Par un beau jour de pluie

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Par un beau jour de pluie

Message par Ysmaël El'Hirajiri le Dim 30 Jan - 5:41

Il pleuvait des cordes. Autant dire « les cocos restez bien au chaud on ne vous veut pas dehors, on fait des trucs que vous ne devez pas voir, vous savez pour notre chère impératrice, là, l'espèce de dictatrice à moitié folle. » Pourquoi est-ce qu'il fallait que ça tombe aujourd'hui ? Rageur, le gamin tournait dans sa chambre sans savoir quoi faire. Il aimait bien la pluie mais... pas aujourd'hui, pas quand il voulait aller gambader dehors et s'aérer un peu, l'obliger à rester enfermé c'était une ignominie ! Mais là s'il sortait il allait être plus trempé que sa soupe d'hier et c'était sûr qu'il allait tomber malade. Oh il aimait bien les médecins du Sapienta, ils étaient gentils mais s'il pouvait éviter de leur rendre visite parce qu'il éternuait à tout bout de champ et qu'il avait une fièvre monstrueuse, il s'en porterait d'autant mieux. Mais au final, ça revenait au même, malade ou pas malade il tournait en rond sans rien avoir à faire, il n'avait pas envie de passer toute sa journée sur le réseau, n'étant pas habitué aux écrans ça finissait toujours par lui donner mal à la tête ou bien il ne trouvait plus tellement de choses à faire après avoir répondu à trois mails, discuté dix minutes et lu quelques idioties égarées par-ci par-là. Les autres frères s'ennuyaient-ils aussi les jours de pluie ? Oh sûrement que non, certains d'entre eux ne sortaient presque jamais mais que pouvaient-ils faire, assis entre quatre murs ? Lui n'avait rien d'autre à faire que penser et penser parfois ça faisait mal, on sentait le poids du vide, on sentait l'étreinte des mauvaises choses.
La solitude avait toujours eu le don de peser sur lui comme un fardeau, sans qu'il puisse y donner une explication tangible. Était-ce une réminiscence de son passé enfouie au plus profond de lui-même et qu'il n'avait pas encore découverte qui le rendait triste et l'accablait autant ? Était-ce simplement parce qu'il avait l'habitude de vivre au milieu des gens et qu'ainsi il ne pouvait plus se passer de leur compagnie ?

Le jeune frère laissa échapper un soupir. Le front appuyé contre la vitre glacée de la fenêtre il regardait les gouttes tomber et tomber encore, comme si l'on avait blessé un ange dans le ciel au plus profond de son âme et que ses pleurs étaient intarissables. Dehors tout était gris, tout était trempé et il n'y avait pas un chat. Jusqu'à maintenant il s'était toujours occupé de ci de là quand le temps était mauvais mais aujourd'hui il était à court d'inspiration et il se voyait bien tourner en rond le reste de la journée, le visage sombre, le regard triste. Dans ces moments-là son calme contrastait terriblement avec la joie de vivre qu'il avait presque toujours et son agitation constante qu'on aurait presque pu classer comme de l'hyperactivité. Est-ce que les autres le préféraient morose et atteint d'un drôle de mutisme ? Il n'embêtait plus personne alors mais il pouvait aller si mal quand c'était comme ça... Ses idées noires n'allaient jamais trop loin mais elles ne lui faisaient pas du bien pour autant.
Sans grande conviction, il se résolut à sortir de sa chambre et à trainer dans les couloirs du sanctuaire, peut-être qu'une idée lui viendrait en voyant d'autres choses que cette terrible pluie, trop forte pour qu'on le laisse sortir. Une main effleurant le mur, il avançait lentement sans trop regarder où il allait et après avoir déambulé pendant de longues minutes qui semblaient durer des heures, il se retrouva sans trop savoir pourquoi à l'étage en-dessous, dans la chapelle. Ses yeux se perdirent un instant dans la contemplation de sa superbe architecture avant de s'en lasser, il n'était pas d'humeur contemplative et il en connaissait maintenant presque par cœur les formes, les courbures, les couleurs.
Alors il reprit son chemin hasardeux, errant entre les rangées de sièges, le regard braqué sur le sol, inattentif à tout ce qui pouvait bien se passer autour de lui. Une attaque aurait eu lieu, il ne l'aurait pas remarquée. Par pur esprit de contradiction, ses pas le guidèrent non pas vers la sortie où il aurait fini par prendre une douche froide mais au cœur de sanctuaire de Joshi, là où il n'allait pas le plus souvent. Trois salles étaient réservées aux congréganistes : le réfectoire où comme tous les autres frères il allait prendre ses repas même s'il ne s'y attardait que rarement, la salle d'entraînement qu'il évitait quand il avait la possibilité de se dégourdir les jambes ailleurs et une pièce qu'il ne visitait presque jamais, la salle d'étude.

