Des pianos à queue dans la boîte aux lettres [PV Morgan W. Karanth]

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Des pianos à queue dans la boîte aux lettres [PV Morgan W. Karanth]

Message par Lucia Stevens le Ven 13 Mai - 2:28

    D’abord, il y avait eu ce vent, brutal, incessant, toute la journée, journée passée dehors, la chevelure ébouriffée, la tête remuée par les nuées. Un vent sans pluie, sans grêle, tout seul, vent d’automne qui vient avec l’idée fixe de tout briser, de tout ravager, de tout asservir... Un vent à faire hurler un muet, à faire tousser un mort, un vent à rendre fou le plus sage et le plus mesuré des bourgeois. Là-dessous, il fallait bêcher, creuser, couper avec intensité, sans oublier de mettre à l’abri les plus fragiles des plantations. Il fallait supporter les assauts incessants, lutter pour ne pas tomber, pour ne pas se laisser découvrir, non plus, car la maladie rôde, et un vent d’une telle malice sait mieux que quiconque ôter le bout de cache-nez ou de manteau qui fait la différence, la dernière barrière entre lui et votre corps frêle et tremblant. Et du coup, les nuages s’y mettaient, vous donnaient le tournis, à force d’aller à cent à l’heure. Cela, d’autant que, pas dupe, Lucia savait bien que vu la surface de Nosco et sa forme circulaire, ça devaient être toujours les mêmes nuages qui revenaient toutes les trente secondes environ, dans une valse incessante, dans un tourbillon à faire vomir... Etonnant, d’ailleurs, qu’ils n’aient pas vomi encore pour leur part... Lucia imaginait assez bien le type qui décidait de la météo, à Nosco, jouer avec tous les boutons, ou bien peut-être endormi, le nez plongeant sur le bouton +++ de l’option «vent»... Salopard, va... Si encore il pleuvait... Mais alors le vent, surtout violent comme celui là, ça vous tue tout... Il faudrait qu’elle lui cause, un de ces jours, à ce bonhomme qui jouait les apprentis magicien avec le temps, parce qu’elle était tout de même une des rares personnes à passer l’essentiel de son temps à l’extérieur, ce qui lui donnait, à ce qu’il lui semblait, une voix prépondérante dans le choix du temps qu’il ferait... Sans compter que si ça continuait comme ça, ils allaient être beaux, leurs arbustes... Et les oranges, alors, une de leurs dernières innovations, croyaient-ils réellement qu’elles pousseraient par ce temps ? Un de ces jours, tiens, il fallait qu’elle pense à aller piquer une crise à l’administration ou peut-être en bas, au labo, chez les scientifiques, pour rencontrer ce type qui osait jouer avec elle, sa vie, ses plantes. Bref, on s’égare, là... Il y avait donc d’abord ce vent, qui vous épuise un homme, et ces nuages qui tournaient, et réussirent à force d’efforts acharnés à foutre à ma Lucia un mal de crâne horrible... Eh oui, sensible, la gamine ! Je vous passerai, au moins provisoirement, le torrent d’idées lugubres, de pensées fantaisistes, d’images colorées qui roulaient en tous sens dans son crâne, comme si, par un curieux effet de miroir, l’intérieur de Lucia avait soudain décidé d’imiter ce qui se passait dehors.
    Elle rentra donc chez elle, avec à la base la ferme intention de se fourrer dans son lit et de n’en plus bouger jusqu’au lendemain matin. Mais, dernière catastrophe, elle trouva sa chambre à peu près dans le même état que l’était le jardin, et même un peu pire, car les plantes, contrairement aux feuilles volantes, ont l’avantage d’avoir un point d’ancrage au sol, si vous voyez ce que je veux dire. C’est que ce matin, à l’aube, quand Lucia était partie, elle avait vu un beau ciel bleu et un vent doux et agréable, qui se levait tout juste, et avait jugé bon d’aérer quelque peu son antre, d’autant qu’elle avait, la veille au soir, un peu forcé sur les cigarettes...
    C’est là que survint le vrai élément déclencheur, la clé du drame. Représentez-vous la scène. Concrétement, je veux dire. Allez, bougez vous, décollez vous de votre ordinateur, pour une fois, et allez jusqu’à votre cuisine. Vous prenez un mixer, le bon gros mixer de votre mère, ou de votre grand-mère, au choix, vous ouvrez votre frigo tout neuf, et vous jetez dans la première de ces deux machines tout ce qui se trouve dans la seconde, ou presque... Vous serez étonné sans doute de ce qu’il en ressortira... Certaines choses que vous ne vous seriez pas attendu à voir ressortir flotteront en surface, tandis que d’autres, fondues dans la mixture, sembleront avoir disparu... Maintenant vous gardez cette image bien en tête, mais à la place du mixer, vous prenez le cerveau de Lucia, et à la place du frigo, l’ensemble des pensées, souvenirs, idées plus ou moins délirantes qui encombraient sa mémoire et l’avaient accompagnée au cours de sa vie noscoïenne... Et ce qui sort, l’auriez-vous deviné ? C’est un vieux souvenir à la con... On est au lounge, soir d’été, chaleur étouffante, une Lucia un peu éméchée à force de whisky accepte la proposition idiote d’un quelconque pochetron : un bras-de-fer... Oui, vous avez bien lu, vous pouvez répéter à haute voix si vous avez un doute, avaler un verre d’eau pour vous remettre, ça ne change rien à ce fait : un bras-de-fer... Pour une gringalette comme ça, contre un bonhomme bien gras, bien entraîné au combat, de rue tout au moins... Vous riez, bien sûr, et vous voyez illico l’issue de la chose. Vous ne vous trompez pas. Elle se fit aplatir en moins de deux, évidemment. Hélas, elle en conçut une rancune particulière, tenace, et, telle un vilain de bande dessinée, elle murmura, une fois revenue dans son coin du bar, loin des quolibets et autres moqueries : «je me vengerai», avec une détermination qui aurait peut-être effrayé quelque peu l’homme qui venait de la vaincre, s’il n’avait pas été occupé à avaler les nombreux verres que lui offraient ses compagnons de boisson pour célébrer sa victoire. Et puis, tête en l’air, elle oublia. Jusqu’à ce que la tempête, le vent dans les oreilles, les nuages qui tourbillonnent, la fatigue, enfin, à laquelle s’ajoutait une longue journée de travail passée à rêver de trouver quelqu’un sur qui décharger sa haine et sa colère, sans que quiconque ne passe à proximité, jusqu’à ce que donc tout cela fasse ressortir cette vieille idée, cette vieille rancune ensevelie, mais hélas non détruite, et ne demandant qu’à être ravivée.
    Elle se rhabilla donc derechef, se saisit d’un petit assortiment de drogues qu’elle glissa dans la poche intérieure de sa veste, au cas où, et se dirigea, telle Napoléon au pont d’Arcole, telle César franchissant le Rubicon, d’un pas déterminé et conquérant vers le lounge, où ce vieux pochetron devait sûrement se trouver, comme chaque soir...
    Elle entre dans donc dans le lounge et, sans s’embarrasser des conséquences et implications de ses actes, elle monta sur la première chaise qu’elle trouva, bien au centre et en vue de tous, et gueula, de la voix la plus «chiffonnière» qui était dans son répertoire :

