par Allan Cadmun le Lun 23 Aoû - 12:22

Les nouvelles allaient vite dans une petite ville comme Nosco. Telles des araignées véloces elles rampaient sous la surface, se riant des murs et des frontières, des barrières idéologiques tout autant que des censures de la Guilde. Allan Cadmun n'avait jamais désiré camoufler la toute première des attaques, pas davantage qu'il n'avait voulu masquer l'évidence de la pénurie d'ondes alpha. Le lien entre ces deux états de fait s'imposait de lui-même.

Le bilan était toutefois étonnamment positif, aucune perte à déclarer, malgré l'arrivée impromptue d'un nouvel oublié, sauvé de justesse par Lian Grenfield puis livré aux bons soins de la Congrégation. Le haut prêtre ne s'était pas donné la peine de remercier ou même de saluer la rebelle. L'impact d'un tel événement ne prêtait pas à parlementer, et il préférait que la Guilde ne l'accable pas cette fois du poids de reproches ineptes. Il avait déjà bien assez à faire avec les ondes alpha, et n'était pas encore résolu à parier sur l'échec de la mission de Donovan.

Pour autant, ce nouvel oublié l'intriguait. Il répondait désormais au nom d'Ysmaël, ne semblait pas davantage comprendre sa présence en ces lieux qu'aucun de ses prédécesseurs. En soi, rien ne le différenciait d'un noscoien lambda, découvrant la ville pour la première fois. Ce n'était pas non plus son entrée prématurée dans la Congrégation qui surprenait Allan. Des frères venaient et partaient chaque jour, et il s'abstenait de se fier à pareille allégeance. Artémia avait beau devoir la vie à un Guildien qu'elle adorait, elle n'en était pas moins membre à part entière de la Congrégation. Et le haut prêtre ne comprenait trop bien que le désarroi de l'oubli puisse pousser quiconque à embrasser les causes les plus folles.

Prétendant faire un geste démagogue en ces temps de terreur, il s'était présenté pour prendre sous son aile ce pauvre bougre, conscient que pareille manoeuvre susciterait autant de surprise que peu d'opposition. Paradoxalement, il espérait qu'Artèmia ne l'apprenne que trop tard, dans un siècle ou deux, plutôt que de subir la culpabilité de son estime croissante.

Mais Allan Cadmun avait ses propres motivations, et l'entreprise qu'il créait telle une machine cadencée, ne souffrait pas de retard. Après un soupir intérieur, il se mit en marche et alla sonner à la chambre qu'on avait octroyé au nouvel oublié, de source sûre. Il aurait pu le convoquer sans autre forme de procès, comme il le faisait de coutume, seulement, le novice aurait sûrement été contrainte de demander douze fois son chemin, et le choix de son parrain ferait bien assez jaser sans cela.
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Message par Ysmaël El'Hirajiri le Ven 27 Aoû - 23:14

Il n’avait fallu que deux jours pour que le petit nouveau de la congrégation connaisse à peu près les lieux du sanctuaire auxquels il pouvait accéder. On lui avait dit qu’il aurait un parrain, une personne destinée à le guider dans ce monde inconnu et à évaluer ses capacités pour lui donner le rôle qui lui conviendrait le mieux mais ce parrain n’était pas venu. Alors comme tout bon gamin il n’avait pas attendu qu’on s’occupe de lui et s’était mis à jouer, d’abord seul, dans ce bâtiment qui le fascinait par la beauté de son architecture. Mais, bientôt lassé qu’on ne s’occupe pas du tout de lui il s’était acharné sur pas mal de membres de la congrégation, les suivant sans cesse ou faisant les quatre cent coups, choisissant ses victimes selon son envie du moment. Autant dire que le petit nouveau on ne l’aimait pas beaucoup et personne n’avait vraiment envie de s’occuper de lui, alors être son parrain et subir ses jacassements à longueur de journée était tout simplement inconcevable pour bon nombre des habitants du sanctuaire.
Les seules choses marquantes qu’on avait trouvées en lui étaient sa turbulence insupportable pour qui en était la victime et son goût pour les bagarres, autre chose qu’on n’appréciait pas beaucoup quand justement on ne savait pas se battre.

Ysmaël n’avait pas d’amis ici et lorsqu’il était un peu plus calme il restait dans un coin, de peur qu’on le renvoie une fois de plus dans sa chambre. Dans ses moments-là – qui n’étaient pourtant pas si rares que ça – il n’était plus le gamin espiègle mais un jeune homme doté d’une plus grande tranquillité bien que pas moins méchant et ironique. Il se taisait pourtant plus, réalisant que toute son ironie ne servirait à rien et pensant simplement qu’il aurait peut-être dû rejoindre la guilde, qu’avait à faire un homme comme lui ici ?
Si seulement on lui avait donné quelque chose à faire il aurait trouvé le moyen de faire taire son ennui et heureusement pour lui – et pour eux – certains avaient bien compris qu’il suffisait de lui donner une idée ou un truc à faire pour qu’il y galope et laisse tranquille son souffre-douleur.