Ses pas l'arrêtèrent devant cette porte-là, pas qu'il ait tellement l'impression qu'il pourrait réellement se distraire là-bas mais comme il n'y allait pas très souvent, il y avait toujours l'espoir d'y trouver quelque chose qui soudain pourrait l'intéresser et lui occuper le reste de la journée. De toute manière il n'avait rien d'autre à faire. Sans hésiter il poussa doucement la porte, franchit le seuil et la referma derrière lui. A première vue il n'y avait pas grand monde qui avait choisi, comme lui, de passer un peu de sa journée ici. Son regard se porta sur les étagères qui contenaient une multitude d'ouvrages, il n'avait jamais pris le temps de lire un livre depuis qu'il était arrivé à Nosco et il n'avait pas la moindre idée de la dernière fois où il avait tenu l'une de ces choses si rare ici entre ses mains. Pris soudain de curiosité, il s'aventura dans une rangée et laissa le hasard choisir un livre pour lui qu'il retira de son emplacement et ouvrit pour y lire quelques lignes.
Lire, peut-être que c'était ça dont il avait besoin, ce n'était pas une mauvaise idée, il pourrait se détendre un peu, oublier ses soucis, oublier qu'il y avait la pluie et que même s'il avait la liberté de se balader dans tout le sanctuaire, il restait toujours entre quatre murs : ceux de son esprit.
Un problème important alors se posait, il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pourrait lire, il ne connaissait pas le moindre auteur ici et encore moins les styles et les genres existant en Nosco, il ne se rappelait pas non plus de ceux qui existaient avant qu'il n'atterrisse ici et après avoir déambulé pendant plusieurs minutes le long des rayons, il réalisa qu'il y avait tellement de livres qu'il ne saurait jamais lequel choisir.

Si dans son passé il était possible qu'il fut un rat de bibliothèque, il était loin d'en être un ici et bien qu'il ne pensait pas corriger cette sorte de handicap à cause de son amour pour l'extérieur, il songea qu'il pourrait essayer de se cultiver un peu, d'en apprendre davantage sur son nouveau chez lui et pas simplement en ouvrant les yeux ou en lisant des trucs qu'il trouvait par ci par là sur le réseau alpha. Le jeune homme regarda autour de lui et se mit à détailler quelques unes des personnes présentes dans la salle d'étude avant que ses yeux ne tombent sur un garçon qui avait physiquement à peu près le même âge que lui et dont il ne voyait pas grand-chose étant donné qu'il avait le nez plongé dans le livre qu'il lisait.
Pas du genre timide et piqué par la curiosité, il s'avança vers ce frère qu'il n'avait jamais vraiment remarqué auparavant. Serait-il possible qu'il ne l'ait jamais vu ? Depuis le temps qu'il était là, Ysmaël connaissait plus ou moins bien tous les prêtres de la congrégation, la plupart des miliciens et une bonne partie des frères mais même si leur nombre était assez réduit comparé à la population totale de Nosco, ils n'étaient pas non plus une dizaine et il lui faudrait sans doute plusieurs années pour être capable de donner un nom et une occupation à chacun des hommes et des femmes qui vivaient ici. Arrivé à sa table, il prit un chaise et s'assit près de lui sans faire trop de bruit, le silence d'un lieu imposant celui de ses occupants.

Bonjour, chuchota-t-il sur un ton qui se voulait joyeux et amical, je ne crois pas qu'on se connaisse vraiment... je m'appelle Ysmaël, je ne suis là que depuis quelques mois et je me demandais si tu pouvais m'aider...

Peut-être que le frère avait entendu parler de lui, contrairement à la discrétion et au calme qui émanaient de son interlocuteur, il avait eu plutôt tendance à faire beaucoup de bruit au sein de la congrégation avec toutes les bêtises qu'il avait faites, surtout au début, alors qu'il ne connaissait encore rien. Maintenant qu'il avait un peu plus trouvé ses marques, il avait appris à éviter à se faire pincer et même si dès qu'il entrait quelque part on l'avait toujours plus ou moins à l'œil, il trouvait qu'il se débrouillait de mieux en mieux et ainsi il faisait, sans le vouloir vraiment, tourner en bourrique encore plus les pauvres congréganistes qui se laissaient marcher sur les pieds. Il savait mieux aussi à qui il était préférable de faire tel ou tel coup ou comment éviter la punition. Sa tête d'ange lui accordait bien des pardons de la part des plus gentils lorsqu'il cessait de jouer les petits diables.
Le frère s'était tu, attendant que son interlocuteur finisse de lire sa phrase, son paragraphe peut-être et lui accorde un peu plus d'attention. Oh il ne comptait pas l'importuner très longtemps, il n'était pas d'humeur à cela aujourd'hui, c'était comme si la pluie l'avait vidé de tout son trop plein d'énergie et qu'il pouvait enfin se poser et faire quelque chose de calme sans non plus sentir ses paupières s'alourdir ni bailler à tout bout de champ.

En fait, je voulais lire quelque chose mais je ne connais rien des livres de Nosco et en les voyant tous alignés comme ça, ils sont tellement nombreux que je ne sais pas lequel choisir... Tu as l'air d'avoir l'habitude de lire toi, tu n'aurais pas une idée, un livre à me conseiller ?

Un sourire gentil s'était dessiné sur ses lèvres, comme pour paraître plus chaleureux au congréganiste et effacer le temps d'un court instant tout le passé de démon qu'on lui accordait sans trop de scrupules. Son regard se porta sur ce qu'il faisait, il céda à sa terrible curiosité d'enfant et ajouta :

Et toi, qu'est-ce que tu lis ? C'est un travail que tu fais ?