    - Bonjour à tous ! Bienvenue à vous, buveurs invétérés ou plus ou moins occasionnels ! Approchez, approchez ! Pochetrons de tous les pays, unissez-vous ! Et, autour de cette table, de ces verres si joliment remplis, asseyez-vous sans peine, sans remords ni tristesses, rien de tout cela ! Aujourd’hui est l’heure de la vengeance ! Moi, Lucia, la Tueuse d’orties, je défie aujourd’hui au bras-de-fer l’infâme être qui m’a battue l’autre jour, profitant sans doute d’une faiblesse temporaire, j’ai nommé...

    Il y eut un silence. A la base, pour ménager le suspense. Puis, parce que Lucia n’avait en réalité pas la moindre idée du nom de son adversaire... Elle scruta l’assemblée, et là, commença à paniquer... Car elle ne reconnaissait absolument pas l’homme qu’elle cherchait... C’est que l’histoire datait de plusieurs années, et que rien ne ressemble plus à un homme ivre qu’un autre homme ivre. Sentant que les rires s’apprêtaient à naître dans l’assemblée, elle tendit le bras au hasard vers un tas de bonshommes assemblés dans un coin, et hurla :

    - Toi !

    Eh oui, c’est que ces hommes étant pour ainsi dire perpétuellement ivres, ils ne se souviendraient sans doute pas de l’événement, et de toute façon ne rechigneraient pas devant une telle occasion de ridiculiser la rouquine. L’un d’entre eux, s’étant sans doute senti plus visé que les autres, se leva avec un sourire, et lui gueula qu’il relevait le défi.
    C’est là que Lucia commença à soupçonner que l’issue ne serait pas si favorable qu’elle avait pu le penser jusque là. C’est qu’évidemment, dans son aveuglement, elle n’avait pas choisi l’homme le plus gringalet de le salle... Disons que sans être un colosse, il avait une musculature tout à fait respectable. Lucia, s’approchant de la table qui devait servir de plateau, se rasséréna en se rappelant les nombreuses heures qu’elle avait passées à faire des pompes à la suite de sa défaite précédente et de sa décision de revanche. Bon, évidemment, ayant oublié l’événement entre deux, elle avait rapidement arrêté les pompes, les dernières devant dater d’environ trois ou quatre ans, mais nul doute que les muscles qu’elle avait tirés de ces exercices devaient être toujours là, quelque part sous sa peau pâle... Un muscle, ça ne disparaît pas en un jour, non ?
    Elle s’installa donc sans trembler face à l’homme, qui exhibait sa musculature décidément considérable. Il rendait une odeur de bière tout à fait insupportable. Précisons que question alcool, Lucia ne tolérait que le whisky. Elle hésita un instant, d’ailleurs, à s’en commander un petit doigt, mais se dit qu’il valait mieux garder toute sa capacité alcoolophage pour la suite, que ce soit pour fêter sa victoire ou pour se consoler de sa défaite. Sans compter que le seul avantage qu’elle avait par rapport à la brute qui rigolait en face d’elle était sa présence d’esprit... Qui sait, il allait peut-être s’écrouler ivre mort au milieu du bras de fer ? Mais les miracles, on le sait, ne sont pas de ce monde, et ils aiment s’y faire désirer. Je ne vous livrerai pas le détail du combat, la douleur, la sueur qui coule, les tempes qui crissent, l’ensemble du corps qui se crispe, en un sursaut de résistance, comme si la volonté, si puissante qu’elle soit, pouvait s’imposer au corps lorsqu’il est faible. Je ne dirai qu’une chose : ce fut court et intense, quoiqu’un peu misérable, pour Lucia, s’entend. Si vous permettez, on passera aussi sur les quelques minutes qui suivirent le bras de fer, au cours desquelles Lucia fut bien trop occupée à se demander «mais pourquoi j’ai fait ça ?», tout en s’efforçant de reculer, centimètre par centimètre, vers n’importe quel coin du bar qui l’éloignerait du centre de l’attention de ces messieurs dames de la moquerie desquels elle était devenue la cible principale. Enfin arrivée à bon port, elle s’assit, et commanda, comme prévu, un bon verre de whisky, puis un deuxième, qu’elle engloutit tous deux à une vitesse qui fit naître tout de même un peu d’admiration chez ceux qui étaient bien occupés à se moquer d’elle, et contribua du même coup à ralentir le flot des quolibets qui la frappaient.
