Le piège se re-serre...

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Message par Karlovy Kinsky le Sam 5 Mar - 8:25

Souriante, Karlovy regardait les fruits de la serre. Elle avait fini par élucider le mystère des poires flétries – une complexe histoire de modifications d'ADN – à l'aide de ses machines. Des bijous de technologie, dont les observations mécaniques lui avaient été très précieuses. Une fois sa part du travail effectuée, elle avait exposé très clairement le problème à ses confrères chercheurs, et leur avait laissé le soin de trouver une solution, s'allégeant du même coup son lourd emploi du temps. Une fois ses machines lancées sur la production des protéines dont Nosco avait besoin, elle pouvait se permettre de flâner comme bon lui semblait. La majeure partie du temps, elle optait pour la Cour Intérieure, appréciant à sa juste valeur la soudaine lumière qui venait irradier son corps, et présumait de l'arrivée fort prochaine du printemps. L'hiver avait été rude, cette année, et elle n'était pas mécontente de le voir s'en aller.

Ce jour-là, pourtant, alors qu'elle lézardait allongée sur l'un des blancs bancs du super jardin, elle avait ressenti un sentiment qu'elle détestait : l'ennui. Et Karlovy n'était pas de ces gens qui acceptent l'ennui sans broncher. Elle avait entendu dire que les chercheurs avaient fini par trouver un remède à vaporiser régulièrement sur les poires. Les jardiniers avaient sûrement besoin d'aide. Aussi se dirigea-t-elle vers les serres sans hésiter, dans le but de proposer son aide et de s'occuper en profitant de l'agréable contact humain... Et en espérant que le grossier Hector ne serait pas là pour l'emmerder. Hector, le très laid, le très lourd, le très collant. Il avait apparemment, comme nombre d'hommes, été séduit par la farouche beauté de la brune. Après une première avance grossière qu'elle avait rejeté sans un pincement au coeur, il avait visiblement décidé de ne pas lâcher prise, contrairement à la plupart des autres – il faut dire, aussi, que c'était une forte tête, pleine de répartie, et qu'elle n'appréciait guère ces sous-entendus constants. Ainsi, à chaque fois qu'il la voyait, il retentait sa chance, essuyant systématiquement une réplique sèche et un nouvel échec, sans jamais se lasser. La scientifique en avait assez, mais n'avait aucune envie pour autant de ne plus aller dans les serres pour l'éviter. Elle se sentait prête à l'affronter, aujourd'hui.

D'un pas tranquille, duquel émanait une grâce et une majesté qui lui étaient coutumières, et après s'être relevée de son banc, elle se dirigea vers les serres. Ses pieds, chaussés de ses irremplaçables « converses », ou tout du moins baskets leur ressemblant, foulaient avec légèreté le chemin fait de petits cailloux blancs. Elle sautillait presque, de bonne humeur. De si bonne humeur que son sourire ne disparut pas quand elle aperçut Hector en train de vaporiser les poires. Bon. Elle le supporterait, s'en sentait capable, tout du moins. Gaiement, elle rentra, le salua d'une main et partit dans le sens opposé, à la recherche de n'importe quel autre jardinier moins insupportable. Trop tard, il s'était élancé derrière elle, et ses pas lourds étaient tout sauf discret. Un petit sourire amusé en coin, elle imaginait le sol tremblant à chaque fois qu'il posait son pied. Pauvre sol des serres, nous t'offrons toute notre compassion.

« Karloloooo, ça fait longtemps que j't'ai pas vu, comment tu vas mon p'tit coeur ? »

Karlolo. Hum. Quel bon goût. Sentant sa bonne humeur s'assombrir brutalement, elle lui retourna un regard glacial, pas franchement adouci par un sourire qui n'avait rien de chaleureux, et se contenta de le fixer quelques secondes. Il était gras. Enfin, il n'était pas si gras que ça, mais elle ressentait une telle animosité envers lui que la moindre imperfection devenait le pire des défauts. D'un coup d'oeil, elle remarqua un ignoble bouton vainement dissimulé sous une mèche brune. Grasse, la mèche. Ou plutôt pleine de terre. Mais comment avait-il fait pour se mettre de la terre dans les cheveux, ce lourdaud ?! Froidement, elle lui répondit, sans cacher combien il l'excédait :

« Je m'appelle Karlovy, voir Professeur Kinsky, je ne suis pas ton petit coeur, et tu as du travail.
- Mais mon p'tit c... Mais Karlovy, j'voulais juste te dire bonjour !
- Eh bien, c'est fait maintenant ! »

Pas un sourire. Après lui avoir effleuré le bras – contact peu ragoûtant s'il en est – il s'empara de son vaporisateur et, un sourire fier aux lèvres comme s'il était persuadé d'une nouvelle conquête, il retourna à ses poires. Joshi merci. De nature colérique, Karlovy s'empara de la barrette qui retenait ses cheveux bruns et l'amena à sa bouche, en mordillant le bout d'un air rageur. Mais l'atmosphère de la serre n'était pas à la colère. Aussi, elle retrouva bien vite son calme, s'inspirant de la poussée de petits citrons dont elle avait synthétisé un arôme presque parfait. Juste à temps. Parce qu'au détour d'un arbre – les serres étaient diablement grandes ! - elle aperçut un homme qu'elle reconnut au premier coup d'oeil. Lou Jiwi Kemshir, le très haut conseiller, ex scientifique, nia nia nia nia nia nia.