Aujourd’hui il n’avait suffit que d’une matinée pour qu’il fasse assez de bêtises pour énerver l’un des frères, frère qui ne manqua pas de le renvoyer dans sa chambre avec autorité. Son ton dur avait vexé l’enfant mais on l’avait raccompagné de force, le menaçant de le priver de repas s’il n’y restait pas jusqu’à ce qu’on lui permette de sortir à nouveau.
Pris d’abord de panique à l’idée d’être seul, il avait pleuré adossé contre un mur sans oser ouvrir la porte ni parler, s’il y avait un frère derrière il se ferait encore plus punir et il venait tout juste de constater qu’il avait horreur de ça. Comme un fauve dans une cage il avait vite oublié sa tristesse passagère pour se mettre à tourner en rond dans la petite chambre qu’on lui avait attribuée.
La pièce était simple et mis à part ses habits il n’avait aucun objet personnel pour la rendre plus jolie, seul le petit ordinateur qui trônait sur le bureau vide avait été rajouté peu après son arrivée.

Ysmaël il aimait bien l’informatique mais il n’y connaissait pas grand-chose et ici personne n’avait eu l’air de vouloir lui montrer quoi que ce soit. Apprendre dans cette ville devait être une idée stupide à moins qu’on le juge trop petit pour ça… Dans le fond il n’y avait jamais eu personne à ses côtés pour bien lui expliquer les choses ou répondre à ses questions toutes bêtes. Il regrettait un peu que Lian soit partie, il ne savait pas trop ce qu’était cette Rébellion mais peut être que les gens là-bas auraient été plus gentils avec lui.
Pour passer le temps il avait commencé à reproduire des mouvements qu’il avait faits presque automatiquement, c’était des réflexes mais ils devaient bien venir de quelque part. C’était pour lui le seul moyen de retrouver un peu de son passé perdu, c’était l’essentiel et puis il aimait bien, pas spécialement se battre mais faire tous ces mouvements lui permettaient d’être en harmonie avec ce qui l’entourait, de maîtriser un peu mieux son environnement.

Le bruit de la sonnette retentit et le fit sursauter, il ne s’attendait pas à ce qu’on lui rende visite avant un bon moment – à moins que le temps n’ait passé plus vite – et on ne sonnait jamais à sa porte. Peut être qu’on avait décidé qu’il pouvait sortir et il s’en réjouissait d’avance, ils n’avaient pas vraiment le droit de l’enfermer comme ça, ils n’avaient pas d’autorité sur lui en fait, non ?

- Entrez, lança-t-il d’une voix calme.

Le jeune homme arrêta les enchaînements qu’il avait inventés et s’assit sur le lit, attendant que la personne derrière la porte entre et lui dise ce qu’elle avait à dire.
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Message par Allan Cadmun le Dim 29 Aoû - 17:38

Personne ne s'était donné la peine de relater à Allan Cadmun les agissements de son futur protégé. Parler au haut prêtre revenait si souvent à un monologue pesant que tous ceux qui pouvaient s'en passer en saisissaient l'occasion avec l'impression bienheureuse que le créateur de la Congrégation les en félicitait d'avance. D'autant qu'ils auraient sûrement eu grand peine à dépeindre un si sombre tableau d'un nouvel oublié sans en concevoir de honte. N'avait-il pas subi un grand préjudice, en apparaissant à la merci des Créatures dès son arrivée, car la Congrégation n'était temporairement pas en mesure d'assurer la sécurité ?

Aurait-il su ce qu'il en était réellement qu'Allan aurait été vaguement soulagé. Vaguement. Il reprochait si souvent à ses pairs de manquer de combattivité, de profiter des remparts du sanctuaire pour opposer une oisiveté fiévreuse aux périls extérieurs. Le haut prêtre pénétra dans la chambre, impersonnelle, reflet d'une arrivée récente et sans repère. Il s'en dégageait l'ambiance anonyme et austère des chambre d'hôtel, telle une escale. Allan n'en avait cure. S'il caressait d'autres desseins, il laisserait filer Ysmaël, si tel était son désir, la Congrégation avait des frontières mais pas de murs, pour ceux qui n'étaient pas dans la confidence de ses secrets.

Il salua le jeune homme d'un hochement de tête, et faillit s'en retourne sans un mot. Que voulait-il sinon s'assurer de son existence et de sa bonne santé ? Allan n'avait jamais eu de parrain, il ne s'était proposé que pour feindre l'affliction dans laquelle la nouvelle d'une attaque ne pouvait que les avoir plongé. Au prix d'un soupir intérieur, il se fendit de l'introduction qu'il devait à tout nouvel oublié.

"Je suppose que je dois vous souhaiter la bienvenue en Nosco, Ysmaël. N'y comptez pas. J'ose espérer que vous en avez vu assez pour comprendre dans quel monde vous vivrez désormais ?"


Il se tut juste avant d'enchaîner sur des choses qu'il ne devait pas dire. Il avait été parrain une fois, avec Mério... Avant que les choses ne tournent au vinaigre. La tentation le titilla de tout lui déballer d'emblée, mais il avait l'expérience des années écoulées. Il sut lutter contre l'excitation des grandes découvertes, la folle essence du progrès. Il apprendrait par lui-même. C'était là la seule faveur qu'Allan lui ferait, de lui épargner les affres de la folie.

"Trouvez-vous des centres d'intérêts, des amis, des compagnes la nuit, je m'en fiche. Ne comptez pas sur moi pour me tenir derrière vous, à chacun de vos pas. Souvenez-vous que vous êtes seul, un parmi d'autres, et que vous n'existerez pas tant que vous ne vous souviendrez pas. D'ici un mois ou deux, vous saurez ce que vous étiez."


C'était une vieille ruse, du genre cruelle. En promettant aux oubliés le retour prochain de leurs souvenirs, on les encourageait à les rechercher avec deux fois plus d'ardeur lorsqu'il paniquait en s'apercevant qu'il n'en était rien. Allan aurait pu se montrer clément avec son "protégé", mais il ne s'accommodait jamais de l'ignorance, de ces noscoiens vivant sans âme, telles des ombres, oubliant que leurs êtres étaient de chair, et qu'ils avaient marqué le monde des traces de leur passé.