    C’est là qu’elle se mit à rire, intérieurement, bien sûr, de sa mésaventure... C’est que tout cela avait un caractère don quichottesque assez remarquable, même si elle n’avait pas le bonheur de connaître ce personnage auquel elle ressemblait si follement actuellement, et donc de mettre un mot, un adjectif, sur sa situation. Diable, mais comment avait-elle pu pondre une telle idée ? Comment avait-elle pu être assez aveugle pour choisir une grosse brute au lieu d’un quelconque fonctionnaire gringalet comme il y en avait tant à Nosco ? Bah, au moins, c’était assez amusant, et, si elle n’avait pas conservé tout de même quelque rancoeur, et si elle ne l’avait pas tenu pour un abruti complet, elle aurait bien offert un pot de la réconciliation à son ennemi d’un instant. Peut-être même aurait-elle couché avec lui. C’est que le bonhomme n’était pas mal foutu, après tout... C’était d’ailleurs sans doute pour ça qu’elle l’avait choisi... Mais non, quand même, il ne fallait pas pousser... Elle n’accueillait pas dans son lit en deça d’un certain QI, question de principe. Bon, il lui restait donc à trouver comment occuper sa soirée, on dirait. C’est qu’il n’était pas bien tard, au final, l’affaire avec le bonhomme ayant été rapidement expédiée. Est-ce qu’elle essayait de fourguer quelques grammes de hasch ? Ca n’était peut-être pas la meilleure idée, au vu de la honte qu’elle venait de se prendre... Elle commanda un autre verre de whisky, pour trouver l’inspiration. Elle vint, au sens le plus concret du terme. Car Lucia se trouva rapidement plongée dans un état de délire tel qu’il n’était plus question d’envisager aucune autre activité que de rester là, immobile, les yeux dans le vague. Des formes d’animaux et de plante roulaient devant ses yeux, se mélangeaient, et les hommes présents dans le bar en face d’elle semblaient par moment avoir le visage trouble, ou tordu par quelque maladie étrange, ou bien ils avaient des têtes de morse ou de girafe, quand ce n’étaient pas des oreilles d’âne ou d’éléphant. Elle finit par s’assoupir, la tête collée au banc, un peu recroquevillée sur elle-même.
    Ce dont elle rêva, elle ne put à son réveil s’en souvenir exactement... Il était question... Oui, elle avait pour mission de faire rentrer un gros machin en bois qui servait à faire de la musique, et qu’elle appelait piano dans une petite boîte, qu’elle appelait dans son rêve «boîte aux lettres», et qui servait en gros à s’envoyer des mails, mais écrits sur des papiers... Elle entreprenait alors une quantité de démarches, de tentatives dont elle ne parvint pas à se rappeler le détail, afin de faire rentrer l’un dans l’autre... C’est que c’était l’anniversaire de son ami Gaspard, et qu’elle voulait lui offrir ce piano, mais comme il restait toujours cloitré chez lui, et ne sortait qu’à la nuit pour lire ses lettres, ils fallait bien que le piano rentre dedans...
    D’un coup, elle sursauta. Il y avait quelqu’un assis à côté d’elle. Elle ne l’avait pas vu ni entendu arriver. A vrai dire, peut-être était-il déjà là pendant son sommeil. C'est qu'au vu du vide qui s'était fait dans la pièce,‭ ‬il s'était écoulé quelques heures depuis qu'elle s'était assoupie. Elle lui jeta un regard rapide, et l’interrogea, sans pouvoir se détacher totalement de son rêve et des nombreux soucis qu’il lui causait :