Il était plutôt bel Homme... Ou du moins, il pourrait l'être. De taille moyenne, peut-être même un peu petit, il s'habillait toujours de noir. Couleur qui jurait avec la pâleur de sa peau comme elle s'accordait à la noirceur de sa chevelure. Plutôt longue, pour un homme, elle recouvrait son oeil gauche en permanence – Oeil qu'il ne devait probablement jamais utiliser... A croire qu'il était borgne ! Quelques mèches d'une blancheur immaculée se mêlaient à la majorité ébène. Fruit d'une coloration ? C'est, du moins, ce que Karlovy était amenée à penser. Dans l'ensemble, il était harmonieux, aurait pu être plaisant, mais voilà. Dans ses yeux brillait une sournoise méchanceté omniprésente, son sourire était tout sauf chaleureux et accueillant, et une sorte de joie perverse ne l'abandonnait jamais. Non pas qu'elle ait eu l'occasion de le voir beaucoup, elle ne l'avait qu'entre-aperçu dans les serres, dans les locaux du Sapientia et, plus rarement, dans les couloirs de l'un des bâtiments de Nosco.

Calmée, Karlovy réalisa qu'elle était face à un haut conseiller. Naturellement, elle aurait tendance à l'ignorer, mais elle n'était pas en très bonne relation avec eux – chose dont, certes, elle se souciait peu – et préférait ne pas envenimer les choses. Finir dans les cachots de la Guilde pour « soupçon de haute trahison aggravé par une attitude belliqueuse vis à vis du très haut conseiller Kemshir » n'était pas l'un des buts ultimes dans sa vie. Maintenant, elle manquait un peu de respect, et refusait et refuserait toujours de s'aplatir comme nombre de guildiens devant un supérieur, dûsse-t-il être le machiavélique Lou. Aussi décida-t-elle de le saluer, faisant ainsi preuve de politesse, mais sans s'encombrer de fioritures. Simplement, elle s'exclama donc :

“Bonjour.”

Hors de question de lui servir du “Monsieur Kemshir”, ou du “Haut conseiller Kemshir” ou, pire, du “Votre excellence”. Elle avait toujours trouvé ce terme ridicule... Après tout, l'excellence n'existait pas, nulle part. Malgré un ton poli, elle gardait une attitude revêche, fixant les deux puits de sournoiserie qui servaient d'yeux à Lou. Elle n'était pas à l'aise, mais il ne l'effrayait pas et, pour une raison qu'elle-même ne connaissait pas, elle tenait à lui montrer qu'elle n'était pas effrayée. Etait-ce une volonté discernable de prouver son assurance à un potentiel ennemi, ou simplement l'envie de se prouver à elle-même ce qu'elle valait ? Etait-elle rebutée par l'homme, ou bien par la profession ? Qu'importe. Cet après-midi, elle comptait bien s'amuser... Et mettre ses nerfs à rude épreuve.
Karlovy Kinsky
Karlovy Kinsky
~ Biologiste ~


Camp : Guilde Impériale
Profession : Technicienne dans la synthèse alimentaire
Âge réel : 19
Âge d'apparence : 27

Compétences
Mémoire:
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Compétence principale: Biologie
Niveau de Compétence: Maître

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Message par Hologramme le Sam 19 Mar - 15:17

Deux magnifiques yeux verts,
Pour une gente dame à la main verte,
Quelle est cette tristesse que je vois dans tes yeux?
Pourquoi t'en faire pour si peu?
Un bouquet de roses rouges parfumées avaient été déposées,
Sur le pas de la porte, il fallait oser!
Un nom, une identité?
Inconnue n'en avait point laissé.
Lovy trouverait un doux bouquet
Au pied de sa porte trônait.
Hologramme
Hologramme

Profession : Fauteur de troubles

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Message par Lou Jiwi Kemshir le Dim 3 Avr - 19:28

Assis en tailleur sur l'un des nombreux tapis qui tapissaient le sol de ses appartements, l'homme porta la tasse de thé à ses lèvres et but une petite gorgée de la mixture qu'il avait lui-même composée avant de la reposer au sol. Ses multiples fonctions lui prenait une grande partie de son temps mais il s'arrangeait toujours pour consacrer assez d'heures de sa journée à sa propre personne. Depuis qu'il était devenu haut conseiller, il ne se mêlait guère au commun des Noscoiens, ayant trouvé la quiétude qu'il cherchait dans la solitude, loin de l'agacement que pouvait lui provoquer le fourmillement de tous ces hommes et de toutes ces femmes qu'il observait parfois d'un air narquois.
C'était surtout le temps qui lui manquait et ses promenades à l'extérieur se faisaient par période bien plus rares, au plus grand bonheur de certains. Il préférait se retrancher derrière un mutisme qu'on ne lui aurait pas donné quelques décennies plus tôt, n'ayant cure de l'arrogance et de la raideur qu'on lui attribuait désormais volontiers. Il n'avait aucunes raisons de justifier son comportement. On lui reprochait parfois son comportement hautain de haut conseiller, quels naïfs, était-il possible de croire qu'il avait accepté ce travail par fierté ? Oh s'il ne l'avait pas intéressé, il l'aurait refusé bien froidement, son regard planté dans celui de l'impératrice, bien qu'ils cultivent une certaine connivence et qu'il lui soit en tous points dévoué. Il n'avait pas peur des reproches que l'on aurait pu lui faire ni même des conséquences, il était soldat, sbire mais plus libre qu'il ne le montrait derrière tant de silence de sa part. Il en avait fini de ses petites révoltes d'adolescent, il avait cultivé un calme intransigeant mais s'amusait toujours de voir qu'on mettait de l'orgueil dans chacun de ses actes. Son éducation avait été bien différente et s'il possédait un ego, il l'avait bien enfoui au fond de lui. Mais ce masque était pratique et l'on y cachait aisément les calculs sournois qu'il ne s'empêchait de développer chaque jour un peu plus. Sa réputation d'homme machiavélique n'était plus à faire mais qui pouvait bien affirmer les véritables raisons de ses stratégies ? L'orgueil disait-on, mais l'orgueil n'est qu'une chose creuse, vide, insignifiante.