Quoi qu'en dise le haut prêtre, il garderait un oeil sur Ysmaël et le sortirait d'un éventuel faux pas, mais jusqu'à preuve du contraire, l'oublié n'avait pas besoin de le savoir. Et s'il décidait que l'herbe était plus verte ailleurs, Allan aurait alors moins de soucis, moins de remords. Veiller sur quelqu'un était une expérience à laquelle il ne s'était jamais vraiment livré. Il traitait avec des égaux, à même d'assurer leur propre survie et de juger par eux-mêmes, d'un regard adulte et droit, les fourberies de Nosco.

Les frères étaient nombreux mais Allan vivait seul. Et s'il prenait soin de chacun d'entre eux, c'était à la manière d'un bienfaiteur lointain mais toujours présent, et non à la manière d'une mère aimante prête à lacer leurs chaussures et embrasser leur front le soir.
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Message par Ysmaël El'Hirajiri le Lun 30 Aoû - 11:32

Le jeune homme allait demander avec son enthousiasme habituel et presque constant si on avait fini de le punir et s’il pouvait sortir à nouveau mais la figure qui se dessina dans l’encadrement de la porte stoppa tout son joyeux élan avec la netteté du tranchant d’une arme bien aiguisée. Son sourire s’effaça un peu alors qu’il n’osait ouvrir la bouche, il n’était pas pris de cette timidité qu’ont parfois les enfants et ne la connaîtrait sans doute jamais vu son caractère très extraverti mais il avait tout de suite compris qu’il valait mieux rester prudent et calme pour cette fois-ci. C’était plutôt rare mais il ne se sentait pas à ce moment-là l’esprit embrouillé par des idioties ou des jeux d’enfants, par ces simples pensées naïves que les autres avaient l’air de lui reprocher avec tant de zèle.
La figure et le nom de l’homme qui s’était présenté dans sa chambre ne lui était pas inconnue, on lui avait dit, alors qu’il marchait dans les couloirs du sanctuaire pour une raison ou pour une autre, qu’il était le haut prêtre de la congrégation, autrement dit le grand manitou. On l’avait sévèrement mis en garde, il ne fallait pas l’importuner pour un rien sinon il le regretterait à coup sûr. Muet, il avait hoché la tête en le regardant et pour la seule et unique fois il avait écouté les conseils qu’on lui avait donnés, y pressentant sans doute une certaine forme de vérité. Ysmaël ne l’avait plus jamais revu, au point que si l’homme avait préoccupé ses pensées il aurait presque cru que c’était un rêve et qu’il n’existait pas vraiment. L’enfant avait simplement pensé que s’il parlait rarement, il ne lui adresserait sûrement jamais la parole et ça l’avait arrangé en quelque sorte, qu’est-ce qu’ils auraient bien pu avoir à se dire ?
Mais maintenant que le haut prêtre avait franchi la porte, qu’il était dans la seule pièce qui était un peu à lui, il se demandait bien ce qu’il pouvait lui vouloir. On lui avait peut-être parlé de ses bêtises incessantes mais il n’avait pas la tête à régler tous les petits problèmes au sein de la congrégation, pourquoi l’aurait-il fait alors qu’il devait avoir tant et tant de plus grandes responsabilités ?

Le nouvel arrivé observa un instant l’homme qui se présentait à lui, il paraissait austère, muré dans une solitude profonde et on s’attendait presque à ce que son visage ne bouge pas, qu’il soit fait d’une matière solide comme le métal ou la pierre. Il avait cette tranquillité qu’il lui manquait, cette sagesse due à son grand âge, lui qui était arrivé à Nosco depuis si longtemps. Car s’il manquait un passé au jeune homme, dans ses moments d’accalmie il avait cherché à combler ce vide en recherchant l’histoire de cette ville qu’il trouvait vide et grise, peuplée de gens fades, sans profondeur.
Ses nouvelles connaissances n’avaient en rien calmé ses angoisses, il avait peur de cette ville et de ses créatures, de cet avenir tremblant qui s’ouvrait difficilement devant lui et de cette ancienne vie qui n’avait pas plus de consistance dans son esprit que ce renouveau qu’on lui essayait de lui offrir. Dans les pires moments il se disait qu’il valait peut-être mieux ne pas savoir, que son oubli devait avoir une raison, une bonne raison mais il ne pouvait se résigner à abandonner ce morceau de lui.
Si ce passé était si horrible que l’oublier avait été préférable, à ses yeux c’était pire de ne pas le rechercher. Un soir il s’était fait la promesse de continuer coûte que coûte, quoi qu’il arrive, jusqu’à la fin.

Sans vraiment répondre à la salutation muette, il observait toujours l’homme de ses grands yeux gris, préférant attendre qu’Allan parle ou qu’il sache au moins à quoi s’en tenir avant d’ouvrir la bouche ou même de bouger. Et quand il entendit le son de sa voix, il jugea préférable d’attendre qu’il ait terminé son discours, de réfléchir un peu avant de répondre. C’était un bon entraînement pour rester calme et discipliner ses humeurs versatiles.
Il pensa avec amusement que les autres auraient été étonnés de le voir ainsi, tout d’un coup si tranquille et n’ayant pas encore trouvé le moyen d’assommer les gens avec ses bavardages incessants. Ils devaient même s’attendre à ce qu’il parle tout seul, et bien non, Ysmaël n’était pas quelqu’un de si simple à cerner.