Son regard se posa sur le jeune garçon et mille questions l'assaillirent. Qui était-il ? Quel travail faisait-il ? Depuis combien de temps était-il là ? Quel était son caractère, plutôt gentil ou complétement asocial ? Est-ce qu'il allait l'envoyer s'adresser à quelqu'un d'autre ou aurait-il envie de lui donner un peu de son temps pour lui faire partager l'amour des livres qu'il semblait cultiver ? Est-ce qu'il venait souvent ici ? Est-ce qu'il lisait beaucoup ?
Il refoula toutes ses interrogations, peut-être qu'il pourrait lui en poser quelques unes plus tard mais il aurait été vraiment malpoli de l'accabler par un tel flot de paroles qui auraient semblé si indiscrètes.
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Re: Par un beau jour de pluie

Message par Tobias Horvath le Jeu 24 Mar - 19:31

Tobias aimait ces jours étrangement sombres, étrangement silencieux, surtout. Ça changeait du brouhaha, du vacarme quotidien, de l’écho des voix contre la paroi des murs du sanctuaire. Il tirait la chaise de son bureau jusqu’à une fenêtre devant laquelle il s’installait sans ménagement, perdant son regard d’émeraude dans les traits délicat de l’eau ruisselant sur la froide surface de verre dans laquelle il arrivait vaguement à apercevoir son propre reflet un peu blême et cerné. Il aimait appeler ce phénomène naturel comme étant la respiration du monde. Ça lui donnait l’impression que la ville qui l’abritait était vivante et qu’elle les écoutait, ou les surveillait. Peut-être pleurait-elle leur folie, même. C’était tout ce qu’il était, toute son âme, en réalité, qu’il percevait à travers l’eau fluide en chute libre vers la terre qui supportait son maigre poids ainsi que celui de toute une ville. Un calme venait se répercuter en lui et son comportement généralement stressé et anxieux, à la limite de la paranoïa, se dissipait alors pour laisser place à un calme absolu. Il inspirait alors, ses poumons se gorgeant d’un air de liberté absolue, son cœur offrait un battement de légèreté, comme le vol de l’oiseau dans le bleu du ciel, doucement qui ne dérange qui que ce soit.

Un soupire, il replaça ses lunettes sur le bout de son nez, s’étira momentanément et, laissant tomber sa tête en arrière, darda un instant le plafond, plus haut, d’une simplicité et d’une complexité à la fois plutôt dérangeante. Il ne s’y était jamais vraiment attardé et comprenait maintenant pourquoi. Il s’en rendrait dingue, tout simplement. S’il se mettait à rechercher sur tout ce qu’il pouvait lui paraitre intéressant, il n’en aurait pas fini de tourner en rond, et, au final, il en deviendrait fou, littéralement. S’il ne l’était pas déjà avec ce qui accablait son esprit tordu.

Il se redressa enfin, se leva pour tirer de nouveau la chaise jusqu’à bureau, la replaçant pile de la manière où il l’avait prise, comme par habitude, car oui, il aimait l’ordre et ne pas le faire semblait le perturber plus qu’autre chose. Il replaça ses vêtement, renifla un peu, et baissa les yeux sur l’écran d’ordinateur éteint, juste à côté, un peu sur la droite, et se fixa sur les feuille, le stylo presque vide, et les quelques documentations auxquelles il s’attarda un court instant. Il se perdit de nouveau dans l’inspiration des recherches que lui procurait son obsession continue. Il avait d’ailleurs déjà monté un impressionnant document sur... l’enceinte. Qui aurait bien cru que le mur extérieur de la cité de l’Oubli pouvait constituer en soi une recherche si préoccupante pour le blondinet ? Il avait tout juste saisit le crayon mourant entre ses doigts blanc que quelques petits pas se firent entendre, le forçant, par curiosité, à lever les yeux vers le nouvel arrivant dans la salle d’étude. Ils étaient si peu qu’à chaque fois il s’en étonnait ! Ah, le petit diablotin de service ! Il pleuvait et il se cherchait quelqu’un à embêter ? Il rebaissa rapidement les yeux, comme si, de cette manière, il s’assurait de ne pas attirer l’attention du gamin sur lui... Quelques petits instants plus tard, une petite voix douce et enfantine résonnait tout près de lui. Il se maudit intérieurement, fit mine de ne pas entendre et resta fixer sur son travail.

Mais la petite voix insista... Et la curiosité dans la voix du gamin le fit finalement quitter son travail des yeux pour oser darder son regard habituellement froid sur lui, rapide, acide, presque méchant. Un regard mauvais qui ne dura toutefois pas, comme si soudainement les nuages sombres de son caractère quittaient un peu son esprit. Un livre à lui conseiller, qu’il lui demandait... Joshi, non ! Il ne savait pas franchement que conseiller à une petite tête comme celle-ci. Il cligna un peu des paupières. Ah, pour sûr que s’il continuait de se montrer si froid, jamais il n’arriverait à rien avec personne. Aussi, lorsque le gamin sembla s’intéresser à ce qu’il faisait, il lui décrocha un sourire, bien que ça ne lui paraisse guère naturel, en fait, mais un sourire tout de même. Il roula tout de même un peu des yeux au plafond...


« Mais nooon, je ne travaille pas, j’attends que le crayon écrive tout seul ! »

Bon, l’éclat d’agression et de sarcasme était sorti brutalement, comme s’il ne pouvait décidément pas s’en empêcher. Tobi n’était pas méchant en soit. Il ne savait seulement pas très bien comment s’y prendre.

« Désolé. » reprit-t-il finalement avant de faire fuir le garçon. « Oui euh... Oui, j’effectue une recherche sur la conception physique et mentale du mur, de l’enceinte, en récoltant une série de données sur les différentes perceptions qu’on les Nosciens de cette dernière et, ainsi, essayer de comprendre son fonctionnement exactement, mais... Je doute que ça t’intéresse, si ? »

Il hésita un instant, se taisant, se passant une main dans son épaisse et raide chevelure blonde, sans toutefois lacher des yeux Ysmaël, en fasse de lui, de l’autre côté du bureau. Ce n’était pas qu’il le détestait mais il était toujours un peu mal à l’aise qu’on vienne s’adresser à lui. Disons que ce n’était pas dans ses habitudes et que c’était plutôt, généralement, lui qui effectuait les premiers pas. Dans d’autres cas, on le laissait tranquille.