L'homme était parfaitement immobile, on aurait pu aisément le confondre avec une statue s'il n'avait pas ouvert les yeux pour dévoiler un regard aussi dur et froid que l'acier. Il lui arrivait de passer des heures ainsi, travaillant sa capacité à ne pas bouger d'un cil tout en profitant de ce calme apparent pour réfléchir à de nombreux sujets, élaborer ses stratégies, tisser ses pièges. Souvent s'ensuivait ses entraînements solitaires au combat, il était bien rare de le voir s'entraîner avec d'autres brigadiers et encore plus avec d'autres Noscoiens et qu'il ne sache pas le faire ou qu'il le refuse, il n'avait jamais formé qui que ce soit, gardant au plus profond de lui ses vieux secrets.
Ses capacités surprenantes en combat n'étaient bien souvent que légende, finalement, malgré ses entraînements quotidiens, on ne le voyait que trop peu combattre et ses duels se limitaient pour la plupart à une simple volonté de ne pas perdre la main face à un adversaire.

Pourtant aujourd'hui il ne se sentait pas d'humeur, du moins pas pour le moment et l'idée de quitter sa solitude s'éveillait peu à peu dans son esprit, si bien qu'il finit par négliger son thé, préférant se lever avec souplesse et se diriger vers la fenêtre de son salon qui donnait sur la cour. Dehors il y avait du monde, certains flânaient, d'autres s'affairaient, tous menaient tranquillement leur pitoyable petite vie, cela le fit sourire.
Il revint sur ses pas pour reprendre son thé, avala ce qu'il restait de la boisson brûlante et posa la tasse dans l'évier, cela faisait tâche dans la pièce parfaitement rangée mais tant pis, il ferait la vaisselle plus tard. La journée était propice à faire une petite promenade, il faisait beau et l'après midi était loin d'être finie, avec un peu de chance, il trouverait quelqu'un avec qui mener une conversation intéressante à moins qu'il ne s'amuse à torturer l'une de ses nombreuses victimes, il pourrait même aller faire un tour dans les laboratoires histoire de remonter les bretelles de ces feignants et d'aller ramener à ses recherches l'imbécile qui se prenait pour un médecin. Soigner avait ses limites et si les êtres humains n'étaient pas capables de prendre soin d'eux et d'éviter de se blesser à tout bout de champ, ils n'avaient qu'à crever au fond d'une ruelle sombre, comme on laissait faire de son temps.
Arrivé au pas de la porte, il attrapa son chapeau et sa cape et poursuivit son chemin dans les couloirs du Capitol, faisant claquer la porte derrière lui. Il n'avait pas pris d'arme voyante aujourd'hui et se contentait des quelques poignards et autres objets coupants dissimulés dans les plis de ses vêtements çà et là, qu'importe, il n'avait pas l'intention de se battre.

Un léger vent glissa sur le visage du haut conseiller une fois qu'il eut franchi la porte principale du bâtiment, ne prêtant pas la moindre attention aux salutations qu'on pouvait lui adresser. D'un pas décidé et un peu plus rapide que la normale, il se dirigea en direction des serres, son lieu préféré à l'extérieur de Nosco. Bien sûr, les plantes n'étaient pas de la même qualité que celles qu'il cultivait dans sa serre personnelle, il n'y avait pas non bon nombres d'espèces génétiquement modifiées qu'il avait créées mais le lieu était tout de même appréciable, d'autant plus qu'il y avait une simili tentative de la part des scientifiques pour faire croire que l'on était à l'extérieur alors que ce n'était qu'un vaniteux mensonge auquel on se prêtait facilement, histoire d'oublier qu'ils étaient tous enfermés dans la bulle de leur médiocrité. Le miroir avait depuis longtemps une signification bien chère à l'homme qui marchait le long d'un allée mais il n'en parlait jamais, préférant garder le secret de son passé sans jamais expliquer les raisons qui motivaient un tel silence.
Ce fut au détour d'une allée qu'il surprit une conversation ou du moins une tentative de dialogue, celle entre l'imbécile heureux des serres et cette fille du centre de nutrition, elle, là, vous savez, celle qui était autrefois fiancée à l'idiot qui s'était laissé berner par les beaux discours rebelles. Plutôt amusante comme situation, la belle qui se faisait séduire par la bête sauf que l'on était pas dans un conte de fée et c'était sans doute tant mieux pour la fille. Il en avait souvent entendu parler, plus parce qu'on la soupçonnait de complicité avec l'ennemi que parce qu'elle faisait du bon travail mais il n'avait jamais réellement porté son attention sur elle, après tout, y avait-il vraiment quelque chose à tirer d'une telle femme ? Peut-être que oui. Le moment était parfait pour se faire une opinion de la jeune femme et si elle faisait ses preuves eh bien, peut-être s'intéresserait-il d'un peu plus près à son cas.

Son attention, cependant, s'était détournée de la brune pour se fixer sur la végétation alentour, bien plus captivante que tout être humain. Enfant, il avait souvent passé du temps dans les jardins du monastère, c'était là-bas qu'il avait cultivé son amour pour les poisons en tout genre, allant même jusqu'à développer ses propres mixtures. Quelques pauvres bêtes y étaient passées.
Alors qu'il cueillait l'une des feuilles de l'arbre auquel il s'était intéressé pour en observer davantage la qualité de la culture, la fille eut la merveilleuse idée de venir le saluer. Avait-elle réellement envie de lui adresser la parole, d'engager une conversation ? Au moins ne pouvait-on pas lui reprocher le zèle de la politesse poussé à un tel extrême qu'il en avait souvent presque l'envie d'étrangler quelqu'un. Il avait coupé court depuis longtemps à la familiarité des prénoms et autres petits surnoms douteux et si le tranchant Kemshir n'était pas dans les appellations les plus courantes, c'était simplement parce qu'il savait à quel point cela pouvait agacer les autres d'user de tant et tant de formules de politesses plus indigestes les unes que les autres. L'idée des « votre excellence » par-ci, par-là n'était sûrement pas venue de lui qui se contentait très bien des « maître » et « seigneur » de sa si lointaine époque.
Elle n'avait même pas pris la peine d'énoncer son identité, c'était pourtant la deuxième des politesses mais heureusement, pas de celles qui le touchait le plus, lui qui s'était donné un nom simplement parce qu'il avait bien fallu le faire. Cela n'empêcha pas au haut conseiller de se tourner brusquement dans sa direction et de plonger son regard sévère dans les prunelles vertes de celle qui apparemment avait plutôt du succès auprès des hommes. Mouais. Elle n'était pas moche mais elle n'avait pas de quoi le mettre à genoux. Bon d'accord, aucune femme jusqu'à maintenant n'avait été capable de faire flancher son cœur de glace – et ne parlons pas des hommes, inutile de préciser qu'ils ne l'intéressaient nullement et qu'ils pouvaient toujours courir – mais il n'était pas non plus convaincu de déceler quelque chose d'exceptionnel chez celle-ci. Il fallait dire que pour satisfaire ses exigences, il fallait placer la barre haut et qu'on ne l'impressionnait pas si facilement mais après tout, vu l'entêtement dont il faisait preuve pour se montrer le plus détestable possible, personne, sans doute, n'avait l'intention de l'impressionner. Rares étaient en Nosco les personnes qu'il considérait comme égales à lui-même et qu'il semblait respecter sans jamais pour autant se mettre à leurs pieds.