- Un monde cruel… laissa-t-il entendre simplement.

Il n’allait dire qu’il le trouvait vide de sens et informe alors qu’il venait à peine d’arriver, que l’homme en face de lui devait avoir trouvé son compte et son bonheur ici, sinon pourquoi serait-il encore là ? Ysmaël se posait un tas de question quant au passé que chacun avait perdu et de ce qu’il se passait quand on avait retrouvé la totalité de ses souvenirs. Peut-être qu’ils étaient tous dans un coma profond et qu’ils reviendraient dans l’ancien monde s’ils le désiraient, peut-être que c’était la mort ou pire, l’enfer. Et s’il avait du sang sur les mains ? Ou bien fait beaucoup de mal ?
Une seule chose était certaine, ce n’était pas cet homme qui répondrait à ses questions, il commençait même à croire qu’il devrait le faire seul, si seulement ses souvenirs revenaient un jour.

- Seul je l’avais bien compris mais… retrouver tous mes souvenirs comme ça, j’en doute. Ce n’est pas une simple amnésie, n’est-ce pas ? Nous n’avons pas tout oublié pour rien ni pour redécouvrir notre ancienne vie en deux minutes. Mais si ce que vous voulez savoir c’est si je veux retrouver ce qu’on appelle passé, oui je le ferais, même s’il faut cent ans.

Son ton s’était affirmé, il était passé par l’ironie avant de devenir froid et tranchant, sans pitié pour ce qu’il pensait même si ce n’était pas toujours facile à digérer. Tant pis. Contrairement à ce qu’on pouvait penser il n’était pas vraiment un gamin, il était seulement enfermé dans le mauvais corps avec un autre esprit qui lui dévorait sa lucidité, ne la lui rendant souvent que lorsque la situation était d’une cruelle ironie. Cela ne l’empêchait pas d’accepter avec cynisme les choses telles qu’elles étaient, avait-il le choix de toute manière ?
Son regard s’était plongé dans le sien à ses dernières paroles, dans le but peut-être de lui montrer qu’il était sérieux, qu’il n’avait pas peur d’affronter la tempête qui l’attendait sûrement plus loin dans son chemin. Pourtant il n’avait rien à lui prouver.

Un sourire désabusé s’afficha sur son visage alors que son regard se détourna vers la petite fenêtre qui éclairait sa chambre. D’ici il ne voyait rien mais il n’y avait rien à voir, ce monde avait l’air d’être fait pour qu’on ne l’aime pas ou du moins pour qu’on ne s’accommode que difficilement à la morosité qui l’habitait. A moins que son pessimisme et son désespoir ne trompent son regard.

- Alors vous allez être mon parrain ? Demanda-t-il simplement.

Il avait d’abord cru que le système de parrainage était propre à la guilde mais quand il avait demandé aux autres on lui avait dit qu’il en aurait un. Sceptique maintenant, il se demanda si cela n’était pas uniquement fait pour garder les nouveaux arrivés au sein de la guilde et pour leur donner le métier qui les arrangeait le mieux. D’un autre côté il n’avait qu’un point de vue extérieur, comment pouvait-il en juger ? Il aimait en tout cas la neutralité de la congrégation et les préceptes de Joshi avaient l’air d’être écrits avec sagesse. Allan lui avait eu la chance de le connaître, il devait savoir maintenant ce qu’était devenu le guide spirituel de Nosco.

Ysmaël leva à nouveau les yeux sur son interlocuteur sans parler davantage, il ne s’attendait pas à ce qu’il réponde à ses questions alors il était inutile d’énumérer la foule qui se bousculait dans son esprit. Comme il l’avait si bien dit il était seul, il n’existait pas, il n’était qu’une coquille vide. Et c’était le plus angoissant.
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Message par Allan Cadmun le Jeu 2 Sep - 20:25

Les deux hommes s'observèrent une semi-éternité. Le visage d'Ysmaël avait cette jeunesse éternelle que figent toujours les artistes qui craignent les assauts du temps, à l'heure où s'efface l'enfance et se profile au loin la fleur de l'âge. Avait-il déjà pris conscience que cet état de faits durerait une vie durant ? Peut-être pas, mais Allan ne se sentait pas le devoir de répandre ce savoir parcellaire. Il répondrait aux questions qu'il lui poserait, s'il l'estimait nécessaire, mais ne se sentait pas le devoir de lui faire un fastidieux exposé sur Nosco. Au mieux il boirait ses paroles, au pire il se noierait, et n'en serait au final pas plus avancé.

Un instant, Allan Cadmun se demanda si le nouvel oublié n'avait pas perdu sa langue. Ce dont il aurait été bien aise cela dit en passant, trop heureux qu'il était de se passer de questions fastidieuses.
Lorsqu'enfin il ouvrit la bouche, ce fut pour quelques mots douloureux auxquels Allan répondit par un rictus. Il n'était que trop d'accord. Il avait vu tant de gens souffrir en Nosco qu'il ne pouvait nier combien convenait ce qualificatif.

A sa première question, il posa sur Ysmaël un regard songeur. Sans grande connaissance dans le domaine médical, le haut prêtre aurait sûrement émis quelques retenues avant de qualifier une amnésie de simple.

"Cela dépend des gens. De la sensibilité qu'ils éprouvent face à leur propres actes."