    - Dis, tu crois, toi, qu’un piano à queue peut rentrer dans une boîte aux lettres ?

    Oui, «tu»... Que croyez-vous, Lucia, surtout quand elle était arrosée comme à présent, n’était pas du genre à s’embarrasser de plus de complications et autres courtoisies qu’il n’était nécessaire.
    Mais, tout de même, qu’est-ce qu’il foutait là, ce bonhomme ? Avait-il été présent depuis le début, témoin de sa déchéance et de son ridicule ? Avait-il attendu son réveil pour se moquer d’elle ? Que lui voulait-il ? Ou bien, peut-être était-il simplement là, le plus innocemment du monde, à siroter je ne sais quelle boisson pourvoyeuse de consolation et d’oubli. A moins qu’il n’attende quelque chose d’elle ? Elle retrouva un peu de sa présence d’esprit, et chuchota, de manière que lui seul puisse l’entendre :

    - Je te préviens, si c’est pour la... euh... fourniture... Oui, disons ça comme ça, fourniture... Alors tu risques d’être déçu : je ne négocie rien dans cet état...

    Elle eut alors un nouvel éclair de clairvoyance, mais trop tard, bien sûr : elle venait de sous-entendre à la fois qu’elle avait des drogues sur elle, et qu’elle n’était pas en état de se défendre. N’importe quel voyou, constatant une situation si idéale, n’aurait même pas besoin d’une arme pour lui piquer tout ce qu’elle avait sur elle. Elle essaya donc, misérablement, de se rattraper :

    - Et puis, euh... De toute façon, j’en ai pas sur moi...

    Bon, d’accord, c’était un peu gros, comme mensonge, le genre qui n’aurait pas trompé le pire abruti de Nosco ou d’ailleurs, mais bon, pouvait-on réellement attendre mieux, après une journée au grand vent, une défaite au bras de fer et trois verres de whisky ?