J'espère que ces citronniers ne sont pas les vôtres, lâcha-t-il d'un ton sec, en guise de salutation tout en lui mettant sous le nez la feuille qui avait pourtant l'air de se porter plutôt bien.

Mais c'était tout là le drame, elle « avait l'air de se porter plutôt bien », ce qui signifiait qu'elle ne se portait pas parfaitement bien et donc qu'il pouvait y avoir des améliorations. Quelqu'un d'aussi perfectionniste et amoureux des plantes que Kemshir ne pouvait pas se satisfaire d'un tel résultat.
L'imbécile du coin avait tenté de s'approcher discrètement, sans doute attiré par une curiosité trop grande et la volonté de protéger sa belle contre le grand méchant loup mais comme il n'était pas non plus très courageux, il suffit au haut conseiller de le fusiller du regard pour qu'il retourne à son travail, le plus loin possible de l'étrange couple qu'ils formaient, la fille et lui. Il l'aurait bien laissé importuner sa victime du jour s'il n'avait pas eu d'autres intentions. Que faisait-elle là, à errer au hasard alors qu'elle aurait dû travailler, faire ses preuves ?

Quant à cette histoire de poires, puisque vous n'avez rien à faire, vous me ferez un rapport... disons pour demain matin, six heures, je serai dans les laboratoires.

Inutile de lui préciser qu'il ne tolérerait pas une minute de retard, elle avait plutôt intérêt à être en avance histoire d'être sûre que sa montre était bien à la même heure que la sienne et tant pis si elle comptait faire la grasse matinée avec son petit ami du moment. En fait tout cela ne ressortait pas forcément de sa responsabilité mais il était plutôt réputé pour s'occuper de tout ce qui était de ses compétences, de pousser le zèle un peu loin et comme il n'avait de comptes à régler qu'avec l'impératrice, on pouvait douter fortement qu'elle le lui reproche, pourvu qu'il assume pleinement ses fonctions de haut conseiller.
Lassé de rester planté là ou n'ayant peut-être pas l'intention de prendre racine, il poursuivit sa promenade, d'un pas plus lent que tout à l'heure, se contentant d'un simple regard froid, insensible dans sa direction pour l'inviter à faire quelques pas à ses côtés. Une invitation qu'il valait sûrement mieux ne pas décliner, qu'importe qu'elle ignore ce qu'il pouvait bien lui vouloir aujourd'hui et que pendant un long moment il resta silencieux, visiblement pas décidé à rompre avec cet étrange mutisme qui avait l'air de le ronger de plus en plus ; on pourrait presque croire que bientôt il ne parlerait plus que par demi phrases et qu'il vaudrait mieux deviner le reste avec une justesse à la hauteur de ses exigences, sous peine de passer sous la guillotine.
Lou Jiwi Kemshir
Lou Jiwi Kemshir
~ Haut Conseiller ~
~ Second de Commandor ~
Section Scientifique


Camp : Guilde Impériale
Profession : Haut conseiller et second de la brigade scientifique
Âge réel : 131 ans
Âge d'apparence : Environ 35 ans

Compétences
Mémoire:
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Compétence principale: Biologie
Niveau de Compétence: Maître

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Message par Karlovy Kinsky le Mar 3 Mai - 19:54

Décidément, le personnage de Lou Jiwi Kemshir n'avait rien de sympathique ou d'agréable. Pourtant, elle ne pouvait pas le détester... Certes, son arrogance avait tendance à agacer l'adorable Karlovy, qui avait tendance à vite monter sur ses grands chevaux, mais elle avait plus pitié de lui qu'autre chose. Oui, pitié. Elle était triste pour lui, qu'il ne ressente aucun de ces sentiments qui faisaient de l'être humain un humain. Elle avait toujours été excessive, et cette rare capacité à passer d'une fougueuse colère à un rire joyeux, à se donner entièrement dans ce qu'elle aimait, que ce soit son travail, quand il se voulait intéressant – ce qui n'était plus le cas depuis que cette histoire de poire était résolue, et qu'elle avait été contrainte à retrouver la morne monotonie des synthèses successives – ou bien simplement l'amour, pour Zoltan d'abord, puis pour Kim, était un de ses bonheurs les plus chers et secrets. Jamais elle ne pourrait dire à quiconque qu'elle était heureuse d'être aussi impulsive. Mais elle l'était. Et la froideur agaçante du Haut Conseiller la glaçait, et ne lui tirait que pitié.