Si se souvenir n'était pas aisé, la chose se corsait plus encore lorsque l'on cherchait à se voiler la face, à nier que chaque être avait à la fois ses heures de gloire et ses parts d'ombre. Mais cela, il n'avait pas besoin de le dire, Ysmaël l'apprendrait par lui-même, même si sa détermination faisait plaisir à voir. Allan avait connu tant de fuyards, qui voyaient dans leur passé une malédiction pour la simple raison que la Guilde s'acharnait à en faire un mystère, un opprobre, la cause de tous les maux.

"Oui." répondit Allan, tout aussi simplement.

Si beaucoup au sein de la Congrégation le voyait comme une figure rassurante, c'était avant tout parce qu'il leur avait offert un foyer et un espoir, parce qu'il veillait sur eux de loin dans le silence et la pénombre de ses appartements, et non pou sa présence de chaque instant à leur côté. S'il fallait tenir la main d'un mourant ou border des enfants le soir, Allan était le pire choix à faire.

Ysmaël aurait besoin de temps. Pour se retourner, pour faire son deuil de cette ancienne existence qu'il lui faudrait un jour dompter. Pour combattre la tentation de croire vivre de chimères, de s'imaginer né en Nosco, sans âme ni passé. Pour dompter ses souvenirs et assimiler son passé quel qu'il soit, pour admettre enfin qu'il y aurait en lui Ysmaël de Nosco et cet autre dont il avait tout oublié.

Allan Cadmun ne l'accabla pas des sermons qu'auraient mérité d'autres gens plus âgés. Qu'il choisisse sa voix selon ses voeux, le haut prêtre ne lui réclamait qu'une chose, d'agir dans la libre et entière acceptation de ce qu'il était. Non pas qu'il prétendît ne pas se sentir concerné par le présent et l'avenir de son nouveau filleul, mais il n'y cherchait ni gloire personnelle ni remords. Un curieux hasard avait voulu que leurs routes se croisent sous d'étranges conjonctures, cela n'en faisait pas d'Ysmaël sa propriété.

De ce fait, il lui pardonnait d'avance ses errances, ses désirs et ses choix, fussent-ils erronés ou biaisés d'une quelconque manière.

Si certains des frères qui avaient eu la "charge" d'Ysmaël ces derniers jours avaient eu vent de cela, ils se seraient tapés la tête contre les murs de savoir l'enquiquineur blanchi d'une seule pensée. Mais Allan était ainsi qu'il n'en avait cure. Il ne se mêlait jamais de l'existence d'autrui s'il pouvait l'éviter. Nosco par son exiguïté même, violait le jardin secret de chacun et le haut prêtre ne se faisait pas complice de cette fatalité.

A quoi bon ? Aucun étranger en Nosco ne le demeurait.
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Message par Ysmaël El'Hirajiri le Ven 3 Sep - 19:48

Allan avait-il le pouvoir de rendre les gens muets ?
Une question de plus. Trop de questions. Il en avait assez de cette situation intolérable, de tout ce qu’il lui arrivait, de lui-même. Si seulement après cette vie passée il n’y avait eu que le noir, le vide, tout aurait été plus simple, la fin aurait marqué son empreinte indélébile sur son âme et sur son corps, elle les aurait emportés, dévorés jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien.
Il pouvait faire ce choix, s’ouvrir les veines, regarder le sang couler le long de ses bras, tâcher le sol et ne laisser comme trace de lui que ce corps puéril. Il n’arriverait peut-être pas à se faire à cette nouvelle vie, à s’accrocher à cette chance qu’on lui offrait. Il fallait recommencer mais tout reconstruire sur du vide, est-ce que c’était vraiment possible ? Combien de personnes n’y étaient pas parvenues ? La guilde seule devait le savoir et n’était sûrement pas prête à dévoiler ces chiffres-là.

Il n’était plus un enfant même si les apparences voulaient prouver le contraire, il méritait autant sa place ici que tous les autres. Il devait être mort, dans le coma, fou. Et si son esprit créait tout cela ? Lui donnait l’illusion que cette ville, que ces gens étaient bien réels, qu’il y avait bien toute une vie derrière qu’elle se soit achevée brutalement ou non. Il ne pourrait jamais savoir si les souvenirs qui lui reviendraient en tête ne seraient pas que le fruit de son imagination délirante. Il ne pourrait jamais avoir confiance en lui-même. C’était triste. Ce bonheur enfantin qu’il possédait il l’avait tué en restant là, seul avec ses pensées.

Ses réflexions c’était son enfer, c’était pour ça qu’il avait tant horreur d’être seul, qu’il fuyait sa maturité désabusée en empêchant l’enfant de partir. Ce devait être ça. Ou pas, qu’est-ce qu’il en savait ? Son ignorance le condamnait aussi, il ne pourrait pas éviter de croire à de faux souvenirs, il n’aurait jamais la preuve.

- Pourquoi est-ce que c’est vous ?

Qu’il lui ait confirmé être son parrain était à peine croyable et il ne voyait aucune raison qui le poussait à s’occuper de lui ou du moins à vouloir officiellement avoir plus de responsabilité envers lui qu’il n’en avait déjà en étant le haut prêtre de la congrégation.
Etrangement leurs phrases se détachaient dans l’air, s’entrecoupaient de silence, comme s’ils ne se parlaient pas vraiment, qu’il n’y avait pas de dialogue ouvert entre eux.

- Parfois j’ai l’impression que ce qui se réveillera dans ma tête, ce qui viendra en moi et que j’appellerai souvenirs n’en sera pas, que ce ne sera qu’une vaste et cruelle tromperie. On est tous un peu condamné ici, d’avoir oublié, à rechercher, à croire, à ne pas croire, à oublier, à vouloir fermer les yeux sans jamais y parvenir… Et la certitude que tout ce qu’il y avait avant moi était bien ma vie je l’ai perdu en me réveillant ici. C’est comme si l’espoir était parti…

Il se tut un instant.