[Humhum... Désolée... T.T J’en ai peut-être fait un tout petit peu trop... xD J’ai jamais été très douée pour les débuts de rp... Je précise que le titre est extrait des paroles d’une chanson de Jacques Higelin, "Tête en l'air".]
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Lucia Stevens
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Profession : Jardinière, productrice et trafiquante de drogues
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Âge d'apparence : La trentaine

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500/10000  (500/10000)
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Re: Des pianos à queue dans la boîte aux lettres [PV Morgan W. Karanth]

Message par Morgan W. Karanth le Mar 24 Mai - 17:46

Étouffer les pensées n’était pas toujours ce qu’il y avait de plus évident à faire. Surtout lorsqu’elles se montraient d’une puissance envahissante parfois. Surtout maintenant. Maintenant qu’il se confondait lui-même dans les choix et les décisions à prendre. Ce qui était bon et ce qui était mauvais, c’était sans aucun doute, pour lui, la chose la plus difficile à déterminer. Pour lui, tendre la main aux gens était bien. Pour d’autre, le faire envers certaines personnes, c’était faire le mal, ou être le mal incarné. Oui, car voyez-vous, le jeune Guildien pouvait tendre cette main à qui le voulait, Brigadier ou Rebelle inclus. Trahison. Le mot semblait être éternellement gravé sur son front. Heureusement que les métaphores n’était pas visible aux caméras, il serait déjà entrain de pourrir au fond d’un cachot. Mauvaise idée. Oui, ça ce n’était pas le bien ! Il se contenterait donc de ne rien dire, de garder ce mot de traitre profondément encrée en son âme, le dissimulant aux regards curieux. Morgan ? On pouvait dire qu’il était un peu différent. Différent sur ses pensées. Parce qu’il est encore un jeune Oublié, ne vivant pas en ce lieu depuis un an encore qu’il voyait déjà comme l’univers de Nosco pouvait mal tourner. Il avait pris un temps fou avant de prendre conscience de la vérité. Mais les faits étaient là et il ne pouvait plus se mentir à lui-même en faisant comme s’il ne les voyait pas. Lian, principalement, lui avait exprimé son dégout devant la tyrannie de l’Impératrice… Et lui avait transmis, mine de rien, la goutte de la déchéance. Car il avait su pour les torture et les horreurs que l’on faisait subir aux malheureux ayant eut le manque de chance de se faire attraper et de tomber entre les terribles mains griffues de la Guilde. Il ne savait toutefois pas si certains avaient déjà été tués par ces tortures, mais étrangement, il ne s’en montrerait probablement pas surpris s’il venait à savoir que oui, c’était déjà arrivé. C’était un fait relativement triste et pitoyable, mais non, il ne s’en surprendrait pas. Surtout que c’était probablement la vérité crue. Ce qui viendrait à faire pencher la balance, pour lui, c’était ça : être inhumain envers les autres. Parce que les gens avaient une grande importance pour lui. Parce qu’il les aimait, même s’il ne les connaissait ou ne le démontrait pas plus qu’il le fallait. Ils avaient leur importance parce que sans eux, être et vivre à Nosco n’auraient tout simplement aucun sens. Disons qu’ils lui tenaient compagnie sans même s’en rendre compte.