Mais bien évidemment, elle ne pouvait lui dire qu'il était pathétique. Parce que, tout d'abord, il pouvait se venger sans aucune difficulté, et lui rendre la vie infernale. Parce qu'ensuite, elle n'avait aucune envie de partager ses pensées avec un être aussi exécrable. Parce que, enfin, elle n'aurait probablement eu droit qu'à un rictus dédaigneux qui n'aurait fait que l'énerver. Et elle n'avait aucune envie de s'énerver, l'autre idiot ayant déjà bien tiré sur la corde. C'est pourquoi elle dut faire un immense effort quand son supérieur, responsable de la Brigade scientifique, se saisit d'une feuille de citronnier et la lui mis entre les mains. Eh bien quoi ?! Elle ne faisait que concevoir des molécules, s'occupait souvent de gérer les quantités de créations en fonction des besoins noscoiens, synthétiser ce dont on avait besoin, parfois à partir de ce qui était créé dans les serres, elle ! Elle n'était pas responsable de l'entretien de toutes ces plantes... Elle répondit donc, un brin ironique :

« Eh bien, je suis à l'origine de la graine de synthèse qui est elle-même à l'origine de l'arbre. Mais ce sont les jardiniers qui s'en occupent et l'entretiennent. »

* Attaquez-vous à Lucia Stevens, plutôt. *

Elle l'avait pensé très fort, mais ne l'avait pas dit. Bien qu'elle trouvait cette Lucia, responsable des serres, absolument détestable, ce n'était vraiment pas son genre de balancer des noms. Et puis, elle n'allait pas non plus faciliter le travail du petit loup... Qu'il utilise sa hargne ailleurs, le Kemshir ! Elle n'était pas réputée pour être soumise et docile. Quoique, quand elle vit l'autre idiot de jardinier s'approcher d'eux, elle ne put retenir un soupir de soulagement en voyant le regard du second. Noir. Bien soutenu, bien désagréable, bien... Parfait pour faire fuir le courageux, mais pas téméraire. Elle en aurait presque embrassé le Haut conseiller, mais elle doutait qu'il apprécie de se retrouver avec une donzelle un peu trop spontanée pendue au cou. Non, décidément, mieux valait éviter. Et puis, elle n'avait, au fond, aucune envie de lui sauter dans les bras, craignant de se retrouver empoisonnée et incapable de sentiments rien qu'à son contact. Beuh.

Pourtant, il n'était pas laid, loin de là. Il avait ce quelque chose de froid qui lui conférait un charme arctique. Des yeux sombres. Une chevelure noire méchée de blanc. Un sourire une majeure partie du temps absent, effacé, ou plus proche d'un rictus sournois... Et cette peau, glacée, dont même un mort pourrait jalouser la pâleur et la perfection. C'était tout ce qu'on pouvait voir de lui, le reste étant dissimulé derrière une grande cape noire, dont ses mains jaillissaient parfois, telles les serres d'un perfide vautour. Mais si la vue s'arrêtait là, les autres sens captaient d'autres détails bien plus importants. Cette aura de danger, par exemple, qui émanait de lui, nimbant les alentours dans son arrogante assurance. Il se savait fort, capable de faire ce qu'il voulait... Et cette impression de puissance plaçait ses observateurs sous son joug. Karlovy, par exemple, ne pouvait s'empêcher de devenir ironique et pleine de dédain, quand il était là. Elle croyait lutter contre lui. En réalité, elle ne faisait que se plier à ses lois...

Une moue ironique lui échappa. Tiens donc. Il daignait s'intéresser à son travail, et venait lui demander son rapport concernant l'affaire des poires. Oh, mais Môssieur est trop bon d'accorder de l'attention à une modeste donzelle prétendue alliée des rebelles. Et voilà que ses avancées technologiques étaient devenues importantes du jour au lendemain. Juste pour la faire chier, il fallait se rendre à l'évidence... Elle avait déjà fait un rapport, l'avait envoyé et exposé à ses supérieurs directs. Etait-ce sa faute à elle, si le Haut Conseiller n'avait pas été invité à la petite sauterie par ses subalternes ? Pourquoi donc fallait-il qu'il s'acharne sur son sort alors que la façon dont elle bossait était bien la seule chose que la Guilde ne pouvait pas lui reprocher, même en cherchant bien ? Un peu agressive, elle répondit :

« Le rapport est sur le bureau de l'un de vos subalternes, en bonne et due forme. »

Traduction : « Bouge-toi le cul connard et va le chercher ». Et si elle n'avait rien dit de tel, le ton légèrement agressif exprimait bien ce qu'elle pensait. Si elle n'avait pas été face à Lou, sans doute se serait-elle déjà énervée, l'aurait-elle envoyé brouter avec moult expressions fleuries et serait repartie furieusement vers ses machines de synthèse, en se persuadant qu'en fait, son laboratoire était bien plus reposant que les serres. Seulement voilà. C'était Lou. Et laisser libre court à son agacement, ce serait, en quelques sortes, courber l'échine face à sa désagréable personnalité. Quelque chose de parfaitement impossible pour la fière Karlovy, qui n'aurait pas supporté d'être vaincue par qui que ce soit. Aussi prenait-elle garde à ne bouillonner que de l'intérieur, et à laisser filtrer le moins possible ses sentiments... Sans vraiment réussir, convenons-en.

Cette volonté de paraître calme, malgré ses yeux verts considérablement assombris, était une nouvelle preuve du joug invisible du Haut Conseiller sur sa personne. Sans vraiment le vouloir, il lui permettait de maîtriser sa colère, et ce travail personnel encadré faisait en fait ressortir un pseudo-calme. Quelle ironie ! On aurait presque pu le remercier de sa bonté et de ses qualités de professeur, si tout ce manège avait été voulu. Mais le drame, si c'en était vraiment un, qui se jouait sous les yeux d'un public végétal restait dans les allusions, et les deux protagonistes ne se rendaient probablement pas compte du conflit opposant l'aura glacée de Lou Jiwi Kemshir, et celle, bouillonnante, de Karlovy Kinsky.