« Je m’appelle Tobias Horvath, à ce propos... »
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Re: Par un beau jour de pluie

Message par Ysmaël El'Hirajiri le Mar 3 Mai - 0:20

Le contact à peine fait avait créé des remous, comme lorsqu'une goutte tombe dans une étendue d'eau et que les ondes s'éloignent plus ou moins rapidement du point d'impact. L'agressivité du garçon qu'il venait d'aborder avec plus de douceur que d'ordinaire ne le rebuta pas, il avait l'habitude qu'on réagisse comme ça avec lui et lorsque sa réputation ne l'avait pas précédée et qu'il tombait tout simplement sur un asocial, il se contentait de titiller celui-ci jusqu'à lui faire perdre définitivement patience et s'en amusait toujours beaucoup.
Que ce soit l'une ou l'autre raison, il n'avait visiblement rien à faire avec lui ni rien à lui demander et il fallait laisser monsieur tout seul. Cette pensée le fit sourire. Lui ? Laisser quelqu'un tranquille ? Oh non jamais, c'était trop drôle d'embêter le monde entier plutôt que de le laisser en paix. Et puis l'on était en guerre partout, ça ne valait pas le coup de se battre pour la cause adverse ! Le gosse d'ailleurs s'apprêtait à lui lancer avec grand plaisir une joyeuse répartie quand il fut pris de court. Non, il n'avait pas rêvé, son compatriote venait de s'excuser et avait même l'air sincère, assez du moins pour éveiller sa curiosité. Finalement il ne le détestait pas à l'avance et n'était pas non plus complètement ermite ? Intéressant. Maintenant il avait envie de connaître davantage ce garçon qui avait à peu près le même âge physique que lui.

Sa curiosité arrivait même au bon moment puisqu'il se donnait la peine de lui expliquer sur quoi il travaillait et autant le geste que le sujet firent briller ses petits yeux gris. C'était rare qu'on lui accorde assez d'importance pour lui expliquer quelque chose, et, de cette façon-là on s'intéressait un peu à lui, on le traitait comme un être parmi tant d'autres, un camarade, quelqu'un qui pourrait peut-être devenir un ami. C'était drôle mais jusque là, à part Silvio, le lèche-botte, qui l'avait trouvé doué et qui s'était décidé à lui donner quelques cours de combat à l'arme blanche, personne ne s'était vraiment donné la peine de s'intéresser à lui ou de vouloir lui apprendre quelque chose. Comme quoi, il en avait plus à attendre de ceux qu'il avait jugé ses ennemis que de ceux qu'il devait considérer comme ses alliés. Bon d'accord, il les faisait beaucoup tourner en bourrique mais c'était tellement drôle d'entendre frère Bernard râler et l'insulter de tout les noms et de voir le gros Sam lui courir après à bout de souffle, jurant que s'il l'attrapait il lui en ferait voir de toutes les couleurs ! Finalement c'était lui qui lui donnait des couleurs et qui le remettait même au sport ! On aurait dû lui décerner un laurier pour ça car Joshi savait à quel point personne n'y était arrivé avant lui ! Diable ou pas, on ne pouvait pas lui reprocher de faire quelques bonnes actions mais derrière le tas de bêtises qu'il faisait chacun avait finalement décidé qu'on n'en tiendrait pas compte. Et du coup ça finissait par le blesser alors il s'y remettait encore et encore, éprouvant parfois tant de haine et de rancœur envers tous ces gens qui n'arrivaient pas à le comprendre que le grand Ysmaël revenait et vengeait l'enfant dont on avait brisé le cœur pourtant si gros.
Aussi ce geste le toucha, implicitement, est-ce qu'il ne lui demandait pas un peu d'aide ? Un grand sourire s'était dessiné sur son visage. Comment cela ne pourrait-il pas l'intéresser ? C'était une recherche qui touchait chaque habitant de Nosco et qui pourrait même s'avérer utile s'il était possible d'en tirer des conclusions ! Alors pourquoi ne pourrait-il pas lui donner son avis et l'aider un peu ?

Oh non, détrompe-toi, c'est un sujet qui m'a l'air tout à fait intéressant ! Je peux même t'aider ! Enfin... si tu en as envie bien sûr, je ne voudrais pas déranger tes recherches...

Le blond avait l'air légèrement gêné, que ce soit à cause de lui ou simplement de leur conversation. Peut-être qu'il n'avait pas l'habitude qu'on lui parle ou que l'on s'intéresse à lui. Peut-être était-il, tout comme lui, quelqu'un qu'on avait rejeté mais qu'il avait réagi d'une manière différente, en se renfermant sur lui-même et en se concentrant sur ce qui l'intéressait et ce qu'il avait envie de faire. Finalement ce n'était peut-être pas très différent de son comportement, ils n'avaient juste pas les mêmes centres d'intérêts. Ysmaël eut un pincement au cœur, pour une fois qu'il rencontrait quelqu'un de son âge... et s'ils n'avaient en fait rien en commun, rien à faire ensemble ? Il y avait toujours Inès qu'il avait trouvé marrante et puis Lian qui l'aimait beaucoup mais voilà, c'était des rebelles et il ne pouvait pas autant les fréquenter qu'il en avait envie sans attirer les soupçons sur lui et il ne crachait jamais sur un peu de tranquillité quand il s'agissait de la censure, des brigadiers, des interrogatoires, ces choses-là.
Oh tant pis, il y repenserait plus tard, peut-être qu'il y avait un espoir, un tout petit espoir et que s'il acceptait qu'il l'aide, au fil du travail, ils apprendraient à se connaître. Il avait envie qu'ils s'entendent bien, il avait même envie d'être gentil avec lui et de cesser pour un temps ses diableries. Ça aurait au moins le mérite de le reposer un peu et avec un peu de chance, il découvrirait d'autres choses, Tobias pourrait aussi lui faire découvrir d'autres passions comme les livres ou ce travail assidu. Aujourd'hui, il avait envie d'y prendre goût.