Le Bleu n’était pas semblable. Il avait ses idées bien conçues, malgré le peu de temps qu’il avait passé ici pour l’instant. On lui avait déjà, une fois, que son espoir était maigre… un peu inutile, même, peut-être. Du moins est-ce ainsi qu’il l’a pris. Il n’avait pas très bien su comment prendre cette suggestion et s’était simplement contenté de garder le silence devant ces paroles dont il avait oublié les mots exacts. On lui disait, littéralement, que son espoir ne servait à rien. Faible. Il était faible, c’était à peu près ce qu’il croyait avoir reçu de plein fouet comme insulte. Pourtant, il ne devait pas être si lamentable que ça… Récemment, Joshi l’avait contacté d’on ne sait trop quelle manière exactement. Évidemment, il gardait pour lui le fait qu’il effectuait la quête de son passé, par peur, sans doute, de passé pour plus traitre qu’il ne l’était. Récemment, un nouveau souvenir s’était déclaré à lui. Si, au début, il n’avait pas cru à toutes ces histoires, il ne pouvait aujourd’hui qu’y consentir. C’était sa vie dont il revoyait les images réconfortantes. La scène dans sa mémoire l’avait fait sourire, le laissant léger, un peu songeur, un peu penseur… un peu rêveur, peut-être même. Il voyait les flammes dansantes des bougies, sous son nez. Il arrivait à gardé en tête l’odeur du gâteau qu’on lui présentait, une chanson l’accompagnant à son plus grand plaisir. Dix. Il avait dix ans. Et… oui, même s’il ne se reconnaissait pas vraiment, c’était son anniversaire à lui. Il ne savait pas de quelle date il s’agissait. Mais il savait qu’il avait amis et parents, là bas, de l’autre côté de cette enceinte. Et les cadeaux qui pleuvaient littéralement, qui finissaient toujours par tomber entre ces petites mains ravis et enfantine. Minuscules. Elles étaient douces et lissent apparemment, à l’époque. Il ne semblait pas encore souffrir d’angoisse, lorsque cette fête à eut lieu. C’était comme regarder un film. Un film sur lequel il n’avait absolument aucun contrôle mais dont, pourtant, il était ravi, à chaque fois, d’en découvrir la suite. Bien sûr, tout ceci était très anti impératrice, mais qu’importait ? Tout son être l’était de toute façon.

Morgan n’avait jamais eut pour habitude de prendre quoi que ce soit pour se faire oublier ses petits problèmes du quotidiens. Non, il n’avait jamais rien consommé, ni alcool, ni quoi que ce soit d’autre, même si, peut-être bien, que ça réduirait momentanément l’angoisse qui était enfermé dans ce petit corps. Il ne s’expliquait donc pas pourquoi il était là si tard, près de tous ces gens dont la vie était remplie de tracas ou qui ne savaient tout simplement pas quoi en faire. Vêtu de l’uniforme habituel, on ne l’embêtait pas. Disons qu’une fausse manipulation et il pourrait presque avoir le droit de les trainer en justice, non ? Évidemment, lui, il n’en ferait rien parce qu’il n’avait aucune confiance en cette dit justice. Et puis, il était Brigadier de Nettoyage… Pas de Justice, justement. Ce n’était pas son boulot même si ça pouvait peut-être entrer dans son devoir de Guildien honnête. Mais si le Lutin Bleu ne buvait pas, que fabriquait-il là ? Il avait moyennement espérer se sortir du silence de son appartement et s’était dit qu’il rencontrerait peut-être une tête commune avec qui discuter un peu ? Ça n’avait pas été très fructueux, quoi qu’il en soit. Un peu lunatique, le Lutin ne s’était pas vraiment rendu compte du corps près de lui, bien assoupit. Enfin, ce n’était pas vraiment comme s’il s’en préoccupait pour l’instant… jusqu’à ce que du moins la Bell aux bois Dormants ne s’éveille non pas d’un doux baiser, mais d’un surplus d’alcool évident, en le fixant et… en l’interrogeant comme s’il avait été un bon ami.

«Non, c’est trop gros… » marmonna-t-il, sans toutefois lui jeter de regard, souhaitant désespérément que cette hurluberlue disparaisse comme elle était arrivée là. Il n’était pas bien méchant, mais ses pensées étaient souvent plus dures que ce qu’il était vraiment.

Et elle remettait ça. Mais de quoi est-ce qu’elle parlait, encore ? Il osa enfin lui jeter un regard, ce regard qui attire généralement, déposant comme une plume ses iris saphir intarissable de questions. Qui disait ici fourniture disait probablement illégale. Ou illicite, à voir. Il l’observa de la tête aux pieds, silencieusement, comme un juge derrière la barre qui s’attend à enfermé le coupable dans la cellule de correction pour ses mauvaises actions. Il tiqua un court instant avant de se décider à dire quelque chose.

«Vous savez que je pourrais vous faire arrêter pour détention de drogue ?»
De drogue parce que c’était bien ce dont il s’agissait, à ne pas en douter. Son ton faisait sérieux, mais rien de menaçant. Il n’avait l’intention de rien, en disant cela. Et si elle se faisait torturer à mort par les gigolos de miss l’Impératrice toute puissante ? Non, il s’en sentirait bien trop coupable…
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