D'ailleurs, cette dernière sentait son agacement croître tandis qu'elle marchait aux côtés du Haut Conseiller. Que lui avait-il pris de le suivre sur un simple geste, un regard plein d'arrogance et de... OUAF ! Ce n'était pas un chien, et pourtant, elle trottinait à ses côtés comme s'il la tenait en laisse. Un grognement quasiment inaudible lui échappa et, pour un peu, elle aurait grommelé dans sa barbe. Encore aurait-il fallu qu'elle en ait une, je le conçois. Elle serra nerveusement son poing droit, se demanda quelques secondes si elle ne pouvait pas l'écraser sur le nez du Loupiot pour modérer sa haine, en conclut rapidement qu'elle risquait de se transformer ses propres phalanges en une épaisse bouillie et décida que mieux valait se contenter d'un sourire bourré d'ironie, soulignée par le regard haineux qu'elle posait sur le Roi de la glace.

Garder son calme, garder son calme. Pensons à quelque chose d'agréable. Kim, par exemple ! A peine ses pensées s'accrochèrent-elles à l'image de son bien aimé qu'un sourire heureux naquit sur ses lèvres. L'amour guérit moult maux, alors que moult mots ne guérissent pas de l'amour (oh oh, chiasme et alitération juste pour toiiii !)... A la seule idée du docteur dont l'éternel sourire réconfortait à lui tout seul, elle sentit son coeur accélérer brutalement, et une rougeur légère monter à ses joues. Les commissures de ses lèvres remontèrent insensiblement, et on vit ses yeux se perdre à l'horizon, à savoir un cerisier. Une expression qui, on peut le dire, n'avait rien en commun avec celle qu'elle arborait quelques secondes plus tôt.

Son sourire s'élargit encore quand elle songea à la surprise qu'elle avait eue ce matin, et qui lui avait valu au moins trois secondes de retard par rapport à l'horaire prévu. En ouvrant sa porte, elle était tombée nez à nez – ou, plus exactement, pied à pot – avec un bouquet de fleurs. D'abord surprise, on l'avait vite vue remplacer cette expression par un sourire tendre et amusé. Elle s'était baissée, avait ramassé les fleurs et, après avoir pris soin de les mettre dans un joli vase empli d'eau, les avait posé sur la table du salon. Il lui faudrait se venger de cette attention, et elle cherchait comment faire plaisir à Kim à son tour;.. Rien ne lui était venu, pour le moment, mais elle ne doutait pas que ça arriverait et que dès lors, sa vengeance serait terriiible !

Elle y pensait tant et si bien qu'elle en avait presque oublié Lou qui marchait à ses côtés, taciturne. Au point que sa démarche dériva trèèès légèrement. Au point que son bras gauche, ballant, se rapprocha de celui du Haut Conseiller. Au point que sa main effleura celle de Kemshir. AH ! Horreur ! Un frisson lui échappa, et elle fronça ses sourcils en s'éloignant d'un bond. Il avait la main aussi froide que son humeur. Et ce contact avait fait s'envoler la fragile image de Kim, laissant sa mauvaise humeur revenir. Saleté...
Karlovy Kinsky
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Message par Lou Jiwi Kemshir le Sam 11 Juin - 23:55

Comme la lame qui tranche l'air avec une précision parfaite, son regard s'était braqué au loin, brillant d'un éclat décidé, laissant deviner qu'il avait quelque chose en tête sans toutefois permettre à qui que ce soit de comprendre ce qu'il allait faire. Son corps était droit, il marchait lentement, sans que son attitude paraisse trop raide ou au contraire trop relâchée, il semblait contrôler chacun de ses mouvements, jusqu'au plus petit battement de cils, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Son comportement avait exclu la présence de la jeune femme qui marchait à ses côtés, il pouvait bien l'écouter, percevoir quels étaient ses mouvements et son attitude mais il n'avait pas l'air d'être décidé à y réagir. Elle était déjà sous l'emprise de l'aura qui se diffusait sur son passage, il n'y avait pas besoin d'être observateur pour le voir. Sa rage était telle qu'elle ressemblait à cet instant plus à une pile électrique qu'à une humaine capable du moindre petit self-control, de la toute première lueur d'intelligence. Il n'y avait que son instinct et son ego, l'un l'empêchait de l'agresser pour s'accorder un temps de survie plus long que celui qu'il lui donnerait, l'autre la faisait bouillir tant elle ne pouvait tolérer l'attitude qu'il avait envers elle, ses gestes, ses mots, chacun choisi dans un but précis sur lequel elle n'avait pas dû chercher bien longtemps. Un sourire presque imperceptible s'était dessiné sur ses lèvres le temps de quelques secondes, il ne lui suffisait que de rester à ses côtés pour sentir la fureur qui montait lentement mais sûrement en elle et quand elle sifflerait, il n'aurait plus qu'à se servir une tasse de thé bien brûlante, comme il les aimait. Il ne suffisait que de quelques petits mots pour que cette croissance exponentielle s'accélère, quelques remarques bien trouvées et il pourrait se délecter du spectacle. C'était un petit jeu auquel il s'amusait depuis très longtemps, il avait toujours eu conscience du pouvoir de contrôle que son éducation lui avait donné sur les autres. Autrefois comme aujourd'hui, sa réputation lui facilitait sa tâche, la rendait moins drôle aussi et quand à son arrivée il se réjouissait follement de tout ce qu'il pouvait faire, il avait fini par se renfermer sur lui-même et avait petit à petit nimbé de secret son existence entière. Qui pouvait se vanter de pouvoir connaître l'homme qu'il était vraiment ? On pouvait facilement supposer que le caractère qu'il montrait avec un étalage grotesque n'était qu'un leurre, un mensonge sur lequel la haine des autres s'appuyait de toute ses forces sans se préoccuper que derrière tout cela il pouvait y avoir quelque chose d'autre. Certains avaient bien cherché une explication mais ils s'étaient cassé les dents contre le mur qu'il avait dressé devant lui. Mieux valait peut-être se bercer dans l'idée qu'il n'était qu'un monstre dénué de toute empathie et qu'il n'y avait plus rien à faire pour lui.
Il y avait cependant une chose que l'on pouvait facilement découvrir et comprendre : depuis le nombre d'années qu'il était ici et qu'il avait vécu ailleurs, il s'ennuyait. Rien ne l'importunait plus en ce moment que la présence des autres, il s'y mêlait pourtant et semblait en profiter pour faire bien savoir à ses congénères à quel point il était exaspéré, que leur comportement des plus médiocres lui donnait les pires nausées, que la vie sans eux serait sans doute plus douce et plus intéressante, qu'ils n'avaient vraiment rien à faire dans son entourage et qu'un jour il se débarrasserait d'eux sans le moindre scrupule. Le monde ne semblait être à ses yeux qu'une peuplade de moustiques dont il cherchait inlassablement le pesticide. On l'imaginait bien tueur en série, une petite supposition qui faisait naître un de ses petits sourires maléfiques qu'on n'aimait pas voir. Quel dommage qu'il ne leur soit pas possible d'enquêter sur son passé !