Le gamin attrapa une chaise et s'assit à côté de lui, espérant qu'il ne lui dise pas finalement de partir et de le laisser tranquille. Mais après tout, pour le moment il lui avait donné une chance alors pourquoi est-ce que ça ne pourrait pas continuer ? Il ne lui semblait pas avoir fait pour le moment quoi que ce soit de vexant et s'il avait commencé à lui parler de son travail, c'était à lui de l'aider, de lui apporter de nouvelles choses et pour ça, rien de plus simple que de lui parler de sa propre expérience !

Si un avis de plus peu t'intéresser, pour moi, l'enceinte représente une immense toile d'araignée. Les fils sont assez gros et bruns ou beiges, un peu comme des cordes sauf qu'ils ont l'air d'être vraiment collants. J'en ai un peu peur mais il paraît que l'enceinte repousse un peu tout le monde, quelle qu'en soit son apparence... En tout cas je n'ose pas la toucher de peur d'y rester coller... Et puis d'imaginer qu'une araignée géante pourrait venir.... Brrr ça me donne la chair de poule...

Son regard fuit celui du jeune congrégationniste, c'était bien l'une des rares fois qu'il se confiait à quelqu'un, qu'il lui fasse même part de l'une de ses peurs, qu'il dévoile donc l'une de ses faiblesses, qu'il montre que derrière la carapace infaillible du petit démon qu'il était, il y avait quelque chose de sensible que l'on pouvait toucher et que lui-même, malgré toute la témérité qu'il montrait, pouvait avoir peur de quelque chose. Il en aurait presque rougit.
Sans doute que l'on trouverait ça ridicule, lui qui n'avait pas peur de toutes les créatures, lui qui était capable de se jeter sur elle dans un cri de guerre et l'épée brandie à la main avait peur d'une simple toile et d'une araignée imaginaire. Parce que disons-le, l'araignée il ne l'avait jamais vue, jamais entendue, jamais sentie alors depuis le temps qu'il était là il y avait peu de chances qu'il la croise un jour, qu'elle existe vraiment.
En fait, il n'était pas vraiment sûr qu'il soit arachnophobe, il avait déjà croisé des araignées sans sauter au plafond, il avait même combattu une espèce de créature araignée... Non c'était surtout la taille immense et l'idée de se faire embaumer, de se faire croquer vivant qui lui donnait froid dans la dos.

Et pour toi ? Elle ressemble à quoi l'enceinte ? Demanda-t-il d'une voix douce que l'on ne pouvait pas se vanter d'entendre souvent.

Poussé par la curiosité, il releva la tête et l'observa avec son regard pétillant de joie et de malice. Il était plutôt mignon pour un garçon de son âge, des traits fins, un air d'ange, un peu comme lui au premier abord, jusqu'à ce que l'on remarque son petit sourire, ses yeux brillants et qu'on le prenne finalement pour un petit diable. Il aimait bien ses cheveux blonds, ils étaient raides et surtout brillants, montrant qu'il les entretenait bien. Et puis derrière ses lunettes se cachaient de petits yeux verts avec un air qui semblait être méchant, pas du tout comme les siens où l'on disait lire fourberie et allégresse.
En fait les deux garçons étaient en tout opposés physiquement : la peau très claire de Tobias contrastait avec celle légèrement brunie de Sma'hil, les cheveux blonds n'avaient rien à voir avec les siens, très fins, très souples, d'un noir profond et que l'on apercevait à peine, cachés sous le béret du jour. Il portait des lunettes alors que sa vue était excellente et il était habillé de couleurs très claire, ses vêtements assez classes le vieillissaient tandis qu'il ne mettait que du sombre et qu'il avait troqué le costume moiré de son arrivée contre des vêtements plus simples, plus confortables aussi, ce qui lui permettait de courir et de se déplacer avec beaucoup d'agilité.

Tu es parvenu à quelques conclusions dans tes recherches ou tu n'en es encore qu'au stade de l'observation ?

On avait beau le prendre pour un idiot ou quelqu'un de simplement malin pour monter n'importe quelle diablerie, il semblait véritablement intelligent. Après tout, il n'avait aucun mal à comprendre la plupart des choses qu'on lui expliquait – ce qui le faisait douter sur son âge réel, malgré ce que semblait lui crier son physique – et puis il avait quand même été accepté à la Sorbonne ! Il ne savait toujours pas s'il était finalement allé à Paris et s'il avait commencé ses études là-bas, ni même s'il les avait achevées mais il était certain qu'être pris là-bas c'était quelque chose d'exceptionnel. Vu sa joie quand il avait su, oh oui, il brûlait d'envie d'y aller ce jour-là et dans sa tête c'était clair : la Sorbonne était l'une des plus grandes universités, ce pour quoi il avait tant travaillé ! Se pourrait-il qu'il fut autrefois comme Tobias, un rat de bibliothèque qui bossait comme un malade pour réaliser ses rêves les plus fous et sortir d'une condition qui ne lui semblait pas misérable mais pas vraiment bonne non plus ?
Il y avait aussi ce souvenir où il rentrait chez lui... C'était donc qu'il était allé à Paris, non ? Et là il revenait pour les vacances, ou quelque chose comme ça... Oh il espérait tant qu'il soit allé à la Sorbonne !