- Et le secret qui nous permettra de sortir d’ici ne nous mènera peut-être qu’à la mort… Je veux me souvenir parce que c’est la seule chose que je peux faire, c’est mieux que de nier ou de rester passif… C’est aussi la seule chose qui pourra remplacer ce vide qu’il y a en moi, sinon j’en sentirai toujours le poids, quoi que je fasse…

Sa voix s’était faite de plus en plus morne, plate, dénuée de toute expression, de tout sentiment. Il était dur de revenir en arrière une fois qu’on s’était laissé aller au désespoir, à cet état dangereux, capable de dévorer même l’être le plus jovial au plus profond de lui-même.

- Vous n’êtes pas obligé de dire quelque chose, ajouta-t-il.

Allan ne devait pas avoir envie de répondre à ça, il n’avait pas à lui dire ce qu’il faudrait découvrir par lui-même, il n’avait pas à le rassurer. Qu’étaient-ils l’un pour l’autre ? Des étrangers dont la seule chose qu’ils partageaient était le lien hypocrite et inutile qui réunissait un ancien et un nouvel arrivé, un parrain et un filleul.
Et puis, dans le fond il n’y avait sûrement aucunes réponses à toutes ses questions, alors à quoi bon s’efforcer à jouer toute cette mascarade ? Il avait parlé pour dire les choses à voix haute sans la moindre intention de faire d’Allan son confident. C’était de loin la dernière personne capable de tenir un tel rôle mais là, tout de suite, à ses côtés, il n’y avait que lui.
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Message par Allan Cadmun le Sam 4 Sep - 20:59

Allan était prêt à s'en retourner. Il était à sa manière d'une compagnie appréciable car il ne s'imposait jamais plus longtemps que nécessaire. Le revers de la médaille était que bien souvent les visiteurs assez audacieux pour se targuer d'être ses hôtes se sentaient rapidement de trop. Il serait reparti, si Ysmaël ne l'avait pas retenu d'une embarrassante question.

Ou du moins, d'une question qui aurait dû être embarrassante si le haut prêtre ne les traitait pas toutes avec le même mépris, las des échanges, peut-être blasé d'avoir trop vécu au point de ressentir toujours une pointe de déjà-vu. N'avait-il pas déjà eu semblable discussion ? Qu'avait répondu Mério ? Parce qu'il fallait que ce soit nous. Mério, l'orateur, attisant le mystère, suscitant la convoitise, jouant avec le savoir.

"Parce qu'il fallait que ce soit moi."
répondit Allan Cadmun, aussi digne que toujours, impénétrable.

Il laissait à d'autres le soin de lui parler de la situation de crise que subissait Nosco, de la pénurie d'ondes alpha, et de la culpabilité qu'il devait certainement ressentir en tant que haut prêtre, de n'avoir pas pu prévenir ces incidents, au point d'expier sa faute en le prenant sous son aile. Allan aurait aimé que la vérité soit aussi belle, aussi brillante que le cristal le plus pur, là où l'existence n'était que verroterie opaque rongée d'imperfections.

Le haut prêtre ne courait pas après les hommages, pas davantage qu'il ne rêvait de plus de pouvoir ou d'influence qu'il n'en avait déjà. Aussi ne cherchait-il pas non plus à se faire une réputation. Recueillir Ysmaël n'avait rien d'une action de charité.

Ce fut avec un intérêt nouveau qu'il écouta les réflexions de son filleul. Là où beaucoup n'auraient vu que les jérémiades d'un nouvel oublié, lui savait écouter. S'il avait compris quels rouages régissaient Nosco - Nosco la Ville, Nosco la Vraie et non Nosco l'empire de Joséphine - c'était avant tout pour avoir prêté l'oreille aux considérations des autres. Il ne répondait guère plus à ces conversations-là, bien qu'elles éveillassent sa curiosité. Ce n'était pas l'ennui qui l'emportait, mais le respect, qui lui interdisait d'arracher des aveux à ceux qui s'ouvraient à lui, de leur en faire dire davantage qu'ils n'en avaient l'intention.

"Beaucoup éprouvent... une sorte de certitude. Une assurance innée qu'ils détiennent la vérité sur leur passé. J'ai été d'humeur trop méfiante (Allan se retint de sourire de son euphémisme.) pour accepter sans questions ma mémoire. Cette conviction est indispensable pour aller de l'avant, fusse-t-elle erronée. L'espoir est fallacieux, c'est un compagnon lunatique et trompeur, il revient toujours, même pour de mauvaises raisons."

Ysmaël ne verrait sûrement là qu'une maigre consolation. Une autre facette biaisée de Nosco, un autre piège à demi-mot, une autre promesse avortée. Nosco offrait un avenir à chacun et une éternité, mais à quel prix ?

Allan Cadmun ne répondit rien quant à l'après, quant à ce que signifiait pour lui que de quitter Nosco. Le souvenir d'une vieille erreur ou plutôt l'aboutissement d'une cruelle expérience lui intimait le silence. Ce n'était pas le désir de savoir qui l'animait, il n'y avait pas la moindre curiosité dans ses mots. Il souffrait de son état, de se retrouver seul et sans mémoire, entouré d'étrangers qui tous se connaissaient de près ou de loin, qui tous étaient formés du même moule, au point de ne rien protester contre l'injustice même de Nosco, contre la vilenie de son fonctionnement intrinsèque. Car les nouveaux oubliés n'avaient que faire de la Guilde et de ses lois, il ne voyait que la mauvaiseté du sort qui les avait plongé en Nosco, sans autre espoir de retour ou d'ailleurs que ceux de leurs rêves éveillés.