— On m'avait dit que vous étiez assez perfectionniste. Visiblement ce n'est pas suffisant, répliqua-t-il d'un ton parfaitement indifférent, de bien longues minutes après qu'elle ait parlé, comme s'il venait tout juste de revenir à sa mémoire qu'elle était toujours là, à ses côtés, à attendre de se faire gronder par le méchant qu'il voulait bien être.

Que le comportement des gens pouvait l'ennuyer. Elle-même ne faisait pas exception à la règle, elle n'avait jamais démontré de zèle particulier dans quoi que ce soit quand il ne s'agissait plus de faire croire au monde entier qu'elle aidait les rebelles, son travail ne dénotait pas d'avancée spectaculaire et si Nosco ne se faisait pas un devoir de fournir un travail à chacun, elle se serait sans doute fait un plaisir de la virer un jour ou l'autre. Il blâmait l'étroitesse de ce monde où le cercle des élites était si petit qu'on s'y cognait en ne faisant pas plus de quelques petits pas dans un sens ou dans l'autre. Son miroir, heureusement, avait toujours aimé lui montrer le monde deux fois plus grand, y tracer toujours ce qu'il cherchait à y voir le plus, si bien qu'il ne s'attardait presque jamais là-bas.

— Oui... J'ai bien eu ce fameux rapport, tellement fameux qu'il m'en a presque brûlé les yeux. Vous pouvez écrire autant de torchons que vous le voulez mais assurez-vous au moins que ce qui risque de remonter jusqu'à moi soit quelque chose de décent.

Son ton s'était fait aussi dur que son attitude montrait qu'il se fichait totalement d'elle, il ne la regardait même pas quand il parlait, préférant laisser errer son regard sur les plantes verdoyantes des serres. Malheureusement, il était trop observateur pour ne pas faire fi de toutes les imperfections qu'il notait à chaque moindre coup d’œil. Que le monde pouvait être fade.

— A moins que vous n'ayez pas la moindre ambition bien sûr. Mais dites-moi ce que vous faites à perdre votre temps à mes côtés alors, la réponse m'intéresse, ajouta-t-il sans lâcher pour autant l'attitude tranquille dont il s'était imprégné jusqu'au bout des ongles.

Ce fut à ce moment-là que la main de la belle brune effleura la sienne sans qu'il n'ait pu prévoir un tel geste de sa part. S'il fut surpris il ne le montra pas, se contentant de tourner simplement la tête dans sa direction, juste à temps pour la voir faire un bond avec la même souplesse qu'une gazelle effrayé. Il sourit, amusé, tandis qu'elle semblait tout à fait mécontente de cette coïncidence inopportune.
Lui faisait-il donc peur au point que le moindre contact fasse naître en elle une réaction aussi brutale, comme si elle venait de se brûler ? Sa main pourtant lui semblait plutôt froide, son corps n'avait pas fait d'effort physique intense depuis trop longtemps pour qu'il en reste quelques séquelles.
Pauvre gamine, elle avait encore beaucoup de travail à faire si elle espérait un jour maîtriser ne serait-ce qu'un seul de ses tous petits gestes malhabiles.

— Je vous rassure, vous n'allez pas être contaminée. Il y a un robinet là-bas si vous ne me faites pas confiance, s'exclama-t-il d'un air goguenard, sans doute incapable de retenir toutes les petites remarques acerbes qui peuplaient son esprit.

Il s'était arrêté de marcher et tourné dans sa direction, si bien qu'ils se trouvèrent à nouveau en face et qu'il plongea son regard perçant dans le sien, comme s'il cherchait à sortir ce qu'elle pouvait avoir dans la tête, du moins, s'il y avait réellement quelque chose. Enfin c'était ce qu'on disait souvent, que ses yeux avaient cette mystérieuse propriété.
Toujours frappé par son immobilisme, ses gestes se faisaient de plus en plus rare et même son regard une fois sa destination atteinte semblait attendre quelque chose. Si seulement quelque chose d'imprévu avait pu se passer, parfois il avait l'impression que tout était minutieusement programmé, à tel point qu'il était facile pour un observateur comme lui de toute deviner. Il n'y avait pas d'espoir en lui, il savait bien qu'il n'avait rien à attendre de cette femme et que la seule raison pour laquelle il restait là, c'était pour laisser passer le temps, lui qui parfois s'étirait tant qu'il lui paraissait interminable. Dans ces moments-là, il regrettait les grandes plaines verdoyantes, les champs de bataille qu'il avait vu, cette impression de chaos qu'il provoquait en parvenant toujours à le maîtriser. Quoi qu'il fasse, son instinct avait été programmé ainsi, c'était ce qui l'avait rendu suicidaire là-bas.

— Il y a des jours où j'aimerais que l'on renverse l'impératrice, que du chaos nouvellement formé naisse un nouvel ordre... pas vous ? Lâcha-t-il avec tout le sérieux du monde. Était-ce vraiment l'une de ses fourberies, avait-il encore un mauvais tour en tête ou offrait-il au détour d'un lieu vaguement surveillé un aveu à une simple inconnue ?