Je pense que j'aurais dû venir plus tôt ici, lui avoua-t-il soudainement, je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que les bibliothèques me plaisent. Je ne suis pas quelqu'un de très calme mais... il y a quelque chose qui m'attire, peut-être l'odeur des livres et du papier...

Il se tut un instant. Il ne devait pas lui avouer ses souvenirs, la recherche en était interdite et certains le détestaient tant à la congrégation qu'ils auraient fait n'importe quoi pour le faire partir d'ici, y compris l'envoyer en prison. Il devait se protéger mais il avait aussi envie de devenir ami avec Tobias et partir sur un point commun lui semblait être une bonne idée.

Tu es à Nosco depuis longtemps ? Ajouta-t-il, comme pour sortir de ces confidences un peu trop soudaines ou par envie de changer de sujet, d'en apprendre davantage sur le petit blond.

Un nouveau sourire illumina son visage, pas trop prononcé pour qu'il ne sonne pas faux, juste assez pour qu'il soit véritablement sincère. Cet endroit l'apaisait et ici il se sentait bien, pas vraiment à sa place non plus, peut-être que Tobias qui semblait être un habitué, par sa présence à ses côtés, l'intégrait dans ce lieu. C'était sûrement de ça dont il avait besoin pour trouver sa place, être avec quelqu'un, ce n'était pas pour rien qu'il craignait tant la solitude.
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Re: Par un beau jour de pluie

Message par Tobias Horvath le Mer 11 Mai - 4:16

Tobi' ne pu s'empêcher d'admirer le sourire d'enfant qui se dessinait volontiers sur ce petit visage, aussi jeune que le sien, bien que leur deux esprits ne correspondaient pas le moindre du monde au même âge, comme s'ils n'appartenaient pas au même univers. Mais ce sourire qui l'éclairait, comme si le soleil s'était décidé à percer les sombres nuages pluvieux du jour pour éclairer la pièce dans laquelle il se trouvait. Par Joshi, à le regarder, là, maintenant, dans l'instant présent, il ne comprenait pas... Il ne comprenait pas ce qu'ils avaient tous à le traiter comme un sale garnement. Il n'en avait absolument pas l'air, n'est-ce ? Ou cachait-il bien son jeu ? Il ne savait trop mais... Mais lui laissa tout le bénéfice du doute, se refusant à le remettre en question, voulant faire confiance à celui qu'il avait devant lui, sous ses yeux. Il semblait même étrangement ravi que le frère lui confie, comme ça, bien qu'après une certaine réflexion, son travail, et semblait même s'y intéresser. Ça lui paraissait étrange, mais il s'en montra tout à faire ravi. C'était rare... Enfin rare aussi qu'il abordait le sujet, mais plus rare encore ceux qui s'y intéressaient vraiment, car parler de l'enceinte comme s'il y avait eut moyen de la comprendre pouvait faire peur aux Brigadiers et Guildiens, plus particulièrement. Ho, il se souvenait bien de ce temps où on se méfiait de lui, comme s'il avait été un rebelle, même s'il n'en avait absolument ni les capacités ni les intérêts. Il ne favorisait pas le comportement rebelle de ces hommes et de ces femmes qui criait à une certaine liberté qu'il savait ne viendrait jamais, aussi fort puissent-ils hurler. Le blond s'était vu mieux chez le Congrégationnistes que où que ce soit ailleurs dans cette ville bien trop minuscule selon lui. Une ville dont il connaissait les moindre secrets, les moindres recoins et moindres passages. Finalement, le blondinet aux yeux d'émeraudes lui rendit délicatement son sourire, d'une vérité sans faille, ce qui était en soit un exploit venant de lui.

-Et bien... Oui, se serait avec plaisir, bien sûr. Toute aide est appréciée.

Bon. D'accord, il ne s'exprimait pas vraiment comme un ami, mais d'un ton toujours un peu sévère, parce que c'était lui, parce que c'était une habitude et que ce genre de chose, ça ne se change pas en clignant des paupières. Oui, bien sûr, il n'était tout de même pas pour cracher sur la proposition que le jeune lui proposait, n'est-ce pas ? Ce n'était pas son genre non plus, lui qui, d'une curiosité sans borne, ne supportait pas de se limiter à l'inconnu. Il le suivi des yeux, chaque geste, chaque mouvement, chaque respiration, son sourire toujours vague sur ses lèvres rosées, alors qu'Ysma se saisissait d'une chaise qu'il approcha prêt de lui. Le jeune frère était de toute évidence décidé à rester près de lui, et c'était, le croyait-il, une assez bonne nouvelle, n'est-ce pas? Le frère à la chevelure raide et blonde s'installa devant l'ordinateur portable, qu'il ouvrit en un tour de main et, jetant un regard approbateur à l'autre, suivit son petit discoure rapidement, retranscrivant le témoignage en tapant à vitesse rapide sur le clavier. La toile d'araignée était une image qu'il n'avait pas encore entendu. Logique, aucun témoignage ne se ressemblait. Tout le monde voyait et percevait quelque chose de différent et c'était justement ce qui le fascinait tant. Peut-être que l'image correspondait au passer, à un reflet de sa vie d'avant, nous permettant peut-être, éventuellement, de sortir de cette prison d'immortalité. Il termina de noter la date et l'heure à laquelle il avait noter ceci et, doucement, éteignit l'écran, remontant calmement ses lunettes sur son petit nez enfantin, un regard passionné, bien que la fatigue chez lui se faisait toujours sentir. Après un instant, la jeune voix retenti de nouveau, le prenant un peu au dépourvu, cette fois. En effet, ce n'était pas vraiment dans ses habitudes, cette fois encore, de répondre aux questions qu'il posait lui-même. Décidément, celui-là avait tout pour le déstabiliser, lui qui se montrait pourtant toujours sous un même regard, froid et imperturbable.