Même sans la dispense d'Ysmaël, le haut prêtre n'aurait rien ajouté de plus, sans le moindre scrupule. De son expérience en la matière, il savait quelles vérités dangereuses ne pas dire, quelles paroles mielleuses et rassurantes il cédait aux guildiens et quels mots sincères ne franchiraient pas ses lèvres, car il était Allan Cadmun, peu loquace au demeurant. Il ne souffrait pas du silence.

Il ne pouvait garantir à son filleul que son existence nouvelle serait belle ou paisible. La seule promesse tacite qu'il lui offrait se dressait autour d'eux. Un toit, un peu d'intimité, et la paix qui toujours régnait dans le Sanctuaire de Joshi.


Dernière édition par Allan Cadmun le Mer 6 Oct - 18:49, édité 1 fois
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Message par Ysmaël El'Hirajiri le Sam 18 Sep - 20:18

Il fallait se ressaisir, n’accorder plus rien à ce désespoir contre lequel il avait peu à peu cédé et qui avait fini par le dévorer avec plus de cruauté et de voracité que n’importe quel homme. On pouvait choisir d’être triste ou d’être heureux et même si la condition humaine les rendait plus qu’incertains et misérables dans ce cachot ce n’était sans doute pas une raison pour se laisser aller au chagrin larmoyant, pour se fermer à tout et souffrir plus fort de ce mal intérieur. Il fallait être sage et en compagnie des autres il ne savait qu’être joueur, méchant, cynique. Il constatait maintenant avec une étrange lucidité l’ironie du monde dans lequel ils vivaient tous. Les autres pouvaient-ils se contenter de la médiocre reproduction qu’on leur offrait, l’impératrice croyait-elle réellement que ses sujets se borneraient à ses préceptes ?
Ici il n’avait presque confiance en rien ni personne et de son arrivée mouvementée il ne regrettait rien, tout ça lui avait permis de ne pas croire à la réalité dorée qu’on voulait montrer aux autres mais aussi de rentrer dans la congrégation, le seul endroit qui lui paraissait moins biaisé par toutes sortes de doctrines sur la liberté et le bonheur. Qu’avaient la guilde et la rébellion de bien différent ? A la réflexion Ysmaël ne croyait pas qu’ils puissent vraiment mieux faire, il y aurait toujours un tyran caché quelque part et puis cela leur permettait de ressentir le poids de leur liberté.

Perdu dans ses pensées, ses yeux s’étaient tournés vers Allan qu’il regardait alors sans vraiment le voir, comme si un voile s’était installé entre eux et que tout derrière lui paraissait fantomatique. Il n’avait pas cherché à interpréter ses paroles et à les ramener à son cas, il était bien vain de vouloir comprendre trop vite ce nouveau monde pour lui qui n’y était que depuis quelques jours.
Même s’il ne connaissait pas bien Allan voire même pas du tout, il avait presque la certitude qu’il n’était pas venu pour rien ni n’était son parrain juste pour faire joli ou pour une quelconque histoire trop simpliste. Il y avait quelque chose derrière qu’il ne pouvait pas voir, qu’il ne verrait peut-être qu’au tout dernier moment et qu’il pourrait très bien ne pas aimer du tout. C’était un risque mais on ne refusait pas un parrain pour un oui ou pour un non et Allan devait être quelqu’un de bien qui, trop occupé, ne pourrait pas toujours être dans son dos et ça lui allait très bien. Pas que sa compagnie l’aurait gêné mais il n’avait pas envie de se sentir tenu en laisse comme un vulgaire gosse qu’on aurait peur de perdre ou comme quelqu’un qu’on voudrait tout simplement contrôler.
C’était déjà quelque chose de difficilement évitable dans ce monde trop étroit pour que l’intimité ait un bien grand sens mais le fait d’avoir un parrain trop présent, toujours à fureter derrière lui était plus qu’il ne pouvait en supporter.

- Avant que vous ne partiez… commença-t-il. On n’a pas vraiment évalué mes capacités mais je crois que je ne me débrouille pas trop mal en combat. Je ne sais pas trop si j’aurais envie d’être milicien, je déteste m’ennuyer et puis j’aime bien être libre de mes mouvements mais…

Il ne termina pas sa phrase, ne trouvant pas vraiment quelque chose à dire de plus, il ne savait pas trop ce qu’il voulait faire pour ne pas être un poids pour la congrégation.
Le milicien avait pour lui l’image de la sentinelle qui n’avait rien d’autre à faire que de tourner en rond et de repousser les éventuels visiteurs trop curieux. Autrement dit un métier ennuyeux à souhait où il serait contraint de rester toujours au même endroit et d’attendre, attendre éternellement. Heureusement il n’avait pas la tête d’une sentinelle, il ressemblait à un gamin alors on pourrait peut-être lui donner autre chose à faire sans qu’on se moque de lui en le prenant pour un attardé.
Il avait dit les choses comme elles étaient, jouant sur la naïveté qu’avait encore un enfant de son âge mais en cherchant autre chose derrière l’information qu’il lui donnait. Il ignorait si Allan s’en rendrait compte mais peut-être que s’il le devinait il lui dirait qu’il n’était pas un simple gamin, qu’un peu comme les autres habitants de Nosco, son âge d’apparence il l’avait déjà dépassé. C’était en fait peu probable puisqu’il ne savait même pas ce qu’il cherchait derrière l’hypothétique réponse qu’il lui donnerait, même avec des demi-mots il ne saurait sûrement rien en faire.