Son sourire s'effaça, même si la réaction de son interlocutrice allait sans doute être drôle, il s'attendait surtout à être une nouvelle fois déçu, ce n'était pas comme s'il allait naître l'extraordinaire d'une fille plus que banale.
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Message par Karlovy Kinsky le Dim 28 Aoû - 19:31

Décidément, ce Lou Jiwi Kemshir n’avait rien, absolument rien de plaisant. Elle avait beau chercher, elle ne se heurtait qu’à la froideur, à la lassitude d’un être plus mort que vivant. Comment pouvait-il survivre dans un monde qu’il détestait apparemment, dans lequel il ne trouvait aucune joie, aucune étincelle ? Comment pouvait-il accepter cette absence de bonheur perpétuelle, cet ennui qui ne le quittait jamais et veillait sur lui comme une ombre, froide et douloureuse ? Le Haut Conseiller ne réveillait que pitié chez la petite Lovy et, malgré le dégoût qu’il lui inspirait, elle ne pouvait s’empêcher d’être triste pour lui. Sa vilenie n’était ni plus ni moins que l’expression de sa solitude, et son désir de perfection le conduisait à un malheur qu’elle ne pouvait pas même essayer de comprendre, ou d’apaiser. En avait-elle seulement envie ? Délicatement, elle repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille, soudainement prise d’une étrange tristesse. Il n’y avait pas de solution pour le pauvre Lou. Il était condamné à errer dans ce monde comme un damné, à lancer toute sa verve dans des combats sans intérêts, dans des piques qui n’avaient pour unique but que de blesser les autres. Que cherchait-il donc, en agissant ainsi ? Au fond, il devait aimer sa solitude, car il s’y enterrait, s’y accrochait comme si c’était son plus grand bien.

Elle aurait presque pu s’adoucir s’il n’y avait eu cette nouvelle réplique, cette nouvelle vanne mesquine qui rouvrit allègrement les robinets de sa haine. Son rapport n’était qu’un torchon alors ? Eh bien qu’il le garde, le torchon ! Elle n’avait que faire de son avis, et ce qu’elle avait rendu suffisait pour ce qu’on lui donnait à faire. Allons bon, il aurait fallu qu’elle fournisse encore plus de travail, qu’elle se tut à la tâche, alors qu’elle passait déjà des heures et des heures à nourrir des ingrats qui, de toutes façons, l’auraient empêchée de monter en hiérarchie à cause de ses prétendues dispositions envers les rebelles. Oui, par le passé, elle avait aimé un homme qui était devenu rebelle. Oui, elle l’avait un peu aidé, mais… Elle ne l’avait pas suivi dans les souterrains ! Ce geste aurait pu, et aurait du servir de preuve comme quoi elle n’avait pas l’intention de virer bleu, et que donc elle pouvait gaiement rester parmi la Guilde sans avoir à subir les Inquisitions constantes de Lisbon, les doutes des uns et des autres et les sous-entendus à foison.

L’incident de la main lui valut de se sentir mal, et cette soudaine fragilité peinait à retenir toute la rage qu’il pouvait faire naître en elle. S’il continuait encore un tout petit peu, elle allait éclater, elle le savait. La décision la plus raisonnable était de partir, comme il l’avait si simplement sous-entendu, quelques secondes plus tôt, mais une curiosité malsaine l’incitait à rester, à voir jusqu’où elle résisterait, jusqu’à quand elle tiendrait le choc. Visiblement, pas longtemps. La nouvelle réplique de Kemshir lui apparut comme une injure, un nouveau sous-entendu quant à ses prétendues relations avec les rebelles… Il n’en fallut pas plus pour faire éclater son vase de sérénité en mille éclats de verre. Une brusque rougeur lui monta aux joues tandis que son visage se trouvait déformé par la colère. Un rictus effrayant lui tordit la bouche, et ses yeux verts se vrillèrent dans ceux de son interlocuteur, ignorant l’expression arrogante qu’elle y voyait. Trop énervée pour crier, elle ouvrit plusieurs la bouche sans parvenir à en faire sortir un son, tel un poisson en manque d’eau, et finit enfin par murmurer d’une voix étouffée :

« Vous savez, Kemshir. Vous n’êtes ni plus ni moins qu’un goujat. Un crétin qui, sous prétexte qu’il a le cul posé sur une des chaises du Haut Conseil, se croit supérieur aux autres. »

Peu à peu, la voix de la jeune femme montait dans les aigues tandis que, incapable de se retenir, elle rejetait toute la haine qu’elle avait accumulée.

« Mais je vais vous dire la vérité moi. Ce que tout le monde pense de vous. Si vous paraissez effrayant, vous êtes tout simplement pathétique ! Personne n’envie ce que vous êtes, et personne n’aimerait prendre position sur votre siège, porter votre fardeau. Vous vous complaisez dans votre malheur, que vous nourrissez avec celui des autres. Mais continuez donc ! Continuez sur cette voix, puisque c’est celle qui vous plaît le plus. Sachez toutefois que je ne me laisserai jamais abattre, ni par vous, ni par quiconque, et que tant qu’on ne m’aura pas tuée pour un quelconque prétexte de trahison qui n’aura pas lieu d’être, je resterai ici. Alors, vous savez quoi… Allez vous faire foutre avec vos soupçons de diantre, et si mon langage vous choque, je… »

Essoufflée et à court de mots, la jeune femme fit la dernière chose qui lui restait à faire : elle abattit sa main sur la joue, lui assenant une claque sans plus de cérémonie. Ou du moins, tentant de la lui assener : les réflexes d'un homme tel que Lou n'avaient pas intérêt à s'émousser, et il n'eut aucun mal à bloquer la gifle vengeresse. Ce geste, néanmoins, calma Lovy. C’était fini : elle se sentait vidée et, enfin, elle se rendit compte de l’énormité de ce qu’elle venait de faire. La sanction lui tomberait dessus, elle le savait bien. En attendant, elle fit demi-tour et, tournant le dos à son ennemi du moment, se mit en route d’un pas raide vers le Sapientia.
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