-Moi ?, commença-t-il, hésitant un peu, comme s'il ne savait pas très bien. Bien sûr, il avait lui-même noté son propre témoignage, mais ne l'avait jamais partagé, pas même à ses frères. Je vois une immense rangée de livres, haute jusqu'au ciel... Lorsque je suis arrivé, ces livres étaient sages et silencieux. Au fil des ans, de l'encre à commencée à couler de leurs pages et à envahir le sol. Aujourd'hui, je ne vais plus près de l'enceinte parce que pour moi, il s'agit d'un lac d'encre noir dans lequel j'ai peur de me noyer.

Absurde ? Qui n'avait pas de vision absurde ? Tout le monde ressentait une crainte vis-à-vis du mur. Il n'avait d'ailleurs encore rencontré personne qui fusse assez heureux de ce qu'elle voyait. Peut-être que le mur était à l'image de l'épreuve qu'ils avaient à vivre, individuellement, pour retrouver leur passé, qui sait... ou ce qu'il y avait avant leur arrivée en ce lieu. Il s'était montré doux, presque rêveur en lui décrivant son enceinte, et, aussi surprenant celui puisse-t-il être, il ne lui avait pas menti, il lui avait dit en totalité ce qu'il s'y trouvait, omettant toutefois les titres des livres qu'il avait oublié et qui s'étaient effacés lorsque l'encre avait commencée à couler. Il secoua la tête, laissant balotter quelques mèeches folles contre son front.

-Non... Je ne sais pas si ça sert réellement à quelque chose. Je ne sais pas si ça finira par mener à une conclusion certaine. J'ai l'impression que plus j'observe, plus je questionne, et moins je comprend. J'ai émis l'hypothèse qu'il s'agissait peut-être d'une énigme sur notre propre existence, peut-être sur nos propres erreurs qu'il faut corriger, je l'ignore... Mais...

Il ricana drôlement, d'un ton un peu ironique, coupant net la phrase qu'il était entrain de raconter à son compatriote, comme s'il se sentait soudainement en confiance avec lui alors qu'il ne l'avait jamais vraiment été avec personne jusqu'alors.

-Mais je crois que tout ça est très anti-impératrice, qu'en penses-tu ?

Vrai. Si ses recherches sur la manière de se libérer, car il ne s'agissait pas seulement de l'enceinte, venait à être percé à jour, il ne donnait pas cher des rumeurs à son propos. ''Un Rebelle dans la Congrégation !'' Il voyait déjà les titres courir... Et ça lui donnait envie de sourire encore plus à cette seule idée, car être Congrégationniste, pour lui, c'était un peu se sentir invulnérable face à cette querelle.

Tobias ne répondit toutefois pas aux commentaires qu'effectuait le garçon. Les bibliothèques et tout ce qui allait avec, ce n'était pas donné à tout le monde et il avait toujours cru que leur découverte se faisait soi-même, sans force extérieur pour nous influencer. C'était une liberté à prendre et à savourer et il ne serait pas celui qui l'en empêcherait. Il se contenta seulement de lui sourire de nouveau, comme pour lui signaler qu'il approuvait ses dires, sans le moindre doute. L'ambiance se prêtait étrangement trop aux confiances et, comme un soulagement sur sa conscience peu enclin à ce genre de discussion, habituellement, il fut ravi du changement de sujet...

-Oui, du moins bien plus longtemps que toi. J'ai cinquante-trois ans.

Prononcer l'âge qu'il avait le rendis mal à l'aise. Il n'avait jamais aimé cela, vieillir sans en avoir l'air. Il détestait. Il aurait de loin préféré avoir l'air d'un vieil homme que d'être au prise avec ce physique là...
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Re: Par un beau jour de pluie

Message par Ysmaël El'Hirajiri le Ven 17 Juin - 22:35

Il ne suffit que de quelques mots pour couper le souffle du gamin, lui qui d'ordinaire était si bavard, si souriant, le regard brillant de mille feux était devenu quelque peu taciturne, l'air songeur. Cinquante-trois ans, par Joshi, avec son visage enfantin on ne lui aurait pas donné plus d'années qu'il ne semblait lui-même en avoir. D'où venait donc le secret ? Tobias avait lui aussi cessé de grandir un jour mais il ne lui demanda pas quand, ils ne se connaissaient pas assez pour rentrer dans les confidences et il n'avait lui-même pas envie de parler de sa propre vie. La croissance de son compagnon s'était-elle elle aussi arrêtée avant qu'il ne mette les pieds dans cet étrange monde ? Sa curiosité lui torturait l'esprit tandis que ses lèvres s'étaient refermées, les plongeant tous deux dans le silence de la bibliothèque. A ce moment-là, il se dit qu'il aimerait bien travailler ici, l'atmosphère lui était plus bénéfique qu'un calmant et il se serait presque senti serein si son esprit avait bien voulu cesser de s'agiter dans tous les sens. Quoi qu'il ait fait, il avait l'impression qu'on le punissait de quelque chose en le rendant toujours si actif, il aurait parfois aimé pouvoir fermer les yeux et devenir parfaitement calme, ça aurait été reposant. Aujourd'hui il se sentait si fatigué, si las.
Un coup d’œil à son interlocuteur fit renaître un faible sourire sur ses lèvres, cette rencontre était quand même extraordinaire, de l'extérieur, tout semblait les opposer et pourtant, même si leur caractère différait en tous points, ils s'entendaient plutôt bien.
Cinquante-trois ans. Est-ce que Tobias, malgré son physique, était devenu un vieillard ? Il avait entendu parler qu'il y avait des gens ici qui avaient dépassé la centaine d'années, son parrain en était le parfait exemple et pourtant, cette idée avait toujours quelque chose de choquant pour lui. D'un autre côté, les nouveaux arrivés n'avaient pas l'esprit d'enfant dans lequel il était presque toujours enfermé. Quel était ce mystère ? Il avait un jour voulu trouver la réponse dans les étoiles mais il s'était ravisé, ce n'étaient que des lumières que les scientifiques avaient placé çà et là, selon leur bon goût. Cette nuit-là, il avait beaucoup pleuré.