Il ne s’attendait pas non plus à une réaction de sa part, peut-être dirait-il quelque chose ou peut-être pas. Allan était un homme qui savait masquer ses pensées et dont le calme olympien semblait immuable, c’était le genre d’homme qu’il aurait aimé être et qu’il ne serait sans doute jamais. Il n’avait pas vraiment d’admiration pour lui, il regardait leurs différences avec détachement en se demandant ce qu’il deviendrait quand il aurait passé autant de temps à Nosco, dans ce cachot glacial, dans cet enfer qu’il avait envie de haïr trop vite et sans raison fondée.
C’était dommage qu’Allan soit haut prêtre, il savait peut-être mener d’une main de fer la congrégation, il avait peut-être la force mentale de résister à la guilde et de distribuer à tous les ondes alpha, de garder leur lourd secret mais il aurait su si bien se faire oublier si sa figure n’était pas tant connue… Il aurait fait un bon espion.

- Est-ce que je suis toujours puni ? Demanda-t-il en souriant.

Il se demandait comment tirer à profit son parrainage pour que les autres n’osent plus l’enfermer dans sa chambre comme s’ils étaient les parents qu’il avait perdus. Il n’avait que moyennement apprécié la manière dont on l’avait traité et comptait bien leur faire regretter leur geste, plus discrètement bien sûr, il devait s’assurer qu’on ne saurait pas trop clairement que ce qu’il ferait viendrait de lui.
Déjà le gamin avait en tête la prochaine bêtise à faire.
Ysmaël El'Hirajiri
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Message par Allan Cadmun le Mer 6 Oct - 19:20

Allan Cadmun ne souriait pas. Cela aurait été un mensonge, un de plus. Il avait connu l'angoisse, mais la sienne était tournée vers ses pairs. Focalisé qu'il était sur ses compagnons de galère, convaincu qu'ils étaient complice de cette fâcheuse duperie, il avait occulté de ses pensées le morne théâtre de Nosco pour ne s'y pencher que bien plus tard, à la lueur des lumières de Joshi et de ses souvenirs vacillants, autant d'éclairements que n'avait pas Ysmaël.

Le haut prêtre ne pouvait rien pour lui, ne pouvait pas l'aider. Lui, peut-être leur rendrait-il service un jour, mais il n'en aurait ni conscience, ni l'intention, peut-être. Il voyait le monde avec les yeux révulsés d'un être déraciné, trop privé de ses repères pour ne pas s'aviser de l'ampleur de la disparition, de ce manque que rien ne pouvait combler, atténuer, dissiper. Il serait seul, car Nosco l'avait arraché à lui-même, car il lui faudrait se reconstruire, tâche dans laquelle il ne serait jamais que le seul maître d'œuvre.

Avant que vous ne partiez...

Ces mots amusèrent le haut prêtre. Si jeune, si étranger à ces lieux, et pourtant il l'avait déjà cerné. Il faut dire qu'Allan n'usait que peu des apparences, tout juste de cette gravité solennelle qu'on prêtait à ses silences. Mais il devait reconnaître, qu'il affectionnait avoir au Sanctuaire la présence d'un courant d'air. Trop haut placé pour qu'on ose l'interrompre dans ses errances, trop important pour qu'on s'offusque de ses discrètes dérobades, il jouait autant qu'il jouissait de cette singulière position.

Allan jaugea son filleul du regard. Il avait appris par le passé que la carrure, le talent, l'expérience et même la motivation ne faisaient pas tout.

"Ne vous inquiétez pas pour cela, vous aurez le temps qu'il faudra pour développer votre propre talents. Prenez donc le temps de découvrir les différentes facettes de Nosco."
lui conseilla le haut prêtre.

Après tout, la ville était bien assez exiguë pour ne pas rester confiné dans l'enceinte du Sanctuaire. D'autres qu'Allan auraient interdit à leur protégé de se risquer au dehors, le haut prêtre n'en avait cure, il avait connu Nosco dépouillé de tout ce qui lui donnait ses aspects de bunker surveillé, il n'avait pas l'habitude de tracer des lignes et d'imposer des limites.

A quoi bon sceller un chien dans sa niche ? Le jardin n'est pas grand.

A la deuxième question d'Ysmaël, il lui rendit son sourire.
"Pas à ma connaissance." répondit-il sur un ton qui voulait tout dire.

Allan Cadmun n'avait jamais été très féru d'autorité. Il obéissait à ses supérieurs, bien sûr, mais il avait eu pour Mério davantage de confidences que de respect, et pour lui qui était si secret, le vieux loup de mer ne s'était pas senti biaisé. Il n'avait que faire des sottises que pouvait bien faire Ysmaël, il avait depuis longtemps cédé à d'autres la lourde tâche de gérer le quotidien du Sanctuaire et ses incidents domestiques. Il poursuivait d'autres quêtes, d'autres chimères, dont rien ne le détournait.

Aussi ses yeux reprirent bien vite leur teinte sombre et sans éclat. Il n'invoqua pas mille excuses pour justifier de son départ, il se contenta de jauger une dernière fois Ysmaël et disparu, comme s'il jugeait que son filleul n'avait pour l'instant plus besoin de lui. Ou l'inverse.
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