― Je ne sais pas très bien ce qui est anti-impérialiste, répondit-il finalement, alors qu'il s'était rendu compte que le silence s'était installé entre eux depuis trop longtemps.

Il se sentait presque honteux de n'avoir rien dit, de s'être enfermé dans son esprit et de s'être laissé aller lentement au fil interminable des pensées les plus saugrenues. Ne pas répondre à une question, détourner soudain son attention de son interlocuteur lui paraissait des plus malpoli et il ne retint une excuse dans sa bouche que parce qu'il avait déjà parlé.
Il releva son regard qui avait peu à peu glissé sur les aspérités de la table, en observant bien, on pouvait voir différentes teintes dans la couleur au premier abord unie, preuve irréfutable de l'imperfection, aussi minime soit-elle, du travail humain. Il se sentait un peu triste. Était-il le seul à avoir arrêté de grandir depuis quelques années déjà ou ce sort attendait-il aussi d'autres personnes ? Il ne répondrait jamais à cette question, tout ça c'était tabou et on n'en parlerait plus. Il balaya ses pensées.

― Je crois que quoi qu'on fasse on s'interrogera toujours sur quelque chose alors forcément, quand on approfondit le sujet, d'autres questions viennent. C'est dommage de se dire qu'on ne pourra jamais répondre à toutes celles qui traversent notre esprit.

Son regard partit dans le flou un instant mais il se concentra aussi vite sur son interlocuteur, il y avait tant à dire sur des sujets comme celui-ci.

― C'est une hypothèse qui me semble bonne en tout cas, même si je ne vois pas ce que peuvent bien faire des araignées dans ma tête. Peut-être que leurs toiles sont constituées des axones de chaque neurone de mon système nerveux, dit-il, amusé par cette idée qui aurait fait une belle métaphore. Il doit falloir un paquet de ces petites bêtes-là pour entretenir ces kilomètres des câbles !

Soudain il se tut, un peu interloqué en s'écoutant parler. D'où pouvait-il bien sortir ces connaissances-là, en y pensant ça lui paraissait évident mais d'un autre côté il n'était pas sûr que ce soit le genre de chose qu'un bébé pourrait savoir comme ça, juste en divaguant un peu. Est-ce qu'il était en train de retrouver sa mémoire ?

― J'aimerais bien trouver moi aussi un sujet de recherche, ça me plairait bien de passer du temps dans les livres et de fouiner un peu partout pour trouver de nouvelles choses et avancer toujours un peu plus. Peut-être que j'aurais été enquêteur si je n'avais pas rejoint les congrégationnistes.

L'idée lui avait traversé l'esprit et il n'avait pu s'empêcher d'en parler tout de suite, de peur de l'oublier et de ne plus jamais s'en rappeler. Ça aurait été sacrément dommage ! Il devrait s'acheter un petit carnet et un stylo pour noter toutes les pensées qui pouvaient le marquer, ainsi il ne les oublierait pas et il pourrait les partager avec la bonne personne. C'était une bonne idée, non ? Il fallait qu'il la note quelque part avant de l'oublier.

― Il faudrait que ce soit quelque chose d'utile pour tout le monde, j'aime bien l'idée que ça puisse resservir à d'autres personnes, peut-être répondre à certaines de leurs questions. Et puis je ne vois pas pourquoi il faudrait faire des distinctions de clan. Le système de Nosco est quand même drôlement bizarre, tu ne trouves pas ?

Le gamin avait sorti son petit ruban de sa poche et il le caressait machinalement, il aimait beaucoup son contact très doux, de faire ça sans cesse avait quelque chose de rassurant, d'apaisant. Ses yeux se dirigèrent sur les étagères qui contenaient des rangées de livres parfaitement ordonnés, de loin comme de près, ils étaient beaux, ils lui donnaient envie de caresser leur couverture, de les ouvrir et de se plonger au cœur des mots, même s'il ouvrait une page au hasard et qu'il arrivait en cours de route, un peu comme ici finalement.

― Dis... Tu crois que le bibliothécaire accepterait que je l'aide dans son travail ? Demanda-t-il d'une petite voix enfantine.

Il y avait eu un peu de crainte dans ses mots, c'était celle qu'on le rejette violemment. Il savait bien qu'on ne l'aimait pas trop par ici ni ailleurs et l'idée qu'on le repousse le rendait triste, il n'avait pas envie que ça arrive. Peut-être que Tobias pourrait l'aider, lui donner quelques conseils.
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